Le thé et la santé cardiovasculaire

Le thé et la santé cardiovasculaire

Après l’eau, le thé est la deuxième boisson la plus consommée dans le monde. Cette boisson est obtenue par infusion dans l’eau chaude des feuilles du théier (Camellia sinensis), un arbuste originaire de l’Asie du Sud-est qui est maintenant cultivée dans plus de 30 pays. En plus d’être délicieux et stimulant, le thé a des effets bénéfiques pour la santé cardiovasculaire et possiblement aussi pour la prévention d’autres maladies, incluant l’obésité, l’arthrite et le cancer.

Les feuilles du théier sont particulièrement riches en polyphénols, plus spécifiquement en catéchines qui représentent 80-90 % des flavonols totaux. Les bienfaits présumés du thé pour la santé sont attribuables principalement à la présence de ces substances polyphénoliques. Il y a 4 catéchines principales dans le thé vert (figure 1), l’EGCG est la molécule la plus active et la plus abondante (48-55 % des catéchines) dans le thé vert. Une tasse de thé vert contient entre 20 et 100 mg d’EGCG. L’absorption des catéchines est plutôt faible à cause des processus métaboliques et de conjugaisons qui ont lieu dans le petit intestin et le colon : 90 minutes après avoir bu du thé, seulement 0,2-2 % des catéchines ingérées sont retrouvées dans le sang.

Figure 1. Structures chimiques des principales catéchines du thé vert.

On distingue 3 types principaux de thés, selon le procédé de transformation des feuilles. À l’échelle mondiale, 78 % du thé produit est du thé noir, habituellement consommé en Occident, 20 % du thé vert, consommé surtout en Asie, et 2 % du thé oolong produit principalement en Chine. Pour faire du thé vert, les feuilles fraîchement récoltées sont traitées rapidement à la vapeur puis séchées, un procédé qui inactive les enzymes de type polyphénol oxydases (responsables du brunissement des pommes, laitues et champignons) et préserve les polyphénols. Pour faire du thé noir ou oolong, on laisse les feuilles s’étioler jusqu’à ce que leur taux d’humidité soit réduit à <55 % du poids original. Les feuilles sont ensuite roulées et écrasées, ce qui déclenche le processus de fermentation. Les catéchines présentent dans les feuilles de thé (et préservées dans le thé vert) sont partiellement transformées durant la fermentation (par oxydation et condensation) en des composés polymériques, les théaflavines et théarubigines (figure 2). Le thé oolong n’est que partiellement fermenté. Dans le thé noir, les théaflavines et les théarubigines représentent 10 % et 50-60 % des flavonols totaux, respectivement, et il n’y a que 20-30 % de catéchines.

Figure 2. Structures chimiques des principaux polyphénols du thé noir.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer la réduction des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire par les catéchines du thé vert (voir des articles de synthèses en anglais ici, ici et ici). Parmi ces mécanismes il y a les effets antioxydants, la protection de la fonction endothéliale, la modification du profil lipidique et les effets anti-inflammatoires et antihypertenseurs. Les propriétés antioxydantes des polyphénols du thé préviennent l’oxydation du cholestérol-LDL, une des étapes cruciales dans la progression de l’athérosclérose. L’oxydation du cholestérol-LDL favorise le recrutement de macrophages, créant des « cellules spumeuses » riches en cholestérol qui peuvent se déposer sur les parois des vaisseaux des artères et former une plaque d’athérome. De plus, le thé vert diminuerait l’absorption du cholestérol dans l’intestin par la formation de complexe catéchines-lipides, réduisant la solubilité du cholestérol dans les micelles mixte. Dans des modèles animaux, les polyphénols du thé vert et du thé noir font diminuer significativement le cholestérol-LDL et les triglycérides, et ils font augmenter le cholestérol-HDL (le « bon cholestérol »). Des essais randomisés contrôlés chez l’humain ont par ailleurs montré que la consommation de thé fait diminuer légèrement la concentration de cholestérol-LDL (voir plus loin).

L’hypertension est un autre facteur de risque majeur de maladie cardiovasculaire. Les effets à court terme de la consommation de thé sur la pression artérielle sont négligeables, malgré la présence de caféine. L’ingestion de 5 tasses ou plus de thé vert ou de thé noir ne modifie pas la pression artérielle selon trois études provenant du Japon, d’Australie et du Royaume-Uni. Une revue des essais randomisés contrôlés (ERC) sur les effets à long terme du thé noir et du thé vert en prévention primaire des maladies cardiovasculaires a été réalisée en 2014 par l’organisation collaborative Cochrane. Les auteurs ont recensé 11 ERC, avec 821 participants qui étaient en bonne santé ou à risque élevé de maladie cardiovasculaire. Les études montrent qu’après une durée de 3 à 6 mois, le thé noir ou le thé vert réduisent légèrement la pression artérielle (2,8 et 2,3 mmHg en moyenne pour les pressions diastolique et systolique, respectivement) et le cholestérol-LDL (le « mauvais cholestérol ») de 0,6 mmol/L en moyenne, mais n’ont pas d’effet sur le cholestérol-HDL.

Les effets vasoprotecteur et antihypertenseur du thé vert ont été attribués à l’activation de l’enzyme oxyde nitrique synthase endothéliale (eNOS) et par conséquent à une hausse d’oxyde nitrique (NO) qui cause une dilatation des vaisseaux et une baisse de la pression artérielle.

Accident vasculaire cérébral
Il y a eu plusieurs études prospectives sur les effets de la consommation de thé noir et de thé vert sur le risque de maladie cardiovasculaire. Ces études ont fait l’objet de plusieurs méta-analyses dont les résultats étaient parfois contradictoires. Un examen d’ensemble de 5 méta-analyses publiées entre 2001 et 2011 indique qu’il y a une association dose-effet entre la consommation de thé (noir et vert confondus) et une baisse de l’incidence d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de la mortalité causée par un AVC. Les auteurs notent que le thé vert semble réduire le risque d’AVC davantage que le thé noir, mais les comparaisons sont difficiles à faire parce que les populations et les risques de maladie cardiovasculaire diffèrent grandement selon le type de thé consommé et que peu d’études sur le thé vert ont été faites hors de l’Asie.

Thé vert
Une méta-analyse de 9 études prospectives japonaises sur la consommation de thé vert et le risque de maladies cardiovasculaires et ischémiques montre des associations favorables. En effet, comparé aux personnes qui buvaient < 1 tasse de thé/jour, celles qui n’en buvaient pas du tout avaient un risque 19 % plus élevé de maladie cardiovasculaire, 24 % plus élevé d’hémorragie intracérébrale et 15 % plus élevé d’infarctus cérébral. Les personnes qui buvaient 1 à 3 tasses de thé vert par jour avaient un risque 19 % moins élevé d’infarctus du myocarde et 36 % moins élevé d’AVC, comparé à celles qui buvaient < 1 tasse de thé/jour. Les personnes qui buvaient ≥ 4 tasses de thé vert/jour avaient un risque d’infarctus du myocarde 32 % moins élevé comparé à celles qui buvaient < 1 tasse de thé/jour, indiquant qu’il y une relation dose-effet.

Maladie coronarienne
Une méta-analyse de 13 études sur le thé noir et de 5 études sur le thé vert et le risque de maladie coronarienne a montré des associations favorables significatives pour le thé vert, mais aucune pour le thé noir. Une grande consommation de thé vert était associée à une baisse moyenne de 28 % du risque de maladie coronarienne. De plus, il y a une relation dose-effet : pour chaque tasse/jour additionnelle de thé vert consommée le risque de maladie coronarienne diminuait de 10 %.

Diabète
Développer le diabète de type 2 augmente beaucoup le risque de maladie cardiovasculaire. Certaines études épidémiologiques suggèrent que la consommation de thé est associée à une réduction du risque de diabète et à une réduction de la glycémie à jeun chez des personnes qui ne sont pas obèses. Les études d’intervention publiées à ce jour ne procurent cependant pas de données probantes pour dire que la consommation de thé est bénéfique pour la glycémie et le métabolisme de l’insuline. Les experts sont d’avis qu’il faudra faire de nouvelles études (prospectives et d’intervention) avant de pouvoir tirer des conclusions sur les effets du thé sur le contrôle de la glycémie et sur le diabète de type 2.

Obésité
L’obésité est un autre important facteur de risque de maladie cardiovasculaire. Dans des modèles animaux, la supplémentation avec les catéchines du thé ou avec une seule catéchine (EGCG) fait perdre beaucoup de poids à des rongeurs devenus obèses après avoir été alimentés avec un régime riche en gras. Chez l’humain, plusieurs études ont montré que la consommation de thé ou d’extraits de thé fait perdre du poids, fait diminuer le poids, l’indice de masse corporelle, le tour de taille et le gras sous-cutané, par comparaison avec un groupe témoin. Des études additionnelles, à plus grande échelle, sur de plus longues périodes et mieux contrôlées seront nécessaires afin de définir les doses optimales pour différentes populations et pour des personnes qui ont différents facteurs de risque métaboliques.

Conclusion
Le thé semble avoir plusieurs bienfaits pour la santé, mais malgré tous les efforts des chercheurs pour éliminer les facteurs confondants dans les études épidémiologiques, il est possible que les personnes qui consomment beaucoup de thé aient aussi un style de vie et un régime alimentaire plus sain. Toutes les études n’en sont pas arrivées à la conclusion que le thé est bénéfique pour la prévention de maladies cardiovasculaires, probablement à cause de l’hétérogénéité des populations, du style de vie, des procédés de production des thés et du contenu variable en polyphénols. Les chercheurs semblent d’accord sur la nécessité de faire de nouveaux essais randomisés contrôlés sur la prévention primaire et secondaire de maladies cardiovasculaires, en utilisant des préparations de thé ou des extraits de thé standardisés et en mesurant simultanément les concentrations plasmatiques des polyphénols. Le thé n’est certainement pas une panacée, mais boire quelques tasses de thé quotidiennement (sans lait ni sucre ajouté), en conjonction avec une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie pourrait être bénéfique pour la santé.

« Manger un peu de tout » : un concept dépassé qui peut favoriser le surpoids

« Manger un peu de tout » : un concept dépassé qui peut favoriser le surpoids

La diversité nutritionnelle, c’est-à-dire « manger un peu de tout » en langage populaire, représente un des principaux dogmes de la nutrition moderne.  Ce concept est basé sur le principe qu’aucun aliment ne contient à lui seul tous les nutriments essentiels à la santé et que ce n’est qu’en consommant une grande variété d’aliments différents (fruits, légumes, viandes, produits laitiers, etc.) qu’on peut combler adéquatement les exigences nutritionnelles de base, essentielles au maintien d’une bonne santé.

Le concept de diversité nutritionnelle a été élaboré au début du 20esiècle, une époque où les carences en nutriments essentiels étaient fréquentes. Au cours des années 20 et 30, par exemple, plusieurs personnes étaient touchées par le scorbut (carence en vitamine C), le béribéri (carence en thiamine),  le rachitisme (carence en vitamine D), la pellagre (carence en tryptophane et vitamine B3) ou encore la xérophtalmie (carence en riboflavine). Une alimentation plus diversifiée, facilitée par l’avènement du réfrigérateur et une augmentation de l’offre alimentaire par la production industrielle des aliments de base, a permis de corriger ces carences et d’éradiquer du même coup ces maladies causées par la malnutrition.

Un siècle plus tard, l’alimentation suscite toujours des inquiétudes, mais totalement à l’inverse : ce n’est plus la carence alimentaire qui pose problème, mais plutôt la surabondance et la mauvaise qualité de plusieurs aliments industriels qui nous sont offerts, en particulier les aliments hypertranformés très riches en sucres et gras ajoutés (et donc en calories).  Alors que ces produits n’existaient même pas il y a 100 ans, ils représentent aujourd’hui à eux seuls la moitié des calories consommées par la population et il n’y a pas de doute qu’ils contribuent à l’augmentation fulgurante de la proportion de personnes en surpoids qui affecte présentement la plupart des pays du globe. Dans un tel contexte, promouvoir la diversité nutritionnelle en proposant de « manger un peu de tout » revient à mettre ces aliments hypercaloriques sur un pied d’égalité avec des aliments plus sains, notamment ceux d’origine végétale, et on peut se questionner si cette approche est valable pour améliorer les habitudes alimentaires et la santé de la population.

Dans un article récemment paru dans la revue Circulation, l’American Heart Assocation prend position contre ce concept de diversité nutritionnelle et propose plutôt de miser sur la qualité des aliments consommés. Cette recommandation s’appuie sur une analyse détaillée des études réalisées jusqu’à présent sur ce sujet qui montrent que la diversité nutritionnelle est généralement associée à une alimentation de moindre qualité, caractérisée par un apport accru en aliments transformés et un apport excessif en calories. Par exemple, une étude brésilienne a montré qu’une plus grande diversité nutritionnelle, mesurée en déterminant le nombre d’items différents consommés durant une semaine, était associée à une consommation accrue d’aliments transformés comme les sucreries, les boissons gazeuses, de même que de craquelins, biscuits et gâteaux et pourrait en conséquence favoriser le surpoids.  Ceci est en accord avec une autre étude montrant qu’une plus grande diversité nutritionnelle était corrélée avec un apport plus élevé en sucreries et diverses collations et à un excès de calories.

L’apport énergétique plus élevé qui est observé chez les personnes qui mangent le plus diversifié s’explique, d’une part, par la très grande disponibilité des produits transformés riches en sucre et en gras et, d’autre part, par ce qui semble être une adaptation physiologique à la diversité alimentaire.  Chez les animaux de laboratoire, par exemple, l’accès à une variété d’aliments induit une consommation de nourriture et un gain de poids supérieurs à ce qui est observé lorsque les animaux sont exposés à un seul type d’aliment.  Des observations similaires ont été faites chez les humains, c’est-à-dire que les sujets consommaient plus de nourriture totale lorsque mis en présence d’aliments variés comparativement à un seul aliment. Étant donné qu’à l’époque moderne la diversité nutritionnelle provient essentiellement des produits industriels hypercaloriques (avec environ 15,000 nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché chaque année), cette plus grande consommation de nourriture se traduit forcément par une hausse du risque de surpoids.

En somme, l’environnement alimentaire dans lequel nous vivons a considérablement changé au cours des 50 dernières années et il est certain que ces bouleversements, en particulier l’omniprésence d’aliments hypercaloriques, contribuent à la hausse du surpoids de la population et à l’augmentation des maladies chroniques qui découlent de cet excès de graisse (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, certains cancers). La devise « manger un peu de tout », aussi utile soit-elle dans un contexte de carence alimentaire, devient inappropriée dans cet environnement de surabondance de nourriture, car elle ne tient pas compte de l’impact négatif de ces aliments industriels et, en pratique, les considèrent même comme des aliments aussi valables les autres.

Comme le souligne l’avis de l’AHA, plutôt que de promouvoir la diversité à tout prix, il est de loin préférable de privilégier la qualité des aliments consommés, c’est-à-dire choisir préférentiellement ceux qui exercent des effets positifs sur la santé.  Comme nous l’avons récemment mentionné, il existe un consensus pour dire qu’une alimentation principalement basée sur la consommation d’aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, graines et noix), combinée à un apport réduit en viandes rouges, en charcuteries et en produits contenant des sucres ajoutés et/ou des farines raffinées représente la combinaison optimale pour le maintien d’un poids corporel normal et la prévention des maladies chroniques, particulièrement les maladies cardiovasculaires.  Le régime méditerranéen ou encore son proche cousin, l’alimentation DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), sont des exemples concrets de modes d’alimentation qui mettent l’emphase sur ces aliments bénéfiques et qui permettent de profiter de l’abondance et de la diversité de fruits et légumes frais tout au long de l’année pour non seulement élargir nos horizons culinaires, mais aussi vivre longtemps en bonne santé.

 

Les petits fruits et la santé cardiovasculaire

Les petits fruits et la santé cardiovasculaire

Les petits fruits sont de plus en plus populaires dans notre régime alimentaire, sous forme de fruits frais, congelés, séchés ou en conserve et dans des produits dérivés tels les confitures, gelées, yogourts, jus et vins. Les petits fruits procurent des bénéfices considérables pour la santé à cause de leur haute teneur en composés phénoliques, antioxydants, vitamines, minéraux et fibres. La reconnaissance de ces bienfaits pour la santé a d’ailleurs mené à une augmentation de la production mondiale des petits fruits de 21 %.

On utilise parfois le terme générique de « baies » pour les désigner, mais du point de vue de la botanique si certains petits fruits sont des baies véritables (bleuet, myrtille, canneberge, groseille, airelle, fruit du sureau), d’autres sont des polydrupes (framboises, mûres), et la fraise est un « faux fruit » puisque ce sont les akènes (les petits grains sur la surface extérieure de la fraise) qui sont les fruits du fraisier. Les petits fruits sont riches en composés phénoliques tels les acides phénoliques, stilbénoïdes, flavonoïdes, lignanes et tanins (voir la classification et la structure de ces composés dans la Figure 1). Les petits fruits sont tout particulièrement riches en anthocyanidines, des pigments qui donnent leurs belles couleurs caractéristiques, rouge, bleu et pourpre à la peau et la chair de ces petits fruits (Tableau 1).

Figure 1. Classification et structure chimique des composés phénoliques contenus dans les petits fruits. Adapté de Parades-López et coll., 2010 et de Nile et Park, 2014.

Comme la plupart des flavonoïdes, les anthocyanidines se retrouvent dans la nature sous forme d’hétérosides (composés formés d’un sucre et d’une autre molécule) nommés anthocyanes. Ces anthocyanes peuvent être absorbées sous leur forme entière (liées à différents sucres) aussi bien dans l’estomac que dans l’intestin. Les anthocyanes qui se rendent jusqu’au gros intestin peuvent être métabolisées par le microbiote (la flore intestinale). La concentration maximale d’anthocyanes dans la circulation sanguine est atteinte de 30 min à 2 h après avoir mangé des petits fruits. Cependant, la concentration plasmatique maximale (1-100 nmol/L) des anthocyanes est beaucoup plus faible que celle mesurée dans les tissus de l’intestin, ce qui indique que ces composés sont métabolisés de façon extensive avant d’entrer dans la circulation systémique sous forme de métabolites. Après administration chez l’humain d’une anthocyane radio-marqué, 35 métabolites ont été identifiés, 17 dans la circulation, 31 dans l’urine et 28 dans les fèces. Ce sont donc probablement ces métabolites, plutôt que la molécule intacte, qui seraient responsables des effets favorables pour la santé qui sont associés aux anthocyanes.

Tableau 1. Contenu en composés phénoliques, flavonoïdes, et anthocyanes de différents petits fruits. Adapté de Parades-López et coll., 2010 et de Nile et Park, 2014.

Petit fruit (genre et espèces)Composés phénoliquesFlavonoïdesAnthocyanes
(mg/100 g de fruits frais)(mg/100 g de fruits frais)(mg/100 g de fruits frais)
Framboise (Rubus ideaous)121699
Mûre (Rubus fructicosus)48627682–326
Fraise (Fragaria x. ananassa)31354
Bleuet (Vaccinium corymbosum)261–5855025–495
Myrtille (Vaccinium myrtillus )52544300
Canneberge (Vaccinium macrocarpon)31515767–140
Gadelle (Ribes rubrum)1400922
Cassis (Ribes nigrum)29-604644
Baie de sureau (Sambucus nigra)1044245-791
Airelle rouge (Vitis vitis-idea)6527477

Activités biologiques des petits fruits
Des données provenant de modèles expérimentaux in vitro et animaux indiquent que les composés phénoliques des petits fruits pourraient produire leurs effets bénéfiques par leurs activités antioxydante, anti-inflammatoire, antihypertensive, et hypolipémiante, qui pourraient prévenir ou atténuer l’athérosclérose. La plus connue des activités biologiques des composés phénoliques est sans doute leur activité antioxydante, qui aide à protéger les cellules du corps contre les dommages causés par les radicaux libres et à contrer certaines maladies chroniques qui sont associées au vieillissement. Selon plusieurs études sur des modèles in vitroet animaux, les petits fruits auraient aussi des propriétés anti-cancer impliquant plusieurs mécanismes complémentaires tels l’induction d’enzymes métaboliques, la modulation de l’expression de gènes spécifiques et leurs effets sur la prolifération cellulaire, l’apoptose (mort cellulaire programmée, un processus déréglé dans les cellules cancéreuses) et les voies de signalisation à l’intérieur de la cellule.

Études populationnelles
Dans une étude prospective réalisée en Chine auprès de 512 891 participants, la consommation quotidienne de fruits (tous types de fruits) a été associée à une baisse moyenne de la pression artérielle systolique de 4,0 mmHg en moyenne, une baisse de 0,5 mmol/L de la concentration de glucose sanguin, une réduction de 34 % du risque d’accident coronarien majeur et une réduction de 40 % du risque de mortalité d’origine cardiovasculaire. Ces résultats ont été obtenus en comparant les participants qui consommaient de fruits chaque jour à ceux qui n’en consommaient pas du tout ou très rarement. Dans cette étude, il y avait une forte corrélation dose-effet entre l’incidence d’évènements cardiovasculaires ou la mortalité d’origine cardiovasculaire et la quantité de fruits consommés. Parmi les constituants des fruits, les études suggèrent que ce sont les flavonoïdes, et tout particulièrement les anthocyanes qui sont responsables de ces effets protecteurs.

Un certain nombre d’études prospectives et transversales ont examiné l’association entre la consommation d’anthocyanes et les facteurs de risque cardiovasculaires (voir cette revue). Dans quatre études sur cinq qui ont examiné les risques de maladie coronarienne ou d’infarctus du myocarde non mortel, la consommation d’anthocyanes a été associée à une réduction du risque de maladie coronarienne de 12 à 32 %. L’impact des anthocyanes sur le risque d’AVC a été étudié dans 5 études, mais aucune preuve d’un effet protecteur n’a été trouvée dans ce cas.

En ce qui concerne les facteurs de risque cardiovasculaires, les études indiquent qu’une consommation plus élevée d’anthocyanes est associée à une diminution de la rigidité des artères, de la pression artérielle, et de l’insulinémie. La baisse de pression artérielle associée à la consommation d’anthocyanes, –4 mmHg, est similaire à celle généralement observée chez une personne après avoir cessé de fumer. L’effet des anthocyanes sur la concentration d’insuline, soit une réduction moyenne de 0,7 mIU/L est similaire aux effets d’un régime faible en gras ou à une heure de marche par jour. Une baisse de l’inflammation a été associée à la consommation d’anthocyanes et de flavonols, un mécanisme qui pourrait être sous-jacent à la réduction du risque cardiovasculaire et d’autres maladies chroniques.

 Essais randomisés contrôlés
Une revue systématique et une méta-analyse de 22 essais randomisés contrôlés, représentant 1251 personnes, rapporte que la consommation de petits fruits réduit significativement plusieurs facteurs de risques cardiovasculaires, telle la concentration sanguine de cholestérol-LDL [–0,21 mmol/L en moyenne], la pression artérielle systolique [–2,72 mmHg en moyenne], la concentration de glucose à jeun [–0,10 mmol/L en moyenne], l’indice de masse corporelle [–0,36 kg/m2en moyenne], l’hémoglobine glyquée [HbA1c, –0,20 % en moyenne], et la concentration du facteur de nécrose tumoral alpha [TNF-alpha, 0,99 pg/mL en moyenne], une cytokine impliquée dans l’inflammation systémique. Par contre, aucun changement significatif n’a été observé pour les autres marqueurs de maladies cardiovasculaires qui ont été testés : cholestérol total, cholestérol-HDL, triglycérides, pression artérielle diastolique, Apo A-I, Apo B, Ox-LDL, IL-6, CRP, sICAM-1 et sICAM-2.

Une autre revue systématique publiée en 2018 a évalué les essais randomisés contrôlés [ERC] sur les effets de la consommation de baies sur la santé cardiovasculaire. Parmi les 17 ERC de grande qualité, 12 rapportent un effet bénéfique de la consommation de baies sur des marqueurs de santé cardiovasculaire et métabolique. Quatre ERC sur 11 observent une réduction de la pression artérielle systolique et/ou diastolique ; 3/7 études rapportent un effet favorable sur la fonction endothéliale ; 2/3 études rapportent une amélioration de la rigidité artérielle ; 7/17 études rapportent des effets bénéfiques pour le bilan lipidique, et 3/6 études rapportent une amélioration du profil glycémique.

Les petits fruits et le déclin cognitif
Une plus grande consommation de bleuets et de fraises a été associée à un ralentissement du déclin cognitif dans une étude prospective auprès de 16 010 participantes à la Nurses’ Health Study âgées de 70 ans ou plus. La consommation de ces petits fruits était associée à un déclin cognitif retardé d’environ 2,5 années. De plus, les infirmières qui avaient consommé davantage d’anthocyanidines et de flavonoïdes totaux ont eu un déclin cognitif plus lent que les participantes qui en consommaient peu.

Le contenu exceptionnel en composés phénoliques des baies et leurs effets positifs sur la santé nous rappellent que la qualité de l’alimentation ne se résume pas aux nutriments : protides, glucides, lipides, vitamines et minéraux ; une grande variété d’autres molécules présentes dans les végétaux sont absorbées au niveau de l’intestin et acheminées par la circulation sanguine à toutes les cellules de l’organisme. Sans être des éléments nutritifs essentiels, les composés phytochimiques tels les flavonoïdes peuvent contribuer à une meilleure santé cardiovasculaire et à vieillir en meilleure santé.

 

Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

La plupart des suppléments de vitamines et minéraux couramment utilisés ne préviennent pas les maladies cardiaques et ne prolongent pas la vie selon une revue systématique et des méta-analyses de 179 essais randomisés contrôlés.   L’étude publiée en 2018 dans le Journal of the American College of Cardiology a été réalisée par des groupes de chercheurs provenant de plusieurs institutions, incluant l’Université de Toronto et la Harvard School of Public Health. Les multivitamines, la vitamine C, la vitamine D, le β-carotène (provitamine A), le calcium et le sélénium n’ont pas d’effet significatif sur les accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC) et sur la mortalité, toutes causes confondues. L’exemple de la vitamine D, l’une des plus étudiées avec 43 essais randomisés contrôlés, illustre bien l’absence de bienfait ou d’effet nuisible puisqu’il y a eu 2908 décès sur 18 719 participants (15,5 %) dans le groupe qui a pris un supplément de vitamine D et 2968 décès sur 18 831 participants (15,8 %) dans le groupe témoin, durant la durée des études. Seize études sur la vitamine D rapportent un effet favorable sur la mortalité, 17 études rapportent un effet défavorable et 10 études indiquent un effet neutre. Les données sont de grande qualité et démontrent de manière convaincante un effet neutre des suppléments de vitamine D sur la mortalité, toutes causes confondues.

Des données de qualité faible à moyenne indiquent que l’acide folique (vitamine B9) réduit de 17 % le risque d’accidents cardiovasculaires et de 20 % le risque d’AVC, alors que les vitamines du complexe B réduisent le risque d’AVC seulement (–10 %). Deux études sur sept indiquent que l’acide folique réduit le risque d’AVC et les résultats de la méta-analyse des sept études sont fortement influencés par une seule étude favorable qui compte pour 92 % de l’ensemble des données. Cette étude favorable a été réalisée en Chine, dans une communauté où il n’y a pas de fortification avec l’acide folique. Depuis 1998 tous les produits céréaliers vendus au Canada (ex.: pain, pâtes alimentaires) sont fortifiés en acide folique à raison de 0,15 mg par 100 g de farine. Parmi les bonnes sources alimentaires d’acide folique, on retrouve les abats (foie), les légumes vert foncé (brocoli, épinards, choux de Bruxelles et petits pois), le maïs, les pois secs, les lentilles et les oranges.

Une augmentation du risque de mortalité (toutes causes confondues) est associée à la prise de suppléments d’antioxydants (+6 %) et de niacine (vitamine B3) pris avec une statine (+10 %). Les antioxydants n’ont pas d’effets sur les accidents cardiovasculaires, selon les méta-analyses d’essais randomisés contrôlés (données de qualité moyenne).

Une autre revue systématique et méta-analyse récente conclut que les suppléments de vitamines et minéraux ne préviennent pas les accidents cardiovasculaires ou la mort de cause cardiovasculaire. Cette méta-analyse, publiée en juillet 2018 dans un journal de l’American Heart Association, Circulation : Cardiovascular Quality and Outcomes, incluait 18 études prospectives et essais randomisés contrôlés avec au total 2 millions de participants et un suivi d’une durée moyenne de 12 ans. La méta-analyse de 18 études indique que les suppléments de multivitamines (suppléments contenant plus de 3 vitamines ou minéraux) n’ont pas d’effet sur le risque mortalité d’origine cardiovasculaire, la mortalité due à un AVC, la mortalité due à la maladie coronarienne, non plus que sur l’incidence de l’AVC. Par contre, les multivitamines sont associées à une réduction du risque d’incidence de la maladie coronarienne (-12 %), mais cette association n’est plus significative lorsque seuls les essais randomisés contrôlés (plus fiables que les études prospectives) sont pris en compte dans l’analyse.

Historiquement, les suppléments de vitamines ont sauvé des vies dans certains cas précis de carence sévère (ex. : scorbut), mais les experts ont maintenant cessé de les recommander pour la prévention de maladies chroniques. Un groupe d’experts américains, la U.S. Preventive Services Task Force(USPSTF) a examiné en 2013 l’ensemble des données disponibles sur la supplémentation en vitamines et minéraux et la prévention des maladies cardiovasculaires et le cancer, et fait des recommandations en 2014. La USPSTF conclut que les données disponibles n’indiquent pas que les suppléments de vitamines et de minéraux préviennent les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Pour les adultes en santé qui n’ont pas de besoins nutritionnels spécifiques, la USPSTF ne recommande pas les multivitamines et les suppléments individuels ou par pair pour prévenir les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Le groupe d’experts recommande de ne pas prendre de suppléments de β-carotène (vitamine A) ou de vitamine E.  Le β-carotène a été associé à un risque plus élevé de cancer du poumon chez les fumeurs et la vitamine E à un risque plus élevé de cancer de la prostate.

Aux États-Unis, on estime que plus de 50 % de la population prend un supplément quelconque. Environ 30 % des Américains prendraient des multivitamines, 19 % de la vitamine D, 14 % du calcium et 12 % de la vitamine C. C’est un très gros marché, les ventes annuelles de suppléments de vitamines, minéraux et de plantes totalisaient 21 milliards de dollars en 2015 aux États-Unis seulement.

Visites à l’urgence à cause d’effets indésirables de suppléments alimentaires.
Il a été estimé que chaque année aux États-Unis, plus de 23 000 visites aux urgences des cliniques et hôpitaux sont attribuables à des effets indésirables causés par des suppléments alimentaires. Ce sont souvent de jeunes adultes âgés de 20 à 34 ans (28 % des visites) et des enfants sans surveillance (21 % des visites) qui se présentent à l’urgence. En excluant les enfants sans surveillance, 66 % des visites pour des effets indésirables causés par un seul supplément impliquent des produits à base de plantes et autres produits naturels ; 32 % des visites impliquent la consommation de micronutriments (vitamines et minéraux). Les produits naturels pour la perte de poids et les produits énergisants sont fréquemment impliqués : ils causent 72 % des effets indésirables des suppléments tels que palpitations, douleurs thoraciques ou tachycardie. Parmi les adultes âgés de plus de 65 ans, les étouffements, la dysphagie causée par les comprimés ou un globus pharyngé (sensation de boule dans la gorge) représentent 38 % des visites reliées à des effets indésirables de suppléments et 83 % de ces visites impliquent des micronutriments.

Les résultats des méta-analyses citées plus haut, les plus complètes publiées à ce jour, viennent renforcer un large consensus qui s’est établi depuis plusieurs années. Les personnes qui ont une déficience confirmée doivent, bien entendu, prendre des suppléments selon les recommandations de leur médecin. Mais pour la prévention des maladies chroniques, les données scientifiques n’indiquent pas que les suppléments sont bénéfiques. Ces suppléments sont inutiles lorsqu’on a une saine alimentation, basée sur une vaste gamme de végétaux de qualité, riches en vitamines, minéraux, fibres, et composés phytochimiques essentiels au maintien d’une bonne santé et qui réduisent les risques de plusieurs maladies chroniques. Rappelons que pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire, en plus de manger sainement il faut arrêter de fumer, faire de l’exercice, contrôler sa pression artérielle et les niveaux de cholestérol-LDL.

 

 

 

Les dysfonctions érectiles, un signe avant-coureur de maladies cardiovasculaires

Les dysfonctions érectiles, un signe avant-coureur de maladies cardiovasculaires

L’érection se produit lorsque les corps caverneux, deux structures spongieuses qui parcourent la longueur du pénis, deviennent engorgés de sang. Suite à une stimulation sexuelle, il y a relâchement de monoxyde d’azote par les cellules endothéliales des artères irriguant le pénis, ce qui augmente l’afflux sanguin dans ces corps caverneux ; en parallèle, la pression qui s’accumule dans les corps caverneux comprime les veines qui évacuent normalement le sang, ce qui permet de bloquer sa circulation et de maintenir l’engorgement nécessaire au rapport sexuel. D’un point de vue physiologique, l’érection est donc un phénomène essentiellement « vasculaire », qui requiert le bon fonctionnement des vaisseaux sanguins qui irriguent le pénis.

Problèmes d’érection

On estime qu’environ 20 % des hommes âgés de 20 ans et plus sont affectés par des dysfonctions érectiles, ce qui représente environ 322 millions de personnes à l’échelle mondiale. Bien qu’une certaine proportion de ces problèmes soit d’origine psychologique, neurologique ou hormonale, ce sont des anomalies dans la circulation du sang au pénis qui sont responsables dans la très grande majorité des cas de dysfonctions érectiles.

Ce lien entre la santé des vaisseaux sanguins et les problèmes d’érection est bien illustré par de nombreuses études montrant que les hommes qui présentent certains facteurs de risque connus pour favoriser le développement de maladies cardiovasculaires (tabagisme, hypertension, cholestérol élevé, obésité, diabète) sont également plus à risque de souffrir de dysfonctions érectiles (une proportion qui peut atteindre 50 % chez les diabétiques).  Cette association s’explique par le fait que toutes ces conditions peuvent causer des altérations majeures aux vaisseaux sanguins et ainsi perturber l’arrivée de sang nécessaire à l’irrigation adéquate des corps caverneux du pénis. L’apparition d’une dysfonction érectile, surtout lorsqu’elle se produit de façon précoce, représente donc la manifestation visible d’une détérioration de la santé des vaisseaux sanguins de l’ensemble du corps.

Ce concept est bien illustré par une méta-analyse de 12 études réalisées auprès de 36,744 hommes qui a montré que ceux qui présentaient par une dysfonction érectile au début de ces études avaient un risque accru de maladie cardiovasculaire en général (hausse de 48 %), d’infarctus (hausse de 46 %), d’AVC (hausse de 35 %) et de mortalité prématurée en général (hausse de 19 %) dans les années qui suivent.  Ces hausses demeurent significatives même lorsqu’on tient compte de la contribution d’autres facteurs connus pour favoriser le développement des maladies cardiovasculaires (tabac, surpoids, etc.), ce qui suggère que les dysfonctions érectiles pourraient représenter un facteur de risque indépendant de ces maladies. Ces observations sont en accord avec ceux d’une étude récente montrant que chez des hommes âgés de 60 à 78 ans, la dysfonction érectile double le risque d’infarctus, d’AVC et de mort cardiaque subite au cours des 4 années suivantes.

Les dysfonctions érectiles sont rarement discutées sur la place publique : l’érection demeure le symbole par excellence de la virilité et la plupart des hommes affectés éprouvent une grande gêne face à leur condition. Il faut cependant prendre conscience qu’un problème d’érection n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt un signal d’alarme de la présence d’un problème dans la fonction des vaisseaux sanguins qui peut provoquer un événement cardiovasculaire grave à court ou moyen terme. La situation n’est cependant pas irréversible : l’adoption de meilleures habitudes de vie, en particulier une activité physique régulière et une alimentation principalement axée sur la consommation de végétaux (le régime méditerranéen, par exemple), peuvent améliorer significativement la circulation sanguine dans l’ensemble du corps et ainsi diminuer non seulement le risque de problèmes érectiles, mais aussi les maladies cardiovasculaires en général.

Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

Les grands principes d’une saine alimentation sont connus depuis plusieurs années et sont bien résumés par l’assiette « santé » conçue par des experts en nutrition de l’Université Harvard (voir la figure ci-dessous) :  il s’agit simplement de faire une large place aux aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, céréales à grains entiers), réduire la consommation de produits d’origine animale (les viandes rouges, par exemple) et d’éviter le plus souvent possible les aliments industriels transformés (comme les charcuteries, les boissons sucrées et la malbouffe en général).

Cette assiette est très différente de celle de la majorité des habitants des pays industrialisés : non seulement nous ne mangeons pas suffisamment d’aliments d’origine végétale, mais, en plus, la majeure partie de nos calories quotidiennes provient de produits industriels transformés.  Il n’y a pas de doute que ce type d’alimentation contribue à la forte incidence de maladies chroniques qui touche notre société, en particulier les maladies cardiovasculaires.

Gras monoinsaturés : l’huile d’olive supérieure au canard

Les bénéfices associés à une consommation accrue d’aliments d’origine végétale sont bien illustrés par deux études récentes qui ont comparé l’impact des gras et des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de maladie et de mortalité cardiovasculaires.

Dans la première étude, les chercheurs se sont penchés sur l’association existant entre l’apport alimentaire en acides gras monoinsaturés et le risque d’être touché par une maladie coronarienne. Ce type de matières grasses est très répandu dans l’alimentation (voir encadré) et l’originalité de cette étude est d’être parvenue pour la première fois à distinguer l’effet des gras monoinsaturés provenant des végétaux de ceux présents dans les produits animaux.   En examinant les habitudes alimentaires de 93,384 hommes et femmes pendant une période de 12 ans, les chercheurs ont noté qu’un apport élevé en gras monoinsaturés d’origine végétale était associé à une diminution (17 %) du risque d’un événement coronarien, tandis qu’à l’inverse, la consommation de gras monoinsaturés d’origine animale était associée à une légère hausse (5-10%) de ce risque.  Selon les auteurs, il est probable que cette différence s’explique par la présence simultanée de gras saturés dans les aliments d’origine animale qui contrecarre l’effet bénéfique des gras monoinsaturés. En conséquence, la meilleure façon de profiter des effets cardioprotecteurs des gras monoinsaturés est de privilégier la consommation de végétaux qui sont de bonnes sources de ces gras (les noix, par exemple) et d’utiliser l’huile d’olive comme corps gras principal, ce qui est en gros la base du régime méditerranéen.

Les acides gras monoinsaturés

Contrairement aux gras saturés, qui sont principalement retrouvés dans les produits animaux, et les gras polyinsaturés, qui sont surtout d’origine végétale, les gras monoinsaturés ont la particularité d’être présents à la fois dans les végétaux (huiles, noix, certains fruits comme les avocats) et dans les aliments d’origine animale (viandes, produits laitiers). En conséquence, ces acides gras sont omniprésents dans notre alimentation et peuvent représenter jusqu’à 12 % de l’apport calorique total. Un rôle positif des gras monoinsaturés sur la santé cardiovasculaire a été proposé à maintes reprises, notamment en raison des résultats positifs des études portant sur l’huile d’olive. Dans l’étude randomisée PREDIMED, par exemple, les chercheurs ont observé qque les personnes dont l’alimentation est riche en huile d’olive ou en noix (deux sources de gras monoinsaturés) avaient un risque envrion 30 % moindre d’être touchées par un événement cardiovasculaire. La meilleure source de gras monoinsaturés est incontestablement l’huile d’olive (73 % de tous les gras), mais certains gras animaux, le gras de canard en particulier, contiennent également des quantités appréciables de monoinsaturés (50 % de tous les gras). En se basant sur les résultats positifs obtenus avec l’huile d’olive, il a donc été proposé que cette particularité pourrait entrainer des bénéfices similaires en termes de prévention des maladies cardiovasculaires. En comparant pour la première fois l’effet des gras monoinsaturés végétaux et animaux, l’étude décrite dans le texte montre cependant que ce n’est pas le cas et que seuls les monoinsaturés d’origine végétale sont dotés d’un effet cardioprotecteur.

Protéines végétales

Dans la deuxième étude, un groupe de chercheurs californiens a comparé l’impact des protéines d’origine végétale ou animale sur le risque de mortalité cardiovasculaire des 81,337 participants à l’étude Adventist Health Study-2. En analysant les habitudes alimentaires de ces personnes, ils ont pu séparer l’apport en protéines en 5 grandes catégories d’aliments, soit les catégories « viandes »,  « fruits, légumes et légumineuses », « céréales », « aliments transformés » et « noix et graines ».  Lorsqu’ils ont comparé la mortalité cardiovasculaire qui affectait les personnes qui adhéraient à l’une ou l’autre de ces catégories, ils ont noté que celles qui consommaient le plus de viande avaient un risque de mortalité 60 % plus élevé, tandis que celles qui préféraient les noix et graines avaient au contraire un risque 40 % plus faible.  Les autres sources de protéines ne semblent pas quant à elles influencer significativement le risque de mortalité.  En somme, ces résultats indiquent qu’un apport régulier en protéines de sources végétales, plus particulièrement en noix et en graines, combiné à une diminution de la consommation de viandes, représente la combinaison optimale pour réduire le risque de mortalité prématurée des suites d’un événement cardiovasculaire.

Ces deux études confirment l’importance d’augmenter l’apport en végétaux pour prévenir les maladies cardiovasculaires.  Non seulement parce que ce changement s’accompagne forcément d’une réduction d’aliments transformés, mais aussi parce que cette simple modification influencera à elle seule la nature des protéines, des glucides et des lipides ingérés et, du même coup, l’ensemble des phénomènes qui favorisent l’apparition et la progression des plaques d’athérosclérose.