Les dysfonctions érectiles, un signe avant-coureur de maladies cardiovasculaires

Les dysfonctions érectiles, un signe avant-coureur de maladies cardiovasculaires

L’érection se produit lorsque les corps caverneux, deux structures spongieuses qui parcourent la longueur du pénis, deviennent engorgés de sang. Suite à une stimulation sexuelle, il y a relâchement de monoxyde d’azote par les cellules endothéliales des artères irriguant le pénis, ce qui augmente l’afflux sanguin dans ces corps caverneux ; en parallèle, la pression qui s’accumule dans les corps caverneux comprime les veines qui évacuent normalement le sang, ce qui permet de bloquer sa circulation et de maintenir l’engorgement nécessaire au rapport sexuel. D’un point de vue physiologique, l’érection est donc un phénomène essentiellement « vasculaire », qui requiert le bon fonctionnement des vaisseaux sanguins qui irriguent le pénis.

Problèmes d’érection

On estime qu’environ 20 % des hommes âgés de 20 ans et plus sont affectés par des dysfonctions érectiles, ce qui représente environ 322 millions de personnes à l’échelle mondiale. Bien qu’une certaine proportion de ces problèmes soit d’origine psychologique, neurologique ou hormonale, ce sont des anomalies dans la circulation du sang au pénis qui sont responsables dans la très grande majorité des cas de dysfonctions érectiles.

Ce lien entre la santé des vaisseaux sanguins et les problèmes d’érection est bien illustré par de nombreuses études montrant que les hommes qui présentent certains facteurs de risque connus pour favoriser le développement de maladies cardiovasculaires (tabagisme, hypertension, cholestérol élevé, obésité, diabète) sont également plus à risque de souffrir de dysfonctions érectiles (une proportion qui peut atteindre 50 % chez les diabétiques).  Cette association s’explique par le fait que toutes ces conditions peuvent causer des altérations majeures aux vaisseaux sanguins et ainsi perturber l’arrivée de sang nécessaire à l’irrigation adéquate des corps caverneux du pénis. L’apparition d’une dysfonction érectile, surtout lorsqu’elle se produit de façon précoce, représente donc la manifestation visible d’une détérioration de la santé des vaisseaux sanguins de l’ensemble du corps.

Ce concept est bien illustré par une méta-analyse de 12 études réalisées auprès de 36,744 hommes qui a montré que ceux qui présentaient par une dysfonction érectile au début de ces études avaient un risque accru de maladie cardiovasculaire en général (hausse de 48 %), d’infarctus (hausse de 46 %), d’AVC (hausse de 35 %) et de mortalité prématurée en général (hausse de 19 %) dans les années qui suivent.  Ces hausses demeurent significatives même lorsqu’on tient compte de la contribution d’autres facteurs connus pour favoriser le développement des maladies cardiovasculaires (tabac, surpoids, etc.), ce qui suggère que les dysfonctions érectiles pourraient représenter un facteur de risque indépendant de ces maladies. Ces observations sont en accord avec ceux d’une étude récente montrant que chez des hommes âgés de 60 à 78 ans, la dysfonction érectile double le risque d’infarctus, d’AVC et de mort cardiaque subite au cours des 4 années suivantes.

Les dysfonctions érectiles sont rarement discutées sur la place publique : l’érection demeure le symbole par excellence de la virilité et la plupart des hommes affectés éprouvent une grande gêne face à leur condition. Il faut cependant prendre conscience qu’un problème d’érection n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt un signal d’alarme de la présence d’un problème dans la fonction des vaisseaux sanguins qui peut provoquer un événement cardiovasculaire grave à court ou moyen terme. La situation n’est cependant pas irréversible : l’adoption de meilleures habitudes de vie, en particulier une activité physique régulière et une alimentation principalement axée sur la consommation de végétaux (le régime méditerranéen, par exemple), peuvent améliorer significativement la circulation sanguine dans l’ensemble du corps et ainsi diminuer non seulement le risque de problèmes érectiles, mais aussi les maladies cardiovasculaires en général.

Bien manger pour prévenir la dépression

Bien manger pour prévenir la dépression

La dépression affecte plus de 300 millions de personnes et représente la première cause d’incapacité  à l’échelle mondiale. En dépit de cette forte incidence,  il existe encore beaucoup de préjugés face à ce désordre. Par exemple, il est courant d’entendre qu’une personne dépressive  «n’a qu’à se changer les idées »pour aller mieux, un peu comme s’il s’agissait d’un mal imaginaire, qu’on peut facilement combattre en faisant preuve de bonne volonté. Pourtant, la dépression est une véritable maladie, causée par un déséquilibre des niveaux de certains neurotransmetteurs, en particulier la sérotonine et la dopamine. Ces molécules véhiculent les informations d’un neurone à l’autre et jouent un rôle très important dans une foule de processus mentaux comme l’attention, l’appétit, l’humeur et la motivation. Un déséquilibre de ces neurotransmetteurs fait en sorte que les personnes dépressives éprouvent souvent des sentiments d’inutilité ou de culpabilité, un manque d’intérêt envers le monde extérieur, des perturbations du sommeil ou de l’appétit, une perte d’énergie et, dans les cas les plus graves, des pensées morbides ou suicidaires.

Bien nourrir le cerveau

Les facteurs responsables du développement de la dépression sont très complexes et demeurent mal compris. Des événements dramatiques (deuil, divorce, échec professionnel, etc.) peuvent bien entendu agir comme éléments déclencheurs, mais il semble que certains facteurs du mode de vie, notamment l’alimentation et la sédentarité, peuvent eux aussi contribuer à l’apparition d’épisodes dépressifs.

Ceci est particulièrement bien illustré par plusieurs observations montrant une association entre les habitudes alimentaires et le risque de dépression : par exemple, les méta-analyses (ici et ici, par exemple) de plusieurs études qui se sont penchées sur cette question ont en effet montré qu’une alimentation saine, par exemple de type méditerranéen, basée sur un apport important en végétaux (fruits, légumes, grains entiers), en poisson et en huile d’olive était associée à une diminution du risque de dépression.   À l’inverse, une alimentation de type « occidental », c’est-à-dire pauvre en végétaux, mais riche en viandes et charcuteries, en produits à base de farines raffinées et en sucreries, était associée à un risque accru de dépression.

L’impact diamétralement opposé de ces deux types d’alimentation pourrait être dû, au moins en partie, à la nature des acides gras consommés : alors qu’un régime alimentaire axée sur la consommation régulière de végétaux permet un apport élevé en gras insaturés bénéfiques (moninsaturés et polyinsaturés), l’alimentation occidentale est quant à elle riche en gras saturés et gras trans.   Une étude prospective réalisée auprès de 12,059 diplômés universitaires exempts de dépression au début de l’étude a montré que les personnes qui consommaient le plus de gras trans(des gras présents dans plusieurs produits industriels, comme ceux du fast food) avaient 50 % plus de risque d’être touchées par une dépression dans les années suivantes comparativement à celles qui ne consommaient pas ce type de gras. À l’inverse, les chercheurs ont observé un effet protecteur des gras monoinsaturés.

L’inflammation chronique est un autre facteur qui pourrait contribuer à l’impact de l’alimentation sur le risque de dépression.  On soupçonne depuis plusieurs années que la dépression possède une forte composante inflammatoire : par exemple, jusqu’à 30 % des personnes touchées par une hépatite et qui sont traitées avec l’interféron, un médicament qui provoque une forte réponse inflammatoire, développent une dépression sévère.  Cette contribution de l’inflammation est également suggérée par une analyse d’une dizaine d’études portant sur plus de 6000 personnes atteintes de dépression qui montre que l’ajout de médicaments antiinflammatoires aux antidépresseurs couramment utilisés en clinique augmentait de façon spectaculaire le taux de réponses positives au traitement. Puisqu’une alimentation riche en végétaux exerce une action anti-inflammatoire tandis que l’alimentation occidentale est au contraire pro-inflammatoire, il est possible que ces différences contribuent à leurs effets distincts sur le risque de dépression.

Végétarisme et dépression

Il est maintenant clairement établi que le végétarisme exerce de nombreux effets bénéfiques sur la santé, en particulier en termes de prévention des maladies cardiovasculaires. Par contre, l’exclusion d’aliments d’origine animale fait en sorte que les végétariens présentent de faibles  taux sanguins d’acides gras oméga-3 à longues chaînes (acides docosahexaénoïque (DHA) et eicosapentaénoïque (EPA)). Ces oméga-3 sont reconnus pour jouer des rôles importants dans le fonctionnement des neurones et le contrôle de l’inflammation et il semble qu’une carence en ces molécules pourrait être associée à un risque accru de dépression. Les végétariens sont également plus susceptibles de présenter de faibles taux de vitamine B12, un autre facteur de risque de dépression.

Les études réalisées jusqu’à présent sur l’impact du végétarisme sur le risque de dépression ont donné des résultats contradictoires.  D’un côté, des enquêtes réalisées en Australie, en Scandinavie, en Allemagne, en Turquie et en Angleterre ont observé une hausse de désordres mentaux comme l’anxiété et la dépression chez les personnes végétariennes ou qui mangent peu de viande comparativement aux omnivores.  À l’inverse, d’autres études ont rapporté que les végétariens ou les végétaliens présentaient une réduction du stress et de l’anxiété et une amélioration des états d’humeur sains (healthy mood states) dans les tests psychométriques comme le Depression Anxiety Stress Scaleet le Profile of Mood States.

Ces contradictions reflètent probablement la difficulté de déterminer si le végétarisme est une cause ou une conséquence de troubles mentaux comme la dépression.  Par exemple, les études réalisées auprès d’adolescents (ici et ici, par exemple) ont observé que le végétarisme était associé à une panoplie de problèmes qui haussent le risque de dépression, par exemple les troubles de l’alimentation, des problèmes de surpoids et une piètre image de soi.   D’ailleurs, dans l’étude allemande mentionnée plus tôt, l’adoption du végétarisme s’est produite suite à l’apparition de désordres psychiques, peut-être comme une tentative par ces personnes d’influencer positivement l’évolution de leur maladie, et serait donc beaucoup plus une conséquence qu’une cause de la dépression.  Autrement dit, il est probable que la hausse du risque de dépression des végétariens observée dans certaines études n’est pas directement causée par le végétarisme en tant que tel, mais reflète plutôt des différences intrinsèques de personnalités et/ou de problèmes psychiatriques entre certains végétariens et les omnivores.

Un autre point très important à considérer est que ce n’est pas parce qu’une personne ne mange pas de produits animaux qu’elle s’alimente forcément bien. Pour certaines personnes, le végétarisme est surtout une question d’éthique (bien-être des animaux, impact positif pour l’environnement) et leur principale motivation est d’éliminer la viande, sans nécessairement la remplacer par une consommation régulière de fruits, légumes, légumineuses, graine entiers, noix et autres végétaux essentiels au maintien d’une bonne santé.    Une étude récente a montré que les végétariens qui mangent peu de végétaux et se nourrissent principalement de produits transformés contenant beaucoup de sucre (jus, boissons gazeuses, desserts) et de produits fabriqués à l’aide de farines raffinées (pain blanc, craquelins, etc.) ne sont vraiment pas en bonne santé, ayant environ 30 % plus à risque d’être touchées par une maladie cardiovasculaire que les omnivores. Il va de soi qu’une alimentation de ce type est nocive pour la santé du cerveau et peut certainement contribuer à l’apparition d’épisodes dépressifs.

Les études d’interventions où les chercheurs examinent en continu l’évolution de l’humeur suite à l’adoption du végétarisme permettent d’éliminer plusieurs facteurs de confusion et de mesurer plus précisément l’impact de l’alimentation sur la santé mentale.  Et en ce sens, les résultats sont rassurants : par exemple, une étude clinique randomisée a montré une amélioration significative de l’humeur chez des omnivores qui diminuaient leur consommation de viandes, de poissons et de volailles. Il est aussi intéressant de noter que les personnes qui ont subi un événement coronarien et qui adoptent le végétarisme strict (végétalisme) au cours de leur réadaptation (le programme Ornish, par exemple) montrent une amélioration significative de plusieurs paramètres psychosociaux, incluant la dépression, l’anxiété et la qualité de vie en général.

Dans l’ensemble, ces résultats soulignent l’importance d’une saine alimentation sur la santé mentale.  L’adoption d’une alimentation de type méditerranéen représente possiblement la meilleure approche en ce sens, surtout si l’on considère les multiples bienfaits de ce mode d’alimentation sur la santé en général. Pour ceux qui désirent adopter le végétarisme ou le végétalisme, il faut être conscient que l’élimination de la viande n’est pas suffisante  et qu’il faut absolument remplacer les aliments d’origine animale par une vaste gamme de végétaux de qualité, permettant de faire le plein de vitamines, minéraux, fibres et composés phytochimiques essentiels au maintien d’une bonne santé, autant physique que mentale.

 

 

Un mode de vie sain réduit les complications cardiovasculaires du diabète de type 2

Un mode de vie sain réduit les complications cardiovasculaires du diabète de type 2

On estime qu’environ 422 millions d’adultes sont actuellement atteints de diabète de type 2  et que cette maladie représente la cinquième cause de mortalité prématurée dans le monde.  Ce fardeau risque même d’augmenter considérablement au cours des prochaines années, puisque 318 millions de personnes additionnelles sont « prédiabétiques », c’est-à-dire présentent une intolérance chronique au glucose qui les expose à un risque élevé de développer éventuellement la maladie.

Les maladies cardiovasculaires sont la principale complication ainsi que la principale cause de décès chez les patients atteints d’un diabète de type 2. Ces ravages s’expliquent par la difficulté de traiter efficacement les dommages aux vaisseaux sanguins causés par l’hyperglycémie chronique : malgré une panoplie de médicaments disponibles pour normaliser le taux de sucre sanguin, ces médicaments ne réduisent que très peu le risque de maladies cardiovasculaires et certains d’entre eux peuvent même entrainer d’importants effets secondaires.

Malgré les limitations des approches pharmacologiques actuelles, cela ne signifie pas que les personnes prédiabétiques ou touchées par un diabète de type 2 doivent être fatalistes et se résigner à demeurer à haut risque de subir un événement cardiovasculaire.  Le diabète de type 2 est dans la plupart une conséquence de mauvaises habitudes de vie, le surpoids en particulier, et il est donc possible de prévenir son développement ou d’atténuer ses impacts négatifs en adoptant un mode de vie plus sain.  Par exemple, une étude réalisée auprès de personnes à haut risque de diabète (obèses et glycémie à jeun élevée) a montré qu’une intervention basée sur des modifications au mode de vie qui permettent de réduire le poids corporel de seulement 7 % (diminution de l’apport calorique combinée à un minimum de 150 minutes d’exercice modéré par semaine) entrainait une diminution de 60 % de l’incidence de diabète de type 2, soit deux fois plus que celle obtenue à l’aide d’un médicament couramment utilisé pour traiter cette maladie (metformine).

Une étude récemment parue dans le Journal of the American College of Cardiology est l’une des meilleures illustrations de l’énorme impact positif de ces modifications au mode de vie sur le risque de mortalité liée aux complications cardiovasculaires du diabète de type 2. Dans cette étude, réalisée auprès de 11,527 personnes diabétiques, les chercheurs ont examiné l’impact de 4 aspects du mode de vie sur le risque de mortalité cardiovasculaire prématurée :

  • Une alimentation de qualité, définie par l’adhérence aux recommandations nutritionnelles (consommation élevée de fruits, légumes, grains entiers, noix, oméga-3 à longues chaines et consommation réduite de viandes rouges et charcuteries, de boissons sucrées et de sodium) ;
  • Une activité physique régulière d’intensité modérée à vigoureuse (150 minutes par semaine et plus) ;
  • L’absence de tabagisme ;
  • Une consommation modérée d’alcool : 5 à 15 g par jour pour les femmes (1 verre ou moins) et 5 à 30 g par jour pour les hommes (1 à 2 verres).

Les résultats sont spectaculaires : comparativement aux personnes diabétiques dont le mode de vie n’inclut aucun de ces facteurs, celles qui adoptent au moins trois de ces facteurs protecteurs voient leur risque de mourir prématurément d’une maladie cardiovasculaire diminuer de 68 % (Figure 1), une protection impossible à obtenir avec les médicaments actuels. Chaque modification au mode de vie est un pas dans la bonne direction, l’adoption d’un seul facteur du mode de vie protecteur étant associé à une diminution marquée (38 %) du risque de mortalité.

Figure 1.  Impact du mode de vie sur la mortalité cardiovasculaire de personnes touchées par un diabète de type 2.  Adapté de Liu et coll. (2018).

En somme, un mode de vie sain peut non seulement prévenir le développement du diabète de type 2 chez les personnes à risque, mais également réduire considérablement les complications cardiovasculaires des personnes qui sont touchées par cette maladie.

Les « sportifs du week-end » ont-ils une bonne santé cardiovasculaire ?

Les « sportifs du week-end » ont-ils une bonne santé cardiovasculaire ?

L’activité physique pratiquée durant les loisirs est associée à une réduction du risque de maladie cardiovasculaire, de cancer et de mortalité, toutes causes confondues. Pour cette raison, et aussi pour améliorer l’endurance cardio-respiratoire, l’état musculaire et osseux, et réduire le risque de maladies non transmissibles et de dépression, l’Organisation mondiale de la Santé a fait les recommandations suivantes en matière d’activité physique :

  1. Les adultes âgés de 18 à 64 ans devraient pratiquer au moins, au cours de la semaine, 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue.
  2. L’activité d’endurance devrait être pratiquée par périodes d’au moins 10 minutes.
  3. Pour pouvoir en retirer des bénéfices supplémentaires sur le plan de la santé, les adultes devraient augmenter la durée de leur activité d’endurance d’intensité modérée de façon à atteindre 300 minutes par semaine ou pratiquer 150 minutes par semaine d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue.
  4. Des exercices de renforcement musculaire faisant intervenir les principaux groupes musculaires devraient être pratiqués au moins deux jours par semaine.

Ces recommandations sont largement reconnues et promues par les autorités de santé publique et la communauté médicale, mais elles ne sont pas très spécifiques quant à la fréquence des exercices. Par exemple, il est possible de satisfaire aux deux premières recommandations aussi bien en faisant 30 minutes d’exercice modéré pendant 5 jours qu’en faisant 75 minutes d’exercice d’intensité soutenue en une seule séance. Obtient-on autant de bienfaits dans le second cas de figure que dans le premier ? Cette question est importante puisque dans nos sociétés modernes où le travail et les responsabilités familiales sont très prenants, l’activité physique est de plus en plus pratiquée le week-end seulement. Les personnes qui choisissent de faire tous leurs exercices en 1 ou 2 jours seulement sont appelées familièrement « sportifs du week-end » (weekend warriors).

La première étude qui s’est penchée sur les habitudes d’activité physique remonte à 2004. Dans cette étude, les 8421 hommes de la cohorte ont été classés en 4 groupes : « sédentaires » (<500 kcal/semaine), « insuffisamment actifs » (500-599 kcal/semaine), « sportifs du week-end » (≥1000 kcal/semaine, en 1 ou 2 séances de sport/semaine) et « régulièrement actifs » (≥1000 kcal/semaine). Par comparaison aux sédentaires, le risque relatif de mortalité (toutes causes confondues) était réduit de 25 % pour les participants « insuffisamment actifs » (ceux qui font moins d’exercice que recommandé), de 15 % pour les « sportifs du week-end » et de 36 % pour les participants régulièrement actifs. Ces résultats indiquent qu’il y a un bénéfice à l’exercice pratiqué en une journée ou deux, mais peut-être pas autant que si l’on s’exerce régulièrement. Une analyse plus approfondie des données indique que parmi les participants qui n’avaient aucun facteur de risque majeur, les sportifs du week-end avaient en moyenne 59 % moins de risque de mourir prématurément que les sédentaires. Par contre, ce n’était pas le cas pour les personnes qui avaient au moins un facteur de risque majeur (tabagisme, surpoids, hypertension, hypercholestérolémie) puisque parmi ceux-ci les sportifs du week-end avaient le même risque de mourir prématurément que les sédentaires et seuls les hommes régulièrement actifs avaient un risque moindre (-39 %) de mortalité prématurée. 

Une étude de plus grande ampleur auprès de 63 591 hommes et femmes adultes de plus de 40 ans qui ont été suivis entre 1994 et 2012 a été publiée dans le journal médical JAMA Internal Medecine en 2017. Cette étude a une puissance statistique beaucoup plus grande que l’étude de 2004 décrite plus haut et examine les associations entre les habitudes d’activité physique et la mortalité due à la maladie cardiovasculaire ou au cancer, en plus de la mortalité toutes causes confondues. Parmi les participants, 63 % étaient classés comme inactifs, 22 % comme insuffisamment actifs, 4 % comme sportifs du week-end et 11 % comme régulièrement actifs. Comparé aux participants inactifs, le risque relatif de mortalité (toutes causes confondues) était réduit de 31 %, 30 % et 35 % pour les participants insuffisamment actifs, les sportifs du week-end et les participants régulièrement actifs, respectivement. Le risque relatif de mortalité de cause cardiovasculaire (voir la figure, ci-dessous) était réduit de 36 %, 40 % et 41 % pour les participants insuffisamment actifs, les sportifs du week-end et les participants régulièrement actifs, respectivement, en comparaison avec les participants inactifs. Enfin, comparé aux participants inactifs, le risque relatif de mortalité due au cancer était réduit de 14 %, 18 % et 21 % pour les participants insuffisamment actifs, les sportifs du week-end et les participants régulièrement actifs, respectivement. Ces résultats ont pris en considération l’âge, le sexe, le tabagisme, la profession et les maladies chroniques. Les auteurs concluent que les activités physiques pratiquées par les sportifs du week-end, caractérisées par une ou deux séances par semaine, pourraient être suffisantes pour réduire les risques de mortalité de toute cause et celle causée par la maladie cardiovasculaire ou le cancer. C’est une très bonne nouvelle pour ceux qui ne peuvent faire davantage d’exercice physique qu’une ou deux fois par semaine.

Figure. Associations entre les habitudes d’activités physiques et le risque de mortalité. Résultats ajustés pour l’âge, le sexe, le tabagisme, la profession et les maladies chroniques. Selon O’Donovan et coll., 2017.

Dans un éditorial publié peu après dans le British Journal of Sports Medecine, les auteurs de l’étude britannique ont fait des analyses supplémentaires afin de déterminer combien d’activité physique les participants insuffisamment actifs devaient faire pour en retirer des bénéfices pour la santé. Il ne semble pas y avoir de relation dose-effet entre la quantité d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse et la mortalité de toutes causes pour les participants insuffisamment actifs. Par contre, il y a une relation linéaire significative entre la quantité totale d’activité (de n’importe quelle intensité) et le risque de mortalité de toutes causes. Ces résultats suggèrent donc qu’une partie des bienfaits observés chez les personnes insuffisamment actives pourraient provenir d’activités physiques non reliées à l’exercice, telle la marche de faible intensité.

Dans des analyses transversales, les auteurs ont observé une nette association dose-effet entre plusieurs facteurs de risque traditionnels (cholestérol-HDL, hémoglobine glyquée [HbA1c], fibrinogène, protéine C-réactive, indice de masse corporelle, pression artérielle, forme cardio-respiratoire) et le niveau d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse. Le profil de facteurs de risque le plus favorable a été observé systématiquement chez les participants régulièrement actifs (ceux qui font le minimum d’activité physique recommandé en plus de 2 séances par semaine) et dans une moindre mesure chez les sportifs du week-end.

Les sportifs du week-end de cette étude avaient une forme cardio-respiratoire à peine moins bonne que celle des participants actifs régulièrement. Ce n’est pas surprenant quand l’on sait que la plupart des sportifs du week-end font des activités physiques vigoureuses (94 % participaient à des sports vigoureux), et cela suggère que l’intensité de l’activité physique pourrait être aussi importante que la quantité. Il y a tout de même de bonnes raisons de s’exercer quotidiennement ou plus régulièrement que les sportifs du week-end, incluant un plus faible risque de blessures musculo-squelettiques et les bienfaits sur la cognition et l’humeur.

 

Recul de l’Organisation mondiale de la santé face à la taxation des boissons sucrées

Recul de l’Organisation mondiale de la santé face à la taxation des boissons sucrées

Il est réellement navrant que dans son dernier rapport sur la prévention des maladies non transmissibles, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) revienne sur ses positions antérieures et ne recommande plus aux gouvernements d’imposer une taxe sur les boissons sucrées pour lutter contre l’épidémie d’obésité qui touche actuellement la plupart des pays du monde.  Pourtant, comme nous l’avions rapporté en 2016, l’OMS considérait à l’époque cette taxe comme un outil très intéressant pour diminuer la consommation de sucres ajoutés, un important facteur de risque de surpoids.

Qu’est qui a pu provoquer une telle volte-face ? Certainement pas des considérations scientifiques: au contraire, les études qui ont examiné jusqu’ici l’impact de cette taxe sont très encourageantes, avec des diminutions significatives de la consommation de boissons sucrées par les populations ciblées par ces mesures, par exemple au Mexique et dans les villes de Berkeley et de Philadelphie. Ces succès encouragent d’ailleurs plusieurs gouvernements à mettre en place des taxes sur les boissons sucrées, avec une trentaine de pays et de villes américainesqui ont récemment décidé d’emprunter cette voie.

Il s’agit plutôt d’une interférence politique: la Dre Sania Nishtar, coprésidente de la commission indépendante de haut niveau sur les maladies non transmissibles de l’OMS , a dit publiquement que les membres de la commission continuaient d’appuyer cette taxe, mais que cette résolution n’a pu être inscrite dans le rapport final en raison de l’opposition d’un membre qu’elle n’a pas nommé, mais qui s’est avéré être Eric Hargan, secrétaire adjoint au département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Cette opposition américaine est peu étonnante, compte tenu de l’inclination naturelle de l’administration Trump envers les intérêts des multinationales alimentaires, l’industrie des boissons gazeuses dans ce cas précis.

Il faut noter que ce n’est pas la première fois qu’une administration républicaine tente de torpiller les efforts de l’OMS pour diminuer la consommation de sucres ajoutés. En 2003, l’OMS  publiait conjointement avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) un rapport qui recommandait pour la première fois de réduire l’apport en sucres ajoutés à moins de 10 % des calories totales.   Le lobby de l’industrie du sucre a furieusement combattu cette recommandation, tentant de convaincre l’administration Bush de retirer la subvention américaine (406 millions de dollars) à l’OMS si elle n’était pas éliminée du rapport (la lettre de menace écrite par l’industrie du sucre, qui est considérée par plusieurs comme du chantage pur et simple, peut être consultée ici).

Ces épisodes nous rappellent que les élections ont des conséquences, et que ces conséquences peuvent être néfastes lorsque les élus favorisent les intérêts des multinationales de la malbouffe au détriment de la santé de la population. On ne peut qu’espérer que le mouvement qui est actuellement en train de prendre son envol à l’échelle mondiale concernant la taxation des boissons sucrées ne sera pas affecté par ce recul inapproprié de l’OMS.