La toute nouvelle iQOS ( I Quit Ordinary Smoking) de la compagnie Philip Morris International vient de faire son apparition au Québec. Cette nouvelle forme de « cigarette » consiste en un dispositif électronique qui chauffe des petits bâtonnets de tabac sans toutefois les brûler, ce qui génère une vapeur contenant la nicotine qui peut être par la suite inhalée par le fumeur.

Le principe à la base de cette nouvelle technologie est que c’est la combustion du tabac qui produit les nombreux composés toxiques présents dans la fumée de cigarette (monoxyde de carbone, goudrons, nitrosamines, cadmium, hydrocarbures polycycliques, etc.) et qui sont responsables de ses effets néfastes sur la santé. En chauffant le tabac à 350°C plutôt qu’en le brûlant comme dans une cigarette traditionnelle (800°C), l’iQOS réduirait donc la formation de ces produits toxiques et pourrait donc représenter une solution de rechange moins nocive pour les fumeurs. C’est du moins ce qu’affirme Philip Morris, mais cette conclusion provient de recherches menées à l’interne par cette même compagnie et doit donc être prise avec un grain de sel en attendant la confirmation par des travaux indépendants.  La composition exacte du mélange de tabac contenu dans ces petits bâtonnets est tenue secrète et  s’il y a bien une chose que les années de lutte au tabagisme nous ont apprise, c’est que les cigarettiers sont des maîtres dans la manipulation du tabac, notamment par l’ajout de différents additifs. Leur crédibilité scientifique à l’égard des dangers associés au tabagisme est pratiquement nulle et des analyses indépendantes du contenu de la vapeur de tabac chauffé doivent absolument être faites pour déterminer si un produit comme l’iQOS est effectivement moins nocif pour la santé que les cigarettes traditionnelles.

La première de ces analyses vient d’ailleurs d’être publiée dans JAMA Internal Medicine. Réalisée par un groupe de scientifiques suisses (Lausanne), cette étude a mesuré les taux d’un grand nombre de composés volatils organiques, d’hydrocarbures polycycliques et de différents composés inorganiques présents dans la vapeur de cigarettes chauffée et les a comparés à ceux produits par la combustion de cigarettes traditionnelles (voir le Tableau).

Cette approche a permis de constater que la vapeur dégagée par l’iQOS contient plusieurs éléments similaires à ceux présents dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle. Ces molécules (composés organiques volatils, hydrocarbures aromatiques polycycliques ou encore le monoxyde de carbone) proviennent de la décomposition chimique des composés organiques par la chaleur (pyrolyse), ce qui indique que la plus basse température utilisée par l’iQOS n’empêche pas complètement la formation de ces composés toxiques. Cependant les quantités retrouvées dans la vapeur de tabac chauffé sont en général plus faibles que dans la fumée de cigarette conventionnelle, mais il faut noter que certaines molécules particulièrement toxiques comme l’acroléine et le formaldéhyde sont présentes en quantités presque équivalentes. Dans certains cas, l’acénaphtène notamment (un constituant du goudron), la quantité du toxique retrouvée dans la vapeur de tabac chauffé est même presque 3 fois plus grande que dans la fumée produite par la combustion d’une cigarette traditionnelle.  Globalement, ces résultats indiquent que même si la quantité de produits toxiques formés lors du chauffage du tabac est moindre que celle provenant de la combustion d’une cigarette conventionnelle, il reste que ce produit n’est pas inoffensif et est en ce sens très différent des cigarettes électroniques présentement disponibles.  Dans ces dispositifs, une solution de nicotine est chauffée à seulement 80°C à l’aide d’un atomiseur, ce qui fait en sorte que la vapeur ne contient pas les multiples molécules cancérigènes et les particules fines qui sont générées lors de la combustion du tabac. Ceci a été récemment confirmé par une étude montrant les utilisateurs de substituts nicotiniques comme la cigarette électronique sont beaucoup moins exposés à des substances chimiques toxiques et cancérigènes que les fumeurs réguliers.

L’iQOS doit donc être considéré comme une cigarette moderne, potentiellement moins nocive que l’ancienne, mais  qui demeure à la base un produit du tabac. Il s’agira de savoir si elle pourra s’avérer un produit pour cesser de fumer ou plutôt, comme son nom l’indique, pour fumer autrement.   Pour les fumeurs qui désirent cesser de fumer, la cigarette électronique demeure présentement une meilleure option, car son usage est associé à une diminution drastique de la quantité de toxiques absorbés et ces produits sont considérés par plusieurs d’organisations de santé publique comme une stratégie valable de réduction des risques liés au tabagisme.  L’iQOS peut toutefois représenter une option pour les fumeurs qui n’aiment pas le goût des cigarettes électroniques, mais cherchent à réduire leur exposition à la fumée de cigarette.

Comparaison des concentrations de différents composés émis par l'iQOS et une cigarette conventionnelle

Composé analysé Quantité dans tabac
chauffé (iQOS)
Quantité dans cigarette
conventionnelle
Proportion du composé
dans l'iQOS vs cigarette
conventionnelle (%)
Composés organiques volatils
(µg par cigarette)
Acétaldéhyde13361022
Acétone1295,513
Acroléine0,91,182
Benzaldéhyde1,22,450
Crotonaldéhyde0,717,44
Formaldéhyde3,24,374
Isovaléraldéhyde3,58,541
Proprionaldéhyde7,829,626
Hydrocarbures polycycliques
(ng par cigarette)
Naphtalène1,611050,1
Acénaphtylène1,92350,8
Acénaphthène14549295
Fluorène1,53710,4
Anthracène0,31300,2
Phénanthrène2,02920.7
Fluoranthène7,31236
Pyrène6,4897
Benz[a]anthracène1,8336
Chrysène1,5483
Benzo[b]fluoranthène0,5242
Benzo[k]fluoranthène0,44,39
Benzo[a]pyrène0,8204
Composés inorganiques
(ppm)
Dioxyde de carbone3057>9000< 34
Monoxyde de carbone328>2000< 16
Monoxyde d'azote5,589,46

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