Les femmes et la maladie coronarienne

Les femmes et la maladie coronarienne

Jusqu’à tout récemment, davantage d’attention a été portée au cancer du sein qu’aux maladies cardiaques chez les femmes ; or les risques d’être touchées par la maladie coronarienne sont plus élevés que pour le cancer du sein. En effet, le risque d’une femme de 50 ans d’être affectée par un cancer du sein au cours des dix prochaines années est de 2,4 % (le risque est de 12 % au cours de toute sa vie), alors que le risque d’être touchée par la maladie coronarienne est de 46 %.

On considère souvent, à tort, que la maladie coronarienne et les crises cardiaques touchent principalement les hommes. Il est vrai qu’avant la ménopause les femmes sont moins touchées que les hommes par la maladie coronarienne, mais le risque de développer cette maladie augmente après la ménopause et, à partir de 75 ans, les femmes et les hommes ont un risque égal d’être atteints par la maladie coronarienne.  En conséquence, les maladies cardiovasculaires représentent la deuxième cause de décès après le cancer au Canada, et ce autant pour les femmes (18,5 %) que pour les hommes (20,5 %).

 Symptômes spécifiques et diagnostic de la crise cardiaque chez les femmes
Le diagnostic d’infarctus du myocarde est souvent établi moins rapidement pour les femmes que pour les hommes. Ce retard s’explique par le fait que :

1) les femmes ont tendance à minimiser la gravité de leurs symptômes et à recourir à de l’aide médicale plus tardivement que les hommes ;

2) le diagnostic de crise cardiaque peut être plus difficile à établir chez les femmes que chez les hommes.

Cette difficulté s’explique en partie par le fait que les femmes ont davantage de symptômes atypiques de crise cardiaque que les hommes. Normalement, les symptômes classiques d’une crise cardiaque sont un inconfort au niveau de la poitrine prenant la forme d’une compression, d’un engorgement ou d’une douleur qui dure plus de quelques minutes, ou qui disparaît et revient. Par contre, certaines études montrent que plus de femmes que d’hommes ne rapportaient pas de douleur thoracique (19 % contre 13 %), et étaient plus susceptibles de présenter d’autres symptômes, les plus communs étant :

  • Douleurs au cou, à la mâchoire, aux épaules et à l’abdomen (plutôt qu’à la poitrine)
  • Essoufflement
  • Nausées ou vomissements
  • Étourdissements ou vertiges
  • Fatigue inhabituelle
  • Transpiration excessive

Ces derniers symptômes sont plus subtils que l’habituelle douleur à la poitrine souvent associée à la crise cardiaque.

Figure 1. Symptômes de la crise cardiaque (infarctus du myocarde) chez la femme et chez l’homme. Traduit et adapté de Generations Family Practice.

Ces difficultés à établir un diagnostic précis de crise cardiaque en raison de symptômes mal définis pourraient expliquer pourquoi les femmes meurent davantage d’une crise cardiaque que les hommes durant leur séjour à l’hôpital. Il faut cependant noter que d’autres études suggèrent que trop d’insistance a été mise sur les différences homme-femme en ce qui concerne les douleurs thoraciques et que la vaste majorité (92 %) des patients, autant hommes que femmes qui ont eu une crise cardiaque se sont plaints d’une douleur ou d’un inconfort à la poitrine.

Mortalité due à la maladie coronarienne
Les taux de mortalité due à la maladie coronarienne ont chuté considérablement durant les quatre dernières décennies en Occident. Par exemple, le taux de mortalité des Américains adultes a chuté de 395 à 125 décès par 100 000 pour les femmes (–68,4 %) et de 703 à 225 décès par 100 000 pour les hommes (–68,0 %) entre 1979 et 2011. Les données américaines récentes montrent que le taux de mortalité coronarienne a baissé à un rythme constant depuis une vingtaine d’années pour les femmes et les hommes âgés de 65 ans et plus (voir la figure 2 ci-dessous, voir aussi ici et ici). Cependant, depuis 1990 il y a un ralentissement important de la réduction de mortalité pour les jeunes (25 à 54 ans), tout particulièrement pour les jeunes femmes (figure 2, panneau du haut). En effet, après une diminution importante de la mortalité coronarienne des jeunes personnes entre 1979 et 1989 (–4,6 %/an pour les femmes et –5,5 %/an pour les hommes), la situation a cessé de s’améliorer notablement entre 1990 et 1999 (+0,1 %/an pour les femmes et –1,2 %/an pour les hommes) et entre 2000 et 2011 (–1,0 %/an pour les femmes et –1,8 %/an pour les hommes).

Figure 2. Tendances des taux de mortalité due à la maladie coronarienne pour les femmes et les hommes de trois groupes d’âge (25-55 ans ; 55-64 ans ; 65 ans et plus) aux États-Unis entre 1979 et 2011. D’après Wilmot et coll., 2015.

Les causes de cette amélioration médiocre du taux de mortalité coronarienne pour les jeunes femmes depuis une vingtaine d’années ne sont pas connues. Les causes, les facteurs de risque, et les conséquences de la maladie coronarienne ont surtout été étudiés auprès de populations âgées et les jeunes femmes y sont particulièrement sous-représentées. Contrairement à la perception répandue, les jeunes adultes (<50 ans) représentent jusqu’à 22 % des admissions à l’hôpital pour un syndrome coronarien aigu, et environ 25 % des patients de moins de 55 ans admis à l’hôpital pour un infarctus du myocarde aigu sont des femmes. Comparée aux hommes, les jeunes femmes ont davantage de comorbidités, font de plus longs séjours à l’hôpital et plus de femmes y décèdent. De plus, le score du risque de Framingham (estimation du risque cardiovasculaire) pour les femmes âgées de 35 à 54 ans a augmenté en moyenne de 3 % entre 1988 et 1994 et de 3,3 % entre 1995 et 2004.

 Facteurs de risque de la maladie coronarienne
Il y a tout d’abord les facteurs de risque non modifiables, c’est-à-dire ceux qui ne dépendent pas de notre volonté, qui sont responsables d’environ 15 à 20 % des décès associés aux maladies coronariennes : l’âge, le sexe et l’hérédité. Les femmes sont touchées par les maladies cardiovasculaires en moyenne dix années plus tard que les hommes, en raison de la protection offerte par les œstrogènes. Les facteurs de risque modifiables traditionnels de la maladie coronarienne sont les mêmes pour les femmes que pour les hommes : taux de cholestérol-LDL sanguin élevé, hypertension, obésité, résistance à l’insuline (hyperglycémie), syndrome métabolique. La mauvaise alimentation, le manque d’activité physique, le tabagisme et le stress excessif sont les quatre facteurs de risque primordiaux qui augmentent le risque de mortalité. Le cas échéant, votre médecin prescrira des médicaments pour réduire les facteurs de risque traditionnels (par exemple une statine pour diminuer le cholestérol-LDL ou un antihypertenseur si votre pression artérielle est élevée), mais il est très avantageux d’adopter une approche préventive en modifiant ses habitudes de vie (meilleure alimentation, faire de l’exercice, cesser de fumer), afin de diminuer les facteurs de risque et de bénéficier de l’ensemble des bienfaits des saines habitudes de vie.

Il y a des différences entre les femmes et les hommes quant à certains facteurs de risque. Les femmes diabétiques ont un risque plus élevé de maladie coronarienne que les hommes diabétiques. Le cœur des femmes est davantage affecté par le stress et la dépression que les hommes.   Le tabagisme est un facteur de risque plus important pour les femmes que les hommes. Les niveaux plus faibles d’œstrogènes après la ménopause sont un risque significatif de développer une microangiopathie. Enfin, la pression artérielle élevée ou le diabète durant la grossesse peut augmenter le risque à long terme d’hypertension et de diabète et augmenter le risque de développer une maladie cardiaque chez les mères et leurs enfants.

Les femmes de tout âge devraient prendre au sérieux les maladies cardiaques. Les femmes de moins de 65 ans, spécialement celles qui ont des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, doivent se préoccuper des facteurs de risque. Parmi les changements dans le style de vie que les femmes peuvent faire pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire les plus importants sont :

  • Cesser de fumer
  • Faire de l’exercice régulièrement (150 min/semaine, en segments de 10 min ou plus)
  • Maintenir un poids santé
  • Adopter un régime alimentaire sain, à base de céréales à grains entiers, fruits et légumes variés, légumineuses, produits laitiers à faible teneur en gras et de la viande maigre (volailles, poissons). Éviter les aliments ultra-transformés qui contiennent des gras trans et saturés, des sucres ajoutés et beaucoup de sel ainsi que les viandes rouges transformées (bacon, charcuteries). Éviter le plus possible les aliments industriels offerts par les chaînes de restauration rapide (fast-food).
Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Les grands principes d’une saine alimentation sont connus depuis plusieurs années et sont bien résumés par l’assiette « santé » conçue par des experts en nutrition de l’Université Harvard (voir la figure ci-dessous) :  il s’agit simplement de faire une large place aux aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, céréales à grains entiers), réduire la consommation de produits d’origine animale (les viandes rouges, par exemple) et d’éviter le plus souvent possible les aliments industriels transformés (comme les charcuteries, les boissons sucrées et la malbouffe en général).

Cette assiette est très différente de celle de la majorité des habitants des pays industrialisés : non seulement nous ne mangeons pas suffisamment d’aliments d’origine végétale, mais, en plus, la majeure partie de nos calories quotidiennes provient de produits industriels transformés.  Il n’y a pas de doute que ce type d’alimentation contribue à la forte incidence de maladies chroniques qui touche notre société, en particulier les maladies cardiovasculaires.

Gras monoinsaturés : l’huile d’olive supérieure au canard

Les bénéfices associés à une consommation accrue d’aliments d’origine végétale sont bien illustrés par deux études récentes qui ont comparé l’impact des gras et des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de maladie et de mortalité cardiovasculaires.

Dans la première étude, les chercheurs se sont penchés sur l’association existant entre l’apport alimentaire en acides gras monoinsaturés et le risque d’être touché par une maladie coronarienne. Ce type de matières grasses est très répandu dans l’alimentation (voir encadré) et l’originalité de cette étude est d’être parvenue pour la première fois à distinguer l’effet des gras monoinsaturés provenant des végétaux de ceux présents dans les produits animaux.   En examinant les habitudes alimentaires de 93,384 hommes et femmes pendant une période de 12 ans, les chercheurs ont noté qu’un apport élevé en gras monoinsaturés d’origine végétale était associé à une diminution (17 %) du risque d’un événement coronarien, tandis qu’à l’inverse, la consommation de gras monoinsaturés d’origine animale était associée à une légère hausse (5-10%) de ce risque.  Selon les auteurs, il est probable que cette différence s’explique par la présence simultanée de gras saturés dans les aliments d’origine animale qui contrecarre l’effet bénéfique des gras monoinsaturés. En conséquence, la meilleure façon de profiter des effets cardioprotecteurs des gras monoinsaturés est de privilégier la consommation de végétaux qui sont de bonnes sources de ces gras (les noix, par exemple) et d’utiliser l’huile d’olive comme corps gras principal, ce qui est en gros la base du régime méditerranéen.

Les acides gras monoinsaturés

Contrairement aux gras saturés, qui sont principalement retrouvés dans les produits animaux, et les gras polyinsaturés, qui sont surtout d’origine végétale, les gras monoinsaturés ont la particularité d’être présents à la fois dans les végétaux (huiles, noix, certains fruits comme les avocats) et dans les aliments d’origine animale (viandes, produits laitiers). En conséquence, ces acides gras sont omniprésents dans notre alimentation et peuvent représenter jusqu’à 12 % de l’apport calorique total. Un rôle positif des gras monoinsaturés sur la santé cardiovasculaire a été proposé à maintes reprises, notamment en raison des résultats positifs des études portant sur l’huile d’olive. Dans l’étude randomisée PREDIMED, par exemple, les chercheurs ont observé qque les personnes dont l’alimentation est riche en huile d’olive ou en noix (deux sources de gras monoinsaturés) avaient un risque envrion 30 % moindre d’être touchées par un événement cardiovasculaire. La meilleure source de gras monoinsaturés est incontestablement l’huile d’olive (73 % de tous les gras), mais certains gras animaux, le gras de canard en particulier, contiennent également des quantités appréciables de monoinsaturés (50 % de tous les gras). En se basant sur les résultats positifs obtenus avec l’huile d’olive, il a donc été proposé que cette particularité pourrait entrainer des bénéfices similaires en termes de prévention des maladies cardiovasculaires. En comparant pour la première fois l’effet des gras monoinsaturés végétaux et animaux, l’étude décrite dans le texte montre cependant que ce n’est pas le cas et que seuls les monoinsaturés d’origine végétale sont dotés d’un effet cardioprotecteur.

Protéines végétales

Dans la deuxième étude, un groupe de chercheurs californiens a comparé l’impact des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de mortalité cardiovasculaire des 81,337 participants à l’étude Adventist Health Study-2. En analysant les habitudes alimentaires de ces personnes, ils ont pu séparer l’apport en protéines en 5 grandes catégories d’aliments, soit les catégories « viandes »,  « fruits, légumes et légumineuses », « céréales », « aliments transformés » et « noix et graines ».  Lorsqu’ils ont comparé la mortalité cardiovasculaire qui affectait les personnes qui adhéraient à l’une ou l’autre de ces catégories, ils ont noté que celles qui consommaient le plus de viande avaient un risque de mortalité 60 % plus élevé, tandis que celles qui préféraient les noix et graines avaient au contraire un risque 40 % plus faible.  Les autres sources de protéines ne semblent pas quant à elles influencer significativement le risque de mortalité.  En somme, ces résultats indiquent qu’un apport régulier en protéines de sources végétales, plus particulièrement en noix et en graines, combiné à une diminution de la consommation de viandes, représente la combinaison optimale pour réduire le risque de mortalité prématurée des suites d’un événement cardiovasculaire.

Ces deux études confirment l’importance d’augmenter l’apport en végétaux pour prévenir les maladies cardiovasculaires.  Non seulement parce que ce changement s’accompagne forcément d’une réduction d’aliments transformés, mais aussi parce que cette simple modification influencera à elle seule la nature des protéines, des glucides et des lipides ingérés et, du même coup, l’ensemble des phénomènes qui favorisent l’apparition et la progression des plaques d’athérosclérose.

 

 

Les légumes crucifères, c’est bon pour les artères !

Les légumes crucifères, c’est bon pour les artères !

Tous les organismes dédiés à la prévention des maladies chroniques, qu’il s’agisse des maladies cardiovasculaires, du diabète ou du cancer, s’accordent pour dire que la consommation d’un minimum de 5 portions de fruits et de légumes par jour est absolument essentielle pour réduire l’incidence et la mortalité associées à ces maladies. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires : l’Organisation mondiale de la santé estime en effet que 2,2 millions de décès causés par les maladies coronariennes et les AVC à l’échelle mondiale sont directement liés à une consommation insuffisante de fruits et de légumes.

Cette estimation provient d’un très grand nombre d’études qui ont démontré que les personnes qui mangent beaucoup de fruits et de légumes risquent moins d’être affectées par une maladie cardiovasculaire que celles qui en mangent très peu. Par exemple, dans la  EPIC-Heart Study, réalisée auprès de 313 074 hommes et femmes en bonne santé, les personnes qui consommaient au moins 8 portions de fruits et de légumes par jour avaient 22 % moins de risque de décéder prématurément d’une maladie coronarienne, comparativement à celles qui en mangeaient trois ou moins. Globalement, on estime que chaque portion quotidienne de fruit et de légume réduit le risque de maladie cardiovasculaire d’environ 4 %, ce qui montre à quel point il est important d’intégrer ces végétaux aux habitudes alimentaires.

Quantité vs qualité

Tous les fruits et légumes contiennent des quantités importantes de vitamines, minéraux et fibres et on assume généralement que ce sont ces nutriments qui médient l’effet protecteur des végétaux sur le risque de maladie cardiovasculaire.  C’est pour cette raison qu’on entend souvent dire que tous les végétaux sont équivalents et que l’important est d’en manger le plus souvent possible, sans se préoccuper de la nature des fruits et légumes qui sont consommés.

Cette approche ne tient cependant pas compte des résultats de nombreuses études montrant que les végétaux sont une classe très hétérogène d’aliments, et que certains d’entre eux sont clairement supérieurs en termes d’impact sur la santé (voir encadré).

Les végétaux ne sont pas tous égaux

Le règne végétal est extrêmement diversifié, comprenant des milliers d’espèces très différentes les unes des autres. Dans le langage courant, on simplifie cette complexité en utilisant des termes génériques comme le mot « fruit » pour désigner tous les organes végétaux à graines issus de la fécondation d’une fleur, ou encore le terme « légume » pour faire référence à l’ensemble des parties comestibles des plantes potagères (racine, tubercule, bulbe, pousse, feuilles). Ces termes généraux sont utiles, mais ils ne doivent pas nous faire oublier que chaque espèce végétale est unique du point de vue de sa composition moléculaire et que cette « signature » lui confère des propriétés spécifiques. Par exemple, les études montrent que certains végétaux riches en polyphénols de la classe des flavonoïdes semblent posséder une action cardioprotectrice supérieure. Même chose pour les légumes verts à feuilles riches en nitrates, les noix et graines contenant des quantités élevées d’acide linolénique ou encore l’huile d’olive extra-vierge riche en polyphénols. Sans nécessairement parler de « superaliments » (un terme ambigu parce qu’il laisse sous-entendre une action « miraculeuse »), il est indéniable que certains fruits et légumes sont supérieurs à d’autres et que la consommation régulière de ces aliments pourrait permettre de maximiser le potentiel cardioprotecteur des végétaux.

C’est notamment le cas de la grande famille des légumes crucifères, un groupe d’aliments contenant des quantités élevées de composés organosoufrés appelés isothiocyanates. Surtout connus pour leurs propriétés anticancéreuses, des études récentes indiquent que certains isothiocyanates, en particulier le sulforaphane du brocoli,  pourraient aussi exercer des effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire en protégeant les vaisseaux sanguins des dommages causés par le stress oxydatif et l’hyperglycémie.

Un effet cardioprotecteur des légumes crucifères est également suggéré par les résultats d’une étude récemment publiée dans le journal de l’association américaine de cardiologie (JAHA). Dans cette étude réalisée auprès de femmes âgées de plus de 70 ans, les chercheurs ont utilisé l’ultrasonographie pour déterminer l’épaississement de la paroi interne de l’artère carotide (carotid artery intima-media thickness). Cette  mesure permet de visualiser le degré d’athérosclérose qui affecte une personne et est reconnue comme un bon marqueur du risque d’AVC et d’infarctus du myocarde.

En analysant les habitudes alimentaires des femmes participant à l’étude, ils ont observé que celles qui mangeaient plus de 3 portions de légumes par jour présentaient un épaississement de la paroi de la carotide environ 5 % (0,05 millimètre) moindre que celles qui en mangeaient moins de 2 portions par jour. Une analyse plus poussée des différentes catégories de légumes consommés indique que cette diminution de l’épaississement de la paroi de la carotide est principalement due aux légumes crucifères, tandis que la consommation des autres classes de légumes (famille de l’ail, légumes verts à feuille, légumes jaune/orange/rouge, légumineuses)  n’avait pas d’effet significatif. Autrement dit, tous les légumes ne sont pas égaux en termes de prévention de l’athérosclérose et il est important de mettre une emphase particulière sur la consommation régulière de légumes crucifères pour maximiser ce potentiel de prévention.

Une réduction de 0,05 mm de l’épaississement de la paroi de la carotide peut sembler modeste, mais il faut se rappeler qu’une faible modification du diamètre d’une artère cause une importante variation du débit, car la résistance au flot sanguin varie de façon exponentielle en fonction du diamètre de l’artère. Dans le cas de la carotide, une étude montre qu’une diminution de 0,1 mm de l’épaisseur de la paroi est associée à une réduction d’environ 18 % du risque d’AVC et d’infarctus du myocarde.  Il est donc fort probable que les diminutions observées chez les personnes qui consommaient régulièrement des légumes crucifères (0,05 mm) peuvent se traduire par une baisse du risque d’événements cardiovasculaires chez ces personnes.

La très grande variété de légumes crucifères disponibles sur le marché rend très facile l’inclusion de ces légumes dans nos habitudes alimentaires. Les différentes formes de choux (choux pommés, choux de Bruxelles, kale), le brocoli, le chou-fleur, le radis et le navet sont les principaux crucifères consommés, mais il ne faut pas oublier que le cresson, la roquette, les feuilles de moutarde ou le rapini font eux aussi partie de cette famille et peuvent permettre de profiter des bienfaits des crucifères tout en ajoutant une touche de variété.

Sport et malbouffe : un mariage malsain

Sport et malbouffe : un mariage malsain

Les dernières statistiques sur l’incidence du surpoids et de l’obésité dans la population américaine font état d’une situation vraiment préoccupante : la proportion d’adultes souffrant d’obésité (IMC >30) a augmenté de 33 à 40 % entre 2007 et 2016, tandis que celle souffrant d’obésité morbide (IMC > 40) est passée de 5,7 à 7,7 %.   Le taux d’obésité chez les jeunes enfants âgés de 2 à 5 ans est lui aussi en forte augmentation, ayant passé de 10 % en 2007 à 14 % en 2016. Bref, ça va de mal en pis et il y a fort à craindre que l’incidence des maladies chroniques qui découlent de cette épidémie d’obésité (notamment le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certains cancers) va grimper en flèche au cours des prochaines années et exercer des pressions insoutenables sur notre système de santé.

Les causes responsables de cette augmentation fulgurante du poids corporel de la population sont multiples et complexes, mais il n’y a pas de doute que la consommation d’aliments hypertransformés riches en calories, ceux de la malbouffe en particulier, joue un rôle très important dans cette tendance.  Par exemple, les ventes de fast food ont augmenté de 22,7 % entre 2012 et 2017, tandis que celles d’aliments industriels prêts à manger ont augmenté de 8,8 %.

Cette popularité du fast food (en dépit de ses effets néfastes bien documentés sur la santé) est en bonne partie due aux sommes astronomiques qui sont investies dans la promotion de ces produits. Par exemple, on estime que les principales chaînes de restauration rapide américaines ont investi en 2012 pas moins de  4,6 milliards de dollars en publicité, sans compter les quelque 8 milliards de dollars dépensés par les compagnies de boissons sucrées (Coca-Cola et Pepsi) en activités promotionnelles à l’échelle mondiale cette même année. Ce marketing agressif est très efficace (sinon, ces multinationales n’investiraient pas ces sommes considérables), en particulier auprès des enfants qui représentent une clientèle particulièrement vulnérable. Bien que la publicité visant directement les enfants de moins de 13 ans soit interdite au Québec depuis 1980, différentes tactiques permettent de contourner cette interdiction, une des plus insidieuses étant le marketing indirect par la commandite d’événements sportifs et/ou d’athlètes.

Rehausser l’image

En Amérique du Nord, pas moins de16 milliards de dollars ont été investis en commandite sportive en 2016, la plupart de ces sommes provenant de multinationales productrices de boissons sucrées (en particulier Coca-Cola et Pepsi) et d’aliments riches en gras, en sucre et en sel (McDonald’s, par exemple).  Cette association entre le sport et la malbouffe est devenue tellement familière qu’on oublie à quel point ce partenariat est contre nature, puisqu’il marie l’une des activités ayant le plus d’effets positifs sur la santé (le sport) avec l’une des plus néfastes (la consommation de malbouffe).

Et c’est justement là qu’est l’intérêt des compagnies de fast food d’utiliser le sport comme véhicule promotionnel. En s’associant à des événements sportifs professionnels (hockey, football, baseball) ou mondiaux (Jeux Olympiques, Mondial de soccer) très populaires, ces compagnies  peuvent profiter de la grande couverture médiatique qui entoure ces exploits sportifs pour accroître la visibilité de leurs produits (incluant chez les enfants) et leur donner une image « santé » qui masque leur faible valeur nutritive. Par exemple, l’excitation, les émotions positives et le dépassement qui sont associés à une compétition sportive peuvent être transmis au spectateur et lui donner une image de soi positive lorsqu’il consomme le produit qui commandite cette compétition. Cette image positive du produit peut être encore plus forte lorsqu’un athlète vedette est directement associé au produit, car il crée l’illusion qu’il existe un lien entre ce produit et la performance sportive.

Une analyse récemment publiée dans le journal Pediatrics permet de mieux visualiser l’ampleur de cette utilisation de la commandite sportive comme outil de marketing par l’industrie alimentaire.  En analysant les publicités où on pouvait associer un produit alimentaire à l’une ou l’autre des 10 organisations sportives les plus populaires auprès des jeunes de 2 à 17 ans (NFL, NBA, NHL, etc.), les chercheurs ont observé que 76 % de tous les produits alimentaires annoncés étaient mauvais pour la santé (trop de gras, de sucre et de sel) et que 52 % des boissons promues contenaient des sucres ajoutés.  L’exposition des jeunes à ces produits est énorme, avec pas moins de 412 millions de spectateurs de 2 à 17 ans pour les transmissions télé des événements où ces publicités apparaissaient, auxquelles il faut ajouter 196 millions de « vues » sur le site YouTube.

Les solutions pour contrer ce marketing indirect vantant la malbouffe ne sont pas faciles, mais cela ne signifie pas que l’on doit rester passif face à cette situation.  Par exemple, la décision récente de McDonald’s de retirer sa commandite des Jeux olympiques fait suite, entre autres, aux critiques de plus en plus vocales du partenariat sport-malbouffe par le public et il est à souhaiter que cet exemple inspire d’autres organisations sportives à se tourner vers des commanditaires plus « santé ».  En attendant, l’omniprésence de ces publicités à la télé, sur Internet et même dans les jeux vidéo est une autre bonne raison de limiter au minimum le temps-écran des jeunes et de favoriser la pratique plutôt que l’écoute d’activités sportives.