On peut guérir du diabète de type 2

On peut guérir du diabète de type 2

Le diabète de type 2 est sans contredit une des plus graves conséquences du surpoids.  Avec la progression constante de l’obésité à l’échelle mondiale, l’International Diabetes Foundation estime que 415 millions d’adultes sont actuellement atteints de diabète, tandis que 318 millions sont « prédiabétiques », c’est-à-dire présentent une intolérance chronique au glucose qui les expose à un risque élevé de développer éventuellement la maladie. Cette situation est très préoccupante, car le diabète fait vieillir prématurément les vaisseaux sanguins et augmente considérablement le risque de maladies cardiovasculaires.

On considère généralement que le diabète de type 2 est une maladie chronique irréversible, dont on ne peut espérer guérir, et que la seule option thérapeutique demeure de limiter les dégâts causés par l’hyperglycémie. Dans ce témoignage, Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal,  montre que ce n’est pas le cas et que des changements draconniens au mode de vie qui entrainent une perte importante de poids, peuvent être suffisants pour renormaliser la glycémie et faire complètement disparaître le diabète, et ce sans intervention médicale ou pharmacologique. Il s’agit d’un exemple spectaculaire de l’immense potentiel du mode de vie pour non seulement prévenir, mais aussi guérir certaines maladies qui découlent du surpoids. 

J’ai reçu mon diagnostic de diabète de type 2 il y a quatre ans, en mai 2013. Suite à une infection qui ne guérissait pas, j’étais allé voir un médecin. À 46 ans, je n’avais pas de médecin de famille et je n’avais pas passé d’examen médical depuis longtemps. En effet, malgré un surpoids important — je pesais alors 230 livres (104 kg), pour une taille de 5’11’’ (180 cm) —, je me pensais en bonne santé.

Quelques jours après une prise de sang recommandée par mon médecin, celui-ci m’a annoncé la mauvaise nouvelle: mon taux de glucose sanguin à jeun dépassait le 14 mmol/l, deux fois le seuil pour un diabétique. Lorsque je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour guérir, il m’a répondu que le diabète de type 2 est une maladie chronique et dégénérative. Tout ce que je pouvais faire était de ralentir sa progression et de limiter ses effets en couplant la médication à une perte de poids, une meilleure alimentation et un peu d’exercice physique.

Cette nouvelle m’a frappé de plein fouet: le diabète de type 2 est une maladie terrible et sournoise, qui affecte la qualité de vie et provoque même la mort.

J’ai donc décidé, dès que j’ai reçu mon diagnostic, de changer mon mode de vie. Tout en prenant 500, puis 850 mg de metformine deux fois par jour, j’ai coupé le sucre, j’ai ajouté beaucoup de légumes à mon alimentation et je me suis mis à la course. J’ai également appris à utiliser un glucomètre et à suivre l’évolution quotidienne de ma glycémie, redoutant chaque jour de voir celle-ci dépasser les seuils acceptables.

Mon changement d’habitudes de vie m’a permis de perdre assez rapidement une trentaine de livres. À la fin 2013, je pouvais courir 5 à 7 km deux ou trois fois par semaine, et mon poids oscillait autour de 195 livres. Mon diabète se maintenait, toutefois. Avec la certitude que cette maladie progresserait et que tous mes efforts ne mèneraient pas à grand-chose.

Finalement, presque un an après mon diagnostic, en avril 2014, j’ai décidé de revenir à la charge et de vérifier, par moi-même, si le diabète de type 2 était réellement une maladie chronique. Après quelques jours de recherche dans les revues médicales et sur internet, entre les fausses promesses et les demi-vérités, j’ai trouvé une nouvelle qui semblait crédible et qui confirmait que oui, le diabète de type 2 peut être guéri!

La cure proposée par le professeur Roy Taylor de l’Université de Lancaster au Royaume-Uni est d’une simplicité à faire peur: il faut perdre du poids, généralement beaucoup et probablement rapidement.

Taylor s’appuie sur trois séries de résultats dont certains remontent à plus d’une cinquantaine d’années:

  • Tout d’abord, on sait depuis le milieu des années 1970 qu’une fraction importante des diabétiques de type 2 qui subissent une opération bariatrique visant à réduire la taille de l’estomac et à faciliter la perte de poids guérissent du diabète; la maladie n’est donc pas irréversible;
  • Ensuite, on sait depuis une vingtaine d’années que les cellules bêta du pancréas, responsables de la production de l’insuline, sont très sensibles à la présence de molécules de graisse;
  • Finalement, grâce à l’imagerie magnétique, on a pu constater que même dans un groupe de gens qui ont un poids normal, certains individus diabétiques montrent une présence de graisse supérieure à la moyenne dans les organes internes.

À partir de ces travaux, Taylor a conclu que la présence de graisse dans les organes internes est toxique pour le pancréas et qu’en réduisant celle-ci, il est possible de permettre à cet organe de fonctionner à nouveau normalement. Il a donc mis au point une approche qu’il a testée sur 13 individus diabétiques et en surpoids: pendant deux mois, ceux-ci ont adopté une diète à très faible teneur en calories, 600 à 700 Calories par jour. Malgré la petite taille de l’étude, les résultats, publiés en 2011, sont renversants: la majorité des participants présente une glycémie sous le seuil du diabète et a réussi à maintenir cette glycémie normale trois mois après la fin de l’étude. Dans un article de revue publié un peu après, Taylor raconte que son approche fonctionne également pour des gens sous insuline.

J’étais abasourdi à la lecture de ces recherches. Est-ce qu’une solution aussi simple pouvait vraiment fonctionner?

Puisque je n’avais pas grand à chose à perdre à tester l’approche, sauf un peu de poids, je me suis donc mis à la diète à très faible teneur en calories, adoptant une approche en alternant les étapes:

  • une diète à 600 calories durant 8 à 10 jours, mangeant un minimum de 200 g de légumes et buvant 2 litres d’eau chaque jour
  • trois semaines avec une diète plus raisonnable à 1500 calories.

À la fin de ma troisième période à 600 calories, en août 2014, j’avais atteint un poids de 165 livres, perdant 30 livres environ, et j’étais complètement guéri, avec une glycémie à jeun d’à peu près 5,8 mmol/l, sans aucun médicament. Un an plus tard, en octobre 2015, avec un poids stabilisé à 170 livres, mon HbA1c était à 5,1 % et ma glycémie à 5,7 mmol/l.

Presque trois ans après la fin de ma cure, je mange normalement, tout en surveillant mon poids, je cours 3 fois par semaine de 8 à 10 km et je maintiens ma glycémie à jeun autour de 5,7 mmol/l. Bien sûr, je reste susceptible de développer à nouveau le diabète de type 2 – ma prédisposition génétique ne s’est pas envolée! – et si je reprenais du poids, il est très probable qu’après quelque temps, mon pancréas se remette à me faire défaut. Pour autant, je ne suis plus diabétique et c’est un grand soulagement.

Depuis la publication de mon livre, l’année dernière, j’ai reçu de très nombreux témoignages de gens de tout âge qui m’ont dit qu’ils avaient aussi réussi à vaincre leur diabète de type 2 en suivant ce régime. Certains m’ont écrit que leur médecin n’en revenait tout simplement pas. Tous m’ont dit que leur vie en avait été changée.

Malgré sa simplicité, cette cure n’est pas facile: perdre du poids demande un effort important; ne pas le regagner exige une volonté de fer et un changement profond de ses habitudes de vie. L’effort en vaut la peine, toutefois, car le diabète de type 2 est une maladie dévastatrice qui diminue grandement notre qualité de vie. Il n’y a donc aucune raison de ne pas s’y mettre dès aujourd’hui!

Normand Mousseau

Professeur de physique, Université de Montréal

Auteur du livre “Comment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament”, Éditions du Boréal (2016).

Références:

Lim, E. L., K. G. Hollingsworth, B. S. Aribisala, M. J. Chen, J. C. Mathers and R. Taylor (2011). « Reversal of type 2 diabetes: normalisation of beta cell function in association with decreased pancreas and liver triacylglycerol. » Diabetologia 54(10): 2506-2514.

Taylor, R. (2013). « Banting Memorial lecture 2012: reversing the twin cycles of type 2 diabetes. » Diabet Med 30(3): 267-275.

Tham, C. J., N. Howes and C. W. le Roux (2014). « The role of bariatric surgery in the treatment of diabetes. » Therapeutic Advances in Chronic Disease T5: 149-157.

 

 

Les Chimane n’ont pas besoin de cardiologues !

Les Chimane n’ont pas besoin de cardiologues !

Un article récemment paru dans la revue Lancet documente l’extraordinaire santé cardiovasculaire des Chimane, un peuple aborigène de l’Amazonie bolivienne.  Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé la tomodensitométrie cardiaque (CT-scan) pour mesurer la quantité de calcium contenu dans les plaques présentes dans les artères coronaires de 705 Chimane âgés de 40 à 94 ans.  Ces « scores calciques » sont considérés par plusieurs experts comme une très bonne mesure du degré d’athérosclérose des artères coronaires.

Les chercheurs ont observé que la grande majorité des Chimane (85 %) avaient un score calcique de 0, c’est-à-dire qu’ils ne présentaient aucun signe d’athérosclérose et avaient, du même coup, un risque quasi nul de maladie coronarienne, 15 % avaient un score calcique inférieur à 100 (faible risque) et seulement 3 % avaient un score supérieur à 100 (risque modéré). Ces faibles scores calciques sont même observés à des âges avancés, avec 65 % des Chimane âgés de 75 ans et plus qui ne présentaient aucun risque de maladie coronarienne, soit 4 fois plus qu’en Amérique du Nord. De toutes les populations étudiées jusqu’à maintenant, les Chimane sont ceux qui présentent la plus faible détérioration des vaisseaux sanguins au cours du vieillissement :  les auteurs estiment que le développement de l’athérosclérose est retardé d’environ 25 ans chez les Chimane comparativement aux Nord-Américains, ce qui signifie en pratique que les vaisseaux sanguins d’un Chimane de 80 ans ont le même âge que ceux d’un Américain dans la cinquantaine.  Pas étonnant que l’infarctus du myocarde soit une maladie totalement inconnue chez ces indigènes !

Le mode de vie très particulier des Chimane est sans doute le grand responsable de cette incidence remarquablement faible d’athérosclérose et de maladie coronarienne.  Tout d’abord, ils sont très actifs : les Chimane peuvent parcourir jusqu’à 18 km par jour à la recherche de gibier et de végétaux, et ils n’utilisent aucun outil mécanique pour se frayer un chemin dans la jungle ou encore défricher le sol pour planter les semences des plantes qu’ils cultivent, comme le maïs. En conséquence, on estime que moins de 10 % des heures d’éveil sont consacrées à des activités sédentaires, comparativement à plus de 55 % en Amérique du Nord. Étant donné le rôle protecteur bien documenté de l’exercice sur la prévention des maladies coronariennes, il n’y a aucun doute que le niveau élevé d’activité physique quotidienne des Chimane contribue à leur santé cardiovasculaire exceptionnelle.

Du point de vue alimentaire, le régime quotidien des Chimane est composé à 72 % de glucides complexes (plantain, manioc, riz, mais, noix, fruits), 14 % de protéines (provenant principalement du gibier sauvage) et de seulement 14 % de gras (4 % de gras saturés).  Il s’agit donc d’une alimentation très faible en gras et en sucres ajoutés, similaire à celle adoptée par plusieurs populations reconnues pour leur longévité exceptionnelle (Okinawa, par exemple), mais qui est complètement différente de celle des Nord-Américains (33 % de gras, 51 % glucides). Plusieurs études (celles de Dean Ornish en particulier) ont clairement montré que la consommation régulière de végétaux, combinée à un apport faible en gras saturés, est très efficace pour prévenir le développement des maladies cardiovasculaires et il est donc probable que ce type d’alimentation contribue lui aussi à la faible incidence de maladie coronarienne observée chez les Chimane.

Plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme le tabagisme, l’obésité, l’hypertension, l’hyperglycémie et l’hypercholestérolémie sont très rares chez les Chimane, ce qui montre à quel point un mode de vie sain peut agir sur l’ensemble des phénomènes qui contribuent au développement de l’athérosclérose.  Au lieu de s’acharner à traiter les effets des mauvaises habitudes de vie (hypertension, excès de cholestérol ou encore hyperglycémie) à l’aide de médicaments, comme c’est le cas actuellement, on aurait donc avantage à s’inspirer des Chimane et de s’attaquer en priorité aux causes responsables de ces désordres, soit la mauvaise alimentation et la sédentarité.  Ceci est d’autant plus important que de simples modifications à ces habitudes de vie peuvent non seulement améliorer la santé cardiovasculaire, mais également prévenir le développement d’autres maladies chroniques liées au vieillissement comme le diabète de type 2, plusieurs types de cancers ainsi que les démences.

Le chocolat noir, c’est bon pour la santé du coeur !

Le chocolat noir, c’est bon pour la santé du coeur !

En plus d’être des sources importantes de vitamines, fibres et minéraux, les végétaux contiennent aussi des composés phytochimiques comme les polyphénols qui jouent des rôles très importants dans les effets positifs de ces aliments sur la santé cardiovasculaire. Parmi les milliers de polyphénols distincts qui existent dans la nature, la famille des flavonoïdes a reçu au cours des dernières années une attention particulière en raison de sa présence dans un grand nombre de végétaux (fruits, légumes, noix, légumineuses) et breuvages (thé, café, vin rouge) de notre quotidien.  L’impact de ces molécules sur la santé semble particulièrement important, car les études populationnelles indiquent que les personnes dont l’apport en flavonoïdes est le plus élevé ont un risque moindre d’être touchées par un AVC ou une maladie coronarienne, des effets qui s’accompagnent d’une diminution de la mortalité cardiovasculaire et de la mortalité globale.

Le cacao et ses produits dérivés, notamment le chocolat noir, représentent des sources exceptionnelles de polyphénols (Tableau 1), en particulier de certains flavonoïdes, ce qui suggère que la consommation régulière de produits à base de cacao pourrait être très positive pour la santé cardiovasculaire.

AlimentsContenu en polyphénols
(mg / 100 g ou 100 mL)
Poudre de cacao3448
Chocolat noir1664
Graines de lin1528
Bleuets836
Olives noires569
Noix de pécan493
Café (filtre)214
Vin rouge101
Thé vert89
Tofu42
Tableau 1.  Contenu en polyphénols de quelques aliments et breuvages. Adapté de Pérez-Jiménez et coll (2010).

Le premier indice en ce sens provient des observations de Marjorie McCullough réalisées auprès des Indiens Kuna des îles San Blass, un archipel au large de Panama.   Ces personnes sont de très grands consommateurs de cacao, qu’ils préparent sous forme de breuvage selon la méthode traditionnelle des civilisations précolombiennes. Les Kunas boivent environ cinq tasses de cacao par jour, ce qui se traduit par un apport en polyphénols aux environs de 1800 mg par jour, soit presque 10 fois plus que les Nord-Américains. Ces personnes se distinguent aussi pour leur tension artérielle très basse (110/70 mm Hg même à plus de 60 ans), et ce en dépit d’une alimentation très riche en sel, ainsi que par leur faible incidence d’infarctus du myocarde et d’AVC.  Ces caractéristiques ne sont pas d’origine génétique, car les individus qui ont quitté l’île pour aller vivre sur le continent voient leur tension artérielle rapidement augmenter.  Parmi les facteurs du mode de vie qui peuvent expliquer cette différence, la plus plausible est la diminution drastique de la consommation de cacao par les continentaux, qui était 10 fois plus faible que chez les insulaires.  Il semble donc que les polyphénols du cacao peuvent réellement influencer la santé cardiovasculaire en diminuant la tension artérielle et, du même coup, le risque d’événements ischémiques qui découlent de l’hypertension comme l’infarctus ou l’AVC.

Plusieurs études épidémiologiques réalisées ont confirmé que la consommation élevée de cacao est effectivement associée à une diminution de la tension artérielle et une réduction du risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité prématurée. Par exemple, une étude hollandaise réalisée pendant 15 ans auprès de 500 personnes âgées de plus de 65 ans a révélé que celles qui consommaient le plus de produits à base de cacao avaient une pression systolique diminuée en moyenne de 3,7 mm de Hg et une réduction marquée (50 %) du risque de mortalité cardiovasculaire. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs essais cliniques randomisés où la consommation de chocolat noir, de cacao ou de polyphénols dérivés du cacao est associée à une diminution de la tension artérielle et à une amélioration de la fonction endothéliale et de la sensibilité à l’insuline.  Ces effets vasculaires seraient dus en grande partie à une augmentation de la formation de monoxyde d’azote (NO), un puissant vasodilatateur, par certains flavonoïdes du cacao. Un effet bénéfique de la consommation de cacao sur le profil lipidique (triglycérides, cholestérol-LDL et –HDL) et la réduction de l’inflammation chronique a également été rapporté et pourrait contribuer aux bénéfices du chocolat noir sur la santé cardiovasculaire.

Il est maintenant clairement établi que plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires (hypertension, inflammation, résistance à l’insuline, syndrome métabolique) augmentent également le risque de déclin cognitif et de démence.  À l’inverse, des facteurs reconnus pour protéger la santé cardiovasculaire, comme l’exercice physique ou encore le régime méditerranéen, sont quant à eux associés à une diminution significative du risque de troubles cognitifs. Autrement dit, ce qui est bon pour le coeur l’est aussi pour le cerveau, ce qui soulève l’intéressante possibilité que la consommation régulière de produits à base de cacao puisse aussi entrainer des bénéfices pour les fonctions cognitives.  Les études réalisées jusqu’à présent abondent en ce sens, puisqu’un apport élevé en aliments riches en flavonoïdes comme le thé, le vin rouge et le chocolat est associé à une diminution du risque de déclin cognitif ainsi qu’à une amélioration des performances cérébrales. Une étude réalisée auprès de personnes âgées de 65 à 82 ans, qui présentaient des signes cliniques d’un début de déclin cognitif, a révélé que la consommation quotidienne d’un breuvage à base de chocolat contenant des quantités élevées de polyphénols était associée à une amélioration significative des fonctions cognitives. Ces effets bénéfiques du cacao sur les fonctions cognitives pourraient-ils expliquer pourquoi les populations qui consomment le plus de chocolat sont aussi celles qui comptent le plus grand nombre de lauréats d’un prix Nobel  ?

Les complications cardiovasculaires du diabète

Les complications cardiovasculaires du diabète

Une des transformations les plus remarquables à avoir touché la société au cours des 50 dernières années est sans doute la forte augmentation du poids corporel de la population. Selon les statistiques des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, le poids moyen d’un américain est passé de 166 livres à 196 livres (75 à 89 kg) au cours de cette période, tandis que celui des femmes a augmenté de 140 livres à 166 livres (63 à 75 kg).  Autrement dit, en moyenne, les femmes pèsent maintenant le même poids que les hommes qui vivaient durant les années 60 !

Cette augmentation du nombre de personnes en surpoids a de graves conséquences, entre autres parce que l’excès de graisse hausse considérablement le risque de diabète de type 2.  Peu de gens le savent, mais le surpoids est un important facteur de risque de diabète, avec plus de 90 % des diabétiques de type 2 qui souffrent d’embonpoint ou d’obésité.  L’International Diabetes Foundation estime qu’à l’échelle mondiale 415 millions d’adultes sont actuellement atteints de diabète, tandis que 318 millions d’adultes sont « prédiabétiques », c’est-à-dire présentent une intolérance chronique au glucose qui les expose à un risque élevé de développer éventuellement la maladie. Le diabète est la cinquième cause de mortalité prématurée dans le monde, étant à lui seul responsable de 7 % des décès prématurés, une proportion qui pourrait même atteindre 12 % aux États-Unis. Avec la progression constante de l’obésité à l’échelle mondiale, la hausse parallèle des cas de  diabète de type 2 fait en sorte que cette maladie pourrait devenir une des plus grandes crises de santé publique du XXIe siècle et imposer un très lourd fardeau financier, autant pour les individus atteints que pour les systèmes de santé.

Le diabète de type 2 se caractérise par une hyperglycémie chronique causée par un phénomène complexe appelé  « résistance à l’insuline ». Contrairement au diabète de type I, le pancréas est encore capable de produire de l’insuline, mais les organes du corps (foie, muscles, tissus adipeux) deviennent moins sensibles à cette hormone et perdent progressivement la capacité de capter efficacement le sucre, ce qui entraine du même coup une hausse de la glycémie.   À court terme, l’organisme cherche à compenser cette résistance en produisant un excès d’insuline pour tenter de faire entrer à tout prix le sucre dans les cellules, et il est donc courant d’observer simultanément des taux élevés de glucose et d’insuline dans le sang des personnes prédiabétiques. À plus long terme, par contre,  cette résistance à l’insuline provoque un épuisement du pancréas et l’arrêt complet de la production de cette hormone.

Du point de vue de la santé du cœur et des vaisseaux, le développement d’un diabète est une véritable catastrophe en raison des multiples effets délétères de l’hyperglycémie sur plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires :

  • Athérosclérose: l’excès de sucre et d’insuline favorise la formation de plaques sur la paroi des vaisseaux et cette athérosclérose est plus généralisée, plus grave et se développe plus rapidement que chez les non-diabétiques.
  • Hypertension artérielle : l’hypertension est deux fois plus fréquente chez les personnes atteintes de diabète.
  • Dyslipidémie : une forte proportion de diabétiques présentent un profil lipidique associé à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires (taux élevés de cholestérol-LDL et de triglycérides, faibles taux de cholestérol-HDL).

Tous ces facteurs, combinés à une atteinte des petits vaisseaux sanguins (microangiopathie) par l’hyperglycémie,  font en sorte que le diabète de type 2 est associé à une :

  • Augmentation de 2 à 4 fois de l’incidence de maladies coronariennes
  • Augmentation de 10 fois de l’incidence de maladies vasculaires périphériques et de 15 à 40 fois du risque d’amputation
  • Augmentation de 3 à 4 fois du risque de mortalité prématurée.

Le diabète reste encore aujourd’hui une condition qui est extrêmement difficile à traiter efficacement.  Les médicaments développés jusqu’à présent pour traiter le diabète de type 2 ne réduisent pas (ou sinon très peu) le risque de maladies cardiovasculaires et certains d’entre eux peuvent même entrainer d’importants effets secondaires.  Cela ne signifie cependant pas qu’on ne peut rien faire pour combattre cette maladie : puisque le diabète de type 2 est essentiellement une conséquence de mauvaises habitudes de vie, le surpoids notamment, il est possible de prévenir son développement ou d’atténuer ses impacts négatifs simplement en modifiant ces habitudes.

Les résultats d’une étude réalisée auprès de personnes à haut risque de diabète (obèses et glycémie à jeun élevée) en sont un bon exemple.  Les chercheurs ont montré qu’une intervention basée sur des modifications au mode de vie qui permettent de réduire le poids corporel de seulement 7 % (diminution de l’apport calorique combinée à un minimum de 150 minutes d’exercice modéré par semaine) entrainait une diminution de 60 % de l’incidence de diabète de type 2, soit deux fois plus que celle obtenue à l’aide d’un médicament couramment utilisé pour traiter cette maladie (metformine). Le mode de vie est donc supérieur à la médication pour traiter le diabète, sans compter qu’il est dépourvu des effets secondaires fréquemment associés à la médication (troubles gastrointestinaux dans le cas de la metformine).

Et plus ces changements au mode de vie sont importants, meilleure est la réduction du risque.  Une étude très importante a montré qu’une réduction du poids corporel de seulement 5 %, combinée à une alimentation riche en végétaux comme les fruits, légumes et grains entiers et à 30 minutes d’exercice par jour, éliminait complètement le développement du diabète, un objectif impossible à atteindre avec les médicaments actuels.

Le diabète représente donc un des meilleurs exemples du vieil adage qui dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Une alimentation principalement basée sur la consommation de végétaux, combinée à une activité régulière et au maintien d’un poids corporel normal peut enrayer le développement du diabète de type 2 et demeure la meilleure arme mise à notre disposition pour prévenir les nombreuses complications qui découlent de cette maladie, en particulier au niveau cardiovasculaire.

 

 

Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Le végétarisme peut être défini comme un mode d’alimentation qui exclut les aliments d’origine animale. Il existe un large éventail de pratiques végétariennes, selon la nature et le degré d’exclusion de ces produits animaux (Tableau 1). Par exemple, les semi-végétariens (flexitariens) sont principalement végétariens, mais peuvent manger occasionnellement de la viande selon les circonstances (fêtes, restaurant, etc.), tandis que d’autres végétariens ne consomment pas de viandes rouges, mais mangent régulièrement certains produits animaux comme les poissons et fruits de mer (pesco-végétarisme) ou encore les œufs et les produits laitiers (ovo-lacto-végétarisme).  Les végétaliens, par contre, ne consomment quant à eux aucun produit d’origine animale et se nourrissent donc uniquement à partir d’aliments cultivés (légumes, fruits, oléagineux, légumineuses, graines). Ce mode d’alimentation peut également être associé au mouvement du végétalisme intégral (véganisme) lorsqu’il fait partie d’un mode de vie global qui exclut toute utilisation de produits animaux dans la vie quotidienne (cosmétiques, port de vêtements ou de chaussures issus de matériaux animaux).

Mode d'alimentationViande rougePoisson/VolailleOeufs/Produits laitiers
Non-végétarienOuiOuiOui
Semi-végétarienOui, mais peuOui, mais peuOui
Végétarien
Pesco-végétarienNonOuiOui
Ovo-lacto-végétarienNonNonOui
VégétalienNonNonNon

Tableau 1.  Les différents formes de végétarisme. Adapté de Le et Sabaté (2014).

Au cours des dernières années, le végétarisme au sens large est devenu de plus en plus populaire dans les pays occidentaux ; au Canada, par exemple, on estime qu’en 2007 environ 4 % de la population adhérait à l’une ou l’autre de ces pratiques végétariennes, ce qui représente près d’un million de personnes, et les sondages récents indiquent que cette tendance est à la hausse, en particulier chez les jeunes. Parmi les motivations invoquées pour justifier l’adhésion au végétarisme, les plus fréquentes sont les aspects éthiques liés à l’élevage et à l’abattage des animaux, les enjeux environnementaux (pollution associée à la production de produits animaux), ainsi que les bienfaits de mieux en mieux documentés d’une alimentation basée sur les végétaux sur la santé humaine en général.

Les études réalisées jusqu’à maintenant suggèrent que le principal impact positif d’une alimentation végétarienne est sur la santé cardiovasculaire. Plusieurs études d’observation ont en effet montré que le végétarisme est associé à une diminution de plusieurs facteurs de risque de ces maladies, notamment l’hypertension, le cholestérol total et le cholestérol-LDL, les taux de triglycérides, la glycémie à jeun ainsi que le risque de diabète.  Une alimentation végétarienne est également associée à un indice de masse corporelle (IMC) plus faible et un risque réduit de syndrome métabolique, deux autres importants facteurs de risque.

Il n’est donc pas étonnant que ces effets se traduisent par une diminution du risque d’événements cardiovasculaires.  Par exemple, une méta-analyse récente montre que le risque d’être touché ou de décéder de maladies coronariennes est d’environ 25 % plus faible chez les végétariens que chez les non-végétariens. Il est cependant intéressant de noter que cet effet protecteur est beaucoup plus prononcé dans les études réalisées auprès des membres des communautés religieuses adventistes du Septième Jour. Cette religion place beaucoup d’importance sur la mise en application au quotidien de saines habitudes de vie, non seulement du point de vue alimentaire, mais aussi en prônant l’exercice physique régulier et l’abstinence de l’alcool et du tabac.   Une analyse des études réalisées auprès de ces personnes a montré que le végétarisme est associé à une réduction de 40 % du risque de maladie coronarienne, de 30 % du risque d’AVC et de 32 % de la mortalité prématurée, tandis que seule la baisse d’événements coronariens (16 %) est observée dans les  études portant sur des végétariens non-adventistes. Il n’y a donc aucun doute que le végétarisme est positif pour la santé cardiovasculaire, mais il est probable que ces habitudes alimentaires doivent faire partie d’un mode de vie globalement sain pour véritablement maximiser leurs bénéfices.

La forte proportion des Adventistes qui adhèrent à l’une ou l’autre forme de végétarisme a également permis de comparer l’impact de ces différents régimes sur la santé.  Comme le montre le Tableau 2, les données acquises jusqu’à présent suggèrent qu’il pourrait y avoir des avantages à adopter une alimentation totalement dépourvue de produits animaux (végétalisme) : comparativement aux végétariens qui ne mangent pas de viande, mais qui consomment des œufs et des produits laitiers, les végétaliens ont un risque encore plus faible de développer certains facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension, diabète) et sont moins à risque de mourir prématurément de maladies coronariennes ou de maladies cardiovasculaires en général.  Bien que cet impact positif du végétalisme sur la diminution de la mortalité  prématurée n’a été jusqu’à présent observé que chez les hommes, ces résultats suggèrent néanmoins que l’exclusion totale des produits animaux de l’alimentation est associée à des bénéfices considérables en terme de prévention des maladies cardiovasculaires.

Impact mesuréRéduction du risque comparativement aux omnivores (%)
Ovo-lacto-végétariensVégétaliens
Hypertension55 %75 %
Diabète38 %62 %
Mortalité coronarienne
(Hommes)
24 %55 %
Mortalité cardiovasculaire
(Hommes)
23 %42 %

Tableau 2.  Comparaison des réductions du risque de maladies cardiovasculaires obtenues par les régimes ovo-lacto-végétarien et végétalien. Adapté de Le et Sabaté (2014).

La décision d’adopter une alimentation végétarienne ou végétalienne doit être prise avec sérieux : ce n’est pas parce qu’on élimine la viande qu’on mange nécessairement bien. Un végétalien qui se nourrit principalement de féculents (frites, pâtes alimentaires, pâtisseries) ou de produits industriels qui imitent les produits à base de viande (saucisses au tofu, etc.) n’aura évidemment pas une alimentation optimale. Le végétarisme ne doit pas être perçu seulement comme un régime « d’exclusion » des produits animaux, mais aussi, et peut-être surtout, comme un régime « d’inclusion » de produits végétaux.  C’est le contenu exceptionnel des végétaux en fibres, minéraux, polyphénols  et autres composés phytochimiques qui est le grand responsable des effets positifs du végétarisme sur la santé cardiovasculaire et il est en conséquence indispensable d’adopter une alimentation riche en fruits, légumes, grains entiers, légumineuses et noix pour profiter de ces bienfaits.

Les multiples bienfaits des grains entiers sur la santé cardiovasculaire

Les multiples bienfaits des grains entiers sur la santé cardiovasculaire

Plusieurs études montrent que la consommation régulière de grains entiers peut diminuer significativement le risque d’événements coronariens et de mort prématurée. Par exemple, les résultats de trois méta-analyses récentes (Zong et coll., Chen et coll., Aune et coll.) indiquent que la consommation quotidienne d’environ 3 portions de grains entiers (une portion = une tranche de pain, 30 g de céréale, ½ tasse de pâtes ou ½ pita) est associée à une réduction de 22 à 30 % de la mortalité cardiovasculaire, de 14 à 18 % de la mortalité liée au cancer et de 19 à 22 % de la mortalité totale. Le simple fait de remplacer autant que possible les produits céréaliers raffinés – le pain, le riz, les pâtes blanches – par leurs versions fabriquées avec des grains entiers peut donc entrainer des répercussions extrêmement positives pour le cœur et la santé en général.

Ce potentiel préventif des grains entiers est bien illustré par les résultats d’une étude d’intervention réalisée par la Cleveland Clinic Foundation.  Les chercheurs ont recruté 33 personnes de moins de 50 ans souffrant d’embonpoint ou d’obésité et les ont soumis pendant 8 semaines à deux régimes alimentaires différents : un régime contrôle, contenant des produits fabriqués avec des farines raffinées, et un régime d’intervention, où ces produits contenaient des grains entiers (100 g / 2000 kcal). Tous les participants ont testé les deux régimes à tour de rôle, avec une période de récupération de 10 semaines entre les deux, ce qui a permis aux chercheurs de comparer directement l’impact de chacun de ces régimes sur différents marqueurs de la santé cardiovasculaire.

La principale conclusion de l’étude est que l’inclusion des grains entiers à l’alimentation provoque une baisse importante de la tension sanguine diastolique (la pression dans les artères lorsque le muscle cardiaque est au repos entre deux battements), cette réduction atteignant presque 6 mm de mercure. Cette baisse de la tension artérielle est similaire à celle qui a été observée chez les personnes hypertendues qui consomment des graines de lin.  Ces diminutions de tension peuvent sembler à première vue peu importantes, mais une analyse de plusieurs études indique qu’une réduction de la tension artérielle de cette magnitude se traduit par une diminution de 40 % du risque d’AVC et de 30 % du risque de mortalité liée aux maladies coronariennes.

Ce potentiel préventif demeure cependant largement inexploité, avec moins de 5 % de la population qui mange les trois portions recommandées de grains entiers. Il est pourtant facile de remédier à cette carence, car de plus en plus de produits (pains, pâtes alimentaires, céréales ou craquelins) sont fabriqués avec des grains entiers et peuvent remplacer ceux contenant des farines blanches raffinées.