Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Le végétarisme peut être défini comme un mode d’alimentation qui exclut les aliments d’origine animale. Il existe un large éventail de pratiques végétariennes, selon la nature et le degré d’exclusion de ces produits animaux (Tableau 1). Par exemple, les semi-végétariens (flexitariens) sont principalement végétariens, mais peuvent manger occasionnellement de la viande selon les circonstances (fêtes, restaurant, etc.), tandis que d’autres végétariens ne consomment pas de viandes rouges, mais mangent régulièrement certains produits animaux comme les poissons et fruits de mer (pesco-végétarisme) ou encore les œufs et les produits laitiers (ovo-lacto-végétarisme).  Les végétaliens, par contre, ne consomment quant à eux aucun produit d’origine animale et se nourrissent donc uniquement à partir d’aliments cultivés (légumes, fruits, oléagineux, légumineuses, graines). Ce mode d’alimentation peut également être associé au mouvement du végétalisme intégral (véganisme) lorsqu’il fait partie d’un mode de vie global qui exclut toute utilisation de produits animaux dans la vie quotidienne (cosmétiques, port de vêtements ou de chaussures issus de matériaux animaux).

Mode d'alimentationViande rougePoisson/VolailleOeufs/Produits laitiers
Non-végétarienOuiOuiOui
Semi-végétarienOui, mais peuOui, mais peuOui
Végétarien
Pesco-végétarienNonOuiOui
Ovo-lacto-végétarienNonNonOui
VégétalienNonNonNon

Tableau 1.  Les différents formes de végétarisme. Adapté de Le et Sabaté (2014).

Au cours des dernières années, le végétarisme au sens large est devenu de plus en plus populaire dans les pays occidentaux ; au Canada, par exemple, on estime qu’en 2007 environ 4 % de la population adhérait à l’une ou l’autre de ces pratiques végétariennes, ce qui représente près d’un million de personnes, et les sondages récents indiquent que cette tendance est à la hausse, en particulier chez les jeunes. Parmi les motivations invoquées pour justifier l’adhésion au végétarisme, les plus fréquentes sont les aspects éthiques liés à l’élevage et à l’abattage des animaux, les enjeux environnementaux (pollution associée à la production de produits animaux), ainsi que les bienfaits de mieux en mieux documentés d’une alimentation basée sur les végétaux sur la santé humaine en général.

Les études réalisées jusqu’à maintenant suggèrent que le principal impact positif d’une alimentation végétarienne est sur la santé cardiovasculaire. Plusieurs études d’observation ont en effet montré que le végétarisme est associé à une diminution de plusieurs facteurs de risque de ces maladies, notamment l’hypertension, le cholestérol total et le cholestérol-LDL, les taux de triglycérides, la glycémie à jeun ainsi que le risque de diabète.  Une alimentation végétarienne est également associée à un indice de masse corporelle (IMC) plus faible et un risque réduit de syndrome métabolique, deux autres importants facteurs de risque.

Il n’est donc pas étonnant que ces effets se traduisent par une diminution du risque d’événements cardiovasculaires.  Par exemple, une méta-analyse récente montre que le risque d’être touché ou de décéder de maladies coronariennes est d’environ 25 % plus faible chez les végétariens que chez les non-végétariens. Il est cependant intéressant de noter que cet effet protecteur est beaucoup plus prononcé dans les études réalisées auprès des membres des communautés religieuses adventistes du Septième Jour. Cette religion place beaucoup d’importance sur la mise en application au quotidien de saines habitudes de vie, non seulement du point de vue alimentaire, mais aussi en prônant l’exercice physique régulier et l’abstinence de l’alcool et du tabac.   Une analyse des études réalisées auprès de ces personnes a montré que le végétarisme est associé à une réduction de 40 % du risque de maladie coronarienne, de 30 % du risque d’AVC et de 32 % de la mortalité prématurée, tandis que seule la baisse d’événements coronariens (16 %) est observée dans les  études portant sur des végétariens non-adventistes. Il n’y a donc aucun doute que le végétarisme est positif pour la santé cardiovasculaire, mais il est probable que ces habitudes alimentaires doivent faire partie d’un mode de vie globalement sain pour véritablement maximiser leurs bénéfices.

La forte proportion des Adventistes qui adhèrent à l’une ou l’autre forme de végétarisme a également permis de comparer l’impact de ces différents régimes sur la santé.  Comme le montre le Tableau 2, les données acquises jusqu’à présent suggèrent qu’il pourrait y avoir des avantages à adopter une alimentation totalement dépourvue de produits animaux (végétalisme) : comparativement aux végétariens qui ne mangent pas de viande, mais qui consomment des œufs et des produits laitiers, les végétaliens ont un risque encore plus faible de développer certains facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension, diabète) et sont moins à risque de mourir prématurément de maladies coronariennes ou de maladies cardiovasculaires en général.  Bien que cet impact positif du végétalisme sur la diminution de la mortalité  prématurée n’a été jusqu’à présent observé que chez les hommes, ces résultats suggèrent néanmoins que l’exclusion totale des produits animaux de l’alimentation est associée à des bénéfices considérables en terme de prévention des maladies cardiovasculaires.

Impact mesuréRéduction du risque comparativement aux omnivores (%)
Ovo-lacto-végétariensVégétaliens
Hypertension55 %75 %
Diabète38 %62 %
Mortalité coronarienne
(Hommes)
24 %55 %
Mortalité cardiovasculaire
(Hommes)
23 %42 %

Tableau 2.  Comparaison des réductions du risque de maladies cardiovasculaires obtenues par les régimes ovo-lacto-végétarien et végétalien. Adapté de Le et Sabaté (2014).

La décision d’adopter une alimentation végétarienne ou végétalienne doit être prise avec sérieux : ce n’est pas parce qu’on élimine la viande qu’on mange nécessairement bien. Un végétalien qui se nourrit principalement de féculents (frites, pâtes alimentaires, pâtisseries) ou de produits industriels qui imitent les produits à base de viande (saucisses au tofu, etc.) n’aura évidemment pas une alimentation optimale. Le végétarisme ne doit pas être perçu seulement comme un régime « d’exclusion » des produits animaux, mais aussi, et peut-être surtout, comme un régime « d’inclusion » de produits végétaux.  C’est le contenu exceptionnel des végétaux en fibres, minéraux, polyphénols  et autres composés phytochimiques qui est le grand responsable des effets positifs du végétarisme sur la santé cardiovasculaire et il est en conséquence indispensable d’adopter une alimentation riche en fruits, légumes, grains entiers, légumineuses et noix pour profiter de ces bienfaits.

Diminution de l’espérance de vie aux États-Unis

Diminution de l’espérance de vie aux États-Unis

Un rapport publié le 8 décembre par le National Center for Health Statistics américain indique que l’espérance de vie des Américains a diminué de 0.1 % l’année dernière, la première baisse en plus de deux décennies. Cette diminution coïncide avec une augmentation récente des taux de mortalité associés à plusieurs maladies chroniques, en particulier les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète et la maladie d’Alzheimer. Plus alarmant encore, l’espérance de vie à 65 ans n’a quant à elle pas diminué, ce qui signifie que les maladies responsables de la baisse de l’espérance de vie touchent de façon prématurée des personnes plus jeunes. Selon Tom Frieden, le directeur des Centers for Disease Control and Prevention, cette diminution de l’espérance de vie est une conséquence directe de l’incidence élevée d’obésité dans la population américaine, qui se reflète notamment par une hausse des maladies cardiovasculaires.

Ces statistiques confirment malheureusement les prévisions du Dr S Jay Olshansky, selon qui les jeunes Américains nés dans les années 1990 pourraient être la première génération depuis plus d’un siècle à connaître une diminution de l’espérance de vie.   Dans un éditorial paru récemment dans la revue médicale JAMA Cardiology, le Dr Donald M. Lloyd-Jones, du département de médecine préventive de l’Université Northwestern de Chicago, abonde dans le même sens et souligne que les gains réalisés au cours des 50 dernières années seront effacés par la plus grande épidémie de maladies chroniques de l’histoire de l’humanité. Depuis 1985, on assiste en effet à une augmentation continue de l’obésité et du diabète, qui touchent toutes les tranches d’âge de la société, ce qui contribue à une recrudescence des maladies cardiovasculaires, particulièrement chez les jeunes adultes. De plus, des données récentes montrent que l’incidence d’infarctus du myocarde n’a pas diminué au cours des dix dernières années chez les hommes de 30 à 54 ans, et qu’elle a même augmenté chez les femmes de ce groupe d’âge.

Comme le mentionnait récemment le Dr David Ludwig, pédiatre et endocrinologue à l’Université Harvard, les avancées médicales sont relativement efficaces pour prévenir la mortalité prématurée quand l’obésité se produit vers 45 ans, le diabète qui apparaît vers 55 ans ainsi que les maladies cardiovasculaires qui en résultent vers 65 ans. Il sera cependant de plus en plus difficile et coûteux de traiter ces conséquences néfastes de l’obésité, puisque cette séquence d’événements commence maintenant dès l’enfance et l’adolescence. Il est donc critique de s’attaquer rapidement à ce problème de société à l’aide d’une approche globale plutôt que simplement médicale. Il faut que des mesures soient prises par tous les secteurs de la société pour modifier les environnements toxiques pour la santé.

 

 

 

 

L’huile d’olive, l’âme du régime méditerranéen

L’huile d’olive, l’âme du régime méditerranéen

Principale source de gras de l’alimentation méditerranéenne, l’huile d’olive se distingue des autres huiles végétales par son contenu élevé en acide oléique, un acide gras monoinsaturé, ainsi que par la présence de différents polyphénols qui lui confèrent des propriétés antiinflammatoire et antioxydante. Plusieurs études indiquent que l’huile d’olive contribue à l’effet protecteur de l’alimentation méditerranéenne sur la santé cardiovasculaire. Par exemple, les résultats de grandes études populationnelles (EPIC, PREDIMED) montrent que la consommation régulière d’huile d’olive est associée à une réduction significative du risque de maladies coronariennes (voir Tableau 1), ainsi qu’à des réductions importantes de la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires (44 %) et de la mortalité totale (26 %).

ÉtudesPopulationÂgeNombre de participantsSuivi (années)Baisse du risque de maladie coronarienne (%)Référence
EPICORItalie (femmes)35 à 7429,6897,944 Bendinelli et coll. (2011)
PREDIMEDEspagne (adultes)55 à 807,4474,835Guasch-Ferre et coll. (2014)
EPIC SpainEspagne (adultes)29 à 6940,14210,422Buckland et coll. (2012)
Tableau 1. Association entre la consommation d'huile d'olive et le risque de maladie coronarienne. Une diminution importante (41 %) du risque d’AVC a également été observée pour les plus grands consommateurs d’huile d’olive dans l’étude française des 3 cités (Bordeaux, Dijon et Montpellier). Ces observations sont en accord avec plusieurs études antérieures montrant que l’adhésion à un régime méditerranéen riche en huile d’olive est associé à des effets bénéfiques sur plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme les taux de lipides sanguins, la tension artérielle, la glycémie, l’inflammation et le risque de thrombose (voir Tableau 2).

Principaux effets d'une alimentation méditerranéenne riche en huile d'oliveRéférences
Impact positif sur les lipides sanguins, avec une baisse de cholestérol-LDL et un ratio HDL/cholestérol total plus élevéEstruch et coll. (2006)
Réduction de l'oxydation du cholestérol- LDL Estruch et coll. (2006)
Amélioration du métabolisme du glucose, autant chez les sujets normaux que diabétiques Lopez et coll. (2008)
Paniagua et coll. (2007)
Amélioration du contrôle de la pression artérielle Estruch et coll. (2006)
Amélioration de la fonction endothéliale Fuentes et coll. (2008)
Diminution du risque de thrombose (agrégation plaquettaire, facteurs hémostatiques)Ruano et coll. (2007)
Tableau 2. Impact du régime méditerranéen sur certains facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

Ces bénéfices de l’huile d’olive ont été pendant longtemps attribués exclusivement à son contenu élevé (70%) en acides gras monoinsaturés (l’acide oléique, principalement). Les études montrent en effet que, comparativement aux graisses saturées, ces gras diminuent les taux sanguins de cholestérol-LDL et de cholestérol total et améliorent le contrôle de la glycémie. L’huile d’olive n’est cependant pas seulement une source de matières grasses ; les huiles d’olive vierge et extra-vierge, issues du pressage mécanique des fruits (voir encadré), contiennent également des quantités significatives de plusieurs composés antioxydants et antiinflammatoires biologiquement actifs comme les tocophérols (vitamine E), certains acides phénoliques et plusieurs types distincts de polyphénols.

Plusieurs études réalisées au cours des dernières années indiquent ces molécules contribuent aux bénéfices de l’huile d’olive sur la santé cardiovasculaire.  Dans l’étude EUROLIVE, par exemple, il fût observé que l’impact positif de l’huile d’olive sur les taux de cholestérol-HDL et sur l’oxydation du cholestérol-LDL, deux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, était directement proportionnel à son contenu en  composés phénoliques. Il est vraisemblable que ces effets augmentent les effets préventifs de l’huile d’olive, car une étude a montré que la réduction du risque de maladie cardiovasculaire était plus importante chez les consommateurs d’huile d’olive vierge que chez ceux qui préfèrent l’huile d’olive raffinée, dépourvue de ces composés phénoliques (14 % vs 3 % de réduction du risque pour chaque 10 g d’huile d’olive). Les huiles d’olive de bonne qualité, vierge ou extra-vierge, sont donc à privilégier pour la prévention des maladies cardiovasculaires.

Le monde complexe des huiles d’olive

Le Conseil oléicole international (COI) a établi des critères très stricts pour définir les différentes catégories d’huiles d’olive disponibles sur le marché. Parmi les plus courantes:

Les huiles d’olive vierge et extravierge  sont « obtenues du fruit de l’olivier uniquement par des procédés mécaniques ou d’autres procédés physiques dans des conditions, thermiques notamment, qui n’entraînent pas d’altération de l’huile, et n’ayant subi aucun traitement autre que le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration. » Les huiles possédant les meilleures qualités organoleptiques et dont le taux d’acidité (acide oléique libre) est inférieur à 1 % sont catégorisées comme étant des huiles extravierges, tandis que celles qui sont d’une qualité légèrement inférieure et avec un taux d’acidité inférieur à 2 % sont des huiles vierges.  Ces deux types huiles contiennent une variété de composés photochimiques antioxydants et anti-inflammatoires et doivent donc être privilégiées pour la prévention des maladies cardiovasculaires.  La présence de ces composés dans une huile peut d’ailleurs être facilement détectée, car ils provoquent  une sensation de chatouillement ou de piquement au niveau de la gorge, ce que les connaisseurs appellent une «ardence».

Les huiles d’olive, quant à elles, sont composées d’un mélange d’huile d’olive vierge et d’huile d’olive raffinée, c’est-à-dire produite par une extraction des fruits à l’aide de solvants.  Ce procédé détruit les molécules antioxydantes présentes naturellement dans l’olive et ces huiles sont en conséquence de qualité inférieure, autant du point de vue biologique que culinaire (goût peu prononcé).

Si le choix d’une huile d’olive est d’abord et avant tout une question de goût personnel (et de budget), il est tout de même important de privilégier les huiles d’olive vierges ou extra-vierges, autant pour leur goût exquis que pour leur impact sur la santé. Malheureusement, des analyses récentes indiquent que certaines huiles cataloguées « extra-vierges » contenaient des huiles de qualité inférieure et il est conseillé d’acheter des huiles dont l’étiquette indique clairement le pays et la région de provenance,  la date de péremption et le label de qualité « Appellation d’origine protégée » (AOP) ou « Indication géographique protégée » (IGP).

 

Maladies coronariennes : un mode de vie sain peut vaincre les mauvais gènes !

Maladies coronariennes : un mode de vie sain peut vaincre les mauvais gènes !

On sait depuis plusieurs années qu’il existe une prédisposition génétique aux maladies coronariennes. Par exemple, si l’un des parents d’une personne est décédé prématurément d’une crise cardiaque, le risque de cette personne d’être à son tour touchée par un événement coronarien est plus élevé que la population en général.  L’historique familial de maladies cardiovasculaires représente donc un important facteur de risque et est en conséquence l’une des premières questions qui sont posées par un cardiologue lors d’une consultation.

Les études d’association pangénomiques (genomewide association studies) ont permis de mieux comprendre ce phénomène. Ces études consistent à identifier les variations génétiques présentes dans l’ensemble du génome d’un grand nombre d’individus, et à déterminer par la suite si ces variations peuvent être corrélées avec certains traits, par exemple le développement prématuré de maladies cardiovasculaires.  Grâce à ces études, les chercheurs sont parvenus à identifier plus d’une cinquantaine de régions dans l’ADN qui sont associées à un risque accru de maladies coronariennes et qui représentent donc un marqueur de la susceptibilité génétique d’une personne à être touchée par ces maladies.

Est-ce que cela signifie que les personnes qui ont eu la malchance de naître avec ces « mauvais gènes » sont condamnées à mourir prématurément d’une maladie coronarienne ? Selon une étude remarquable récemment publiée dans le New England Journal of Medicine, la réponse est non : même si ces variations génétiques doublent le risque de maladie cardiovasculaire, l’adoption de saines habitudes de vie permet de réduire considérablement cette hausse du risque. Par exemple, ils ont observé que le simple fait d’adhérer à un mode de vie sain (ne pas fumer, faire de l’activité physique modérée et manger en abondance des fruits, légumes et grains entiers) permet aux personnes à haut risque de diminuer de moitié le risque d’événements coronariens.  Et l’inverse est aussi vrai: les personnes qui possèdent des gènes qui devraient en théorie les protéger des maladies coronariennes, mais qui adoptent un mode de vie malsain, voient leur risque de développer ces maladies augmenter de 50 %.

Ces observations illustrent à quel point la plupart des maladies qui nous touchent sont le résultat d’une interaction complexe entre nos gènes et l’environnement dans lequel nous vivons. Tout n’est pas décidé à la naissance : on peut naître avec un gène qui prédispose aux maladies cardiovasculaires, mais ces gènes ne sont qu’un des aspects impliqués dans le développement de ces maladies, une prédisposition qui est bien réelle, mais qui demeure néanmoins fortement influencée par une foule de facteurs extérieurs.

Il est donc possible de prendre sa destinée en mains, de modifier nos habitudes de vie pour neutraliser l’impact négatif de ces mauvais gènes.  Ne pas fumer, manger en abondance une variété de végétaux, maintenir un poids corporel normal et faire régulièrement de l’exercice sont toutes des actions qui permettent de prévenir concrètement les maladies coronariennes, quel que soit le risque génétique de base.

Athérosclérose: le rôle du microbiome intestinal

Athérosclérose: le rôle du microbiome intestinal

L’athérosclérose est une maladie chronique caractérisée par l’apparition de dépôts graisseux dans la paroi interne des artères. Bien qu’asymptomatique à ses débuts, l’athérosclérose n’en demeure pas moins très dangereuse, car ces dépôts évoluent au fil du temps pour former des plaques qui obstruent la circulation du sang dans les artères et les rendent plus rigides.  Lorsqu’elles sont présentes au niveau des artères coronaires qui irriguent le cœur, ces plaques peuvent se fissurer subitement pour former des caillots qui bloquent complètement l’apport en sang aux cellules du muscle cardiaque et causer ainsi un infarctus. Empêcher, ou à tout le moins ralentir la formation de ces plaques est donc absolument essentiel pour prévenir les maladies cardiovasculaires.

En plus des facteurs de risque bien établis qui favorisent le développement de l’athérosclérose (tabagisme, diabète, stress, sédentarité, mauvaise alimentation), le groupe du Dr Stanley Hazen de la prestigieuse Cleveland Clinic a fait l’étonnante découverte que les bactéries intestinales (microbiome) pourraient elles aussi influencer la formation des plaques dans la paroi des artères.  Ces bactéries possèdent en effet la propriété de métaboliser certaines molécules (la phosphatidylcholine, la choline et la carnitine) contenues dans les aliments d’origine animale, comme la viande et les œufs, pour former un « déchet » métabolique appelé triméthylamine (TMA).  Ce TMA est acheminé vers le foie où il est transformé en TMA N-oxide (TMAO), une molécule très inflammatoire qui accélère le développement des plaques d’athérosclérose et augmente la réactivité des plaquettes sanguines (et donc le potentiel de formation de caillots sanguins) chez les modèles animaux.

Les résultats obtenus par le groupe du Dr Hazen indiquent qu’un mécanisme similaire existe chez les humains, c’est-à-dire que l’ingestion de viande ou d’œufs provoque rapidement l’apparition de TMAO dans le sang.  Cette hausse de TMAO est ici aussi due à l’action des bactéries intestinales, car elle est complètement abolie par un traitement préalable avec des antibiotiques (ce qui détruit la flore intestinale).  Ils ont également observé que les personnes omnivores qui mangent régulièrement de la viande rouge produisent beaucoup plus de TMAO que les végétariens et les végétaliens, une différence qui serait due à des variations dans la composition du microbiome.  La proportion relative des espèces bactériennes formant le microbiome intestinal est en effet grandement influencée par la nature de l’alimentation : la consommation régulière de viande favorise l’implantation de bactéries capables de générer le TMAO, tandis que ces bactéries sont moins abondantes chez ceux qui mangent principalement des aliments d’origine végétale.

Ces observations suggèrent donc que la production de TMAO pourrait être impliquée dans la hausse du risque de maladies du cœur et de mort prématurée observées chez les personnes qui consomment beaucoup de viandes rouges et de charcuteries.  En ce sens, une étude a récemment montré que les patients qui présentent une forte quantité de plaques d’athérosclérose (atherosclerotic burden), et qui sont donc à très haut risque de maladies cardiovasculaires, ont des taux sanguins élevés de TMAO.  Ceci est en accord avec des observations précédentes montrant que des taux élevés de TMAO sont corrélés avec une hausse du risque d’événements cardiaques majeurs (mort subite, infarctus, AVC).  Ce n’est donc pas un hasard si les végétariens risquent moins d’être touchés par les maladies du cœur que les carnivores : comme ils évitent la viande, ou en mangent très peu, leurs bactéries intestinales ne génèrent pas de TMAO, ce qui protège le système cardiovasculaire.

Il est aussi intéressant de noter qu’il serait possible de bloquer la formation de TMAO en interférant directement avec le métabolisme des bactéries.  Une molécule possédant une structure analogue à la choline, le 3,3-dimethyl-1-butanol (DMB), agit en effet comme un puissant inhibiteur de la production de TMAO par différentes souches de bactéries intestinales  et bloque la formation de lésions d’athérosclérose dans des modèles animaux.  Cette substance naturelle est  retrouvée en quantités appréciables dans certains aliments comme le vin rouge et l’huile d’olive, deux piliers du régime méditerranéen qui ont été à maintes reprises associés à une réduction importante du risque de maladies du cœur.  Il est donc possible que la protection cardiovasculaire offerte par le régime méditerranéen fasse aussi intervenir une réduction de la formation de TMAO par les bactéries intestinales.

Les sucres ajoutés sont vraiment mauvais pour la santé

Les sucres ajoutés sont vraiment mauvais pour la santé

Les sucres simples (sucrose, sirop de maïs à haute teneur en fructose) qui sont ajoutés à une grande variété de produits industriels sont particulièrement néfastes pour la santé. Plusieurs études ont en effet clairement montré que les personnes qui consomment fréquemment des aliments contenant ces sucres ajoutés sont à plus haut risque d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.

Près de la moitié des sucres ajoutés consommés par la population proviennent des boissons sucrées (boissons gazeuses, sportives et énergisantes, cocktails de fruits) et ces produits sont donc considérés comme les principaux responsables des effets néfastes du sucre sur la santé. Par exemple, la consommation quotidienne de 2 portions de boissons sucrées est associée à une hausse de 35 % du risque de maladie coronarienne et lorsque la quantité de sucre ajouté consommé représente 25 % des calories quotidiennes, le risque de maladie du cœur est même triplé.

Compte tenu de ces impacts négatifs sur la santé, l’Organisation mondiale de la santé recommande que les sucres ajoutés ne devraient pas dépasser 10 % de notre apport énergétique quotidien, c’est-à-dire environ 50 g ou 12 cuillerées à thé de sucre pour un adulte moyen, soit l’équivalent d’une seule canette de boisson gazeuse. La seule façon réaliste de limiter l’apport en sucre ajouté est de limiter la consommation de produits industriels, surtout ceux proposés par l’industrie de la malbouffe, et d’éliminer complètement les boissons sucrées. Les produits « diètes » sucrées artificiellement avec des édulcorants comme l’aspartame ou le sucralose ne sont cependant pas une solution valable, car l’impact de ces produits sur la santé semble identique à ceux sucrés naturellement.