Un article récemment publié dans le Annals of Internal Medicine confirme que les utilisateurs de substituts nicotiniques comme la cigarette électronique sont beaucoup moins exposés à des substances chimiques toxiques et cancérigènes que les fumeurs réguliers. En comparant des échantillons de salive et d’urine provenant de « vapoteurs » réguliers et de fumeurs, l’équipe du Dr Robert West a montré que ceux des vapoteurs contenaient des quantités beaucoup moindres de plusieurs molécules connues pour contribuer aux ravages du tabagisme, notamment certaines nitrosamines cancérigènes et des composés volatils toxiques comme l’acroléine, l’acrylamide et l’acrylonitrile.  Cette diminution n’est cependant pas observée chez les vapoteurs qui continuent à fumer du tabac occasionnellement, ce qui indique que la cigarette électronique ne parvient à véritablement réduire l’exposition aux toxiques que chez les personnes qui cessent complètement l’usage de tabac combustible. Lorsque c’est le cas, par contre, ces données montrent clairement que la cigarette électronique est beaucoup moins toxique que la cigarette traditionnelle et que les fumeurs peuvent donc considérablement réduire leur risque de développer les maladies liées au tabagisme en adoptant cette forme d’inhalation de nicotine.

En dépit de cette réduction substantielle des dommages, plusieurs organismes officiels au Canada et aux États-Unis sont encore farouchement opposés à la cigarette électronique parce qu’ils craignent qu’elle « renormalise » le fait de fumer et, surtout, qu’elle devienne une porte d’entrée vers le tabac chez les jeunes.  Je comprends très bien ces inquiétudes : lorsqu’on a lutté pendant 50 ans contre la cigarette de tabac, il est difficile d’accepter quoi que ce soit qui semble s’en rapprocher.

Par contre, on peut se questionner sur l’acharnement de certains chercheurs américains à tenter de démontrer que l’usage de la cigarette électronique est véritablement un tremplin vers la cigarette de tabac. Par exemple, une étude récente soutient que c’est bel et bien le cas, bien que les auteurs arrivent à cette conclusion en se basant sur le seul fait que les adolescents qui avaient essayé la cigarette électronique une seule fois au cours du dernier mois avaient également fait l’essai d’une cigarette de tabac durant l’année.  Comme le mentionne le professeur Prof. Peter Hajek qui dirige le Tobacco Dependence Research Unit à l’Université Queen Mary de Londres, ce résultat ne veut absolument rien dire, car un jeune attiré par le tabac va expérimenter plusieurs formes disponibles, sans que cela signifie que l’essai de l’un le pousse vers une autre.

En réalité, il n’y a aucune donnée qui suggère que l’usage de la cigarette électronique mène au tabagisme, bien au contraire.  La proportion des adolescents américains qui fument est en constante diminution depuis la fin des années 1990: par exemple le sondage « Monitoring the Future » rapporte que la proportion d’adolescents qui ont fumé dans les derniers 30 jours est passée de 28,3 % en 1996 à 5,9 % en 2016.  De plus, depuis 2011, année où l’usage de la cigarette électronique a commencé à augmenter rapidement aux États-Unis, la proportion d’adolescents qui fument a fortement décliné, passant de 11,7 % à 5,9 %.   Même s’il est indispensable de règlementer étroitement la vente des cigarettes électroniques auprès des jeunes, il est grand temps d’admettre que le « vapotage » n’est pas un tremplin vers le tabagisme et peut même diminuer significativement les effets catastrophiques du tabac sur la santé.

 

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