Les multiples bienfaits des grains entiers sur la santé cardiovasculaire

Les multiples bienfaits des grains entiers sur la santé cardiovasculaire

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

28 novembre 2016

Plusieurs études montrent que la consommation régulière de grains entiers peut diminuer significativement le risque d’événements coronariens et de mort prématurée. Par exemple, les résultats de trois méta-analyses récentes (Zong et coll., Chen et coll., Aune et coll.) indiquent que la consommation quotidienne d’environ 3 portions de grains entiers (une portion = une tranche de pain, 30 g de céréale, ½ tasse de pâtes ou ½ pita) est associée à une réduction de 22 à 30 % de la mortalité cardiovasculaire, de 14 à 18 % de la mortalité liée au cancer et de 19 à 22 % de la mortalité totale. Le simple fait de remplacer autant que possible les produits céréaliers raffinés – le pain, le riz, les pâtes blanches – par leurs versions fabriquées avec des grains entiers peut donc entrainer des répercussions extrêmement positives pour le cœur et la santé en général.

Ce potentiel préventif des grains entiers est bien illustré par les résultats d’une étude d’intervention réalisée par la Cleveland Clinic Foundation.  Les chercheurs ont recruté 33 personnes de moins de 50 ans souffrant d’embonpoint ou d’obésité et les ont soumis pendant 8 semaines à deux régimes alimentaires différents : un régime contrôle, contenant des produits fabriqués avec des farines raffinées, et un régime d’intervention, où ces produits contenaient des grains entiers (100 g / 2000 kcal). Tous les participants ont testé les deux régimes à tour de rôle, avec une période de récupération de 10 semaines entre les deux, ce qui a permis aux chercheurs de comparer directement l’impact de chacun de ces régimes sur différents marqueurs de la santé cardiovasculaire.

La principale conclusion de l’étude est que l’inclusion des grains entiers à l’alimentation provoque une baisse importante de la tension sanguine diastolique (la pression dans les artères lorsque le muscle cardiaque est au repos entre deux battements), cette réduction atteignant presque 6 mm de mercure. Cette baisse de la tension artérielle est similaire à celle qui a été observée chez les personnes hypertendues qui consomment des graines de lin.  Ces diminutions de tension peuvent sembler à première vue peu importantes, mais une analyse de plusieurs études indique qu’une réduction de la tension artérielle de cette magnitude se traduit par une diminution de 40 % du risque d’AVC et de 30 % du risque de mortalité liée aux maladies coronariennes.

Ce potentiel préventif demeure cependant largement inexploité, avec moins de 5 % de la population qui mange les trois portions recommandées de grains entiers. Il est pourtant facile de remédier à cette carence, car de plus en plus de produits (pains, pâtes alimentaires, céréales ou craquelins) sont fabriqués avec des grains entiers et peuvent remplacer ceux contenant des farines blanches raffinées.

Maladies coronariennes : un mode de vie sain peut vaincre les mauvais gènes !

Maladies coronariennes : un mode de vie sain peut vaincre les mauvais gènes !

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

16 novembre 2016

On sait depuis plusieurs années qu’il existe une prédisposition génétique aux maladies coronariennes. Par exemple, si l’un des parents d’une personne est décédé prématurément d’une crise cardiaque, le risque de cette personne d’être à son tour touchée par un événement coronarien est plus élevé que la population en général.  L’historique familial de maladies cardiovasculaires représente donc un important facteur de risque et est en conséquence l’une des premières questions qui sont posées par un cardiologue lors d’une consultation.

Les études d’association pangénomiques (genomewide association studies) ont permis de mieux comprendre ce phénomène. Ces études consistent à identifier les variations génétiques présentes dans l’ensemble du génome d’un grand nombre d’individus, et à déterminer par la suite si ces variations peuvent être corrélées avec certains traits, par exemple le développement prématuré de maladies cardiovasculaires.  Grâce à ces études, les chercheurs sont parvenus à identifier plus d’une cinquantaine de régions dans l’ADN qui sont associées à un risque accru de maladies coronariennes et qui représentent donc un marqueur de la susceptibilité génétique d’une personne à être touchée par ces maladies.

Est-ce que cela signifie que les personnes qui ont eu la malchance de naître avec ces « mauvais gènes » sont condamnées à mourir prématurément d’une maladie coronarienne ? Selon une étude remarquable récemment publiée dans le New England Journal of Medicine, la réponse est non : même si ces variations génétiques doublent le risque de maladie cardiovasculaire, l’adoption de saines habitudes de vie permet de réduire considérablement cette hausse du risque. Par exemple, ils ont observé que le simple fait d’adhérer à un mode de vie sain (ne pas fumer, faire de l’activité physique modérée et manger en abondance des fruits, légumes et grains entiers) permet aux personnes à haut risque de diminuer de moitié le risque d’événements coronariens.  Et l’inverse est aussi vrai: les personnes qui possèdent des gènes qui devraient en théorie les protéger des maladies coronariennes, mais qui adoptent un mode de vie malsain, voient leur risque de développer ces maladies augmenter de 50 %.

Ces observations illustrent à quel point la plupart des maladies qui nous touchent sont le résultat d’une interaction complexe entre nos gènes et l’environnement dans lequel nous vivons. Tout n’est pas décidé à la naissance : on peut naître avec un gène qui prédispose aux maladies cardiovasculaires, mais ces gènes ne sont qu’un des aspects impliqués dans le développement de ces maladies, une prédisposition qui est bien réelle, mais qui demeure néanmoins fortement influencée par une foule de facteurs extérieurs.

Il est donc possible de prendre sa destinée en mains, de modifier nos habitudes de vie pour neutraliser l’impact négatif de ces mauvais gènes.  Ne pas fumer, manger en abondance une variété de végétaux, maintenir un poids corporel normal et faire régulièrement de l’exercice sont toutes des actions qui permettent de prévenir concrètement les maladies coronariennes, quel que soit le risque génétique de base.

Athérosclérose: le rôle du microbiome intestinal

Athérosclérose: le rôle du microbiome intestinal

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

15 novembre 2016

L’athérosclérose est une maladie chronique caractérisée par l’apparition de dépôts graisseux dans la paroi interne des artères. Bien qu’asymptomatique à ses débuts, l’athérosclérose n’en demeure pas moins très dangereuse, car ces dépôts évoluent au fil du temps pour former des plaques qui obstruent la circulation du sang dans les artères et les rendent plus rigides.  Lorsqu’elles sont présentes au niveau des artères coronaires qui irriguent le cœur, ces plaques peuvent se fissurer subitement pour former des caillots qui bloquent complètement l’apport en sang aux cellules du muscle cardiaque et causer ainsi un infarctus. Empêcher, ou à tout le moins ralentir la formation de ces plaques est donc absolument essentiel pour prévenir les maladies cardiovasculaires.

En plus des facteurs de risque bien établis qui favorisent le développement de l’athérosclérose (tabagisme, diabète, stress, sédentarité, mauvaise alimentation), le groupe du Dr Stanley Hazen de la prestigieuse Cleveland Clinic a fait l’étonnante découverte que les bactéries intestinales (microbiome) pourraient elles aussi influencer la formation des plaques dans la paroi des artères.  Ces bactéries possèdent en effet la propriété de métaboliser certaines molécules (la phosphatidylcholine, la choline et la carnitine) contenues dans les aliments d’origine animale, comme la viande et les œufs, pour former un « déchet » métabolique appelé triméthylamine (TMA).  Ce TMA est acheminé vers le foie où il est transformé en TMA N-oxide (TMAO), une molécule très inflammatoire qui accélère le développement des plaques d’athérosclérose et augmente la réactivité des plaquettes sanguines (et donc le potentiel de formation de caillots sanguins) chez les modèles animaux.

Les résultats obtenus par le groupe du Dr Hazen indiquent qu’un mécanisme similaire existe chez les humains, c’est-à-dire que l’ingestion de viande ou d’œufs provoque rapidement l’apparition de TMAO dans le sang.  Cette hausse de TMAO est ici aussi due à l’action des bactéries intestinales, car elle est complètement abolie par un traitement préalable avec des antibiotiques (ce qui détruit la flore intestinale).  Ils ont également observé que les personnes omnivores qui mangent régulièrement de la viande rouge produisent beaucoup plus de TMAO que les végétariens et les végétaliens, une différence qui serait due à des variations dans la composition du microbiome.  La proportion relative des espèces bactériennes formant le microbiome intestinal est en effet grandement influencée par la nature de l’alimentation : la consommation régulière de viande favorise l’implantation de bactéries capables de générer le TMAO, tandis que ces bactéries sont moins abondantes chez ceux qui mangent principalement des aliments d’origine végétale.

Ces observations suggèrent donc que la production de TMAO pourrait être impliquée dans la hausse du risque de maladies du cœur et de mort prématurée observées chez les personnes qui consomment beaucoup de viandes rouges et de charcuteries.  En ce sens, une étude a récemment montré que les patients qui présentent une forte quantité de plaques d’athérosclérose (atherosclerotic burden), et qui sont donc à très haut risque de maladies cardiovasculaires, ont des taux sanguins élevés de TMAO.  Ceci est en accord avec des observations précédentes montrant que des taux élevés de TMAO sont corrélés avec une hausse du risque d’événements cardiaques majeurs (mort subite, infarctus, AVC).  Ce n’est donc pas un hasard si les végétariens risquent moins d’être touchés par les maladies du cœur que les carnivores : comme ils évitent la viande, ou en mangent très peu, leurs bactéries intestinales ne génèrent pas de TMAO, ce qui protège le système cardiovasculaire.

Il est aussi intéressant de noter qu’il serait possible de bloquer la formation de TMAO en interférant directement avec le métabolisme des bactéries.  Une molécule possédant une structure analogue à la choline, le 3,3-dimethyl-1-butanol (DMB), agit en effet comme un puissant inhibiteur de la production de TMAO par différentes souches de bactéries intestinales  et bloque la formation de lésions d’athérosclérose dans des modèles animaux.  Cette substance naturelle est  retrouvée en quantités appréciables dans certains aliments comme le vin rouge et l’huile d’olive, deux piliers du régime méditerranéen qui ont été à maintes reprises associés à une réduction importante du risque de maladies du cœur.  Il est donc possible que la protection cardiovasculaire offerte par le régime méditerranéen fasse aussi intervenir une réduction de la formation de TMAO par les bactéries intestinales.

Le mirage des édulcorants

Le mirage des édulcorants

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

3 novembre 2016

Les sucres ajoutés sont de plus en plus pointés du doigt comme un important facteur de risque d’obésité et de maladies du cœur.  Pour diminuer les risques associés à ces sucres, plusieurs personnes se tournent vers les édulcorants de synthèse comme l’aspartame ou le sucralose (Splenda) : puisque ces substances miment le goût sucré mais sont dépourvues de calories, elles devraient en théorie permettre aux gens de satisfaire leur « dent sucrée », sans pour autant ingérer un surplus d’énergie pouvant mener au surpoids et aux problèmes de santé associés à l’embonpoint et à l’obésité.

La réalité est pourtant bien différente : plusieurs études ont clairement montré que les personnes qui consomment ces sucres artificiels, des boissons gazeuses diètes par exemple, ont un risque d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de syndrome métabolique identique à celles qui consomment des aliments contenant du vrai sucre.

Une étude récente (réalisée chez les drosophiles et les rongeurs) suggère que ce phénomène pourrait provenir d’une hausse de l’appétit causée par les édulcorants.  Les scientifiques ont en effet observé que le simple fait d’ajouter un édulcorant (sucralose) à l’alimentation entrainait une hausse de 30 % de la quantité totale de calories consommées. Il semble donc que le cerveau n’aime pas qu’on cherche à le « berner » avec des faux sucres : lorsqu’il détecte le goût sucré, mais sans les calories qui lui ont normalement associées, il réagit en augmentant l’appétit envers d’autres aliments pour compenser cette absence de calories. Ce phénomène serait lié à une hausse des taux d’un neurotransmetteur (neuropeptide Y) dont le rôle est normalement de stimuler l’appétit lors d’un jeûne. Remplacer les boissons sucrées par leurs versions « diètes » ne représente donc pas la façon optimale de perdre du poids.  D’ailleurs, une étude réalisée auprès de femmes obèses diabétiques indique que le simple fait de remplacer ces boissons diètes par de l’eau permet d’améliorer la perte de poids.

Il semble aussi que les édulcorants comme l’aspartame, la saccharine ou le sucralose provoquent une augmentation marquée du taux de sucre sanguin, plus élevée même que celle observée suite à la consommation de « vrai » sucre.  Ce résultat surprenant serait causé par un dérèglement du microbiome intestinal qui provoque une intolérance au glucose et une perturbation du métabolisme. Il est possible que cet effet soit encore plus prononcé chez les jeunes enfants, car des chercheurs ont récemment montré que la concentration d’édulcorants est beaucoup plus élevée dans le sang d’enfants ayant consommé une boisson contenant du sucralose, probablement en raison de leur plus petit volume sanguin.

Ces observations suggèrent donc que les édulcorants de synthèse ne sont pas aussi inoffensifs qu’on peut le penser et qu’on aurait tort de considérer les produits « diètes » comme des alternatives valables à ceux contenant des sucres ajoutés. Qu’ils soient « vrais » ou « faux », les sucres ajoutés semblent aussi néfastes pour la santé et ceci est particulèrement vrai en ce qui concerne les boissons gazeuses.  À la lumière du débat actuel sur la taxation des boissons sucrées, on doit donc se demander si les boissons « diètes » ne devraient pas être elles-aussi taxées de la même façon, comme c’est le cas pour la taxe récemment approuvée par la ville de Philadelphie et qui entrera en vigueur en janvier 2017.

Être actif pour diminuer le risque de diabète de type 2

Être actif pour diminuer le risque de diabète de type 2

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

2 novembre 2016

Selon un rapport qui vient tout juste d’être publié par le Conference Board du Canada, seulement 9 % des enfants et des jeunes Canadiens âgés de 5 à 17 ans font 60 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par jour, au moins six jours par semaine.  Cette sédentarité est très préoccupante, car il est bien documenté que l’activité physique régulière, même à des niveaux modérés (la marche rapide, par exemple),  exerce plusieurs effets positifs sur la santé, notamment en terme de réduction du risque de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2. Ceci est bien illustré par une étude récente qui montre que les personnes qui font le minimum recommandé d’activité physique modérée (150 min/semaine) ont un risque 26 % moindre de développer un diabète de type 2 que celles qui sont sédentaires. Il est possible de réduire plus ce risque en étant encore plus actif, mais cette protection additionnelle n’est pas linéaire : par exemple, même en effectuant le  double de la quantité d’exercice recommandée,  le risque de diabète ne diminue que d’un autre 10 %. En d’autres mots, le plus important est d’éviter d’être sédentaire, car toute forme d’activité physique, même pratiquée modérément, permet de réduire significativement le risque de diabète de type 2.  Ces observations sont en accord avec des résultats antérieurs montrant qu’aussi peu que 15 minutes d’activité physique modérée par jour étaient associées à une diminution significative de la mortalité totale, de même que celle associée aux maladies cardiovasculaires, au diabète et à certains cancers.

Il n’est donc pas nécessaire de s’entraîner jusqu’à épuisement pour profiter des bienfaits de l’activité physique sur la santé. Notre société valorise énormément les sports d’élite, mais la recherche montre clairement que le simple fait d’intégrer 30 minutes d’activité modérée (ou de 5 à 15 minutes d’exercice vigoureux) à la routine quotidienne est amplement suffisant pour procurer une foule de bénéfices pour la santé et améliorer significativement la qualité de vie.