Verdir nos cités : le témoignage d’un cardiologue

Verdir nos cités : le témoignage d’un cardiologue

Le cardiologue que je suis est très heureux d’aller à la rencontre des urbanistes. Au CHUM et à l’université de Montréal, nous recevons une multitude d’étudiants de l’étranger et à la question : « Qu’est-ce qui est le plus beau à Montréal? »; la réponse est à la quasi-unanimité : « vos parcs ».  Hommage donc à Frederick Law Olmsted qui a conçu l’aménagement du mont Royal, lui qui avait déjà Central Park à son actif. Hommage au frère Marie-Victorin qui a fondé le Jardin botanique. Hommage à tous ceux qui ont protégé le Parc Nature de la Visitation et bien d’autres sites naturels urbains.

La démonstration des vertus de l’arbre sur le plan environnemental et sanitaire urbain n’est plus à faire. Outre l’incontestable effet esthétique et d’harmonie, le cardiologue y voit une mesure immédiate de santé publique. Le verdissement planifié en profitant judicieusement des avantages terrains crée un milieu propice et sain. Montréal est-il si vert? Pas sûr. Si non, pourquoi augmenter le vert dans tout projet urbanistique?

Parce que le vert, c’est une réponse aux changements climatiques.

Mike Carney l’a dit à la Lloyds: les Katrina, Fort-McMurray se multiplient et les primes d’assurance explosent même dans des secteurs d’ordinaire calmes, ébranlant les fondements de l’économie. La reforestation urbaine et rurale est l’une des mesures prescrites par l’OMS, l’ONU et le Lancet Commission comme capteur de carbone et atténuation des extrêmes de température d’où un besoin moindre en énergie.

Parce que le vert, c’est de la santé et de l’équité sociale

Toutes les études épidémiologiques le confirment : le vert améliore tous les paramètres de santé, allant des aspects sociétaux (moins de criminalité, plus de convivialité) et psychologiques (relaxation, humeur, concentration, activité cérébrale) jusqu’aux conditions pulmonaires et cardiovasculaires. Les résultats de deux études en particulier sont spectaculaires. Dans un article du journal The Lancet publié en 2008, deux scientifiques écossais, R. Mitchell et F. Popham, démontraient que pour 40 millions de Britanniques suivis sur 5 ans, vivre en milieu vert fait baisser de moitié la différence de mortalité cardiovasculaire observée entre pauvres et riches vivant en milieu urbain minéralisé. Et la mortalité globale est plus basse de 6 % en milieu vert, toutes classes confondues. On attribue cette différence entre autres à la grande faculté qu’ont les arbres de dépolluer et filtrer l’air, ce que confirme par une étude menée à l’échelle des États-Unis par David J Nowak, démontrant que les arbres extirpent annuellement 17 millions de tonnes de smog de l’air que respirent nos voisins. Cette réduction active de la pollution prévient des soins de santé qui auraient couté 6,8 milliards de dollars US.

Parce que le vert, c’est de l’argent

En 2014, les Services économiques de la Toronto Dominion se sont penchés sur la valeur de la forêt urbaine de quatre grandes villes canadiennes en termes de bienfaits et de services – régulation des eaux, purification de l’air, économie d’énergie, séquestration du carbone – et les conclusions sont surprenantes. Le taux de canopée (surface d’arbres mesurée par satellite) est de 27% à Toronto, de 41% à Halifax, de 44% à Vancouver alors que Montréal est bonne dernière à 20 %. Selon cette étude, les valeurs estimées de ces forêts urbaines totalisent respectivement 7 milliards pour Toronto, 11,5 milliards pour Halifax, 35 milliards pour Vancouver et 4,5 milliards pour Montréal. Chaque dollar investi en foresterie urbaine rapporte des services écologiques et de santé se situant entre 2 et 12 dollars selon la ville.

Le verdissement est l’un des quatre vecteurs majeurs d’une cité cardio-protectrice. Outre la génétique et les habitudes de vie, l’environnement appert être un facteur de risque majeur de maladie cardiovasculaire. Les facteurs de risque cardiaques environnementaux sont (1) le taux d’industrialisation alimentaire, (2) le taux de polluants aériens, (3) le taux de minéralisation, qui est l’inverse du taux de verdissement, et (4) un milieu facilitant ou non l’activité tant de déplacement que de loisirs.

 

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Pourquoi le cardiologue d’intervention s’intéresse-t-il à la cardiologie environnementale?

En raison d’un stupéfiant tableau de l’OMS : les hommes russes et ukrainiens (25-64 ans) ont un taux de mortalité cardiovasculaire 11 fois plus élevé (1100 % !!) que les Suisses et les Espagnols. Monstrueuse différence que les facteurs de risque classiques n’expliquent pas à eux seuls. J’ai pris acte de cette statistique lors de la rédaction d’un livre de vulgarisation pour les Éditions du CHU Ste-Justine, « Prévenir l’infarctus ». Pour documenter ce livre, j’ai consulté des centaines de documents que normalement un cardiologue d’intervention ne lit pas, dont les rapports de l’OMS, de l’ONU, de l’UNESCO, du CDC, du NIH, de l’EPA, du GIEC.

Bref, intrigué par ce tableau de l’OMS, je suis sorti de ma zone de confort en posant la simple question « Quelle est la part de l’environnement dans les maladies cardiovasculaires? ». De là sont apparus « Planète Cœur » en 2011, puis « Planet Heart » chez Greystone Books en 2014.

Les facteurs de risque individuels de la maladie sont bien identifiés : hérédité, tabac, diabète, hypercholestérolémie, hypertension, obésité, sédentarité. Dans notre école traditionnelle de médecine, on a bien caractérisé les facteurs héréditaires et individuels mais ce n’est que récemment que l’on s’est intéressé aux facteurs environnementaux.

En prenant du recul, on réalise que la maladie cardiovasculaire était beaucoup moins fréquente dans l’ère préindustrielle. De fait, de 1900 à 1950, le nombre d’infarctus a quadruplé aux USA, motivant l’étude Framingham. Les humains vivant hors du monde industriel en sont aussi beaucoup moins affligés. Dans le temps et l’espace, chaque révolution industrielle a vu déferler une vague de mortalité cardiovasculaire. Principaux responsables environnementaux: nano-agresseurs aériens (polluants), nano-agresseurs alimentaires (additifs industriels), minéralisation urbaine.

Il a fallu attendre mars 2014 pour que l’OMS révèle que 7 millions de décès sont imputables à la pollution de l’air, un décès sur huit mondialement. On pense évidemment aux pays émergents comme principales victimes. Toutefois il faut rappeler qu’au Canada (2008), David Boyd d’UBC estimait à 20,000 le nombre de décès excédentaires et à 9,1 milliards les frais de santé imputables à l’environnement.

Les mécanismes par lesquels les polluants atmosphériques entrainent infarctus, AVC et morts subites sont aujourd’hui bien documentés sur le plan épidémiologique et physiologique. Résumons-les en stress oxydatif et inflammation systémique. Heureusement, les progrès sont significatifs: les taux de polluants des centres-villes canadiens des années 50-60 donnent froid dans le dos au vu des connaissances récentes.

Une victoire récente et historique: en 2014, Montréal et Toronto voient un été sans smog pour la première fois depuis que l’on fait des relevés. L’Université de Toronto a estimé qu’avec cette amélioration de la qualité de l’air il y a eu baisse des mortalités excédentaires dues à la pollution (1300 contre 1700 en 2004) et baisse des hospitalisations (3,550 contre 6,000). Les experts l’attribuent principalement à la fermeture des usines au charbon et au programme « Drive Clean » ontarien.

Il y a eu une victoire semblable dans les années 80. Avec l’éradication règlementée du plomb dans l’essence, les niveaux de plomb ambiant ont tellement baissé que le Réseau de surveillance de la qualité de l’air (RSQA) de Montréal ne le mesure plus. On se rappelle de la crise initiale pour faire ce changement massif.  Aujourd’hui, tous s’en félicitent. Hormis le classique saturnisme et la démence, le plomb cause de l’hypertension et des infarctus.

Mais il reste encore beaucoup à faire : seulement une journée sur trois est considérée comme « bonne » (indice de la qualité de l’air <25) au centre-ville de Montréal. Une étude récente faite à Boston par l’Université Harvard démontre que lorsque l’air passe de « bon » à « passable » (IQA 25-50), il y a hausse de 35-50% d’AVC.

Le Chicago Medicine d’octobre 2014 souligne cette estimé de l’Environment Protection Agency (EPA): chaque dollar investi pour se conformer au « Clean Air Act » entraine une réduction de $25 en frais de santé.

Avec les nano-agresseurs aériens émis par les combustibles fossiles, des nano-agresseurs alimentaires sont apparus dans notre quotidien: les additifs alimentaires industriels. Parmi une kyrielle de nouvelles molécules, trois en particulier entrainent leur lot de complications : excès de sel omniprésent, gras trans et sucres industriels ajoutés, en particulier le sirop fructose-glucose. La dissémination massive de ces molécules entraine hypertension, dyslipidémie, syndrome métabolique, obésité et à terme infarctus et AVC. La pollution atmosphérique aggrave ces agressions.

Plusieurs avis et mots d’ordre sont donnés par les associations, souvent en vain par manque de juridiction efficace. Et en raison des 30,000 messages publicitaires de malbouffe que l’enfant reçoit avant l’âge adulte sans parler des distributrices de sodas dans les écoles et leur proximité des « fast-foods ».

La conjonction de la pollution et de la nourriture industrielle s’additionne et entraine dans nos artères la tempête vasculaire parfaite, élégamment démontré dans les laboratoires du respecté Dr Valentin Fuster du Mount-Sinaï de New York. Ses doctorants ont démontré que des souris exposés simultanément à de la nourriture grasse (type fast-food) et de la pollution développent des plaques massives d’athérosclérose dans leurs aortes. Pollution et nourriture industrielle se potentialisent.

Par ailleurs, le milieu urbain s’étend, se minéralise et de nouvelles contraintes apparaissent : ilots de chaleur urbain, pics de smogs, absence de couvert végétal qui tempère et filtre l’air, problèmes de ruissèlement et de drainage.

2003, coup de semonce climatique en Europe : 70,000 décès excédentaires lors de la canicule d’août, dont 20,000 en France surtout dans les milieux urbains minéralisés. À Paris, les morgues ne suffisent pas, on entasse les cadavres dans les frigos à viande. Situation irréelle dans ce pays considéré par l’OMS comme ayant le meilleur système de santé. Sur un évènement climatique, l’espérance de vie recule en France pour la première fois depuis la 2ème guerre mondiale. Le concept d’ilot de chaleur urbain gagne en force.

Nouveau regard sur la déforestation, nous réalisons que nous avons coupé la moitié des forêts de la Terre. Nous réalisons aussi l’importance des arbres dans nos milieux urbains, dans tous les aspects de notre vie : beauté et harmonie, bien-être psychique et physique, tempérance de climat, diminution des frais d’énergie des bâtiments, purification de l’air, extraction et métabolisme des molécules polluantes.

Des centaines d’études témoignent des effets positifs des arbres dans notre milieu, la plus spectaculaire étant celle des Écossais Mitchell et Popham (Lancet 2008) qui ont voulu mesurer l’impact du niveau socioéconomique et d’un milieu vert sur la santé. Sur les 40 millions de sujets britanniques de l’étude, toute classe confondue, on observe 6% moins de mortalité cardiovasculaire en milieu vert en seulement 5 ans de suivi. Mais surtout, on observe en milieu vert une diminution de moitié de la différence de mortalité cardiaque liée au niveau socioéconomique. Trois mécanismes : moins de pollution en milieu vert, filtration et épuration de l’air par les arbres, action positive bénéfique des protéines arboricoles sur notre organisme.

Les économistes réalisent maintenant l’ampleur économique du capital vert urbain. La banque Toronto Dominion évalue à 4,5 milliards de dollars la valeur de la canopée de Montréal, en raison de tous les services fournis par cette biodiversité. Au Canada, chaque dollar dépensé pour le maintien de la forêt urbaine entraine un bénéfice de $1,88 à $12,70 selon la ville.

Mode solution. Les hôpitaux d’abord.

Si une cité éradique les nano-agresseurs aériens et alimentaires et promeut un milieu vert et actif, cette cité peut s’attendre à une baisse de 25 à 75 % de morbidité cardiovasculaire.

Lors du premier sommet Climat-Santé de l’OMS en août 2014, plusieurs pays et organismes ont signé une entente de reforestation et s’engagent à planter 100 millions d’arbres. Partout, l’application des différents « Clean Air Acts » entraîne une baisse de mortalité cardiovasculaire. L’argumentaire de la santé rejoint celle des changements climatiques : moins de combustibles fossiles, plus d’arbres. Montréal s’engage à augmenter la canopée de 20 à 25%. Révolution? Toronto est à 27%, Halifax est à 40%, et le grand Vancouver à 42%.

Les centres de santé sont des acteurs importants de nos milieux, non seulement pour les soins que l’on y donne, mais aussi comme exemple de bons citoyens corporatifs. De plus en plus, on se préoccupe de l’empreinte environnementale des bâtiments et on les jauge avec les critères BOMA et LEAD. L’hôpital vert émerge. La santé environnementale rejoint les objectifs des experts du climat. Dans le mandat global du gouvernement du Québec, on note la préoccupation que tous les ministères et organismes (MO) incluent dans leur développement une stratégie pour abaisser les émissions de GES, de polluants et optent sur des solutions vertes à tous égards. Les 3R (réduction, réemploi, recyclage) se diffusent dans le système de santé, conscient que les hôpitaux émettent à eux seuls 2% des GES du pays.

Les modèles urbains se multiplient: l’ÉcoCampus Hubert Reeves du Technoparc Montréal de Ville-St-Laurent; la Cité-de-la-santé avec ses sources géothermiques et son reverdissement (sans parler de l’élimination des frites du menu); la bibliothèque du Boisé de Ville St-Laurent, non seulement un chef d’oeuvre architectural certifié LEED, mais une intégration harmonieuse à un boisé et à la trame urbaine. Les exemples se multiplient en progression avec les nouvelles façons de concevoir l’humain dans la ville.

Les institutions de santé commencent à s’inclure dans cette démarche d’hygiène environnementale. La Journée de l’arbre de la santé (23 septembre 2015) s’étend maintenant de Sherbrooke à Val d’Or en passant par Trois-Rivières et Lanaudière. Cette journée est une occasion pour souligner les liens entre environnement et santé, de diffuser des connaissances récentes en santé environnementale et de souligner les bons coups de nos institutions.

À Montréal, cette journée s’inscrit dans la démarche du Mouvement Ceinture verte et de l’Alliance Forêt urbaine de Montréal qui vise l’augmentation de la canopée de Montréal surtout en milieu défavorisé et industriel.

J’ai le privilège d’être représentant de la santé au comité-aviseur du Ministre de l’environnement du Québec dans la lutte aux changements climatiques (PACC 2015-2020). Dans ce comité très représentatif des différents acteurs concernés, il y a beaucoup d’efforts faits pour atteindre les objectifs de réduction des GES en plus de mobiliser toutes les ressources vers ce que l’on peut appeler des cité cardio-protectrices. Un tel comité est au moins symbole d’espoir mais nous souhaitons qu’il soit aussi catalyseur de bienfaits concrets.

En dépit des soubresauts politico-administratifs temporels, les administrateurs hospitaliers et les médecins doivent intégrer ces  nouvelles connaissances à leurs décisions pour joindre les efforts des gouvernements et entreprises. Chacun de nos gestes individuels renforce les comportements collectifs. Penser globalement, agir localement.

Donc le 27 septembre 2017, soyez tous bienvenus à la Journée de l’arbre de la santé! Pour plus d’informations, visitez le site de Médecins francophones du Canada 

François Reeves MD FRCPC
Cardiologue d’intervention, CHUM et Cité-de-la-santé de Laval
Professeur agrégé de médecine avec affiliation à l’École de santé publique,
Université de Montréal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Espaces verts et la santé

Espaces verts et la santé

L’urbanisation est en hausse constante sur notre planète : plus de la moitié (54 %) de la population mondiale vivait dans les zones urbaines en 2014 et il est projeté que cette proportion atteindra 66 % en 2050. L’Amérique du Nord est la région la plus urbanisée avec 82 % de la population vivant dans des zones urbaines, mais c’est l’Asie et l’Afrique, où la majorité de la population vit dans des zones rurales, qui devraient connaître une croissance considérable dans l’avenir. L’urbanisation cause plusieurs problèmes, dont la pollution, les accidents, les îlots de chaleur et le changement climatique, qui ont un impact négatif sur la santé des habitants des villes. La planification et la gestion des zones urbaines, de plus en plus denses, sont devenues des enjeux majeurs de ce siècle, et la présence de la végétation dans nos environnements urbains ne devra pas être négligée.

Un environnement verdoyant peut favoriser l’activité physique, diminuer le stress, l’isolement social, le bruit, l’exposition à la pollution atmosphérique, lesquels peuvent augmenter le risque de maladie cardiovasculaire (articles de synthèse ici, ici et ici). L’exercice apporte de nombreux bénéfices bien établis pour la santé et réduit le risque de maladie cardiovasculaire, diabète, ostéoporose, dépression et cancer colorectal. L’exercice favorise aussi une bonne santé mentale et le bien-être général.

Plusieurs études ont évalué les effets de la végétation présente dans les quartiers résidentiels sur la santé et la longévité des résidants. Ces études épidémiologiques utilisent un indice de végétation, établi à partir d’images satellites, qui mesure la lumière réfléchie à la surface de la Terre durant l’activité photosynthétique et qui permet d’estimer la densité de végétation. Par exemple, les enfants qui vivent dans des endroits où il y a davantage de végétation souffrent moins d’asthme et ont une pression artérielle plus basse, en comparaison avec ceux qui vivent dans des voisinages moins verts. Une étude réalisée sur la population entière de l’Angleterre indique qu’un environnement plus verdoyant diminue les inégalités en matière de santé qui sont associées aux différences de revenus. Les auteurs estiment que l’exposition à une grande quantité de verdure a sauvé 1328 vies par année en Angleterre parmi les personnes à faibles revenus. Une étude auprès de 108 630 participantes de la Nurses’ Health Study a montré que les femmes qui vivaient dans les secteurs qui avaient le plus de végétation avaient un taux de mortalité, toutes causes confondues, 12 % plus bas que celles qui vivaient dans des régions moins verdoyantes. L’analyse a montré que la baisse de mortalité était fortement associée au degré de végétation dans les cas de morts causées par le cancer, les maladies respiratoires ou rénales. Une étude australienne a montré que les chances d’être hospitalisé pour une maladie coronarienne ou un AVC étaient 37 % moins élevées pour des adultes qui résidaient dans des voisinages où il y avait une grande variabilité de couvert végétal, comparé à ceux qui vivaient dans un environnement « vert », mais où il avait peu de variabilité. Cet effet était indépendant du niveau absolu de verdure dans le voisinage des participants. Les auteurs suggèrent que des quartiers avec une plus grande variété de couverts végétaux pourraient favoriser l’exercice physique (marche, jogging), par exemple à cause de la présence de parcs bien desservis par des rues, des sentiers pédestres et des pistes cyclables. Résider à proximité d’un espace vert est associé à un taux de survie plus élevé après avoir subi un AVC, cela même en corrigeant l’analyse pour tenir compte de la proximité d’une autoroute (pollution de l’air) et de différents facteurs socio-économiques, selon une étude réalisée aux États-Unis.

Une étude prospective de type longitudinale d’une durée de 22 ans, auprès de 575 000 adultes qui habitaient dans l’une de 10 régions urbaines en Ontario, a montré qu’un environnement plus verdoyant était associé à un taux de mortalité moins élevé. Cette réduction a été observée pour toutes les causes de mortalité, y compris l’AVC, les cardiopathies ischémiques et tout particulièrement les maladies respiratoires. L’estimation des risques demeure essentiellement inchangée après correction pour tenir compte de la pollution de l’air ambiant. Bien que ces données suggèrent qu’un degré plus élevé de verdure dans les environnements urbains réduise la mortalité, les auteurs indiquent qu’il faut être prudent dans l’interprétation de ces données puisque cette association pourrait avoir été influencée par des facteurs confondants sociodémographiques ou liés au style de vie. Dans l’ensemble, ces études suggèrent que l’exposition à la végétation diminue le risque de développer d’une maladie cardiovasculaire ou d’en mourir. Mais la plupart de ces études étant « transversales », il n’est pas possible d’établir une relation de cause à effet. L’occasion d’obtenir des données prospectives s’est présentée à des chercheurs américains qui ont étudié les effets de la perte de plus 100 millions d’arbres, causée par l’infestation par l’agrile du frêne, sur la santé humaine dans le nord-est des États-Unis. Les résultats suggèrent que la perte des arbres a fait augmenter la mortalité associée à la maladie cardiovasculaire et des voies respiratoires inférieures. La perte progressive de la canopée a été associée à 16,7 décès de plus par année par 100 000 habitants, ce qui correspond à 15 080 morts additionnelles de 2002 à 2007.

On ne comprend pas encore par quel mécanisme un environnement plus « vert » diminue l’incidence de maladies cardiovasculaires, mais les chercheurs soupçonnent que cela pourrait être lié à la proximité d’espaces qui favorisent l’exercice, à une meilleure qualité de l’air et à la réduction du stress psychologique. Une meilleure connaissance des mécanismes impliqués pourrait permettre d’améliorer nos environnements urbains et par conséquent la santé de ses habitants.

 

 

L’impact dévastateur de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire

L’impact dévastateur de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air ambiant est responsable chaque année de 4,7 millions de décès chez des personnes âgées de 60 ans ou moins. L’Inde et la Chine sont les plus durement touchées par cette pollution en raison de l’industrialisation rapide de leurs économies au cours des dernières décennies, mais le Canada n’est pas épargné pour autant, avec plus de 21,000 morts prématurées chaque année, soit 9 fois plus que tous les accidents automobiles.

Figure 1. Répartition des décès causés par la pollution atmosphérique. Adapté de l’OMS.

Bien que l’exposition à la pollution de l’air est reconnue comme un facteur de risque de mortalité liée aux maladies respiratoires et au cancer, ce sont les maladies cardiovasculaires qui représentent la principale conséquence de cette pollution, étant à elles seules responsables d’environ 80 % de l’ensemble des décès causés par la pollution de l’air ambiant (voir la figure ci-contre).  Les études montrent en effet qu’une exposition à l’air pollué, même relativement brève, est associée à une hausse de l’incidence de l’infarctus du myocarde, des accidents vasculaires cérébraux, d’arythmies comme la fibrillation auriculaire ainsi qu’à une aggravation de l’insuffisance cardiaque. Il est également bien documenté que l’exposition chronique à la pollution de l’air accélère le développement de l’athérosclérose, augmente la pression artérielle et favorise la formation de caillots sanguins, trois importants facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Globalement, on estime que les effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire sont du même ordre que ceux causés par l’hypertension, la sédentarité et le tabagisme.  Le  docteur François Reeves, cardiologue du CHUM à Montréal, a écrit un excellent livre sur ce sujet en 2010 : « Planète Cœur. Santé cardiaque et environnement » que j’invite le lecteur à consulter.

Gaz et particules

Cette augmentation du risque de maladies cardiovasculaires est une conséquence de la très grande sensibilité du cœur et des vaisseaux sanguins aux différents gaz (ozone, dioxyde d’azote, dioxyde de soufre et monoxyde de carbone) et particules présents dans l’air pollué (voir Tableau). Ces polluants proviennent principalement des émissions liées au transport comme les véhicules automobiles, les camions et les avions et peuvent atteindre des concentrations très élevées dans les zones à fortes densités de circulation et sujettes à la congestion routière.

PolluantsEffets cardiovasculaires
Particules fines et ultrafinesMaladies coronariennes
AVC
Insuffisance cardiaque
Hypertension
Thrombose
Arythmies
OzoneHypertension
AVC
Arrêt cardiaque extrahospitalier
Monoxyde de carboneInsuffisance cardiaque
Arrêt cardiaque extrahospitalier
Infarctus du myocarde
Oxydes d'azoteInsuffisance cardiaque
AVC
Infarctus du myocarde
Dioxyde de soufreInsuffisance cardiaque
Infarctus du myocarde

Tableau 1. Effets cardiovasculaires des principales composantes de la pollution atmosphérique.  Adapté de Chin (2015).

Les particules de l’air (en anglais PM pour Particulate Matter) sont particulièrement problématiques. Ces particules, qui sont en quelque sorte des poussières en suspension dans l’atmosphère, sont définies par leur taille : les particules « grossières » (coarse) dont le diamètre est égal ou inférieur à 10 microns (PM10), les particules fines dont le diamètre est égal ou inférieur à 2.5 microns (PM2.5) et les particules ultra-fines dont le diamètre est égal ou inférieur à 0.1 micron (PM0.1). La composition de ces particules varie, mais en général on y retrouve un amalgame de sulfates, nitrates, ammoniaque, dérivés du chlore, des métaux, du carbone, des cristaux, du pollen et différents composés organiques. Elles sont mélangées aux différents gaz et le tout forme un ensemble d’aérosols toxiques pour la santé.

Pour les maladies cardiovasculaires, les données scientifiques montrent que ce sont surtout les particules fines et ultra-fines, principalement produites par la combustion des moteurs à essence et diesel, qui sont les plus nocives. En raison de leur petite taille, ces particules pénètrent facilement les poumons jusqu’aux alvéoles pulmonaires où elles passent directement aux vaisseaux sanguins pulmonaires puis à toutes les artères du corps dont les  artères coronaires, carotides etc . Elles y produisent alors une réaction inflammatoire et un stress oxydatif qui endommagent l’endothélium vasculaire, cette fine couche de cellules qui recouvre la paroi interne des artères et qui assure leur bon fonctionnement. Les artères se dilatent donc moins facilement et ont donc plus tendance à se contracter, ce qui nuit à la circulation normale du sang. Combiné à une augmentation de la coagulation sanguine (effet pro-thrombotique), on a toutes les conditions pour déclencher des accidents cardiaques et vasculaires cérébraux et pour exacerber une maladie coronarienne préexistante. Selon les estimations de l’OMS, environ 3,15 millions de morts prématurées sont chaque année directement attribuables aux PM2.5 , la majorité de ces décès étant liés aux maladies cardiovasculaires, et ce nombre pourrait même doubler d’ici 2050.

En plus de ces effets directs sur le coeur et les vaisseaux, plusieurs études ont également montré que les particules fines activent le système nerveux sympathique, ce qui augmente la pression artérielle, modifie la variabilité normale de la fréquence cardiaque et cause des changements dans la structure du cœur qui peuvent mener à des arythmies et à une hausse du risque d’AVC et d’insuffisance cardiaque. En ce sens, une étude clinique randomisée a récemment montré que l’exposition aux PM2.5  est associée à une hausse significative des taux de plusieurs hormones de stress (cortisol, cortisone, adrénaline et noradrénaline) et il est probable que cette réponse contribue aux effets néfastes de la pollution sur la santé cardiovasculaire.

Effets aigus de la pollution atmosphérique

L’impact néfaste de la pollution atmosphérique sur la santé est particulièrement bien illustré par plusieurs événements tragiques qui sont survenus suite à détérioration majeure de la qualité de l’air qui a accompagné la révolution industrielle. Un des cas les plus célèbres est le grand smog de Londres de 1952 (voir encadré) qui a causé pas moins 12,000 décès en seulement une semaine et qui a encore aujourd’hui des effets tangibles chez les personnes qui ont été exposées à cette pollution pendant leur enfance.

Le smog

Le terme « smog », mot-valise formé à partir de smoke (fumée) et fog (brouillard), a été introduit en 1905 pour désigner la brume qui enveloppait périodiquement les grandes villes européennes, notamment Londres. Ce type de smog, surtout observé en hiver, est le résultat de la condensation de l’humidité sur des particules fines provenant des combustibles fossiles (centrales de charbon, gaz d’échappement, etc.) qui va ensuite se mélanger à l’ozone de basse altitude (troposphérique) et différents gaz nitreux et sulfureux pour former une brume jaunâtre toxique. En décembre 1952 à Londres, des conditions météorologiques particulières (anticyclone, absence de vent pendant plusieurs jours) combinées à une forte combustion de charbon en raison du temps très froid ont causé ce que les Londoniens ont surnommé pea soup, c’est-à-dire un smog très dense, contenant une concentration d’agents polluants sans précédent. Dans sa version plus « moderne », le smog est principalement causé par les émissions de particules et de gaz provenant des véhicules de transport (essence, diesel). Ce type de pollution, appelé smog photochimique, se forme lorsque ces polluants interagissent avec les rayons ultra-violets pour former de l’ozone et plusieurs autres composés oxydants. Même s’il est souvent moins visible que le smog causé par la combustion du charbon, ce smog photochimique n’en demeure pas moins dangereux en raison de la présence de forte concentration d’ozone et de particules fines et ultrafines.

Des incidents de ce type ont déclenché les premières initiatives gouvernementales pour règlementer la pollution atmosphérique dans les pays industrialisés (le « Clean Air Act » de 1963, par exemple), mais l’augmentation constante des émissions liées au transport fait en sorte que les alertes au smog continuent d’augmenter, autant en fréquence qu’en intensité.  Par exemple, les habitants de Beijing ont été exposés au cours des dernières années à des épisodes répétés de pollution extrême, avec des concentrations de PM2.5 pouvant excéder 700 μg/m3, une quantité plusieurs fois supérieure au maximum recommandé par l’OMS  (< 10 μg/m3). Il s’agit d’un grave problème, car toutes les études expérimentales démontrent que plus les concentrations de ces particules sont élevées dans l’air ambiant, plus on enregistre des augmentations d’admissions dans les hôpitaux pour des problèmes cardiovasculaires et pulmonaires. Par exemple, une étude effectuée à Boston a démontré qu’une élévation subite du taux de PM2.5 (20 μg/m3 ) était associée à une hausse de 69 % du risque relatif d’infarctus dans les premières 24 heures suivant le pic de pollution.

Effets chroniques de la pollution atmosphérique

Il est maintenant bien documenté qu’une exposition sur une longue période à la pollution de l’air est nocive pour la santé.   Une des premières démonstrations en ce sens provient de la Harvard Six Cities Study qui rapportait en 1993 que le taux de mortalité dans les villes les plus polluées est environ 25 % plus élevé que celui des villes où la pollution était la plus faible. Plus récemment, une grande étude réalisée auprès de 60 millions d’Américains âgées de 65 ans et plus a révélé que l’exposition prolongée aux PM2.5  et à l’ozone était associé à une hausse du risque de mortalité prématurée, et ce même si les taux de polluants étaient inférieurs aux valeurs recommandées par les agences gouvernementales américaines (PM2.5  < 12 μg/m3 et ozone < 50 parties par milliards).

Comme mentionné auparavant, une forte proportion de cette mortalité prématurée peut être attribuée à la grande sensibilité du système cardiovasculaire aux différentes composantes de l’air pollué, sensibilité qui se manifeste entre autres par une accélération du processus d’athérosclérose.  Ceci est bien illustré par une étude réalisée auprès de 6795 personnes âgées de 45 à 84 ans qui vivaient dans 6 régions urbaines des États-Unis (Baltimore, Chicago, Los Angeles, New York, St Paul et Winston-Salem). En examinant  le degré d’athérosclérose des artères coronaires à l’aide de CT scans sur une période de 10 ans (2000-2010), les chercheurs ont pu démontrer que la formation de plaques avait progressé de façon proportionnelle à la quantité de particules fines (PM2.5) dans l’air, haussant du même coup le risque d’événements cardiovasculaires.

Une autre illustration du lien étroit entre l’exposition chronique à la pollution atmosphérique et les maladies cardiovasculaires provient d’études réalisées auprès de personnes qui vivent à proximité des voies de transport automobile.  Ces personnes sont à plus haut risque d’infarctus aigu, de mort cardiaque subite et de mourir des suites d’AVC ou suite à une hospitalisation pour insuffisance cardiaque.  On pense que les particules ultrafines et les composés organiques volatils (acroléine, benzène, butadiène) sont en plus grande quantité lorsqu’ils sont fraichement émis par les véhicules circulant à proximité du domicile de ces personnes, ce qui expliquerait, au moins en partie,  le risque accru de maladies cardiovasculaires observé chez cette population. Même s’il n’y a malheureusement pas de solution immédiate à ce problème, il est intéressant de noter que plusieurs études suggèrent que la végétation, les arbres en particulier, peut absorber certains polluants atmosphériques et améliorer significativement la qualité de l’air.  Recréer des espaces verts en milieux urbains pourrait donc permettre de réduire les impacts néfastes de la pollution, sans compter que ces espaces verts ont un effet positif bien documenté sur la santé en général

Exercice et pollution

Il existe plusieurs sites internet où l’on peut vérifier tous les jours la qualité de l’air de toutes les régions et il est fortement conseillé de consulter ces sites d’information avant d’entreprendre une activité physique à l’extérieur. Un avis de l’American Heart Association publié en 2010 suggère d’éviter les exercices intenses comme le jogging et autres activités physiques vigoureuses lorsque l’indice de qualité de l’air est mauvais. Ces recommandations sont basées sur des études montrant que lors d’une exposition à de fortes quantités de particules fines, l’inhalation de ces particules est 4.5 fois plus importante lors d’un effort physique qu’au repos. Une autre étude a montré que dans un trafic intense, l’exposition de cyclistes aux polluants atmosphériques était 4.3 fois plus élevée que celle des passagers des automobiles circulant aux mêmes endroits. Les personnes qui souffrent déjà d’une maladie cardiovasculaire, les diabétiques et les personnes âgées sont particulièrement à risque, mais les auteurs de cet avis recommandent à toutes les personnes de réduire l’intensité des activités physiques et de favoriser l’entrainement à l’intérieur, même si l’air des édifices peut être également affecté selon la présence ou non d’un système de filtration efficace. Les auteurs suggèrent fortement d’éviter les activités physiques importantes au moment des heures de pointe de la circulation et près des endroits où la circulation est très dense.

Bien que le degré de pollution de l’air soit largement hors de notre contrôle, il est important de noter que l’impact de cette pollution est particulièrement prononcé chez les personnes qui sont déjà à risque de maladies cardiovasculaires. À court terme, la meilleure façon de faire face aux effets de la pollution atmosphérique demeure donc d’adopter des habitudes de vie reconnues pour améliorer la santé cardiovasculaire, en particulier une alimentation riche en végétaux, une activité physique régulière, le maintien d’un poids corporel santé, la gestion adéquate du stress et l’absence de tabagisme.  À plus long terme, cependant, on ne peut que souhaiter que les gouvernements soient beaucoup plus agressifs dans leurs approches pour contrer ce fléau et mettent en place des mesures destinées à réduire drastiquement les émissions liées aux transports. L’annonce récente de la fin de la vente de voitures à essence ou au diesel dès 2040 par la France et le Royaume-Uni est en ce sens un pas dans la bonne direction.

Manger moins de viande pour préserver la planète

Manger moins de viande pour préserver la planète

En 2006, la Food and Agriculture Organisation (FAO) des Nations unies a créé une onde de choc en publiant un rapport très étoffé démontrant que l’élevage d’animaux pour la production de viandes était responsable de plus d’émissions de gaz à effets de serre (GES) que toute l’industrie des transports (Figure 1).


Figure 1. Répartition des émissions de GES entre les secteurs économiques. Source : rapport de la FAO.

Selon la FAO, l’industrie de l’élevage et de la production laitière produit 18 % de tous les GES : 9 % de tout le CO2, 37 % du méthane (qui a un pouvoir de réchauffement au moins 25 fois plus grand que le CO2) et 65 % de l’hémioxyde d’azote (voir tableau 7.1 du rapport de la FAO). De plus, l’industrie de l’élevage constitue la principale source de pollution de l’eau, autant dans les pays développés que dans les pays émergents. Cette évaluation de la FAO a été confirmée par la suite par d’autres organisations.
À titre d’exemple, dans son rapport de 2014 sur les changements climatiques, le groupe d’experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que 25 % des GES sont le résultat de l’agriculture, l’élevage et de la déforestation qui en résulte. Une autre équipe estime également que le chiffre est d’au moins 25 % de tous les GES. Il est donc clairement établi que l’élevage du bétail est la principale cause de ces émissions, en particulier le fumier et le méthane produit par les ruminants, qui sont responsables à eux seuls de plus de la moitié des GES (Figure 2).


Figure 2. Principales sources de GES dérivés de l’élevage intensif du bétail. Source : rapport de la FAO.

Le secteur de l’élevage consomme aussi beaucoup plus de protéines qu’il n’en produit : la consommation de protéines nécessaires pour nourrir les animaux d’élevage est d’environ 77 millions de tonnes alors que les aliments produits par la viande de ces animaux n’en fournissent que 58 millions, un déficit de 19 millions de tonnes qui pourraient servir à nourrir des humains. Sans compter que l’élevage représente 70 % de la surface mondiale des terres agricoles et 30 % des surfaces émergées de la planète.

 

En Amazonie l’élevage intensif est la principale cause de déforestation. Comme il est prévu que la consommation mondiale de viande va plus que doubler d’ici 2050, les conséquences sur le réchauffement climatique seront désastreuses et vont certainement annuler les effets positifs obtenus par la réduction de notre consommation de pétrole. La solution n’est pas simple, car l’industrie de l’élevage est une source de revenus pour un très grand nombre de personnes dans le monde et particulièrement dans les pays pauvres, où l’on estime qu’il fournit un moyen de subsistance à près d’un milliard de personnes.

Consommation de viandes dans le monde

La consommation mondiale d’aliments d’origine animale est en forte hausse depuis quelques dizaines d’années, en particulier les viandes rouges, mais aussi les produits laitiers, les viandes blanches et les viandes transformées. De 1961 à 2011, la consommation de viandes a augmenté de 86 % dans le monde, 34 % aux États-Unis, 71 % en Inde et 1442 % (!) en Chine. En Inde, le 2e pays le plus populeux au monde avec 1,32 milliard d’habitants, dont 1/3 sont végétariens, la quantité de viande consommée quotidiennement en moyenne par personne (29 g/j, voir Figure 3) est bien moindre qu’aux États-Unis (381 g/j) ou que dans le monde en général (173 g/j). La Chine est en voie de rejoindre les pays développés pour la quantité de viande consommée par personne (254 g/j en 2011), principalement de la viande de porc et des produits de la mer. La Chine comptant 1,38 milliard d’habitants, ce pays est devenu un des principaux consommateurs de viande (Figure 4), avec près de la moitié de la viande de porc consommée dans le monde.

Figure 3. Consommation quotidienne de viandes par habitant en 2011.  Selon la FAO.

Figure 4. Consommation totale de viandes dans le monde, aux États-Unis, en Chine et en Inde en 2011. Selon la FAO.

Diminuer la consommation de viandes pour la santé des humains et de la planète

En 2011, la consommation de viande dans le monde comptait pour 9 % des calories totales ingérées quotidiennement, 13 % aux États-Unis, 17 % en Chine, mais seulement 1 % en Inde. En Chine, le nombre d’adultes qui consomment plus de 10 % de leurs calories sous forme de viandes a augmenté de 39 % en 1989 à 67 % en 2006. Or il est recommandé, pour prévenir le cancer et la maladie cardiovasculaire, de limiter sa consommation de gras saturés à moins de 10 % des calories totales ingérés quotidiennement et même jusqu’à moins de 5-6 % pour les personnes qui ont une cholestérolémie élevée. Les pays riches devront donc réduire considérablement la consommation d’aliments d’origine animale et se tourner davantage vers le végétarisme ou les viandes maigres et les produits laitiers à teneur réduite en matière grasse. Plusieurs experts recommandent qu’on puisse au moins réduire l’augmentation prévue de notre consommation de viande, ce qui aurait un impact très important sur le réchauffement climatique et en même temps sur la santé des populations.


Figure 5. Réduction projetée des émissions de GES par l’adoption d’une alimentation méditerranéenne, pescétarienne (pesco-végétarienne) ou végétarienne. D’après Tilman et Clark, Nature, 2014.

Par exemple, une étude récente estime que l’adoption d’une alimentation de type méditerranéenne pourrait réduire la hausse prévue de GES en 2050 de 60 %, tandis que le pescétarisme ou pesco-végétarisme (végétarisme avec consommation de poissons) et le végétarisme pourraient complètement annuler cette hausse, et même entraîner des émissions plus faibles qu’aujourd’hui (Figure 5), et ce, tout en réduisant significativement la mortalité liée aux maladies chroniques (cardiovasculaire, diabète et cancer).

L’agriculture biologique : mieux pour l’environnement ?

Des chercheurs américains ont fait une analyse comparative des impacts environnementaux des différents systèmes de production utilisés en agriculture. Selon une méta-analyse incluant 742 systèmes agricoles, les systèmes de production biologiques requièrent davantage de terres, causent plus d’eutrophisation (accumulation de nutriments dans le milieu), utilisent moins d’énergie, mais émettent autant de GES que l’agriculture conventionnelle.

L’élevage de bœufs exclusivement nourris à l’herbe et au foin requière plus de surface de terres et émet autant de GES que l’élevage aux grains. Ce sont les aliments produits à partir de plantes qui ont un impact le moins important sur l’environnement. Les œufs, produits laitiers, la viande de porc, la volaille et les produits de la mer ont impact intermédiaire, de 2 à 25 fois plus élevé que les plantes par kilocalorie d’aliment produit. L’impact de la viande de ruminants sur l’environnement est le plus important : de 20 à 100 fois plus élevé que pour les aliments produits à partir de plantes.

La pêche par chalutage émet 2,8 fois plus de GES que la pêche sans chaluts, à cause des grandes quantités de carburants nécessaires pour tirer les chaluts sur les fonds marins. L’aquaculture qui représente 45 % de la production mondiale de poissons pourrait être une solution de rechange à la pêche de poissons sauvages selon la FAO, particulièrement les systèmes d’aquaculture sans recirculation (étangs, rivières, fjords, etc.) puisqu’ils nécessitent moins d’énergie et produisent moins de GES que les systèmes à recirculation (dans des réservoirs munis de pompes et de filtres) ou que la pêche par chalutage. Les auteurs de cette étude suggèrent que de combiner les bienfaits des différents systèmes de production permettrait une pratique plus durable de l’agriculture, par exemple réduire l’utilisation d’engrais chimiques tout en conservant la productivité élevée des systèmes conventionnels. Des changements dans la diète vers des aliments à faible impact sur l’environnement (aliments à base de plantes) et l’augmentation de l’efficacité de l’utilisation des intrants (engrais, amendements, produits phytosanitaires) apporteraient davantage de bénéfices environnementaux qu’un virage vers des systèmes d’agricultures alternatifs tels que l’agriculture biologique et l’élevage de bœufs nourris à l’herbe.

Plusieurs scientifiques sont maintenant d’avis qu’une diminution de notre consommation de produits d’origine animale pourrait bénéficier autant à la santé des populations qu’à celle de la planète (voir par exemple ici et ici). De plus, selon une analyse économique les réductions de coûts pour les systèmes de santé seraient aussi (sinon plus) importantes que les bénéfices économiques liés à l’amélioration des changements climatiques. Compte tenu de l’importance de l’industrie de l’élevage sur les GES, il est surprenant de voir à quel point cet enjeu est rarement discuté dans les grands sommets sur le climat. Il s’agit évidemment d’un enjeu complexe et pointer du doigt tout le secteur de l’élevage et de la production laitière, comme on le fait pour l’industrie du pétrole, est difficile pour les politiciens : il faudrait non seulement toucher à un secteur très important de l’économie, mais aussi cibler des habitudes de consommation très ancrées. Suggérer aux gens de manger moins de viande est beaucoup plus délicat que de leur demander de consommer moins de pétrole.

En conclusion, il est bien démontré qu’une alimentation plus riche en produits végétaux et moins riche en protéines animales comporte des avantages autant pour la santé des individus que pour celle de la planète.

Résidus de pesticides dans les fruits et les légumes : les avantages de la consommation dépassent largement les risques

Résidus de pesticides dans les fruits et les légumes : les avantages de la consommation dépassent largement les risques

Un rapport récent de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) fait le point sur l’exposition aux résidus de pesticides retrouvés sur les fruits et légumes frais couramment consommés par la population québécoise. Il s’agit d’un sujet d’une grande importance, car plusieurs de ces pesticides sont reconnus comme cancérigènes à fortes doses et il est donc légitime de s’inquiéter de la présence de trop grandes quantités de ces molécules toxiques dans notre alimentation.
Les résultats de l’étude sont à plusieurs égards rassurants, car le risque cancérigène global estimé pour l’ensemble des pesticides étudiés est très faible, ces contaminants n’étant responsables que d’un maximum de 39 cas de cancers annuellement pour l’ensemble de la population québécoise. À l’opposé, les auteurs estiment que le nombre de cas de cancer prévenus annuellement au Québec par la consommation de fruits et de légumes est d’environ 4000, soit 100 fois plus, en raison de l’effet protecteur bien documenté des végétaux sur le développement de plusieurs types de cancer. Les bénéfices associés à la consommation régulière de végétaux surpassent donc largement les risques associés aux résidus de pesticides et confirment l’importance de continuer à encourager la population à adopter pour une alimentation contenant une grande variété de fruits et de légumes. Néanmoins, il faut selon les auteurs demeurer vigilants et continuer à favoriser la mise en place de mesures visant à réduire autant que possible l’exposition de la population aux pesticides.
En ce sens, une approche qui est de plus en plus populaire est de favoriser la consommation de végétaux issus de l’agriculture biologique. Selon les principes de base du « bio » (santé, écologie, équité et précaution), l’utilisation de pesticides synthétiques est bannie (certains pesticides naturels demeurent utilisés) et ces aliments peuvent donc représenter une alternative valable aux produits cultivés de façon conventionnelle pour les personnes qui désirent minimiser leur exposition aux résidus de pesticides. Cette réduction a été bien documentée par des études qui montrent que la consommation d’aliments bios se traduit par une diminution significative de la quantité de pesticides présents dans l’urine, autant chez les enfants que chez les adultes. Selon une analyse de l’ensemble des données disponibles, il est estimé que le risque de contamination par des résidus de pesticides est diminué d’environ 30 % dans les aliments bios comparativement aux produits issus de l’agriculture conventionnelle. Cependant, et comme le confirme l’étude de l’INSPQ, le degré de contamination des produits conventionnels demeure dans l’ensemble très faible et il n’est donc pas certain que cette diminution de l’exposition aux résidus de pesticides puisse se traduire par des bénéfices sur la santé.
Les études n’indiquent pas non plus que les aliments bios seraient nécessairement plus nutritifs ou meilleurs pour la santé. Par exemple, une analyse de 237 études indique que les aliments bios ne contiennent pas plus de vitamines et de minéraux que ceux produits de façon conventionnelle. Une autre analyse de 343 études suggère que les produits bios contiennent légèrement plus d’antioxydants et d’oméga-3, ce qui est positif, mais que ces végétaux possèdent en parallèle moins de protéines et de fibres, ce qui l’est moins. Quoi qu’il en soit, une revue récente de l’ensemble des publications sur ce sujet conclut qu’il est peu probable que ces très légères différences puissent exercer un impact significatif sur la santé.
Il existe néanmoins d’excellentes raisons de choisir les produits bios, surtout si vous en avez les moyens. Par exemple, l’absence d’engrais chimiques et de pesticides dans la culture biologique réduit la contamination des sols et des nappes phréatiques, sans compter qu’elle permet d’éviter à certains travailleurs de ferme d’être exposés à de très fortes quantités de ces produits. On peut également préférer certains produits bios qui nous semblent de meilleure apparence, de meilleur goût ou qui proviennent de petits producteurs locaux que l’on souhaite encourager. Par exemple, depuis un peu plus d’un an, les employés et les visiteurs de la cafétéria de l’Institut de cardiologie de Montréal mangent les légumes biologiques cultivés à la Ferme des Quatre-Temps et les résultats sont très positifs, avec une hausse de 30 % de la consommation de légumes.
Le plus important demeure de manger régulièrement des fruits et des légumes, qu’ils proviennent de l’agriculture conventionnelle ou biologique. Tous les organismes de lutte aux maladies chroniques, sans exception, recommandent la consommation quotidienne d’un minimum de 5 portions de fruits et de légumes étant donné le rôle crucial de ces aliments dans la prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2 et de plusieurs types de cancer.