Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

L’espérance de vie à la naissance au Canada en 2015 était de 84,1 ans pour les femmes et 80,2 ans pour les hommes. Elle est en hausse constante depuis un demi-siècle : en 1960 l’espérance de vie était de 74,1 ans pour les femmes et 71,1 pour les hommes. C’est cependant loin de la longévité exceptionnelle observée dans des zones précises de notre planète où l’on retrouve une grande proportion de centenaires. Ces régions, nommées « Blue Zones », ont été identifiées par deux démographes, Gianni Pes et Michel Poulain et le journaliste Dan Buettner, auteur de l’article The secrets of Long Life paru dans le magazine National Geographic et du livre The Blue Zones.

Les 5 Blue Zones identifiées dans le monde.

Sardaigne, Italie
En étudiant la longévité des habitants de la Sardaigne, une île italienne de la mer Méditerranée située au sud de la Corse, les démographes Pes et Poulain et leurs collaborateurs ont localisé des zones où vivent davantage de centenaires. Ces longevity hot spots ou Blue Zones (les chercheurs utilisaient initialement un marqueur bleu pour délimiter ces zones sur une carte) se trouvent dans une région montagneuse de l’île, la Barbagia, qui était encore difficile d’accès il y a de cela quelques décennies à peine. Une telle situation géographique décourage l’immigration et favorise la consanguinité, diminuant la diversité du patrimoine génétique. Dans la zone où l’on retrouve une longévité exceptionnelle, au sud-est de la province de Nuoro, 91 personnes sont devenues centenaires parmi les 18 000 personnes qui sont nées dans la région entre 1880 et 1900. Dans un village en particulier, Seulo, 20 centenaires ont été recensés entre 1996 et 2016. En comparaison, selon Statistiques Canada, il y avait 17,4 centenaires pour 100 000 habitants au Canada en 2011.

L’analyse de gènes impliqués dans l’inflammation, le cancer et les maladies cardiaques n’a pas révélé de différence significative qui pourrait être liée à la longévité exceptionnelle des Sardes. Les chercheurs suspectent donc que les caractéristiques environnementales, le style de vie et la nourriture sont beaucoup plus importants que des prédispositions génétiques pour vivre longtemps et en santé. Plusieurs de ces centenaires sardes sont des bergers ou des fermiers qui ont fait beaucoup d’activité physique au grand air tout au long de leur vie. L’alimentation sarde, qui fait partie du régime méditerranéen, pourrait jouer un rôle important dans la longévité des habitants de cette Blue Zone. En effet, le régime alimentaire sarde consiste en des légumes cultivés à la maison (surtout des fèves, tomates, aubergines), du pain de grains entiers, du fromage pecorino fait de lait entier de brebis nourries à l’herbe, du vin rouge local particulièrement riche en polyphénols. Le régime traditionnel sarde n’incluait de la viande qu’une fois par semaine tout au plus. Lorsque le journaliste Dan Buettner a demandé à quelques-uns de ces centenaires quelle était la raison de leur longévité exceptionnelle, plusieurs ont mentionné l’importance de la famille et des liens sociaux ; en Sardaigne les vieillards vivent avec la famille et non pas dans des maisons de retraite.

Okinawa, Japon
C’est au Japon qu’on retrouve l’une des plus grandes concentrations de centenaires dans le monde, plus de 34,7 pour 100 000 habitants en 2010. Les habitants des îles de l’archipel Okinawa au sud-ouest du Japon ont une espérance de vie particulièrement élevée et l’on a recensé dans cette préfecture 66,7 centenaires par 100 000 habitants. Les femmes vivant à Okinawa ont 3 fois plus de chance de vivre jusqu’à 100 ans que les Nord-américaines. Le régime alimentaire d’Okinawa est basé sur les végétaux, beaucoup de légumes à feuilles vertes, patates douces, poissons et fruits de mer. La majorité des centenaires d’Okinawa ont maintenu un jardin potager au cours de leur vie, une activité physique modérée qui permet de rester en forme et de réduire le stress. Les habitants d’Okinawa pratiquent traditionnellement l’autorestriction alimentaire en suivant l’enseignement d’inspiration confucéenne « hara hachi bu » qui préconise de manger de façon à être rassasié à 80 % à la fin d’un repas. Les personnes âgées à Okinawa sont très actives et maintiennent de forts liens familiaux et sociaux, par exemple lors de réunions régulières appelées « moai ». Il est très important pour eux de donner un sens à leur vie, d’avoir un « ikigai » c’est-à-dire d’avoir une raison de se lever chaque matin.

Nicoya, Costa Rica
L’espérance de vie est relativement élevée au Costa Rica (82,1 pour les femmes et 77,4 pour les hommes), mais elle l’est tout particulièrement dans une région de la péninsule de Nicoya où les hommes âgés de 60 ans ont 7 fois plus de chances de devenir centenaires que les autres Costariciens. Comme la Sardaigne, Nicoya est une région qui a été relativement isolée pendant des centaines d’années. Le taux de mortalité due au cancer y est 23 % moins élevé que dans le reste du pays et les habitants de Nicoya ont un régime alimentaire basé sur les plantes (courges, haricots noirs, tortillas de maïs, beaucoup de fruits locaux), mais qui comprend aussi des œufs et de la viande (poulet et porc). Les centenaires de Nicoya sont très actifs physiquement, ils ont de forts liens familiaux, une forte foi religieuse et ils aiment travailler. Ils sont peu stressés et sont généralement très positifs et heureux.

Loma Linda, États-Unis
La seule Blue Zone identifiée en Amérique du Nord est située à Loma Linda, une ville de la Californie du Sud située à 100 km à l’est de Los Angeles où il y a une communauté de 9000 membres de l’Église adventiste du septième jour. En Californie, un homme adventiste âgé de 30 ans vivra en moyenne 7,3 années de plus qu’un Californien de race blanche du même âge. Une femme adventiste âgée de 30 ans vivra en moyenne 4,4 ans de plus qu’une Californienne du même âge. Sachant qu’environ les deux tiers des Américains meurent des suites d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer, il n’est pas surprenant que les adventistes vivent plus longtemps puisque leur mode de vie fait en sorte qu’ils sont moins à risque de développer ces maladies. Environ la moitié des adventistes sont végétariens ou mangent rarement de la viande et les adventistes non végétariens sont deux fois plus à risque de développer une maladie cardiovasculaire. La majorité des adventistes sont non-fumeurs et ne boivent pas d’alcool. Ils ont par conséquent une incidence de cancer du poumon moins élevée que les Américains en général. Les adventistes sont actifs physiquement et ont un esprit communautaire très développé, car ils sont très croyants et leur église incite ses membres à s’entraider.

Icarie, Grèce
L’Icarie est une île grecque de la mer Égée orientale où un habitant sur trois atteindra l’âge de 90 ans. L’incidence de cancer, de maladie cardiovasculaire, du diabète et de démence y est significativement moins élevée. Comme en Sardaigne, Okinawa et autres Blue Zones, les Icariens maintiennent un jardin potager à la maison et mènent une vie peu stressante. Le régime alimentaire des Icariens, de type méditerranéen, est composé de légumes (pommes de terre, pois, lentilles, légumes à feuilles vertes), de fruits, d’huile d’olive, de poissons, de lait de chèvre, de produits laitiers et d’un peu de viande. Les Icariens mangent peu de sucre et ils boivent quotidiennement du café, du vin rouge et des tisanes à base de romarin, de sauge, d’origan et d’artémise. Les Icariens qui observent le calendrier de l’Église orthodoxe grecque doivent se soumettre régulièrement à un jeûne ; or la restriction calorique est reconnue pour ralentir le processus de vieillissement chez les mammifères.

Les habitants des « Blue Zones », Okinawa, Sardaigne, Nicoya, Icarie et Loma Linda, partagent des caractéristiques dans leur style de vie qui contribuent à leur longévité. Dan Buettner dans son livre The Blue Zones dresse une liste de 9 caractéristiques communes :

– Activité physique modérée et régulière, tout au long de la vie.
– Restriction calorique.
– Semi-végétarisme, la nourriture provenant en grande partie de plantes.
– Consommation modérée d’alcool (vin rouge en particulier)
– Donner un sens à sa vie.
– Réduire le stress.
– Engagement dans la spiritualité ou la religion.
– La famille est au centre de la vie.
– Engagement social, intégration dans la communauté.

Espaces verts et la santé

Espaces verts et la santé

L’urbanisation est en hausse constante sur notre planète : plus de la moitié (54 %) de la population mondiale vivait dans les zones urbaines en 2014 et il est projeté que cette proportion atteindra 66 % en 2050. L’Amérique du Nord est la région la plus urbanisée avec 82 % de la population vivant dans des zones urbaines, mais c’est l’Asie et l’Afrique, où la majorité de la population vit dans des zones rurales, qui devraient connaître une croissance considérable dans l’avenir. L’urbanisation cause plusieurs problèmes, dont la pollution, les accidents, les îlots de chaleur et le changement climatique, qui ont un impact négatif sur la santé des habitants des villes. La planification et la gestion des zones urbaines, de plus en plus denses, sont devenues des enjeux majeurs de ce siècle, et la présence de la végétation dans nos environnements urbains ne devra pas être négligée.

Un environnement verdoyant peut favoriser l’activité physique, diminuer le stress, l’isolement social, le bruit, l’exposition à la pollution atmosphérique, lesquels peuvent augmenter le risque de maladie cardiovasculaire (articles de synthèse ici, ici et ici). L’exercice apporte de nombreux bénéfices bien établis pour la santé et réduit le risque de maladie cardiovasculaire, diabète, ostéoporose, dépression et cancer colorectal. L’exercice favorise aussi une bonne santé mentale et le bien-être général.

Plusieurs études ont évalué les effets de la végétation présente dans les quartiers résidentiels sur la santé et la longévité des résidants. Ces études épidémiologiques utilisent un indice de végétation, établi à partir d’images satellites, qui mesure la lumière réfléchie à la surface de la Terre durant l’activité photosynthétique et qui permet d’estimer la densité de végétation. Par exemple, les enfants qui vivent dans des endroits où il y a davantage de végétation souffrent moins d’asthme et ont une pression artérielle plus basse, en comparaison avec ceux qui vivent dans des voisinages moins verts. Une étude réalisée sur la population entière de l’Angleterre indique qu’un environnement plus verdoyant diminue les inégalités en matière de santé qui sont associées aux différences de revenus. Les auteurs estiment que l’exposition à une grande quantité de verdure a sauvé 1328 vies par année en Angleterre parmi les personnes à faibles revenus. Une étude auprès de 108 630 participantes de la Nurses’ Health Study a montré que les femmes qui vivaient dans les secteurs qui avaient le plus de végétation avaient un taux de mortalité, toutes causes confondues, 12 % plus bas que celles qui vivaient dans des régions moins verdoyantes. L’analyse a montré que la baisse de mortalité était fortement associée au degré de végétation dans les cas de morts causées par le cancer, les maladies respiratoires ou rénales. Une étude australienne a montré que les chances d’être hospitalisé pour une maladie coronarienne ou un AVC étaient 37 % moins élevées pour des adultes qui résidaient dans des voisinages où il y avait une grande variabilité de couvert végétal, comparé à ceux qui vivaient dans un environnement « vert », mais où il avait peu de variabilité. Cet effet était indépendant du niveau absolu de verdure dans le voisinage des participants. Les auteurs suggèrent que des quartiers avec une plus grande variété de couverts végétaux pourraient favoriser l’exercice physique (marche, jogging), par exemple à cause de la présence de parcs bien desservis par des rues, des sentiers pédestres et des pistes cyclables. Résider à proximité d’un espace vert est associé à un taux de survie plus élevé après avoir subi un AVC, cela même en corrigeant l’analyse pour tenir compte de la proximité d’une autoroute (pollution de l’air) et de différents facteurs socio-économiques, selon une étude réalisée aux États-Unis.

Une étude prospective de type longitudinale d’une durée de 22 ans, auprès de 575 000 adultes qui habitaient dans l’une de 10 régions urbaines en Ontario, a montré qu’un environnement plus verdoyant était associé à un taux de mortalité moins élevé. Cette réduction a été observée pour toutes les causes de mortalité, y compris l’AVC, les cardiopathies ischémiques et tout particulièrement les maladies respiratoires. L’estimation des risques demeure essentiellement inchangée après correction pour tenir compte de la pollution de l’air ambiant. Bien que ces données suggèrent qu’un degré plus élevé de verdure dans les environnements urbains réduise la mortalité, les auteurs indiquent qu’il faut être prudent dans l’interprétation de ces données puisque cette association pourrait avoir été influencée par des facteurs confondants sociodémographiques ou liés au style de vie. Dans l’ensemble, ces études suggèrent que l’exposition à la végétation diminue le risque de développer d’une maladie cardiovasculaire ou d’en mourir. Mais la plupart de ces études étant « transversales », il n’est pas possible d’établir une relation de cause à effet. L’occasion d’obtenir des données prospectives s’est présentée à des chercheurs américains qui ont étudié les effets de la perte de plus 100 millions d’arbres, causée par l’infestation par l’agrile du frêne, sur la santé humaine dans le nord-est des États-Unis. Les résultats suggèrent que la perte des arbres a fait augmenter la mortalité associée à la maladie cardiovasculaire et des voies respiratoires inférieures. La perte progressive de la canopée a été associée à 16,7 décès de plus par année par 100 000 habitants, ce qui correspond à 15 080 morts additionnelles de 2002 à 2007.

On ne comprend pas encore par quel mécanisme un environnement plus « vert » diminue l’incidence de maladies cardiovasculaires, mais les chercheurs soupçonnent que cela pourrait être lié à la proximité d’espaces qui favorisent l’exercice, à une meilleure qualité de l’air et à la réduction du stress psychologique. Une meilleure connaissance des mécanismes impliqués pourrait permettre d’améliorer nos environnements urbains et par conséquent la santé de ses habitants.

 

 

Le stress et ses effets sur le cœur

Le stress et ses effets sur le cœur

Chez les animaux, la détection d’un danger (odeur de fumée, vue d’un prédateur, bruit de coup de feu) par les organes sensoriels (nez, œil, oreille) déclenche une alerte maximale du cerveau qui va amorcer une série de processus extrêmement complexes appelés « réaction de combat-fuite ». En activant les glandes surrénales, le cerveau commande la libération dans le sang d’hormones d’action comme l’adrénaline de façon à augmenter le rythme respiratoire, les pulsations cardiaques, l’apport d’oxygène aux tissus, ainsi que le niveau d’éveil et d’attention cérébrale, tous ces changements permettant de combattre ou de fuir rapidement le danger. C’est le stress biologique, essentiel à la survie de l’individu et, à travers lui, à celle de son espèce. Selon la durée des réactions métaboliques on distingue trois catégories d’effets : 1) les effets immédiats provoqués par la génération d’adrénaline et de noradrénaline par le système nerveux sympathique (durée de quelques secondes) ; 2) les effets intermédiaires provenant de la sécrétion d’adrénaline et de noradrénaline par la médulla des glandes surrénales (durée : quelques minutes) ; 3) les effets prolongés provoqués par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (ou axe corticotrope), la vasopressine et la thyroxine (durée : quelques heures, jusqu’à des semaines).

Axe corticotrope
Lorsqu’une situation génératrice de stress survient, des signaux neuronaux sont produits dans le cerveau par le système limbique (amygdale, hippocampe) et transmis à l’hypothalamus (voir figure 1).

Figure 1. Axe corticotrope. Adapté de Managing Stress, 2015.

En réponse à ce signal, l’hypothalamus sécrète l’hormone corticolibérine (CRH) qui active l’hypophyse, une glande endocrine qui sécrète plusieurs hormones dont l’adrénocorticotropine (ACTH). Cette hormone est rapidement reconnue par des récepteurs spécifiques présents dans les glandes surrénales, ce qui déclenche la sécrétion de corticostéroïdes (cortisol, aldostérone) et de l’adrénaline. La réponse au stress est relayée par ces messagers qui ont pour effets d’augmenter le métabolisme (plus de sources d’énergie) et la pression artérielle. Le cortisol augmente la pression artérielle, le taux de sucre sanguin et inhibe le système immunitaire. Les catécholamines (adrénaline et noradrénaline) facilitent une utilisation rapide et en puissance des muscles. L’adrénaline se lie aux récepteurs des cellules du foie et stimule la production de glucose. Le cortisol induit aussi la transformation des acides gras en sucres et la gluconéogenèse (production de glucose à partir de glycogène), ce qui permet un apport d’énergie important aux muscles afin de fuir ou combattre la situation génératrice du stress.

Le stress intense et ses effets sur le cœur
Le stress intense a un effet très important sur le système nerveux autonome sympathique qui provoque une grande stimulation du cœur directement, de même que par l’intermédiaire d’hormones comme l’adrénaline. Ces changements accélèrent le rythme cardiaque, provoquent des arythmies cardiaques sévères ou encore peuvent provoquer une contraction des artères coronaires. Un bon exemple de l’impact négatif du stress est la hausse considérable de mortalité subite qui survient à la suite d’un événement tragique : dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre survenu au large de Sendai et le puissant tsunami qui a dévasté cette région du nord-est du Japon en 2011, le nombre de personnes décédées subitement a doublé comparativement aux années précédentes, une tendance qui s’est maintenue dans les trois semaines suivant le choc initial (figure 2). Une hausse de mortalité subite a aussi été observée à la suite d’autres tremblements de terre majeurs (voir ici et ici), ce qui illustre à quel point la réponse physiologique à un stress aigu peut entraîner des répercussions négatives sur le cœur.

Figure 2. Augmentation du nombre d’arrêts cardiaques durant le grand tremblement de terre du Japon oriental en 2011, dans les trois préfectures les plus touchées (Iwate, Miyagi, Fukushima). Source : Kitamura et coll. (2013).

 

Syndrome des cœurs brisés ou syndrome du tako-tsubo
Des personnes qui n’ont pas de maladie coronarienne, mais qui sont soumis à un stress émotionnel intense peuvent souffrir de syndromes connus sous différentes appellations : « syndrome du cœur brisé », syndrome de tako-tsubo, syndrome de ballonisation apicale transitoire du ventricule gauche, sidération myocardique et « neurogenic stress cardiomyopathy ». Ces syndromes, qui ont des caractéristiques pathophysiologiques communes sont regroupés sous le terme de « cardiomyopathies induites par le stress ». Les cardiomyopathies induites par le stress sans atteinte neurologique touchent majoritairement les femmes (80-90 % des patients), tout particulièrement les femmes ménopausées. Dans la majorité des cas, un stress émotionnel ou physique est survenu avant l’apparition des symptômes. Initialement décrit en 1990 par des cardiologues japonais, le syndrome de tako-tsubo survient lorsqu’une personne est exposée à un stress important ou encore à une très mauvaise nouvelle et développe subitement une douleur thoracique de grande intensité, secondaire à un infarctus du myocarde. Si la personne survit (ce qui est généralement le cas), on note à son arrivée à l’hôpital un infarctus aigu du myocarde, mais sans aucune lésion artérielle, c’est-à-dire sans aucun blocage des coronaires. Le nom « tako-tsubo » vient de la forme du ventricule gauche lors de l’examen par angiographie (figure 3) qui a la forme d’un vase (壺, tsubo) qui ressemble à un piège que les pécheurs japonais utilisent pour attraper les pieuvres (蛸, tako). Ce phénomène est causé par une atteinte sévère du ventricule gauche qui est la région du muscle cardiaque qui pompe le sang artériel vers le corps. Plusieurs facteurs déclencheurs ont été identifiés au fil des années, la plupart d’entre eux étant associés à des émotions fortes négatives comme le deuil, la colère ou la peur. Des résultats récents indiquent toutefois que des émotions positives fortes (mariage, victoire d’une équipe sportive) peuvent également provoquer l’apparition de ce syndrome.

Figure 3. Illustration à gauche : Imagerie par angiographie d’un cœur d’une personne souffrant d’un tako-tsubo. Photo à droite : Le piège à pieuvres (tako-tsubo) utilisé par des pécheurs au Japon.

 

Stress chronique
Mis à part ces exemples assez extraordinaires qui démontrent les effets dramatiques que peuvent avoir le cerveau et nos émotions sur le cœur, des milliers d’études ont été publiées sur l’effet du stress chronique, des émotions négatives, de l’anxiété, de la dépression, de la colère et de l’hostilité, sur l’incidence de maladies coronariennes à long terme. Dans les années 1940 et 1950, les premiers psychosomaticiens, c’est-à-dire des psychiatres (en général, des psychanalystes), se sont intéressés aux caractéristiques psychologiques qui semblaient associées aux patients qui souffrent d’une maladie coronarienne. Par la suite, dans les années 1960, deux cardiologues, R. H. Rosenman et Meyer Friedman, ont décrit la personnalité de type A, c’est-à-dire des personnes pressées, impatientes et ayant de la difficulté à gérer leur agressivité. Posséder ce type de personnalité semblait lié à l’apparition d’une maladie coronarienne, mais ce lien est encore assez controversé de nos jours. La recherche sur le sujet suggère que ce sont plutôt deux composantes présentes chez les personnalités de type A, soit la colère et l’hostilité, qui constituent des facteurs de risque importants. En effet, une méta-analyse de 25 études a démontré que ces deux émotions sont associées à un risque plus élevé de subir un infarctus du myocarde. Elles sont aussi liées à un plus grand risque de récidives selon 19 études auprès de patients ayant déjà subi un accident cardiaque.

Malgré les nombreuses observations prouvant l’existence d’un lien étroit entre le cerveau et les maladies cardiovasculaires, cette question est passée relativement sous le radar des cardiologues jusqu’à la publication de l’étude INTERHEART du cardiologue canadien Salim Yusuf. Réalisée auprès de plus de 24 000 personnes vivant dans 52 pays différents, cette grande étude visait à déterminer les principaux facteurs de risque d’infarctus du myocarde. À l’origine, le Dr Yusuf voulait surtout étudier les principaux facteurs de risque classiques, soit le cholestérol, l’hypertension, l’obésité abdominale et le tabac, mais il avait décidé, même s’il y croyait peu, d’observer également les mesures de stress perçu ou objectivé des patients. Un ajout pertinent, car l’étude a permis de démontrer que les stress « psychosociaux » sont effectivement associés à un risque accru d’infarctus du myocarde et que cet effet, bien que moins important que le tabagisme, est comparable à l’effet de l’hypertension et de l’obésité abdominale. Le Dr Yusuf a conclu son article en soulignant que les facteurs psychosociaux sont beaucoup plus importants qu’on l’avait reconnu jusqu’alors et qu’ils peuvent contribuer à une proportion « substantielle » des infarctus du myocarde dans toutes les sociétés. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’effet du stress sur le système cardiovasculaire et, notamment, les artères coronaires : une inflammation, une augmentation de la coagulabilité du sang, une diminution de la fibrinolyse (capacité du sang à dissoudre les caillots) ainsi qu’une augmentation des catécholamines circulantes (hormones adrénaline et noradrénaline) qui, entre autres, accélèrent le cœur et augmentent sa force de contraction.

Dépression et maladies cardiovasculaires
Pour ce qui est de la dépression, plusieurs études affirment qu’un état dépressif après un infarctus du myocarde augmente le risque de mortalité au cours des mois suivant le congé de l’hôpital. Une étude effectuée à l’Institut de Cardiologie de Montréal par le Dr François Lespérance et ses collaborateurs a démontré que la présence de dépression chez des patients hospitalisés après un épisode d’angine instable multiplie par 6 les risques de récidive fatale ou d’infarctus dans l’année qui suit le congé de l’hôpital.

Bien que le stress et de la dépression soient maintenant reconnus comme des facteurs de risque importants de maladies cardiovasculaires, les études portant sur les traitements de ces conditions à l’aide de médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques n’ont pas donné de résultats probants. Il s’agit d’un problème considérable puisque jusqu’à 30 à 40 % des patients présentent des symptômes dépressifs après un infarctus du myocarde, qui peuvent grandement augmenter le risque de récidive et de mort prématurée, s’ils ne sont pas traités adéquatement. On constate également un taux élevé de dépression après une chirurgie cardiaque. Au Centre ÉPIC de l’ICM, nous observons depuis une trentaine d’années qu’un programme de réadaptation cardiaque comprenant un entraînement à l’effort pratiqué deux à trois fois par semaine sur place, au Centre, en compagnie d’un groupe de patients présentant des conditions semblables, favorise considérablement l’amélioration des sentiments dépressifs et la diminution du stress après un accident cardiaque ou une intervention chirurgicale. Lorsqu’on demande aux patients ce qui est le plus important pour eux après un infarctus du myocarde, plusieurs d’entre eux répondent qu’ils voudraient avant tout « diminuer leur stress ». Les patients ont également souvent la conviction que le stress qu’ils vivent est la première cause de leur condition cardiaque.

Pour arriver à prévenir efficacement les récidives, tout doit donc commencer par le cerveau, parce qu’une fois que le stress et les états dépressifs sont bien « gérés » et que les priorités sont redéfinies, les patients sont prêts à modifier leurs habitudes de vie de façon importante. Malheureusement, les patients qui proviennent de milieux socio-économiques défavorisés ont des difficultés sur lesquelles la médecine seule a peu d’emprise ; ce sont ces patients-là qui profitent le moins des programmes de prévention pour de multiples raisons économiques et sociales. Ce phénomène est bien documenté dans tous les pays occidentaux. La pauvreté reste le plus grand facteur de risque de mortalité prématurée.

Gestion de stress
Comment peut-on modifier nos habitudes de vie lorsque notre condition psychologique est instable ? Selon mon expérience, les patients qui évoluent le mieux sont ceux qui ont réussi à faire ces changements de façon assez radicale, soit par eux-mêmes, parce qu’un infarctus du myocarde ou une chirurgie cardiaque a été le déclencheur d’une remise en question, soit grâce à l’aide d’une équipe multidisciplinaire et d’un programme de gestion du stress. Depuis une dizaine d’années, nous utilisons l’approche mise au point par Jon Kabat-Zinn, du Center for Mindfulness de l’École de médecine de l’Université du Massachusetts, à Boston, qui utilise ce qu’on appelle le « mindfulness-based stress reduction » ou « gestion du stress par la pleine conscience ». Il s’agit d’une approche assez intensive qui se présente sous forme d’ateliers hebdomadaires de deux heures et demie pendant 8 semaines. Au centre ÉPIC de l’ICM, ces ateliers sont animés par le Dr Robert Béliveau et d’autres professionnels expérimentés dans cette approche. Cette méthode a fait ses preuves depuis plus de 25 ans et de nombreux articles scientifiques ont démontré son efficacité, non seulement pour réduire le stress et améliorer la qualité de vie en général, mais aussi pour prévenir les récidives après un accident cardiaque. Par exemple, une étude affirme que la pratique de la méditation pendant 20 minutes, deux fois par jour, diminue de moitié les rechutes après un accident cardiaque au cours des cinq années suivantes. En gérant beaucoup mieux leur stress, les patients adoptent plus facilement tous les changements nécessaires pour éviter les récidives.

Est-ce qu’on devrait aussi utiliser cette approche en prévention primaire, c’est-à-dire avant de tomber malade ? La réponse est oui, absolument. Les personnes qui présentent de nombreux facteurs de risque ou qui ont une qualité de vie médiocre à cause d’un stress chronique peuvent bénéficier grandement de cette approche basée sur la pleine conscience. J’encourage le lecteur à se documenter sur ce sujet : il existe de nombreux ouvrages très accessibles (Christophe André : Méditer jour après jour, Matthieu Ricard : L’art de la méditation, Jon Kabat-Zinn : Au cœur de la tourmente, la pleine conscience) et Rick Hanson : Hardwiring Happiness).

Ce que les neurosciences nous ont appris, et que Rick Hanson décrit très bien dans son livre Hardwiring Happiness (2013), c’est que le cerveau humain est d’abord passé par un stade « reptilien » au cours de l’évolution, c’est-à-dire qu’il a à la base renforcé nos réactions face au danger pour favoriser notre survie. Évidemment, le cerveau a évolué et est devenu beaucoup plus complexe à la suite du développement du cortex cérébral, mais les vestiges de notre cerveau reptilien demeurent présents. Nous avons donc une propension à donner de 3 à 5 fois plus d’importance aux événements négatifs qu’aux événements positifs (voir ici et ici). Par exemple, Daniel Kahneman, qui a reçu le prix Nobel d’économie en 2002 pour ses études à ce sujet, a observé que, pour un montant d’argent égal, une perte financière est perçue beaucoup plus fortement qu’un gain. Autrement dit, si vous perdez 1000 $ à la Bourse, l’impact psychologique sera aussi fort que si vous gagnez 5000 $. Il en est de même dans nos relations interpersonnelles : une remarque ou un comportement négatif à notre endroit a de 3 à 5 fois plus d’impact que son équivalent positif. Cette tendance à survaloriser le côté négatif a permis à l’humain de survivre et d’évoluer. Par exemple, s’inquiéter puis s’assurer qu’il n’y a pas de serpent caché dans un buisson est une situation où la vigilance permet d’éviter une morsure, tandis que l’insouciance face au danger peut causer la mort. Ainsi, notre cerveau est programmé pour s’inquiéter. Pour bien gérer notre stress et améliorer notre qualité de vie, il faut donc travailler activement à le « reprogrammer » pour qu’il accorde plus d’importance aux effets des expériences positives qu’à ceux des expériences négatives.

L’approche suggérée par Jon Kabat-Zinn, Christophe André ou Matthieu Ricard permet de prendre un temps d’arrêt, de bien observer nos réactions physiques et psychologiques, et de modifier nos perceptions et nos comportements. Contrairement à ce que plusieurs personnes pensent, la méditation n’est pas une technique de relaxation ni une façon de masquer nos problèmes. C’est tout le contraire ; le but est de s’arrêter un instant, de se concentrer sur le moment présent et d’observer ses pensées pour arriver à transformer sa façon de réfléchir. Plutôt qu’un moyen de relaxation, il s’agit en fait d’un moyen de transformation.

La cohérence cardiaque

La cohérence cardiaque

On pourrait être porté à penser qu’un cœur en santé bat très régulièrement comme un métronome, mais il n’en est rien. Même au repos de petites variations dans le rythme cardiaque d’une personne en santé sont observées sur l’électrocardiogramme, un phénomène nommé variabilité de fréquence cardiaque (VFC) qui est le degré de fluctuation de l’intervalle entre deux contractions du cœur. Ces variations augmentent dans des situations anxiogènes et au contraire diminuent lorsque nous sommes apaisés. Le concept de cohérence cardiaque fait référence à l’état d’harmonie ou de stabilité de ces variations. Une méthode basée sur le contrôle de la respiration aussi nommée « cohérence cardiaque » a été développée à partir de ce concept et permet de diminuer le rythme cardiaque et de calmer l’anxiété et le stress (voir plus bas).

Le cœur est sous l’influence du système nerveux sympathique (SNS) et du système nerveux parasympathique (SNP) qui agissent de façon opposée. L’accélération du rythme cardiaque provoqué par la colère, la peur ou l’anxiété est causée par des stimuli du cerveau qui sont transmis au cœur via le SNS, alors que la diminution du rythme cardiaque contrôlée par le cerveau au repos est relayée par le SNP. Le cœur contient des cellules spécialisées dites « autorythmiques » qui génèrent des potentiels d’action de manière cyclique et spontanée, ce qui amorce les contractions cardiaques. Ces cellules sont organisées en deux structures : le nœud sinusal situé au sommet de l’oreillette droite et le nœud atrio-ventriculaire situé dans le septum atrio-ventriculaire. Les nerfs sympathiques efférents et les nerfs vagues (parasympathique) agissent sur le nœud sinusal et le nœud atrio-ventriculaire via le système nerveux cardiaque intrinsèque qui fait l’intégration des signaux avant d’être transmis au muscle cardiaque. Au repos c’est l’activité du système nerveux parasympathique qui prédomine et le rythme cardiaque moyen est de 75 battements par minutes (bpm). C’est beaucoup moins que le rythme intrinsèque du nœud sinusal qui décroît avec l’âge : de 107 bpm à 20 ans en moyenne il est de 90 bpm en moyenne à 50 ans. Cela signifie que le système parasympathique peut abaisser le rythme cardiaque de 20 à 30 bpm. Le cerveau influence donc directement le rythme cardiaque, mais cette connexion n’est pas à sens unique : le cœur peut lui aussi influencer le cerveau, via des nerfs afférents qui jouent un rôle très important dans la régulation physiologique et qui influencent le rythme cardiaque.

Méthode d’entraînement de cohérence cardiaque
C’est une méthode basée sur le contrôle de la respiration avec ou sans une rétroaction biologique donné par un petit appareil ou capteur qui enregistre le rythme cardiaque et permet aux participants de visualiser et comprendre les profils des battements de leur cœur. En combinant la relaxation induite par la respiration contrôlée et la rétroaction, le participant peut ramener les paramètres du battement de son cœur à des valeurs normales. Avec cette méthode, il ne s’agit pas de provoquer des changements physiologiques en utilisant l’autosuggestion, mais plutôt en se concentrant directement sur l’apaisement du rythme cardiaque et les effets que cela procure.

La méthode de base consiste à faire 6 respirations par minute (inspiration durant 5 secondes puis expiration durant 5 secondes), pendant 5 minutes en tout. On demande parfois aux participants de décontracter certaines zones du corps telles que les mains, les pieds ou le visage. Une autre variante de cette méthode utilise un capteur (pour le doigt ou l’oreille) et une application pour ordinateur ou téléphone intelligent qui mesure la variabilité de fréquence cardiaque et permet à l’utilisateur de voir en direct l’effet de l’exercice de respiration sur les profils du rythme cardiaque. Parmi plusieurs applications disponibles sur le marché, voir par exemple HeartMath, HeartRate+ Coherence, Stress Resilience Training System ou Relaxing Rhythmes. Des profils peu ordonnés ou chaotiques indiquent une très faible cohérence cardiaque alors qu’à l’inverse des motifs réguliers sont le reflet d’une bonne cohérence cardiaque. Cette rétroaction permet à l’utilisateur d’améliorer son aptitude à prendre en charge ses émotions et de réduire l’anxiété et le stress.

Plusieurs études indiquent que la méthode de respiration mentionnée ci-haut avec une rétroaction biologique de la variabilité de fréquence cardiaque induit la cohérence cardiaque et apporte plusieurs bienfaits, incluant la diminution de la pression artérielle chez des adultes préhypertendus et hypertendus, l’atténuation des symptômes associés au stress et de l’anxiété chez des étudiantes, à la dépression chez des adultes, à la dépression périnatale et aux douleurs chroniques cervicales liées au stress. Quelques études indiquent que la cohérence cardiaque pourrait améliorer la fonction cognitive et le contrôle de soi. Par exemple, une étude portant sur 41 pilotes d’avions de chasse qui s’entraînent sur des simulateurs de vol a montré que les participants qui ont eu de meilleures performances ont expérimenté moins de frustration et avaient un niveau de cohérence cardiaque significativement plus élevé que les pilotes moins expérimentés et moins performants. Il y a d’autres approches pour améliorer la cohérence cardiaque. Par exemple, une étude a montré que parmi des moines bouddhistes zen, un maître expérimenté avait un niveau de cohérence cardiaque plus élevé qu’une moniale novice lorsqu’ils font zazen, une forme de méditation qui consiste à adopter une posture assise et à respirer lentement en utilisant les muscles du bas de l’abdomen.

En résumé, la pratique d’un exercice de contrôle de la respiration apaise les battements du cœur, augmente la cohérence cardiaque, ce qui a pour conséquence de modifier l’équilibre mental, de diminuer le stress et l’anxiété et d’être plus serein.

Yoga, tai-chi et la santé cardiovasculaire.

Yoga, tai-chi et la santé cardiovasculaire.

Les bienfaits de l’exercice sur la santé en général et sur la santé cardiovasculaire en particulier sont bien établis mais nous n’avons pas tous la capacité physique, ou l’affinité, pour la pratique d’exercices aérobiques soutenus comme le jogging, les sports de balle et ballon, les arts martiaux, la bicyclette, voire même la marche. D’autres choix s’offrent à nous avec des activités à basse intensité telle que le yoga, tai-chi et qi gong, qui sont axées sur la respiration, la concentration et la flexibilité du corps. Si les bienfaits que procurent ces disciplines holistiques comme la détente, la gestion du stress, la souplesse et le tonus musculaire sont connus depuis longtemps, il y a de plus en plus de données dans la littérature scientifique récente qui démontrent des bienfaits au niveau de la santé cardiovasculaire.

Le yoga est un exercice pour le corps et l’esprit qui est apparu en Inde il y a plus de 4000 ans et qui est pratiqué par un nombre croissant de personnes en occident. Le yoga, dont il existe une multitude de styles, consiste en des exercices de méditation et de respiration, en combinaison avec des exercices physiques variés. Le but de la pratique du yoga est d’augmenter le bien-être physique, mental, émotionnel et spirituel. Plusieurs études ont montré que le yoga et la méditation peuvent diminuer les facteurs de risques associés aux maladies cardiovasculaires tels que l’hypertension, le diabète de type II, l’obésité, le profil lipidique et le stress. Dans une étude, par exemple, il a été observé que la pratique du yoga diminue, autant que n’importe quel autre exercice aérobique, certains facteurs de risques associés aux maladies cardiovasculaires et au syndrome métabolique tels que l’indice de masse corporel, le poids, le rythme cardiaque, la pression artérielle et le profil lipidique.

La pression artérielle est sous le contrôle du système nerveux autonome et un excès d’activité du système nerveux sympathique peut contribuer au développement de l’hypertension. Le principal mécanisme d’action du yoga proposé serait l’augmentation de l’activité parasympathique et la diminution de l’activation du système nerveux sympathique. L’augmentation de l’activité parasympathique est plus spécifiquement causée par les exercices de respiration lente, de relaxation et de méditation du yoga et non pas par les exercices de posture.

L’effet du yoga sur des patients atteints de fibrillation auriculaire paroxystique a été évalué récemment par une équipe suédoise. Dans cette étude, le groupe contrôle a reçu le traitement standard alors que le deuxième groupe a suivi un programme de yoga spécialement conçu pour des gens atteints de maladies cardiaques, en plus du traitement standard. Les participants au programme de yoga ont eu des séances d’une heure, une fois par semaine pendant 12 semaines, et étaient encouragés à pratiquer le yoga à la maison. À la fin de l’étude, le groupe « yoga » avait un rythme cardiaque moins élevé et une pression artérielle plus basse que le groupe contrôle. Bien qu’il n’ait pas diminué ni le nombre ni la durée des épisodes de fibrillation, le yoga a réduit l’anxiété et le score de dépression et a donc contribué à améliorer la qualité de vie des patients atteints de fibrillation auriculaire. Les auteurs suggèrent que le yoga pourrait être utilisé avantageusement en complément au traitement standard.

Tableau 1. Bienfaits de la pratique du yoga et du tai-chi sur la réduction de facteurs de risque de maladie cardiovasculaire et sur la santé en général.

 YogaTai-chi
Diminution du rythme cardiaqueChu et al., 2014Zheng et al., 2015
Réduction de la pression artérielleChu et al., 2014
Posadzki et al., 2014
Yeh et al., 2008
Sun et al., 2015
Amélioration du profil lipidiqueChu et al., 2014
Diminution de l’indice de masse corporelChu et al., 2014Sun et al., 2015
Réadaptation après un AVCTaylor-Piliae et al., 2014
Prévention de l’AVCZheng et al., 2015
Réduction de l’anxiété et de la dépressionLakkireddy et al., 2013
Wahlstrom et al., 2017
Wang et al., 2014
Amélioration de la mobilité et de l’équilibre Li et al., 2012
Huang et al., 2017

Tai-chi

Le tai-chi est un art martial chinois qui est souvent pratiqué de nos jours comme gymnastique de santé, un exercice pour le corps et l’esprit. L’objet principal de cette discipline est le travail de l’énergie ou « chi » et implique le contrôle des mouvements du corps, de la concentration mentale et de la respiration. Puisque le tai-chi est un exercice peu vigoureux et lent, il peut être pratiqué par des femmes et des hommes de tout âge, sans requérir un état de santé idéal. Parmi les bienfaits du tai-chi sur la santé, on recense l’amélioration de l’équilibre (prévention des chutes chez les personnes âgées), l’atténuation des symptômes associés à des maladies chroniques telles que la fibromyalgie, l’ostéoporose et la maladie de Parkinson.

Une étude récente a conclu que le tai-chi était presque aussi efficace que la marche et le jogging pour réduire le risque de mortalité chez les hommes. Cela est plutôt surprenant étant donné que le tai-chi est une activité si peu intense. Pourtant une revue systématique a révélé que la pratique du tai-chi a un effet bénéfique sur plusieurs aspects de la fonction cardiaque tels que la pression artérielle, le rythme cardiaque, le débit cardiaque, la capacité pulmonaire et l’endurance cardiorespiratoire. D’autres études ont montré que la pratique du tai-chi réduit la pression artérielle et améliore la qualité de vie de personnes souffrant d’insuffisance cardiaque chronique.

Dans l’ensemble, les données de la littérature suggèrent que la pratique d’exercices à faible intensité et avec une composante méditative et spirituelle, comme le yoga et le tai-chi, est bénéfique pour le cœur, le corps et l’esprit.

L’isolement social, un important facteur de risque de mortalité prématurée

L’isolement social, un important facteur de risque de mortalité prématurée

Plusieurs études ont clairement établi que certains facteurs psychologiques comme le stress, l’anxiété, la dépression et l’absence de relations sociales adéquates exercent une influence négative sur la santé et diminuent significativement l’espérance de vie. Ce lien étroit entre la psychologie et la physiologie est particulièrement bien documenté en ce qui concerne les relations sociales: un grand nombre d’études ont en effet montré que les personnes les plus engagées socialement sont globalement en meilleure santé et ont un risque moindre de dépression et de déclin des fonctions cognitives. À l’inverse, l’isolement social et la solitude (voir l’encadré ci-dessous pour la distinction entre les deux) augmentent le risque de mourir prématurément, un impact comparable à celui de facteurs de risque bien établis comme l’obésité, la sédentarité et même le tabagisme. Par exemple, les données acquises au cours d’études réalisées sur un total de 308,849 personnes indiquent que ceux qui ont des relations sociales adéquates ont un risque de mortalité prématurée diminuée de 50 % comparativement à ceux dont les relations sociales sont insatisfaisantes, un impact comparable à l’abandon du tabagisme. Ces résultats sont en accord avec les données acquises par la Harvard Study of Adult Development  qui étudie depuis 1939 les facteurs impliqués dans le vieillissement en bonne santé, tant du point de vue physique que psychologique.  La principale conclusion de cette étude qui dure depuis 75 ans est très simple: ce sont les relations interpersonnelles de qualité, qu’il s’agisse de famille ou d’amis, qui représentent un des plus importants facteurs prédictifs du bonheur et de la bonne santé d’une personne au cours de sa vie.

Isolement social et solitude: deux réalités distinctes

L’isolement social réfère à une carence de contacts interpersonnels. Il s’agit d’un paramètre objectif qui peut être mesuré en examinant si une personne vit seule, son statut conjugal, la taille de son réseau social et sa participation à des activités de groupe. L’isolement social est un problème particulièrement fréquent à des âges avancés lorsque la diminution des ressources économiques, l’invalidité ou encore le décès des personnes proches contribuent à diminuer les contacts sociaux. Les études montrent que les individus qui sont isolés socialement sont à plus haut risque de maladies cardiovasculaires, de maladies infectieuses (comme le rhume), de détérioration des fonctions cognitives, et de mortalité prématurée. Ces hausses de risque sont une conséquence de l’impact négatif exercé par l’isolement social sur plusieurs paramètres physiologiques, avec notamment une hausse de la tension artérielle et des taux de fibrinogène (risque plus élevé de développer un caillot sanguin) ainsi que l’activation des processus inflammatoires.

La solitude, quant à elle, peut être considérée comme la version psychologique de l’isolement social, c’est-à-dire que ce n’est pas seulement la quantité de contacts qui est en jeu, mais surtout une insatisfaction face à la qualité des rapports sociaux qu’une personne entretient (fréquence, intimité). Une personne peut donc souffrir de solitude même en étant entourée de plusieurs personnes et, à l’inverse, une personne peut ne pas se sentir seule même si elle vit de façon isolée. Les études indiquent que la solitude est associée à une perturbation de plusieurs processus physiologiques, incluant une hausse de la pression artérielle, des taux sanguins de cortisol et des processus inflammatoires, ainsi qu’à une hausse du risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité prématurée.

 

 

Un des principaux problèmes de santé qui découlent de l’isolement social et de la solitude est la hausse du risque de maladies cardiovasculaires.  Les études épidémiologiques montrent qu’un faible support social est associé à une hausse d’environ 2 fois du risque d’événements cardiovasculaires et représente un facteur prédictif d’hypertension, de maladie coronarienne et d’insuffisance cardiaque. Chez les patients qui ont déjà subi un infarctus du myocarde, les études montrent qu’un faible support social et émotionnel triple le risque d’événements cardiovasculaires et de mortalité, des impacts comparables à ceux d’autres facteurs de risque bien établis comme l’hypercholestérolémie, le diabète de type 2 ou encore le tabagisme.

Deux grandes raisons expliquent cette énorme influence du réseau social sur le risque de maladies cardiovasculaires. Tout d’abord, les relations sociales peuvent agir comme des “tampons” (“stress buffers”) qui atténuent les impacts négatifs associés aux moments difficiles de la vie (maladie, deuil, divorce, etc.). Un réseau social adéquat peut procurer aux personnes touchées par ces épreuves un support structurel et émotionnel qui leur permet de mieux absorber le choc et ainsi de réduire les conséquences physiologiques néfastes qui découlent du stress chronique, notamment sur le risque de maladies cardiovasculaires.  Les études montrent également que les individus qui ont un réseau social développé tendent à être plus actifs physiquement et à adopter de meilleures habitudes de vie, ce qui contribue à diminuer le risque de maladies cardiovasculaires et à améliorer l’espérance de vie. Les personnes actives socialement sont aussi susceptibles d’être mieux conseillées par leurs proches en cas de problèmes de santé et de consulter rapidement suite à une anomalie (une douleur à la poitrine, par exemple). Les personnes isolées ne peuvent compter sur un tel support en raison de l’absence de personnes de confiance dans leur entourage, ce qui contribuerait à un taux plus élevé de mort prématurée, en particulier chez celles qui présentent certains facteurs de risque cardiovasculaire.

L’impact du réseau social n’est cependant pas seulement psychologique: il est maintenant clairement établi que l’isolement est perçu par le corps comme une forme “d’agression” et provoque l’activation des mécanismes physiologiques impliqués dans la réponse au stress, comme la sécrétion de cortisol et d’adrénaline.  Par exemple, les études montrent que des relations sociales inadéquates sont associées à une augmentation des taux urinaires d’adrénaline, un rythme cardiaque au repos plus élevé et une hausse exagérée de la pression artérielle et du rythme cardiaque en réponse au stress, suivie d’une récupération plus lente.  Les individus socialement isolés sont également plus à risque de présenter une moins grande variabilité de leur fréquence cardiaque (intervalle entre deux contractions) et une hypertrophie du ventricule gauche, deux facteurs de risque de mortalité cardiovasculaire. Avec le temps, tous ces effets du stress chronique finissent par endommager le coeur et les vaisseaux et expliqueraient la hausse marquée d’événements cardiovasculaires observée chez les personnes socialement isolées.

Les études suggèrent que l’isolement social pourrait également favoriser le développement de l’athérosclérose, le processus responsable de la formation de plaques dans la paroi des vaisseaux sanguins. Des études réalisées dans les années 50 sur les animaux du zoo de Philadelphie ont montré que l’isolement des oiseaux et des mammifères était associé à une augmentation de 10 fois des lésions d’athérosclérose chez ces animaux. Chez les humains, une étude a montré que certains marqueurs d’un réseau social réduit (veuvage, célibat) étaient associés à une augmentation du degré de calcification des artères coronaires, un marqueur d’athérosclérose. On a aussi observé qu’un faible support social, combiné à des tendances colériques, accélère fortement la progression des plaques d’athérosclérose, ce qui pourrait contribuer à la hausse du risque d’événements cardiovasculaires observée chez les personnes qui présentent un comportement hostile.

Quand on parle de prévention des maladies cardiovasculaires, on pense généralement à l’importance de cesser de fumer, d’adopter une alimentation riche en végétaux, de faire régulièrement de l’exercice et de maintenir un poids corporel normal. Ces modifications au mode de vie sont bien entendu cruciales, mais les impacts désastreux des relations sociales inadéquates sur le risque de développer et de mourir de ces maladies vient nous rappeler qu’il ne faudrait pas négliger l’importance des facteurs psychosociaux dans toute stratégie destinée à réduire leur incidence. D’autant plus que plusieurs tendances actuelles comme le vieillissement de la population, les taux élevés de divorce et le nombre croissant de personnes vivant seules (au Québec, 1 ménage sur 3 était composé d’une seule personne en 2011) peuvent contribuer à aggraver l’isolement social et le sentiment de solitude. L’arrivée massive à la retraite des baby-boomers est un autre facteur à considérer, car plusieurs nouveaux retraités voient leur santé rapidement décliner suite à leur départ de leur milieu de travail. Cependant, des études montrent que ce risque peut être considérablement réduit en remplaçant la perte des relations de travail par l’adhésion à d’autres groupes (sportif, culturel, politique ou autres).  Plusieurs personnes se tournent vers les médias sociaux, Facebook notamment, pour maintenir un réseau de contacts et une étude récente suggère que cette vie sociale “virtuelle” peut procurer les mêmes bénéfices que la vie sociale “réelle” en termes de diminution du risque de mort prématurée. Mais quelle qu’en soit la forme, il est certain qu’un réseau social dynamique et diversifié représente un atout majeur pour vivre longtemps en bonne santé et devrait représenter un élément de base de l’hygiène de vie.  D’ailleurs,  dans toutes les régions du monde reconnues pour la longévité de leurs habitants (Blue zones), l’établissement d’un tissu social serré fait partie du “secret” d’une longue vie, au même titre qu’une saine alimentation, une activité physique régulière, la consommation modérée d’alcool et la gestion du stress.