Le programme Ornish : aux grands maux, les grands remèdes

Le programme Ornish : aux grands maux, les grands remèdes

On me demande souvent s’il faut absolument adopter une alimentation strictement végétarienne pour diminuer significativement le risque d’être touché par une maladie cardiovasculaire.  Pour la majorité des gens, la réponse est non : le régime méditerranéen, par exemple, inclut un certain nombre d’aliments de source animale (produits laitiers, œufs, poissons et même des viandes rouges à l’occasion) et plusieurs études ont clairement montré qu’il pouvait réduire significativement le risque d’événements cardiovasculaires, autant en prévention primaire (étude PREDIMED) que secondaire (étude de Lyon).  Il est aussi intéressant de noter que le végétarisme strict est très rare au Japon, mais que les Japonais, grands consommateurs de poissons, présentent encore aujourd’hui la plus faible incidence de maladies du cœur au monde.

La situation est cependant différente pour les personnes qui souffrent d’une maladie coronarienne grave et qui sont par conséquent à très haut risque de mourir prématurément. Chez ces patients, les études indiquent plutôt que l’adoption d’une alimentation végétarienne stricte permet d’enrayer la progression de l’athérosclérose et peut même, dans plusieurs cas, faire régresser une maladie coronarienne existante.

Le programme de réadaptation cardiaque élaboré par le médecin californien Dean Ornish est possiblement le meilleur exemple de l’impact positif de cette approche. Ce programme est basé sur une alimentation végétarienne stricte, riche en glucides complexes et pauvre en gras, jumelée à un programme d’exercice modéré régulier et à l’application de techniques de gestion du stress (la méditation, par exemple). L’équipe du Dr Ornish a étudié l’impact de ce programme chez des patients porteurs d’une maladie coronarienne bien documentée, c’est-à-dire qui avaient des obstructions importantes des artères coronaires et qui présentaient de l’angine, des résultats anormaux aux épreuves d’effort sur tapis roulant ainsi que des images de scintigraphie myocardiques (PET-scan) montrant un manque de sang au myocarde (ischémie).

Ils ont séparé ces patients de façon aléatoire en deux groupes distincts, un groupe étant soumis à son programme intensif tandis que l’autre était soumis aux traitements appliqués de façon standard en cardiologie. Les résultats obtenus après un an et 5 ans de traitement sont tout à fait spectaculaires: les patients soumis au programme Ornish ont vu leurs symptômes s’améliorer très rapidement (2 à 3 semaines) et, après quelques années, une diminution significative des lésions a pu être notée.  À l’inverse, les patients du groupe témoin, qui suivaient les traitements habituels, sans modifications majeures à leur mode de vie, ont vu leurs lésions coronariennes progresser. Par exemple, la sévérité des blocages des vaisseaux des patients du groupe témoin a augmenté de 11 % dans les cinq années qui suivaient le début de l’étude, tandis que chez ceux qui avaient adhéré au programme Ornish, la sévérité de ces sténoses avait à l’inverse diminué de 3 % en moyenne, une baisse qui pouvait même atteindre  7 % chez les personnes qui adhéraient le plus fortement aux directives du programme. Ces réductions des blocages se sont traduites par une amélioration marquée de la perfusion du myocarde et à la quasi-disparition des symptômes d’angine chez ces patients. En d’autres mots, la progression de la maladie coronarienne a été non seulement stoppée par la mise en application du programme, mais a même été renversée dans plusieurs cas.

Il ne s’agit pas de cas isolés, car j’ai moi-même suivi plusieurs patients avec une maladie coronarienne documentée qui étaient motivés à suivre ce type de programme assez strict et j’ai pu constater que ces patients évoluent de façon remarquable. Leurs symptômes s’atténuent rapidement en quelques semaines, à tel point qu’on peut réduire la médication de façon graduelle. Dans la grande majorité des cas, je n’ai jamais eu à faire opérer ou dilater les coronaires des patients qui suivent le programme Ornish, même ceux chez qui les lésions étaient multiples et sévères.

La plupart de mes collègues hésitent pourtant à recommander ce type de programme intensif à leurs patients, puisqu’il est très exigeant et qu’il n’est pas, selon eux, réaliste de leur demander de devenir des végétariens stricts, de faire de l’exercice sans faute de trois à quatre fois par semaine et de suivre un programme de gestion du stress. Pour ma part, je crois qu’il faut informer le patient de l’efficacité de ces programme et lui laisser le choix. Plus les patients seront bien informés de toutes les possibilités de traitement, mieux ils seront armés pour discuter de façon précise avec leur médecin des options qui se présentent à eux pour leur traitement et mieux ils seront disposés à suivre le plan de traitement.

Si vous souffrez déjà d’une maladie coronarienne documentée, par exemple si vous avez déjà subi des pontages aorto-coronariens, une angioplastie coronarienne, un infarctus du myocarde ou encore que vous souffrez d’angine chronique et que vous êtes intéressés par cette approche du Dr Ornish, vous pouvez en discuter avec votre médecin. Au préalable, je vous conseille de consulter le site web du Dr Ornish ou de visionner ses conférences sur YouTube.

Si vous n’avez jamais eu de problèmes coronariens, je crois que l’alimentation méditerranéenne demeure un choix logique pour la plupart des gens. Par contre, si vous cumulez plusieurs facteurs de risque de maladie coronarienne ou si plusieurs de vos parents proches ont été touchés par un accident coronarien à un âge relativement jeune (moins de 65 ans), je crois que vous devriez sérieusement considérer l’alimentation végétarienne. Je la conseille d’ailleurs souvent à des personnes dans la trentaine et la quarantaine qui me consultent pour une évaluation préventive et qui ont de très lourds antécédents cardiovasculaires dans leur famille.

Être en colère pendant un exercice intense triple le risque de crise cardiaque

Être en colère pendant un exercice intense triple le risque de crise cardiaque

Des résultats obtenus par l’équipe du cardiologue canadien Salim Yusuf, et récemment publiés dans la revue Circulation, indiquent qu’un épisode de colère ou un effort physique très intense double le risque d’un infarctus dans l’heure qui suit. Chez les personnes qui combinent les deux extrêmes, c’est-à-dire qui sont en colère et tentent de « faire sortir la vapeur »  à l’aide d’un exercice à haute intensité, ce risque d’infarctus est même triplé.

Ces observations sont en grande partie en accord celles du groupe de Murray Mittleman de Harvard montrant que des épisodes de colère ou encore un effort physique très intense sont tous deux capables de déclencher un infarctus aigu du myocarde.  Ces facteurs activent le système nerveux sympathique et la sécrétion de catécholamines, ce qui provoque une augmentation de la pression sanguine et du rythme cardiaque et donc une demande plus élevée en oxygène par le muscle cardiaque. Chez les personnes qui présentent des plaques d’athérosclérose, l’ensemble de ces facteurs peut accélérer la rupture de ces plaques et former un caillot qui va provoquer un infarctus en bloquant l’arrivée de sang au cœur.

Une donnée étonnante de l’article du Dr Yusuf est l’absence de protection offerte par la pratique régulière d’une activité physique sur la hausse du risque d’infarctus suite à un effort intense.  Alors que les travaux du Dr Mittleman montraient que ce risque accru était principalement observé chez les personnes sédentaires (et qui n’étaient donc pas « en forme »), les résultats du Dr Yusuf suggèrent au contraire que tout le monde est à plus risque d’infarctus lors d’efforts intenses, même ceux qui sont à la base en bonne forme physique. Ces résultats contradictoires sont difficiles à interpréter, mais suggèrent néanmoins qu’il peut exister certains risques associés à des activités physiques de très forte intensité, surtout lorsqu’on est en proie à la colère ou à des émotions fortes.

Cela dit, il est important de rappeler que l’exercice physique modéré est associé à une diminution importante  du risque d’au moins 26 maladies différentes, incluant les maladies cardiovasculaires.  En conséquence, les personnes actives physiquement ont moins de risque de mourir prématurément et présentent un degré d’invalidité en fin de vie plus faible que celles qui sont sédentaires.  L’activité physique modérée est à juste raison considérée comme un « médicament universel » et demeure le meilleur moyen connu à ce jour de vivre longtemps et en bonne santé.