Diminution de l’espérance de vie aux États-Unis

Diminution de l’espérance de vie aux États-Unis

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

8 décembre 2016

Un rapport publié le 8 décembre par le National Center for Health Statistics américain indique que l’espérance de vie des Américains a diminué de 0.1 % l’année dernière, la première baisse en plus de deux décennies. Cette diminution coïncide avec une augmentation récente des taux de mortalité associés à plusieurs maladies chroniques, en particulier les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète et la maladie d’Alzheimer. Plus alarmant encore, l’espérance de vie à 65 ans n’a quant à elle pas diminué, ce qui signifie que les maladies responsables de la baisse de l’espérance de vie touchent de façon prématurée des personnes plus jeunes. Selon Tom Frieden, le directeur des Centers for Disease Control and Prevention, cette diminution de l’espérance de vie est une conséquence directe de l’incidence élevée d’obésité dans la population américaine, qui se reflète notamment par une hausse des maladies cardiovasculaires.

Ces statistiques confirment malheureusement les prévisions du Dr S Jay Olshansky, selon qui les jeunes Américains nés dans les années 1990 pourraient être la première génération depuis plus d’un siècle à connaître une diminution de l’espérance de vie.   Dans un éditorial paru récemment dans la revue médicale JAMA Cardiology, le Dr Donald M. Lloyd-Jones, du département de médecine préventive de l’Université Northwestern de Chicago, abonde dans le même sens et souligne que les gains réalisés au cours des 50 dernières années seront effacés par la plus grande épidémie de maladies chroniques de l’histoire de l’humanité. Depuis 1985, on assiste en effet à une augmentation continue de l’obésité et du diabète, qui touchent toutes les tranches d’âge de la société, ce qui contribue à une recrudescence des maladies cardiovasculaires, particulièrement chez les jeunes adultes. De plus, des données récentes montrent que l’incidence d’infarctus du myocarde n’a pas diminué au cours des dix dernières années chez les hommes de 30 à 54 ans, et qu’elle a même augmenté chez les femmes de ce groupe d’âge.

Comme le mentionnait récemment le Dr David Ludwig, pédiatre et endocrinologue à l’Université Harvard, les avancées médicales sont relativement efficaces pour prévenir la mortalité prématurée quand l’obésité se produit vers 45 ans, le diabète qui apparaît vers 55 ans ainsi que les maladies cardiovasculaires qui en résultent vers 65 ans. Il sera cependant de plus en plus difficile et coûteux de traiter ces conséquences néfastes de l’obésité, puisque cette séquence d’événements commence maintenant dès l’enfance et l’adolescence. Il est donc critique de s’attaquer rapidement à ce problème de société à l’aide d’une approche globale plutôt que simplement médicale. Il faut que des mesures soient prises par tous les secteurs de la société pour modifier les environnements toxiques pour la santé.

 

 

 

 

Qu’est-ce que le régime méditerranéen ?

Qu’est-ce que le régime méditerranéen ?

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

7 décembre 2016

Berceau de la civilisation occidentale, le bassin méditerranéen possède également une des plus riches traditions culinaires du globe en raison de l’influence combinée des cultures européenne, africaine et moyen-orientale. Bien qu’il n’y ait pas de régime méditerranéen unique, car chaque pays de cette région possède des pratiques culinaires qui lui sont propres, la cuisine méditerranéenne traditionnelle possède néanmoins certains traits communs, notamment la place prédominante occupée par les aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, noix, graines, produits céréaliers, huile d’olive, vin rouge). La convivialité des repas, de même que le plaisir de prendre le temps de cuisiner et de manger les aliments, sont également des éléments incontournables de l’alimentation méditerranéenne et font en sorte que les repas sont des moments privilégiés de sociabilité et participent à la cohésion de la communauté. Plus qu’une simple façon de s’alimenter, le régime méditerranéen est donc un véritable mode de vie, désormais reconnu par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité .

Du point de vue scientifique, ce qu’on appelle aujourd’hui « régime méditerranéen » ou encore « régime crétois »  fait référence au mode d’alimentation des habitants du sud de l’Italie et de la Grèce au cours des années 50 et 60, soit avant la globalisation des échanges commerciaux. Il s’agit en pratique d’une alimentation frugale, principalement végétarienne, typique des sociétés rurales pauvres de cette région à cette époque. L’intérêt porté à ce type de régime méditerranéen provient d’études, notamment celle des Sept Pays, qui ont noté que les habitants de cette région (les îles grecques de Crête et de Corfou, par exemple) avaient une incidence remarquablement basse de maladies cardiovasculaires (angine, infarctus), plusieurs fois inférieure à celle de pays comme la Finlande ou les États-Unis. Puisque la principale différence entre ces peuples était la nature de leur alimentation, il fut proposé que le régime méditerranéen contenait des éléments qui possèdent la propriété de prévenir le développement des maladies cardiovasculaires, ce qui a été clairement démontré par la suite lors de plusieurs études.

Comme l’illustre la pyramide ci-dessous, les principales caractéristiques du régime méditerranéen sont a) une consommation abondante de produits végétaux comme les céréales, les légumes, les fruits, les légumineuses et les noix ; b) un apport relativement élevé en matières grasses, principalement sous forme d’huile d’olive ; c) une consommation modérée de poissons, de produits laitiers et de volailles et d) une faible consommation de viandes rouges, de charcuteries et de sucreries.  Le régime inclut également une consommation modérée d’alcool, surtout de vin rouge, pendant les repas. Il s’agit donc d’une alimentation très variée, riche en végétaux, en gras monoinsaturés et polyinsaturés oméga-3, dans laquelle les sucres complexes des fibres et des céréales sont les sources principales de glucides, et où les protéines sont principalement d’origine végétale au lieu d’animale.  En raison de l’abondance de ces aliments bénéfiques, un autre point positif du régime méditerranéen est qu’il est en contrepartie dépourvu d’aliments industriels transformés, contenant des quantités importantes de sucres ajoutés, de gras saturés ou trans et de sel, et qui sont connus pour favoriser l’excès de poids et augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.

Il n’y a donc aucun doute qu’une alimentation de type méditerranéen, riche en végétaux et dans laquelle la consommation de viande est très modérée (environ un repas par semaine), entraîne des effets extrêmement positifs sur la santé cardiovasculaire, autant dans la population en général que chez les personnes qui ont déjà subi un accident cardiaque. Selon notre expérience des 20 dernières années au Centre ÉPIC de l’Institut de Cardiologie de Montréal, la plupart des gens s’adaptent facilement à ce régime et ont même tendance à conserver de façon durable ces nouvelles habitudes alimentaires en raison du bien-être général qu’elles apportent.

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L’huile d’olive, l’âme du régime méditerranéen

L’huile d’olive, l’âme du régime méditerranéen

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

1 décembre 2016

Principale source de gras de l’alimentation méditerranéenne, l’huile d’olive se distingue des autres huiles végétales par son contenu élevé en acide oléique, un acide gras monoinsaturé, ainsi que par la présence de différents polyphénols qui lui confèrent des propriétés antiinflammatoire et antioxydante. Plusieurs études indiquent que l’huile d’olive contribue à l’effet protecteur de l’alimentation méditerranéenne sur la santé cardiovasculaire. Par exemple, les résultats de grandes études populationnelles (EPIC, PREDIMED) montrent que la consommation régulière d’huile d’olive est associée à une réduction significative du risque de maladies coronariennes (voir Tableau 1), ainsi qu’à des réductions importantes de la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires (44 %) et de la mortalité totale (26 %).

ÉtudesPopulationÂgeNombre de participantsSuivi (années)Baisse du risque de maladie coronarienne (%)Référence
EPICORItalie (femmes)35 à 7429,6897,944 Bendinelli et coll. (2011)
PREDIMEDEspagne (adultes)55 à 807,4474,835Guasch-Ferre et coll. (2014)
EPIC SpainEspagne (adultes)29 à 6940,14210,422Buckland et coll. (2012)
Tableau 1. Association entre la consommation d'huile d'olive et le risque de maladie coronarienne. Une diminution importante (41 %) du risque d’AVC a également été observée pour les plus grands consommateurs d’huile d’olive dans l’étude française des 3 cités (Bordeaux, Dijon et Montpellier). Ces observations sont en accord avec plusieurs études antérieures montrant que l’adhésion à un régime méditerranéen riche en huile d’olive est associé à des effets bénéfiques sur plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme les taux de lipides sanguins, la tension artérielle, la glycémie, l’inflammation et le risque de thrombose (voir Tableau 2).

Principaux effets d'une alimentation méditerranéenne riche en huile d'oliveRéférences
Impact positif sur les lipides sanguins, avec une baisse de cholestérol-LDL et un ratio HDL/cholestérol total plus élevéEstruch et coll. (2006)
Réduction de l'oxydation du cholestérol- LDL Estruch et coll. (2006)
Amélioration du métabolisme du glucose, autant chez les sujets normaux que diabétiques Lopez et coll. (2008)
Paniagua et coll. (2007)
Amélioration du contrôle de la pression artérielle Estruch et coll. (2006)
Amélioration de la fonction endothéliale Fuentes et coll. (2008)
Diminution du risque de thrombose (agrégation plaquettaire, facteurs hémostatiques)Ruano et coll. (2007)
Tableau 2. Impact du régime méditerranéen sur certains facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

Ces bénéfices de l’huile d’olive ont été pendant longtemps attribués exclusivement à son contenu élevé (70%) en acides gras monoinsaturés (l’acide oléique, principalement). Les études montrent en effet que, comparativement aux graisses saturées, ces gras diminuent les taux sanguins de cholestérol-LDL et de cholestérol total et améliorent le contrôle de la glycémie. L’huile d’olive n’est cependant pas seulement une source de matières grasses ; les huiles d’olive vierge et extra-vierge, issues du pressage mécanique des fruits (voir encadré), contiennent également des quantités significatives de plusieurs composés antioxydants et antiinflammatoires biologiquement actifs comme les tocophérols (vitamine E), certains acides phénoliques et plusieurs types distincts de polyphénols.

Plusieurs études réalisées au cours des dernières années indiquent ces molécules contribuent aux bénéfices de l’huile d’olive sur la santé cardiovasculaire.  Dans l’étude EUROLIVE, par exemple, il fût observé que l’impact positif de l’huile d’olive sur les taux de cholestérol-HDL et sur l’oxydation du cholestérol-LDL, deux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, était directement proportionnel à son contenu en  composés phénoliques. Il est vraisemblable que ces effets augmentent les effets préventifs de l’huile d’olive, car une étude a montré que la réduction du risque de maladie cardiovasculaire était plus importante chez les consommateurs d’huile d’olive vierge que chez ceux qui préfèrent l’huile d’olive raffinée, dépourvue de ces composés phénoliques (14 % vs 3 % de réduction du risque pour chaque 10 g d’huile d’olive). Les huiles d’olive de bonne qualité, vierge ou extra-vierge, sont donc à privilégier pour la prévention des maladies cardiovasculaires.

Le monde complexe des huiles d’olive

Le Conseil oléicole international (COI) a établi des critères très stricts pour définir les différentes catégories d’huiles d’olive disponibles sur le marché. Parmi les plus courantes:

Les huiles d’olive vierge et extravierge  sont « obtenues du fruit de l’olivier uniquement par des procédés mécaniques ou d’autres procédés physiques dans des conditions, thermiques notamment, qui n’entraînent pas d’altération de l’huile, et n’ayant subi aucun traitement autre que le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration. » Les huiles possédant les meilleures qualités organoleptiques et dont le taux d’acidité (acide oléique libre) est inférieur à 1 % sont catégorisées comme étant des huiles extravierges, tandis que celles qui sont d’une qualité légèrement inférieure et avec un taux d’acidité inférieur à 2 % sont des huiles vierges.  Ces deux types huiles contiennent une variété de composés photochimiques antioxydants et anti-inflammatoires et doivent donc être privilégiées pour la prévention des maladies cardiovasculaires.  La présence de ces composés dans une huile peut d’ailleurs être facilement détectée, car ils provoquent  une sensation de chatouillement ou de piquement au niveau de la gorge, ce que les connaisseurs appellent une «ardence».

Les huiles d’olive, quant à elles, sont composées d’un mélange d’huile d’olive vierge et d’huile d’olive raffinée, c’est-à-dire produite par une extraction des fruits à l’aide de solvants.  Ce procédé détruit les molécules antioxydantes présentes naturellement dans l’olive et ces huiles sont en conséquence de qualité inférieure, autant du point de vue biologique que culinaire (goût peu prononcé).

Si le choix d’une huile d’olive est d’abord et avant tout une question de goût personnel (et de budget), il est tout de même important de privilégier les huiles d’olive vierges ou extra-vierges, autant pour leur goût exquis que pour leur impact sur la santé. Malheureusement, des analyses récentes indiquent que certaines huiles cataloguées « extra-vierges » contenaient des huiles de qualité inférieure et il est conseillé d’acheter des huiles dont l’étiquette indique clairement le pays et la région de provenance,  la date de péremption et le label de qualité « Appellation d’origine protégée » (AOP) ou « Indication géographique protégée » (IGP).