Peut-on vraiment être obèse et en bonne santé ?

Peut-on vraiment être obèse et en bonne santé ?

Les personnes qui sont en surpoids, et plus particulièrement celles dont l’excès de gras est localisé au niveau abdominal, présentent fréquemment une série de dérèglements du métabolisme collectivement regroupés sous le terme de « syndrome métabolique » (voir l’encadré). Les personnes qui sont touchées par un ou deux de ces dérèglements ont deux fois plus de risque d’être affectées prématurément par une maladie cardiovasculaire, une hausse qui peut même atteindre 5 fois chez les individus qui présentent l’ensemble de ces conditions et qui en plus sont diabétiques.

Le syndrome métabolique

Le syndrome métabolique n’est pas une maladie au sens strict du terme, mais un regroupement d’un certain nombre de dérèglements du métabolisme qui, pris collectivement, augmentent de façon très importante le risque de maladies cardiovasculaires. Cliniquement, ce syndrome est défini par les anomalies suivantes :

– Tour de taille supérieur à 102 cm pour les hommes et à 88 cm pour les femmes

– Hypertriglycéridémie (> 1,7 mmol/L)

– Cholestérol-HDL bas (< 1,0 mmol/L pour les hommes et < 1,3 mmol/L pour les femmes)

– Taux de glucose à jeun élevé (> 6,1 mmol/L)

– Hypertension (>135/85 mm Hg)

Les mécanismes impliqués dans la genèse du syndrome métabolique sont d’une grande complexité, mais mentionnons seulement que c’est la résistance à l’insuline qui se développe chez les personnes en surpoids qui est la grande responsable de ces anomalies (voir notre article sur la question).

Obésité « santé » ?

Certaines études ont observé qu’une certaine proportion des personnes obèses (pouvant varier entre 6 et 40 % selon les critères utilisés pour définir ce qui est « normal ») ne présentent pas ces dérèglements du métabolisme typiques de la surcharge pondérale et peuvent en conséquence être considérées en « bonne santé métabolique » (« fat but fit », selon l’expression anglaise).  Ces personnes ont une glycémie et des taux d’insuline normaux, ne sont pas hypertendues et possèdent un profil de lipides sanguins normal. En conséquence, malgré leur obésité, il a été proposé (ici et ici, par exemple) que ces personnes ne sont pas plus à risque d’être touchées par le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires que la population de poids normal.

Plusieurs études réalisées au cours des dernières années ont cependant remis en question ce concept « d’obésité santé ».  D’une part, une méta-analyse de 8 études (plus de 60,000 patients) indique que les personnes obèses en bonne santé métabolique ont un risque accru (25 %) de mortalité totale ou liée à des événements cardiovasculaires comparativement aux personnes minces. Une autre méta-analyse combinant les données acquises sur un plus grand nombre d’études (22 études prospectives impliquant plus d’un demi-million de participants) en arrive à des conclusions similaires, c’est-à-dire que les personnes obèses étaient plus à risque d’être touchées par un événement cardiovasculaire (hausse de 60 %), et ce, même si elles étaient en bonne santé métabolique.  Ces résultats ont été confirmés par une très grande étude, réalisée auprès de 3,5 millions d’individus, et qui montre que les personnes obèses et considérées en bonne santé métabolique demeurent à plus haut risque de maladies coronariennes, d’AVC et d’insuffisance cardiaque comparativement à celles qui ne présentent pas d’anomalies métaboliques et qui sont de poids normal.

État transitoire

Une étude récemment publiée dans le journal du collège américain de cardiologie (JACC) suggère que cette hausse du risque de maladies cardiovasculaires observée chez les personnes obèses, même celles sont en bonne santé métabolique, est dû au fait que cet état est transitoire : les chercheurs ont en effet observé qu’environ la moitié des personnes obèses avaient développé un syndrome métabolique au cours des 10 années de l’étude, et que plus l’apparition de ce syndrome était précoce, plus grand était le risque de maladies cardiovasculaires. Ce concept de l’obésité santé comme un état temporaire est également suggéré par les résultats d’une étude réalisée auprès d’une cohorte de fonctionnaires britanniques (étude Whitehall II)  et qui montrait que la moitié des personnes obèses en bonne santé  métabolique étaient devenues en mauvaise santé dans les 20 années suivantes.  Autrement dit, le corps peut compenser à court terme les dérèglements causés par l’excès de masse adipeuse, mais cette adaptation est la plupart du temps temporaire de sorte qu’une exposition prolongée à l’obésité finit par altérer le métabolisme et favoriser le développement de maladies cardiovasculaires.

Dommages collatéraux

Il faut aussi mentionner que les effets de l’obésité ne se limitent au risque de développer une maladie coronarienne ou un AVC.  Même dans les études où les personnes obèses en bonne santé métabolique ne présentaient pas de hausse du risque d’infarctus, une importante hausse du risque d’insuffisance cardiaque (70 %) a été observée, un effet sans doute lié à l’augmentation du volume sanguin et à de la charge de travail du muscle cardiaque chez les personnes obèses.

De plus, le concept d’obésité santé peut être relatif.  Même si une personne en surpoids est en bonne santé métabolique, sans présenter de signes avant-coureurs de diabète, d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires, elle demeure néanmoins à plus haut risque de développer certaines maladies que les personnes de poids normal (ostéoarthrite, maladies pulmonaires, phlébites, infertilité, certains types de cancers, etc.).  Commne le mentionnait récemment les Drs Paul Poirier et Jean-Pierre Després dans la revue Circulation,  ce qui peut être considéré « santé » par un endocrinologue (glycémie et réponse à l’insuline normales) ne l’est pas nécessairement pour un orthopédiste qui est appelé à traiter les douleurs musculo-squelettiques d’une personne obèse.

Même s’il est encore peu connu par la population en général, le lien entre obésité et cancer est particulièrement préoccupant, car une analyse réalisée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains a montré que le surpoids augmente le risque de treize types de cancers, et que sur les quelque 630,000 cancers diagnostiqués en 2014 aux États-Unis, environ 40 % d’entre eux étaient liés à un poids excessif.   Cette hausse du risque ne semble pas épargner pas les personnes obèses en bonne santé métabolique, car ces personnes sont significativement plus à risque de développer des adénomes colorectaux, un précurseur bien caractérisé de cancer colorectal.

En somme, on doit donc considérer que dans la grande majorité des cas, l’obésité est un état pathologique incompatible avec une bonne santé, associé à une hausse importante du risque de plusieurs maladies graves, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète et plusieurs types de cancers.

Le mariage réduirait le risque de démence

Le mariage réduirait le risque de démence

La démence est devenue un enjeu de société mondial important à cause du vieillissement de la population, de l’augmentation du nombre de personnes atteintes et de l’absence de traitement efficace. Selon des estimations, il pourrait y avoir plus de trois fois plus de personnes atteintes de démence en 2050 qu’en 2010. Sachant qu’environ 60 % des cas de démence sont dus à la maladie d’Alzheimer, il pourrait y avoir 106 millions de personnes atteintes de cette maladie dans le monde en 2050, par rapport à 30 millions en 2010. Environ un tiers des cas de maladie d’Alzheimer pourraient être attribuable à des facteurs de risque modifiables. L’incidence de cette maladie pourrait être réduite en améliorant l’accès à l’éducation et en instaurant des mesures pour promouvoir la réduction des facteurs de risque vasculaires (inactivité physique, tabagisme, hypertension, obésité et diabète au mi-temps de la vie) et la dépression.

Une récente méta-analyse de 15 études auprès de 812 047 participants indique que les personnes mariées ont un risque moins élevé de développer une démence que les personnes qui ont été célibataires tout au long de leur vie et que les personnes veuves. Le risque de démence des célibataires à vie est 42 % plus élevé que celui des personnes mariées, alors que celui des personnes veuves est 20 % plus élevé. Les personnes divorcées n’ont pas plus de risque de démence que les personnes mariées, mais les auteurs notent que ce résultat peut être dû au nombre peu élevé de divorcés inclus dans les études analysées.

L’effet protecteur du mariage peut être expliqué de plus d’une façon. Premièrement, le mariage pourrait réduire l’exposition des individus aux facteurs de risque modifiables de la démence. Il y a des indications que les personnes mariées sont plus enclines à avoir un style de vie plus sain. Le risque résiduel plus élevé pour les personnes vivant seules tout au long de leur vie, après pondération pour l’âge, le genre, l’éducation et la santé physique, est probablement dû à une différence dans les interactions sociales quotidiennes. Les interactions sociales peuvent contribuer à construire une « réserve cognitive » et à réduire le risque de démence au cours de la vie. La réserve cognitive signifie qu’un individu a une plus grande capacité à surmonter des atteintes neuropathologiques en utilisant des approches cognitives compensatoires, ce qui permet au cerveau de maintenir sa capacité d’apprendre et de fonctionner dans la vie de tous les jours.

Deuxièmement, le décès d’un conjoint peut avoir un effet direct sur le risque de démence, à cause de l’effet néfaste du stress sur les neurones de l’hippocampe ou sur la cognition. Troisièmement, le développement d’une démence peut être lié à d’autres facteurs sous-jacents, tels des caractéristiques cognitives ou des traits de personnalité. Dans des sociétés où le mariage est encore la norme, les personnes qui ont moins de souplesse d’esprit et qui ont des difficultés à communiquer, et qui par conséquent développent moins de réserve cognitive au cours de leur vie sont peut-être moins enclines à se marier. Le mariage est moins commun en Occident depuis la dernière moitié du 20esiècle, et il est probable que les personnes vivant seules qui sont nées à cette époque ont moins de traits cognitifs et de personnalité inhabituels que les générations précédentes. Il semble que les célibataires d’aujourd’hui sont plus susceptibles que les personnes mariées de maintenir des liens sociaux, de donner ou recevoir de l’aide d’amis et parents.

Les facteurs de risques de démence.
Un rapport de la « Lancet Commission on Dementia Prevention, Intervention and Care » définit neuf facteurs de risque de démence potentiellement modifiables (voir tableau 1). L’éducation et la perte d’audition sont les facteurs de risque de démence les plus importants. Les facteurs de risque qui pourraient être liés aux célibataires et aux personnes veuves, tels l’isolement social (risque relatif de 1,6) et la dépression (risque relatif de 1,9), ont une fraction étiologique du risque de 2,3 % et 4,0 %, respectivement (estimation des cas de démence qui pourraient être évités si l’exposition au facteur de risque était éliminée).

Tableau 1. Facteurs de risque de démence potentiellement modifiables.
Adapté de Livingston et coll., 2017.

 Risque relatif de démencePrévalenceFraction étiologique du risque (FER) pondérée
Dans l’enfance et l’adolescence (<18 ans)
Moins d’éducation (pas du tout ou à l’école primaire seulement)1.640 %7,5 %
Âge mûr (45-65 ans)
Hypertension1.68,9 %2,0 %
Obésité1.63,4 %0,8 %
Perte d’audition1.931,7 %9,1 %
Âge avancé (>65 ans)
Tabagisme1.627,4 %5,5 %
Dépression1.913,2 %4,0 %
Inactivité physique1.417,7 %2,6 %
Isolement social1.611,0 %2,3 %
Diabète1.56,4 %1,2 %

Ne pas être marié a été associé à plusieurs comportements délétères pour la santé et à plusieurs problèmes de santé. Par exemple, une étude prospective auprès d’une cohorte de 16 311 Néerlandais indique que les personnes mariées sont plus susceptibles de pratiquer des activités positives pour la santé, comme faire de l’exercice physique ou prendre un petit-déjeuner, et sont moins enclines à entreprendre des activités néfastes pour la santé comme fumer ou boire de l’alcool en quantité excessive.

Les personnes mariées ont un risque moindre de mourir prématurément que les célibataires. Une étude a estimé que les personnes qui n’ont jamais été mariées ont un risque 2,33 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Les personnes qui ont déjà été mariées (divorcées ou séparées) ont elles un risque 1,64 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Si on considère l’état matrimonial au mi-temps de la vie (40-69 ans) spécifiquement, les risques de mort prématurée sont 2,59 et 3,10 plus élevés pour les personnes qui n’ont jamais été mariées et celles qui l’ont déjà été, mais qui vivent désormais seules, respectivement. Des ajustements pour tenir compte de la personnalité (optimisme vs pessimisme) et des facteurs de risques pour la santé (tabagisme, niveaux d’exercice, consommation d’alcool, etc.) réduisent, mais n’éliminent pas l’impact du statut matrimonial.

Les femmes et la maladie coronarienne

Les femmes et la maladie coronarienne

Jusqu’à tout récemment, davantage d’attention a été portée au cancer du sein qu’aux maladies cardiaques chez les femmes ; or les risques d’être touchées par la maladie coronarienne sont plus élevés que pour le cancer du sein. En effet, le risque d’une femme de 50 ans d’être affectée par un cancer du sein au cours des dix prochaines années est de 2,4 % (le risque est de 12 % au cours de toute sa vie), alors que le risque d’être touchée par la maladie coronarienne est de 46 %.

On considère souvent, à tort, que la maladie coronarienne et les crises cardiaques touchent principalement les hommes. Il est vrai qu’avant la ménopause les femmes sont moins touchées que les hommes par la maladie coronarienne, mais le risque de développer cette maladie augmente après la ménopause et, à partir de 75 ans, les femmes et les hommes ont un risque égal d’être atteints par la maladie coronarienne.  En conséquence, les maladies cardiovasculaires représentent la deuxième cause de décès après le cancer au Canada, et ce autant pour les femmes (18,5 %) que pour les hommes (20,5 %).

 Symptômes spécifiques et diagnostic de la crise cardiaque chez les femmes
Le diagnostic d’infarctus du myocarde est souvent établi moins rapidement pour les femmes que pour les hommes. Ce retard s’explique par le fait que :

1) les femmes ont tendance à minimiser la gravité de leurs symptômes et à recourir à de l’aide médicale plus tardivement que les hommes ;

2) le diagnostic de crise cardiaque peut être plus difficile à établir chez les femmes que chez les hommes.

Cette difficulté s’explique en partie par le fait que les femmes ont davantage de symptômes atypiques de crise cardiaque que les hommes. Normalement, les symptômes classiques d’une crise cardiaque sont un inconfort au niveau de la poitrine prenant la forme d’une compression, d’un engorgement ou d’une douleur qui dure plus de quelques minutes, ou qui disparaît et revient. Par contre, certaines études montrent que plus de femmes que d’hommes ne rapportaient pas de douleur thoracique (19 % contre 13 %), et étaient plus susceptibles de présenter d’autres symptômes, les plus communs étant :

  • Douleurs au cou, à la mâchoire, aux épaules et à l’abdomen (plutôt qu’à la poitrine)
  • Essoufflement
  • Nausées ou vomissements
  • Étourdissements ou vertiges
  • Fatigue inhabituelle
  • Transpiration excessive

Ces derniers symptômes sont plus subtils que l’habituelle douleur à la poitrine souvent associée à la crise cardiaque.

Figure 1. Symptômes de la crise cardiaque (infarctus du myocarde) chez la femme et chez l’homme. Traduit et adapté de Generations Family Practice.

Ces difficultés à établir un diagnostic précis de crise cardiaque en raison de symptômes mal définis pourraient expliquer pourquoi les femmes meurent davantage d’une crise cardiaque que les hommes durant leur séjour à l’hôpital. Il faut cependant noter que d’autres études suggèrent que trop d’insistance a été mise sur les différences homme-femme en ce qui concerne les douleurs thoraciques et que la vaste majorité (92 %) des patients, autant hommes que femmes qui ont eu une crise cardiaque se sont plaints d’une douleur ou d’un inconfort à la poitrine.

Mortalité due à la maladie coronarienne
Les taux de mortalité due à la maladie coronarienne ont chuté considérablement durant les quatre dernières décennies en Occident. Par exemple, le taux de mortalité des Américains adultes a chuté de 395 à 125 décès par 100 000 pour les femmes (–68,4 %) et de 703 à 225 décès par 100 000 pour les hommes (–68,0 %) entre 1979 et 2011. Les données américaines récentes montrent que le taux de mortalité coronarienne a baissé à un rythme constant depuis une vingtaine d’années pour les femmes et les hommes âgés de 65 ans et plus (voir la figure 2 ci-dessous, voir aussi ici et ici). Cependant, depuis 1990 il y a un ralentissement important de la réduction de mortalité pour les jeunes (25 à 54 ans), tout particulièrement pour les jeunes femmes (figure 2, panneau du haut). En effet, après une diminution importante de la mortalité coronarienne des jeunes personnes entre 1979 et 1989 (–4,6 %/an pour les femmes et –5,5 %/an pour les hommes), la situation a cessé de s’améliorer notablement entre 1990 et 1999 (+0,1 %/an pour les femmes et –1,2 %/an pour les hommes) et entre 2000 et 2011 (–1,0 %/an pour les femmes et –1,8 %/an pour les hommes).

Figure 2. Tendances des taux de mortalité due à la maladie coronarienne pour les femmes et les hommes de trois groupes d’âge (25-55 ans ; 55-64 ans ; 65 ans et plus) aux États-Unis entre 1979 et 2011. D’après Wilmot et coll., 2015.

Les causes de cette amélioration médiocre du taux de mortalité coronarienne pour les jeunes femmes depuis une vingtaine d’années ne sont pas connues. Les causes, les facteurs de risque, et les conséquences de la maladie coronarienne ont surtout été étudiés auprès de populations âgées et les jeunes femmes y sont particulièrement sous-représentées. Contrairement à la perception répandue, les jeunes adultes (<50 ans) représentent jusqu’à 22 % des admissions à l’hôpital pour un syndrome coronarien aigu, et environ 25 % des patients de moins de 55 ans admis à l’hôpital pour un infarctus du myocarde aigu sont des femmes. Comparée aux hommes, les jeunes femmes ont davantage de comorbidités, font de plus longs séjours à l’hôpital et plus de femmes y décèdent. De plus, le score du risque de Framingham (estimation du risque cardiovasculaire) pour les femmes âgées de 35 à 54 ans a augmenté en moyenne de 3 % entre 1988 et 1994 et de 3,3 % entre 1995 et 2004.

 Facteurs de risque de la maladie coronarienne
Il y a tout d’abord les facteurs de risque non modifiables, c’est-à-dire ceux qui ne dépendent pas de notre volonté, qui sont responsables d’environ 15 à 20 % des décès associés aux maladies coronariennes : l’âge, le sexe et l’hérédité. Les femmes sont touchées par les maladies cardiovasculaires en moyenne dix années plus tard que les hommes, en raison de la protection offerte par les œstrogènes. Les facteurs de risque modifiables traditionnels de la maladie coronarienne sont les mêmes pour les femmes que pour les hommes : taux de cholestérol-LDL sanguin élevé, hypertension, obésité, résistance à l’insuline (hyperglycémie), syndrome métabolique. La mauvaise alimentation, le manque d’activité physique, le tabagisme et le stress excessif sont les quatre facteurs de risque primordiaux qui augmentent le risque de mortalité. Le cas échéant, votre médecin prescrira des médicaments pour réduire les facteurs de risque traditionnels (par exemple une statine pour diminuer le cholestérol-LDL ou un antihypertenseur si votre pression artérielle est élevée), mais il est très avantageux d’adopter une approche préventive en modifiant ses habitudes de vie (meilleure alimentation, faire de l’exercice, cesser de fumer), afin de diminuer les facteurs de risque et de bénéficier de l’ensemble des bienfaits des saines habitudes de vie.

Il y a des différences entre les femmes et les hommes quant à certains facteurs de risque. Les femmes diabétiques ont un risque plus élevé de maladie coronarienne que les hommes diabétiques. Le cœur des femmes est davantage affecté par le stress et la dépression que les hommes.   Le tabagisme est un facteur de risque plus important pour les femmes que les hommes. Les niveaux plus faibles d’œstrogènes après la ménopause sont un risque significatif de développer une microangiopathie. Enfin, la pression artérielle élevée ou le diabète durant la grossesse peut augmenter le risque à long terme d’hypertension et de diabète et augmenter le risque de développer une maladie cardiaque chez les mères et leurs enfants.

Les femmes de tout âge devraient prendre au sérieux les maladies cardiaques. Les femmes de moins de 65 ans, spécialement celles qui ont des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, doivent se préoccuper des facteurs de risque. Parmi les changements dans le style de vie que les femmes peuvent faire pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire les plus importants sont :

  • Cesser de fumer
  • Faire de l’exercice régulièrement (150 min/semaine, en segments de 10 min ou plus)
  • Maintenir un poids santé
  • Adopter un régime alimentaire sain, à base de céréales à grains entiers, fruits et légumes variés, légumineuses, produits laitiers à faible teneur en gras et de la viande maigre (volailles, poissons). Éviter les aliments ultra-transformés qui contiennent des gras trans et saturés, des sucres ajoutés et beaucoup de sel ainsi que les viandes rouges transformées (bacon, charcuteries). Éviter le plus possible les aliments industriels offerts par les chaînes de restauration rapide (fast-food).
Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Les grands principes d’une saine alimentation sont connus depuis plusieurs années et sont bien résumés par l’assiette « santé » conçue par des experts en nutrition de l’Université Harvard (voir la figure ci-dessous) :  il s’agit simplement de faire une large place aux aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, céréales à grains entiers), réduire la consommation de produits d’origine animale (les viandes rouges, par exemple) et d’éviter le plus souvent possible les aliments industriels transformés (comme les charcuteries, les boissons sucrées et la malbouffe en général).

Cette assiette est très différente de celle de la majorité des habitants des pays industrialisés : non seulement nous ne mangeons pas suffisamment d’aliments d’origine végétale, mais, en plus, la majeure partie de nos calories quotidiennes provient de produits industriels transformés.  Il n’y a pas de doute que ce type d’alimentation contribue à la forte incidence de maladies chroniques qui touche notre société, en particulier les maladies cardiovasculaires.

Gras monoinsaturés : l’huile d’olive supérieure au canard

Les bénéfices associés à une consommation accrue d’aliments d’origine végétale sont bien illustrés par deux études récentes qui ont comparé l’impact des gras et des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de maladie et de mortalité cardiovasculaires.

Dans la première étude, les chercheurs se sont penchés sur l’association existant entre l’apport alimentaire en acides gras monoinsaturés et le risque d’être touché par une maladie coronarienne. Ce type de matières grasses est très répandu dans l’alimentation (voir encadré) et l’originalité de cette étude est d’être parvenue pour la première fois à distinguer l’effet des gras monoinsaturés provenant des végétaux de ceux présents dans les produits animaux.   En examinant les habitudes alimentaires de 93,384 hommes et femmes pendant une période de 12 ans, les chercheurs ont noté qu’un apport élevé en gras monoinsaturés d’origine végétale était associé à une diminution (17 %) du risque d’un événement coronarien, tandis qu’à l’inverse, la consommation de gras monoinsaturés d’origine animale était associée à une légère hausse (5-10%) de ce risque.  Selon les auteurs, il est probable que cette différence s’explique par la présence simultanée de gras saturés dans les aliments d’origine animale qui contrecarre l’effet bénéfique des gras monoinsaturés. En conséquence, la meilleure façon de profiter des effets cardioprotecteurs des gras monoinsaturés est de privilégier la consommation de végétaux qui sont de bonnes sources de ces gras (les noix, par exemple) et d’utiliser l’huile d’olive comme corps gras principal, ce qui est en gros la base du régime méditerranéen.

Les acides gras monoinsaturés

Contrairement aux gras saturés, qui sont principalement retrouvés dans les produits animaux, et les gras polyinsaturés, qui sont surtout d’origine végétale, les gras monoinsaturés ont la particularité d’être présents à la fois dans les végétaux (huiles, noix, certains fruits comme les avocats) et dans les aliments d’origine animale (viandes, produits laitiers). En conséquence, ces acides gras sont omniprésents dans notre alimentation et peuvent représenter jusqu’à 12 % de l’apport calorique total. Un rôle positif des gras monoinsaturés sur la santé cardiovasculaire a été proposé à maintes reprises, notamment en raison des résultats positifs des études portant sur l’huile d’olive. Dans l’étude randomisée PREDIMED, par exemple, les chercheurs ont observé qque les personnes dont l’alimentation est riche en huile d’olive ou en noix (deux sources de gras monoinsaturés) avaient un risque envrion 30 % moindre d’être touchées par un événement cardiovasculaire. La meilleure source de gras monoinsaturés est incontestablement l’huile d’olive (73 % de tous les gras), mais certains gras animaux, le gras de canard en particulier, contiennent également des quantités appréciables de monoinsaturés (50 % de tous les gras). En se basant sur les résultats positifs obtenus avec l’huile d’olive, il a donc été proposé que cette particularité pourrait entrainer des bénéfices similaires en termes de prévention des maladies cardiovasculaires. En comparant pour la première fois l’effet des gras monoinsaturés végétaux et animaux, l’étude décrite dans le texte montre cependant que ce n’est pas le cas et que seuls les monoinsaturés d’origine végétale sont dotés d’un effet cardioprotecteur.

Protéines végétales

Dans la deuxième étude, un groupe de chercheurs californiens a comparé l’impact des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de mortalité cardiovasculaire des 81,337 participants à l’étude Adventist Health Study-2. En analysant les habitudes alimentaires de ces personnes, ils ont pu séparer l’apport en protéines en 5 grandes catégories d’aliments, soit les catégories « viandes »,  « fruits, légumes et légumineuses », « céréales », « aliments transformés » et « noix et graines ».  Lorsqu’ils ont comparé la mortalité cardiovasculaire qui affectait les personnes qui adhéraient à l’une ou l’autre de ces catégories, ils ont noté que celles qui consommaient le plus de viande avaient un risque de mortalité 60 % plus élevé, tandis que celles qui préféraient les noix et graines avaient au contraire un risque 40 % plus faible.  Les autres sources de protéines ne semblent pas quant à elles influencer significativement le risque de mortalité.  En somme, ces résultats indiquent qu’un apport régulier en protéines de sources végétales, plus particulièrement en noix et en graines, combiné à une diminution de la consommation de viandes, représente la combinaison optimale pour réduire le risque de mortalité prématurée des suites d’un événement cardiovasculaire.

Ces deux études confirment l’importance d’augmenter l’apport en végétaux pour prévenir les maladies cardiovasculaires.  Non seulement parce que ce changement s’accompagne forcément d’une réduction d’aliments transformés, mais aussi parce que cette simple modification influencera à elle seule la nature des protéines, des glucides et des lipides ingérés et, du même coup, l’ensemble des phénomènes qui favorisent l’apparition et la progression des plaques d’athérosclérose.