La démence est devenue un enjeu de société mondial important à cause du vieillissement de la population, de l’augmentation du nombre de personnes atteintes et de l’absence de traitement efficace. Selon des estimations, il pourrait y avoir plus de trois fois plus de personnes atteintes de démence en 2050 qu’en 2010. Sachant qu’environ 60 % des cas de démence sont dus à la maladie d’Alzheimer, il pourrait y avoir 106 millions de personnes atteintes de cette maladie dans le monde en 2050, par rapport à 30 millions en 2010. Environ un tiers des cas de maladie d’Alzheimer pourraient être attribuable à des facteurs de risque modifiables. L’incidence de cette maladie pourrait être réduite en améliorant l’accès à l’éducation et en instaurant des mesures pour promouvoir la réduction des facteurs de risque vasculaires (inactivité physique, tabagisme, hypertension, obésité et diabète au mi-temps de la vie) et la dépression.

Une récente méta-analyse de 15 études auprès de 812 047 participants indique que les personnes mariées ont un risque moins élevé de développer une démence que les personnes qui ont été célibataires tout au long de leur vie et que les personnes veuves. Le risque de démence des célibataires à vie est 42 % plus élevé que celui des personnes mariées, alors que celui des personnes veuves est 20 % plus élevé. Les personnes divorcées n’ont pas plus de risque de démence que les personnes mariées, mais les auteurs notent que ce résultat peut être dû au nombre peu élevé de divorcés inclus dans les études analysées.

L’effet protecteur du mariage peut être expliqué de plus d’une façon. Premièrement, le mariage pourrait réduire l’exposition des individus aux facteurs de risque modifiables de la démence. Il y a des indications que les personnes mariées sont plus enclines à avoir un style de vie plus sain. Le risque résiduel plus élevé pour les personnes vivant seules tout au long de leur vie, après pondération pour l’âge, le genre, l’éducation et la santé physique, est probablement dû à une différence dans les interactions sociales quotidiennes. Les interactions sociales peuvent contribuer à construire une « réserve cognitive » et à réduire le risque de démence au cours de la vie. La réserve cognitive signifie qu’un individu a une plus grande capacité à surmonter des atteintes neuropathologiques en utilisant des approches cognitives compensatoires, ce qui permet au cerveau de maintenir sa capacité d’apprendre et de fonctionner dans la vie de tous les jours.

Deuxièmement, le décès d’un conjoint peut avoir un effet direct sur le risque de démence, à cause de l’effet néfaste du stress sur les neurones de l’hippocampe ou sur la cognition. Troisièmement, le développement d’une démence peut être lié à d’autres facteurs sous-jacents, tels des caractéristiques cognitives ou des traits de personnalité. Dans des sociétés où le mariage est encore la norme, les personnes qui ont moins de souplesse d’esprit et qui ont des difficultés à communiquer, et qui par conséquent développent moins de réserve cognitive au cours de leur vie sont peut-être moins enclines à se marier. Le mariage est moins commun en Occident depuis la dernière moitié du 20esiècle, et il est probable que les personnes vivant seules qui sont nées à cette époque ont moins de traits cognitifs et de personnalité inhabituels que les générations précédentes. Il semble que les célibataires d’aujourd’hui sont plus susceptibles que les personnes mariées de maintenir des liens sociaux, de donner ou recevoir de l’aide d’amis et parents.

Les facteurs de risques de démence.
Un rapport de la « Lancet Commission on Dementia Prevention, Intervention and Care » définit neuf facteurs de risque de démence potentiellement modifiables (voir tableau 1). L’éducation et la perte d’audition sont les facteurs de risque de démence les plus importants. Les facteurs de risque qui pourraient être liés aux célibataires et aux personnes veuves, tels l’isolement social (risque relatif de 1,6) et la dépression (risque relatif de 1,9), ont une fraction étiologique du risque de 2,3 % et 4,0 %, respectivement (estimation des cas de démence qui pourraient être évités si l’exposition au facteur de risque était éliminée).

Tableau 1. Facteurs de risque de démence potentiellement modifiables.
Adapté de Livingston et coll., 2017.

 Risque relatif de démencePrévalenceFraction étiologique du risque (FER) pondérée
Dans l’enfance et l’adolescence (<18 ans)
Moins d’éducation (pas du tout ou à l’école primaire seulement)1.640 %7,5 %
Âge mûr (45-65 ans)
Hypertension1.68,9 %2,0 %
Obésité1.63,4 %0,8 %
Perte d’audition1.931,7 %9,1 %
Âge avancé (>65 ans)
Tabagisme1.627,4 %5,5 %
Dépression1.913,2 %4,0 %
Inactivité physique1.417,7 %2,6 %
Isolement social1.611,0 %2,3 %
Diabète1.56,4 %1,2 %

Ne pas être marié a été associé à plusieurs comportements délétères pour la santé et à plusieurs problèmes de santé. Par exemple, une étude prospective auprès d’une cohorte de 16 311 Néerlandais indique que les personnes mariées sont plus susceptibles de pratiquer des activités positives pour la santé, comme faire de l’exercice physique ou prendre un petit-déjeuner, et sont moins enclines à entreprendre des activités néfastes pour la santé comme fumer ou boire de l’alcool en quantité excessive.

Les personnes mariées ont un risque moindre de mourir prématurément que les célibataires. Une étude a estimé que les personnes qui n’ont jamais été mariées ont un risque 2,33 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Les personnes qui ont déjà été mariées (divorcées ou séparées) ont elles un risque 1,64 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Si on considère l’état matrimonial au mi-temps de la vie (40-69 ans) spécifiquement, les risques de mort prématurée sont 2,59 et 3,10 plus élevés pour les personnes qui n’ont jamais été mariées et celles qui l’ont déjà été, mais qui vivent désormais seules, respectivement. Des ajustements pour tenir compte de la personnalité (optimisme vs pessimisme) et des facteurs de risques pour la santé (tabagisme, niveaux d’exercice, consommation d’alcool, etc.) réduisent, mais n’éliminent pas l’impact du statut matrimonial.

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