Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

La plupart des suppléments de vitamines et minéraux couramment utilisés ne préviennent pas les maladies cardiaques et ne prolongent pas la vie selon une revue systématique et des méta-analyses de 179 essais randomisés contrôlés.   L’étude publiée en 2018 dans le Journal of the American College of Cardiology a été réalisée par des groupes de chercheurs provenant de plusieurs institutions, incluant l’Université de Toronto et la Harvard School of Public Health. Les multivitamines, la vitamine C, la vitamine D, le β-carotène (provitamine A), le calcium et le sélénium n’ont pas d’effet significatif sur les accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC) et sur la mortalité, toutes causes confondues. L’exemple de la vitamine D, l’une des plus étudiées avec 43 essais randomisés contrôlés, illustre bien l’absence de bienfait ou d’effet nuisible puisqu’il y a eu 2908 décès sur 18 719 participants (15,5 %) dans le groupe qui a pris un supplément de vitamine D et 2968 décès sur 18 831 participants (15,8 %) dans le groupe témoin, durant la durée des études. Seize études sur la vitamine D rapportent un effet favorable sur la mortalité, 17 études rapportent un effet défavorable et 10 études indiquent un effet neutre. Les données sont de grande qualité et démontrent de manière convaincante un effet neutre des suppléments de vitamine D sur la mortalité, toutes causes confondues.

Des données de qualité faible à moyenne indiquent que l’acide folique (vitamine B9) réduit de 17 % le risque d’accidents cardiovasculaires et de 20 % le risque d’AVC, alors que les vitamines du complexe B réduisent le risque d’AVC seulement (–10 %). Deux études sur sept indiquent que l’acide folique réduit le risque d’AVC et les résultats de la méta-analyse des sept études sont fortement influencés par une seule étude favorable qui compte pour 92 % de l’ensemble des données. Cette étude favorable a été réalisée en Chine, dans une communauté où il n’y a pas de fortification avec l’acide folique. Depuis 1998 tous les produits céréaliers vendus au Canada (ex.: pain, pâtes alimentaires) sont fortifiés en acide folique à raison de 0,15 mg par 100 g de farine. Parmi les bonnes sources alimentaires d’acide folique, on retrouve les abats (foie), les légumes vert foncé (brocoli, épinards, choux de Bruxelles et petits pois), le maïs, les pois secs, les lentilles et les oranges.

Une augmentation du risque de mortalité (toutes causes confondues) est associée à la prise de suppléments d’antioxydants (+6 %) et de niacine (vitamine B3) pris avec une statine (+10 %). Les antioxydants n’ont pas d’effets sur les accidents cardiovasculaires, selon les méta-analyses d’essais randomisés contrôlés (données de qualité moyenne).

Une autre revue systématique et méta-analyse récente conclut que les suppléments de vitamines et minéraux ne préviennent pas les accidents cardiovasculaires ou la mort de cause cardiovasculaire. Cette méta-analyse, publiée en juillet 2018 dans un journal de l’American Heart Association, Circulation : Cardiovascular Quality and Outcomes, incluait 18 études prospectives et essais randomisés contrôlés avec au total 2 millions de participants et un suivi d’une durée moyenne de 12 ans. La méta-analyse de 18 études indique que les suppléments de multivitamines (suppléments contenant plus de 3 vitamines ou minéraux) n’ont pas d’effet sur le risque mortalité d’origine cardiovasculaire, la mortalité due à un AVC, la mortalité due à la maladie coronarienne, non plus que sur l’incidence de l’AVC. Par contre, les multivitamines sont associées à une réduction du risque d’incidence de la maladie coronarienne (-12 %), mais cette association n’est plus significative lorsque seuls les essais randomisés contrôlés (plus fiables que les études prospectives) sont pris en compte dans l’analyse.

Historiquement, les suppléments de vitamines ont sauvé des vies dans certains cas précis de carence sévère (ex. : scorbut), mais les experts ont maintenant cessé de les recommander pour la prévention de maladies chroniques. Un groupe d’experts américains, la U.S. Preventive Services Task Force(USPSTF) a examiné en 2013 l’ensemble des données disponibles sur la supplémentation en vitamines et minéraux et la prévention des maladies cardiovasculaires et le cancer, et fait des recommandations en 2014. La USPSTF conclut que les données disponibles n’indiquent pas que les suppléments de vitamines et de minéraux préviennent les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Pour les adultes en santé qui n’ont pas de besoins nutritionnels spécifiques, la USPSTF ne recommande pas les multivitamines et les suppléments individuels ou par pair pour prévenir les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Le groupe d’experts recommande de ne pas prendre de suppléments de β-carotène (vitamine A) ou de vitamine E.  Le β-carotène a été associé à un risque plus élevé de cancer du poumon chez les fumeurs et la vitamine E à un risque plus élevé de cancer de la prostate.

Aux États-Unis, on estime que plus de 50 % de la population prend un supplément quelconque. Environ 30 % des Américains prendraient des multivitamines, 19 % de la vitamine D, 14 % du calcium et 12 % de la vitamine C. C’est un très gros marché, les ventes annuelles de suppléments de vitamines, minéraux et de plantes totalisaient 21 milliards de dollars en 2015 aux États-Unis seulement.

Visites à l’urgence à cause d’effets indésirables de suppléments alimentaires.
Il a été estimé que chaque année aux États-Unis, plus de 23 000 visites aux urgences des cliniques et hôpitaux sont attribuables à des effets indésirables causés par des suppléments alimentaires. Ce sont souvent de jeunes adultes âgés de 20 à 34 ans (28 % des visites) et des enfants sans surveillance (21 % des visites) qui se présentent à l’urgence. En excluant les enfants sans surveillance, 66 % des visites pour des effets indésirables causés par un seul supplément impliquent des produits à base de plantes et autres produits naturels ; 32 % des visites impliquent la consommation de micronutriments (vitamines et minéraux). Les produits naturels pour la perte de poids et les produits énergisants sont fréquemment impliqués : ils causent 72 % des effets indésirables des suppléments tels que palpitations, douleurs thoraciques ou tachycardie. Parmi les adultes âgés de plus de 65 ans, les étouffements, la dysphagie causée par les comprimés ou un globus pharyngé (sensation de boule dans la gorge) représentent 38 % des visites reliées à des effets indésirables de suppléments et 83 % de ces visites impliquent des micronutriments.

Les résultats des méta-analyses citées plus haut, les plus complètes publiées à ce jour, viennent renforcer un large consensus qui s’est établi depuis plusieurs années. Les personnes qui ont une déficience confirmée doivent, bien entendu, prendre des suppléments selon les recommandations de leur médecin. Mais pour la prévention des maladies chroniques, les données scientifiques n’indiquent pas que les suppléments sont bénéfiques. Ces suppléments sont inutiles lorsqu’on a une saine alimentation, basée sur une vaste gamme de végétaux de qualité, riches en vitamines, minéraux, fibres, et composés phytochimiques essentiels au maintien d’une bonne santé et qui réduisent les risques de plusieurs maladies chroniques. Rappelons que pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire, en plus de manger sainement il faut arrêter de fumer, faire de l’exercice, contrôler sa pression artérielle et les niveaux de cholestérol-LDL.

 

 

 

Résidus de pesticides dans les fruits et les légumes : les avantages de la consommation dépassent largement les risques

Résidus de pesticides dans les fruits et les légumes : les avantages de la consommation dépassent largement les risques

Un rapport récent de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) fait le point sur l’exposition aux résidus de pesticides retrouvés sur les fruits et légumes frais couramment consommés par la population québécoise. Il s’agit d’un sujet d’une grande importance, car plusieurs de ces pesticides sont reconnus comme cancérigènes à fortes doses et il est donc légitime de s’inquiéter de la présence de trop grandes quantités de ces molécules toxiques dans notre alimentation.
Les résultats de l’étude sont à plusieurs égards rassurants, car le risque cancérigène global estimé pour l’ensemble des pesticides étudiés est très faible, ces contaminants n’étant responsables que d’un maximum de 39 cas de cancers annuellement pour l’ensemble de la population québécoise. À l’opposé, les auteurs estiment que le nombre de cas de cancer prévenus annuellement au Québec par la consommation de fruits et de légumes est d’environ 4000, soit 100 fois plus, en raison de l’effet protecteur bien documenté des végétaux sur le développement de plusieurs types de cancer. Les bénéfices associés à la consommation régulière de végétaux surpassent donc largement les risques associés aux résidus de pesticides et confirment l’importance de continuer à encourager la population à adopter pour une alimentation contenant une grande variété de fruits et de légumes. Néanmoins, il faut selon les auteurs demeurer vigilants et continuer à favoriser la mise en place de mesures visant à réduire autant que possible l’exposition de la population aux pesticides.
En ce sens, une approche qui est de plus en plus populaire est de favoriser la consommation de végétaux issus de l’agriculture biologique. Selon les principes de base du « bio » (santé, écologie, équité et précaution), l’utilisation de pesticides synthétiques est bannie (certains pesticides naturels demeurent utilisés) et ces aliments peuvent donc représenter une alternative valable aux produits cultivés de façon conventionnelle pour les personnes qui désirent minimiser leur exposition aux résidus de pesticides. Cette réduction a été bien documentée par des études qui montrent que la consommation d’aliments bios se traduit par une diminution significative de la quantité de pesticides présents dans l’urine, autant chez les enfants que chez les adultes. Selon une analyse de l’ensemble des données disponibles, il est estimé que le risque de contamination par des résidus de pesticides est diminué d’environ 30 % dans les aliments bios comparativement aux produits issus de l’agriculture conventionnelle. Cependant, et comme le confirme l’étude de l’INSPQ, le degré de contamination des produits conventionnels demeure dans l’ensemble très faible et il n’est donc pas certain que cette diminution de l’exposition aux résidus de pesticides puisse se traduire par des bénéfices sur la santé.
Les études n’indiquent pas non plus que les aliments bios seraient nécessairement plus nutritifs ou meilleurs pour la santé. Par exemple, une analyse de 237 études indique que les aliments bios ne contiennent pas plus de vitamines et de minéraux que ceux produits de façon conventionnelle. Une autre analyse de 343 études suggère que les produits bios contiennent légèrement plus d’antioxydants et d’oméga-3, ce qui est positif, mais que ces végétaux possèdent en parallèle moins de protéines et de fibres, ce qui l’est moins. Quoi qu’il en soit, une revue récente de l’ensemble des publications sur ce sujet conclut qu’il est peu probable que ces très légères différences puissent exercer un impact significatif sur la santé.
Il existe néanmoins d’excellentes raisons de choisir les produits bios, surtout si vous en avez les moyens. Par exemple, l’absence d’engrais chimiques et de pesticides dans la culture biologique réduit la contamination des sols et des nappes phréatiques, sans compter qu’elle permet d’éviter à certains travailleurs de ferme d’être exposés à de très fortes quantités de ces produits. On peut également préférer certains produits bios qui nous semblent de meilleure apparence, de meilleur goût ou qui proviennent de petits producteurs locaux que l’on souhaite encourager. Par exemple, depuis un peu plus d’un an, les employés et les visiteurs de la cafétéria de l’Institut de cardiologie de Montréal mangent les légumes biologiques cultivés à la Ferme des Quatre-Temps et les résultats sont très positifs, avec une hausse de 30 % de la consommation de légumes.
Le plus important demeure de manger régulièrement des fruits et des légumes, qu’ils proviennent de l’agriculture conventionnelle ou biologique. Tous les organismes de lutte aux maladies chroniques, sans exception, recommandent la consommation quotidienne d’un minimum de 5 portions de fruits et de légumes étant donné le rôle crucial de ces aliments dans la prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2 et de plusieurs types de cancer.