Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

L’espérance de vie à la naissance au Canada en 2015 était de 84,1 ans pour les femmes et 80,2 ans pour les hommes. Elle est en hausse constante depuis un demi-siècle : en 1960 l’espérance de vie était de 74,1 ans pour les femmes et 71,1 pour les hommes. C’est cependant loin de la longévité exceptionnelle observée dans des zones précises de notre planète où l’on retrouve une grande proportion de centenaires. Ces régions, nommées « Blue Zones », ont été identifiées par deux démographes, Gianni Pes et Michel Poulain et le journaliste Dan Buettner, auteur de l’article The secrets of Long Life paru dans le magazine National Geographic et du livre The Blue Zones.

Les 5 Blue Zones identifiées dans le monde.

Sardaigne, Italie
En étudiant la longévité des habitants de la Sardaigne, une île italienne de la mer Méditerranée située au sud de la Corse, les démographes Pes et Poulain et leurs collaborateurs ont localisé des zones où vivent davantage de centenaires. Ces longevity hot spots ou Blue Zones (les chercheurs utilisaient initialement un marqueur bleu pour délimiter ces zones sur une carte) se trouvent dans une région montagneuse de l’île, la Barbagia, qui était encore difficile d’accès il y a de cela quelques décennies à peine. Une telle situation géographique décourage l’immigration et favorise la consanguinité, diminuant la diversité du patrimoine génétique. Dans la zone où l’on retrouve une longévité exceptionnelle, au sud-est de la province de Nuoro, 91 personnes sont devenues centenaires parmi les 18 000 personnes qui sont nées dans la région entre 1880 et 1900. Dans un village en particulier, Seulo, 20 centenaires ont été recensés entre 1996 et 2016. En comparaison, selon Statistiques Canada, il y avait 17,4 centenaires pour 100 000 habitants au Canada en 2011.

L’analyse de gènes impliqués dans l’inflammation, le cancer et les maladies cardiaques n’a pas révélé de différence significative qui pourrait être liée à la longévité exceptionnelle des Sardes. Les chercheurs suspectent donc que les caractéristiques environnementales, le style de vie et la nourriture sont beaucoup plus importants que des prédispositions génétiques pour vivre longtemps et en santé. Plusieurs de ces centenaires sardes sont des bergers ou des fermiers qui ont fait beaucoup d’activité physique au grand air tout au long de leur vie. L’alimentation sarde, qui fait partie du régime méditerranéen, pourrait jouer un rôle important dans la longévité des habitants de cette Blue Zone. En effet, le régime alimentaire sarde consiste en des légumes cultivés à la maison (surtout des fèves, tomates, aubergines), du pain de grains entiers, du fromage pecorino fait de lait entier de brebis nourries à l’herbe, du vin rouge local particulièrement riche en polyphénols. Le régime traditionnel sarde n’incluait de la viande qu’une fois par semaine tout au plus. Lorsque le journaliste Dan Buettner a demandé à quelques-uns de ces centenaires quelle était la raison de leur longévité exceptionnelle, plusieurs ont mentionné l’importance de la famille et des liens sociaux ; en Sardaigne les vieillards vivent avec la famille et non pas dans des maisons de retraite.

Okinawa, Japon
C’est au Japon qu’on retrouve l’une des plus grandes concentrations de centenaires dans le monde, plus de 34,7 pour 100 000 habitants en 2010. Les habitants des îles de l’archipel Okinawa au sud-ouest du Japon ont une espérance de vie particulièrement élevée et l’on a recensé dans cette préfecture 66,7 centenaires par 100 000 habitants. Les femmes vivant à Okinawa ont 3 fois plus de chance de vivre jusqu’à 100 ans que les Nord-américaines. Le régime alimentaire d’Okinawa est basé sur les végétaux, beaucoup de légumes à feuilles vertes, patates douces, poissons et fruits de mer. La majorité des centenaires d’Okinawa ont maintenu un jardin potager au cours de leur vie, une activité physique modérée qui permet de rester en forme et de réduire le stress. Les habitants d’Okinawa pratiquent traditionnellement l’autorestriction alimentaire en suivant l’enseignement d’inspiration confucéenne « hara hachi bu » qui préconise de manger de façon à être rassasié à 80 % à la fin d’un repas. Les personnes âgées à Okinawa sont très actives et maintiennent de forts liens familiaux et sociaux, par exemple lors de réunions régulières appelées « moai ». Il est très important pour eux de donner un sens à leur vie, d’avoir un « ikigai » c’est-à-dire d’avoir une raison de se lever chaque matin.

Nicoya, Costa Rica
L’espérance de vie est relativement élevée au Costa Rica (82,1 pour les femmes et 77,4 pour les hommes), mais elle l’est tout particulièrement dans une région de la péninsule de Nicoya où les hommes âgés de 60 ans ont 7 fois plus de chances de devenir centenaires que les autres Costariciens. Comme la Sardaigne, Nicoya est une région qui a été relativement isolée pendant des centaines d’années. Le taux de mortalité due au cancer y est 23 % moins élevé que dans le reste du pays et les habitants de Nicoya ont un régime alimentaire basé sur les plantes (courges, haricots noirs, tortillas de maïs, beaucoup de fruits locaux), mais qui comprend aussi des œufs et de la viande (poulet et porc). Les centenaires de Nicoya sont très actifs physiquement, ils ont de forts liens familiaux, une forte foi religieuse et ils aiment travailler. Ils sont peu stressés et sont généralement très positifs et heureux.

Loma Linda, États-Unis
La seule Blue Zone identifiée en Amérique du Nord est située à Loma Linda, une ville de la Californie du Sud située à 100 km à l’est de Los Angeles où il y a une communauté de 9000 membres de l’Église adventiste du septième jour. En Californie, un homme adventiste âgé de 30 ans vivra en moyenne 7,3 années de plus qu’un Californien de race blanche du même âge. Une femme adventiste âgée de 30 ans vivra en moyenne 4,4 ans de plus qu’une Californienne du même âge. Sachant qu’environ les deux tiers des Américains meurent des suites d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer, il n’est pas surprenant que les adventistes vivent plus longtemps puisque leur mode de vie fait en sorte qu’ils sont moins à risque de développer ces maladies. Environ la moitié des adventistes sont végétariens ou mangent rarement de la viande et les adventistes non végétariens sont deux fois plus à risque de développer une maladie cardiovasculaire. La majorité des adventistes sont non-fumeurs et ne boivent pas d’alcool. Ils ont par conséquent une incidence de cancer du poumon moins élevée que les Américains en général. Les adventistes sont actifs physiquement et ont un esprit communautaire très développé, car ils sont très croyants et leur église incite ses membres à s’entraider.

Icarie, Grèce
L’Icarie est une île grecque de la mer Égée orientale où un habitant sur trois atteindra l’âge de 90 ans. L’incidence de cancer, de maladie cardiovasculaire, du diabète et de démence y est significativement moins élevée. Comme en Sardaigne, Okinawa et autres Blue Zones, les Icariens maintiennent un jardin potager à la maison et mènent une vie peu stressante. Le régime alimentaire des Icariens, de type méditerranéen, est composé de légumes (pommes de terre, pois, lentilles, légumes à feuilles vertes), de fruits, d’huile d’olive, de poissons, de lait de chèvre, de produits laitiers et d’un peu de viande. Les Icariens mangent peu de sucre et ils boivent quotidiennement du café, du vin rouge et des tisanes à base de romarin, de sauge, d’origan et d’artémise. Les Icariens qui observent le calendrier de l’Église orthodoxe grecque doivent se soumettre régulièrement à un jeûne ; or la restriction calorique est reconnue pour ralentir le processus de vieillissement chez les mammifères.

Les habitants des « Blue Zones », Okinawa, Sardaigne, Nicoya, Icarie et Loma Linda, partagent des caractéristiques dans leur style de vie qui contribuent à leur longévité. Dan Buettner dans son livre The Blue Zones dresse une liste de 9 caractéristiques communes :

– Activité physique modérée et régulière, tout au long de la vie.
– Restriction calorique.
– Semi-végétarisme, la nourriture provenant en grande partie de plantes.
– Consommation modérée d’alcool (vin rouge en particulier)
– Donner un sens à sa vie.
– Réduire le stress.
– Engagement dans la spiritualité ou la religion.
– La famille est au centre de la vie.
– Engagement social, intégration dans la communauté.

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Pourquoi le cardiologue d’intervention s’intéresse-t-il à la cardiologie environnementale?

En raison d’un stupéfiant tableau de l’OMS : les hommes russes et ukrainiens (25-64 ans) ont un taux de mortalité cardiovasculaire 11 fois plus élevé (1100 % !!) que les Suisses et les Espagnols. Monstrueuse différence que les facteurs de risque classiques n’expliquent pas à eux seuls. J’ai pris acte de cette statistique lors de la rédaction d’un livre de vulgarisation pour les Éditions du CHU Ste-Justine, « Prévenir l’infarctus ». Pour documenter ce livre, j’ai consulté des centaines de documents que normalement un cardiologue d’intervention ne lit pas, dont les rapports de l’OMS, de l’ONU, de l’UNESCO, du CDC, du NIH, de l’EPA, du GIEC.

Bref, intrigué par ce tableau de l’OMS, je suis sorti de ma zone de confort en posant la simple question « Quelle est la part de l’environnement dans les maladies cardiovasculaires? ». De là sont apparus « Planète Cœur » en 2011, puis « Planet Heart » chez Greystone Books en 2014.

Les facteurs de risque individuels de la maladie sont bien identifiés : hérédité, tabac, diabète, hypercholestérolémie, hypertension, obésité, sédentarité. Dans notre école traditionnelle de médecine, on a bien caractérisé les facteurs héréditaires et individuels mais ce n’est que récemment que l’on s’est intéressé aux facteurs environnementaux.

En prenant du recul, on réalise que la maladie cardiovasculaire était beaucoup moins fréquente dans l’ère préindustrielle. De fait, de 1900 à 1950, le nombre d’infarctus a quadruplé aux USA, motivant l’étude Framingham. Les humains vivant hors du monde industriel en sont aussi beaucoup moins affligés. Dans le temps et l’espace, chaque révolution industrielle a vu déferler une vague de mortalité cardiovasculaire. Principaux responsables environnementaux: nano-agresseurs aériens (polluants), nano-agresseurs alimentaires (additifs industriels), minéralisation urbaine.

Il a fallu attendre mars 2014 pour que l’OMS révèle que 7 millions de décès sont imputables à la pollution de l’air, un décès sur huit mondialement. On pense évidemment aux pays émergents comme principales victimes. Toutefois il faut rappeler qu’au Canada (2008), David Boyd d’UBC estimait à 20,000 le nombre de décès excédentaires et à 9,1 milliards les frais de santé imputables à l’environnement.

Les mécanismes par lesquels les polluants atmosphériques entrainent infarctus, AVC et morts subites sont aujourd’hui bien documentés sur le plan épidémiologique et physiologique. Résumons-les en stress oxydatif et inflammation systémique. Heureusement, les progrès sont significatifs: les taux de polluants des centres-villes canadiens des années 50-60 donnent froid dans le dos au vu des connaissances récentes.

Une victoire récente et historique: en 2014, Montréal et Toronto voient un été sans smog pour la première fois depuis que l’on fait des relevés. L’Université de Toronto a estimé qu’avec cette amélioration de la qualité de l’air il y a eu baisse des mortalités excédentaires dues à la pollution (1300 contre 1700 en 2004) et baisse des hospitalisations (3,550 contre 6,000). Les experts l’attribuent principalement à la fermeture des usines au charbon et au programme « Drive Clean » ontarien.

Il y a eu une victoire semblable dans les années 80. Avec l’éradication règlementée du plomb dans l’essence, les niveaux de plomb ambiant ont tellement baissé que le Réseau de surveillance de la qualité de l’air (RSQA) de Montréal ne le mesure plus. On se rappelle de la crise initiale pour faire ce changement massif.  Aujourd’hui, tous s’en félicitent. Hormis le classique saturnisme et la démence, le plomb cause de l’hypertension et des infarctus.

Mais il reste encore beaucoup à faire : seulement une journée sur trois est considérée comme « bonne » (indice de la qualité de l’air <25) au centre-ville de Montréal. Une étude récente faite à Boston par l’Université Harvard démontre que lorsque l’air passe de « bon » à « passable » (IQA 25-50), il y a hausse de 35-50% d’AVC.

Le Chicago Medicine d’octobre 2014 souligne cette estimé de l’Environment Protection Agency (EPA): chaque dollar investi pour se conformer au « Clean Air Act » entraine une réduction de $25 en frais de santé.

Avec les nano-agresseurs aériens émis par les combustibles fossiles, des nano-agresseurs alimentaires sont apparus dans notre quotidien: les additifs alimentaires industriels. Parmi une kyrielle de nouvelles molécules, trois en particulier entrainent leur lot de complications : excès de sel omniprésent, gras trans et sucres industriels ajoutés, en particulier le sirop fructose-glucose. La dissémination massive de ces molécules entraine hypertension, dyslipidémie, syndrome métabolique, obésité et à terme infarctus et AVC. La pollution atmosphérique aggrave ces agressions.

Plusieurs avis et mots d’ordre sont donnés par les associations, souvent en vain par manque de juridiction efficace. Et en raison des 30,000 messages publicitaires de malbouffe que l’enfant reçoit avant l’âge adulte sans parler des distributrices de sodas dans les écoles et leur proximité des « fast-foods ».

La conjonction de la pollution et de la nourriture industrielle s’additionne et entraine dans nos artères la tempête vasculaire parfaite, élégamment démontré dans les laboratoires du respecté Dr Valentin Fuster du Mount-Sinaï de New York. Ses doctorants ont démontré que des souris exposés simultanément à de la nourriture grasse (type fast-food) et de la pollution développent des plaques massives d’athérosclérose dans leurs aortes. Pollution et nourriture industrielle se potentialisent.

Par ailleurs, le milieu urbain s’étend, se minéralise et de nouvelles contraintes apparaissent : ilots de chaleur urbain, pics de smogs, absence de couvert végétal qui tempère et filtre l’air, problèmes de ruissèlement et de drainage.

2003, coup de semonce climatique en Europe : 70,000 décès excédentaires lors de la canicule d’août, dont 20,000 en France surtout dans les milieux urbains minéralisés. À Paris, les morgues ne suffisent pas, on entasse les cadavres dans les frigos à viande. Situation irréelle dans ce pays considéré par l’OMS comme ayant le meilleur système de santé. Sur un évènement climatique, l’espérance de vie recule en France pour la première fois depuis la 2ème guerre mondiale. Le concept d’ilot de chaleur urbain gagne en force.

Nouveau regard sur la déforestation, nous réalisons que nous avons coupé la moitié des forêts de la Terre. Nous réalisons aussi l’importance des arbres dans nos milieux urbains, dans tous les aspects de notre vie : beauté et harmonie, bien-être psychique et physique, tempérance de climat, diminution des frais d’énergie des bâtiments, purification de l’air, extraction et métabolisme des molécules polluantes.

Des centaines d’études témoignent des effets positifs des arbres dans notre milieu, la plus spectaculaire étant celle des Écossais Mitchell et Popham (Lancet 2008) qui ont voulu mesurer l’impact du niveau socioéconomique et d’un milieu vert sur la santé. Sur les 40 millions de sujets britanniques de l’étude, toute classe confondue, on observe 6% moins de mortalité cardiovasculaire en milieu vert en seulement 5 ans de suivi. Mais surtout, on observe en milieu vert une diminution de moitié de la différence de mortalité cardiaque liée au niveau socioéconomique. Trois mécanismes : moins de pollution en milieu vert, filtration et épuration de l’air par les arbres, action positive bénéfique des protéines arboricoles sur notre organisme.

Les économistes réalisent maintenant l’ampleur économique du capital vert urbain. La banque Toronto Dominion évalue à 4,5 milliards de dollars la valeur de la canopée de Montréal, en raison de tous les services fournis par cette biodiversité. Au Canada, chaque dollar dépensé pour le maintien de la forêt urbaine entraine un bénéfice de $1,88 à $12,70 selon la ville.

Mode solution. Les hôpitaux d’abord.

Si une cité éradique les nano-agresseurs aériens et alimentaires et promeut un milieu vert et actif, cette cité peut s’attendre à une baisse de 25 à 75 % de morbidité cardiovasculaire.

Lors du premier sommet Climat-Santé de l’OMS en août 2014, plusieurs pays et organismes ont signé une entente de reforestation et s’engagent à planter 100 millions d’arbres. Partout, l’application des différents « Clean Air Acts » entraîne une baisse de mortalité cardiovasculaire. L’argumentaire de la santé rejoint celle des changements climatiques : moins de combustibles fossiles, plus d’arbres. Montréal s’engage à augmenter la canopée de 20 à 25%. Révolution? Toronto est à 27%, Halifax est à 40%, et le grand Vancouver à 42%.

Les centres de santé sont des acteurs importants de nos milieux, non seulement pour les soins que l’on y donne, mais aussi comme exemple de bons citoyens corporatifs. De plus en plus, on se préoccupe de l’empreinte environnementale des bâtiments et on les jauge avec les critères BOMA et LEAD. L’hôpital vert émerge. La santé environnementale rejoint les objectifs des experts du climat. Dans le mandat global du gouvernement du Québec, on note la préoccupation que tous les ministères et organismes (MO) incluent dans leur développement une stratégie pour abaisser les émissions de GES, de polluants et optent sur des solutions vertes à tous égards. Les 3R (réduction, réemploi, recyclage) se diffusent dans le système de santé, conscient que les hôpitaux émettent à eux seuls 2% des GES du pays.

Les modèles urbains se multiplient: l’ÉcoCampus Hubert Reeves du Technoparc Montréal de Ville-St-Laurent; la Cité-de-la-santé avec ses sources géothermiques et son reverdissement (sans parler de l’élimination des frites du menu); la bibliothèque du Boisé de Ville St-Laurent, non seulement un chef d’oeuvre architectural certifié LEED, mais une intégration harmonieuse à un boisé et à la trame urbaine. Les exemples se multiplient en progression avec les nouvelles façons de concevoir l’humain dans la ville.

Les institutions de santé commencent à s’inclure dans cette démarche d’hygiène environnementale. La Journée de l’arbre de la santé (23 septembre 2015) s’étend maintenant de Sherbrooke à Val d’Or en passant par Trois-Rivières et Lanaudière. Cette journée est une occasion pour souligner les liens entre environnement et santé, de diffuser des connaissances récentes en santé environnementale et de souligner les bons coups de nos institutions.

À Montréal, cette journée s’inscrit dans la démarche du Mouvement Ceinture verte et de l’Alliance Forêt urbaine de Montréal qui vise l’augmentation de la canopée de Montréal surtout en milieu défavorisé et industriel.

J’ai le privilège d’être représentant de la santé au comité-aviseur du Ministre de l’environnement du Québec dans la lutte aux changements climatiques (PACC 2015-2020). Dans ce comité très représentatif des différents acteurs concernés, il y a beaucoup d’efforts faits pour atteindre les objectifs de réduction des GES en plus de mobiliser toutes les ressources vers ce que l’on peut appeler des cité cardio-protectrices. Un tel comité est au moins symbole d’espoir mais nous souhaitons qu’il soit aussi catalyseur de bienfaits concrets.

En dépit des soubresauts politico-administratifs temporels, les administrateurs hospitaliers et les médecins doivent intégrer ces  nouvelles connaissances à leurs décisions pour joindre les efforts des gouvernements et entreprises. Chacun de nos gestes individuels renforce les comportements collectifs. Penser globalement, agir localement.

Donc le 27 septembre 2017, soyez tous bienvenus à la Journée de l’arbre de la santé! Pour plus d’informations, visitez le site de Médecins francophones du Canada 

François Reeves MD FRCPC
Cardiologue d’intervention, CHUM et Cité-de-la-santé de Laval
Professeur agrégé de médecine avec affiliation à l’École de santé publique,
Université de Montréal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étude PURE sur l’alimentation et la santé:  des résultats surprenants, mais des conclusions prématurées.

Étude PURE sur l’alimentation et la santé:  des résultats surprenants, mais des conclusions prématurées.

Les résultats de l’étude PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology) présentés au dernier congrès de l’European Society of Cardiology ont fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. Cette grande étude d’observation avait comme objectif d’examiner l’impact des habitudes alimentaires sur la santé des habitants de 18 pays ayant un statut socioéconomique faible (Bangladesh, Inde, Pakistan, Zimbabwe), moyen (Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Iran, Malaysie, Palestine, Pologne, Afrique du Sud, Turquie) ou élevé (Canada, Suède, Émirats arabes unis). Environ 135,000 personnes ont rempli un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires au début de l’étude et leur état de santé a été suivi pendant une période de 7 ans.

Les résultats obtenus font l’objet de trois articles publiés simultanément dans le journal britannique Lancet.  Le premier porte sur la relation existant entre la consommation de fruits, légumes et légumineuses et l’incidence de maladies (cardiovasculaires ou autres) et la mortalité, le deuxième porte sur l’influence des différents macronutriments (glucides, lipides, protéines) sur ces mêmes paramètres, tandis que le troisième présente les variations des taux de lipides sanguins et de la tension artérielle en fonction de l’apport en macronutriments.

Deux principaux résultats ont retenu l’attention :

  • la consommation de fruits, légumes et légumineuses est associée à une meilleure santé et une réduction de la mortalité, mais cet effet protecteur est maximal à 3 portions par jour, ce qui suggère que, contrairement aux recommandations actuelles, manger plus de végétaux n’apporte pas de bénéfices concrets pour la santé.
  • La consommation élevée de glucides (plus de 60 % des calories) est associée à un risque accru de mortalité, tandis qu’un apport plus élevé en gras (incluant en gras saturés) diminue le risque de mortalité.

Selon les auteurs de l’étude, ces observations suggèrent que les glucides sont plus néfastes pour la santé que les gras et qu’on devrait revoir les recommandations nutritionnelles actuelles, notamment en ce qui  concerne la réduction de l’apport en gras saturés.

Ces conclusions sont prématurées pour plusieurs raisons, la première étant que les études d’observation de ce type servent généralement à générer des hypothèses qui seront par la suite testées à l’aide d’études d’intervention, par exemple des essais randomisés.

Les études d’observation sont également très sensibles à l’influence de plusieurs facteurs de confusion (facteurs confondants) qui peuvent perturber le lien entre une exposition donnée (l’alimentation, par exemple) et l’effet mesuré (une maladie, mortalité).  Selon plusieurs experts, l’étude PURE semble vulnérable à certains de ces facteurs, en particulier la situation socio-économique des participants à l’étude.  Par exemple, une personne qui mange 70 % de ces calories sous forme de glucides (le riz par exemple) est forcément une personne mal nourrie, qui présente plusieurs carences alimentaires qui la rendent plus susceptible d’être touchée par différentes maladies et de décéder prématurément.

Pour un tour d’horizon des principales critiques de l’étude PURE, on peut consulter le texte du Dr David Katz de l’Université Yale, la réaction d’experts en nutrition, différents billets par le Dr Joel Kahn, NutritionWonk, Nutrevolve ainsi que certains commentaires publiés sur Twitter.  Ces commentaires très pertinents  soulignent à quel point il serait prématuré de modifier les recommandations actuelles sur la base d’une seule étude d’observation.