Les effets des boissons énergisantes sur le système cardiovasculaire

Les effets des boissons énergisantes sur le système cardiovasculaire

La popularité des boissons énergisantes a connu une croissance phénoménale à l’échelle mondiale depuis une vingtaine d’années. Ces boissons sont consommées pour diverses raisons : se tenir éveillé, obtenir un regain d’énergie, se motiver, augmenter la performance sportive ou faire la fête, dans ce dernier cas souvent en combinaison avec de l’alcool (voir la synthèse et cet article de l’Institut national de santé publique du Québec, INSPQ). Dans cet article, nous focaliserons sur les effets de ces boissons sur le système cardiovasculaire (voir aussi cette revue en anglais publiée en 2016).

Les principaux ingrédients contenus dans les boissons énergisantes sont l’eau, le sucre et la caféine synthétique ou de source naturelle (extrait de guarana). Il y a plus de 200 marques de boissons énergisantes offertes aux États-Unis seulement, mais quelques marques dominent le marché avec des produits dont le contenu en caféine et sucres est très similaire. D’autres substances naturelles sont également ajoutées (taurine, ginseng, glucuronolactone, inositol, vitamines) pour contribuer présumément à l’effet stimulant de ces boissons (Tableau 1). Il n’y a pas de contre-indications pour le glucuronolactone, l’inositol et les vitamines du complexe B.  Ces 3 substances ont peu ou pas d’effets indésirables et elles sont sans risque pour la santé aux doses contenues dans les boissons énergisantes. Le ginseng pourrait avoir des effets nuisibles pour les patients atteints d’hypertension artérielle, de problèmes cardiaques, de diabète, de schizophrénie, et d’insomnie. De plus, il a été démontré que les composants actifs du ginseng peuvent avoir des interactions avec d’autres molécules ou médicaments causant, par exemple, une augmentation des effets de la caféine, des anticoagulants et des antiplaquettaires.

Tableau 1. Principaux ingrédients contenus dans les boissons énergisantes : teneur par dose et description sommaire. Adapté de INSPQ, 2010. 

Ingrédient Teneur par doseDescription sommaire
Caféine 50-350 mgSource synthétique ou naturelle, stimulant mineur du système nerveux central.
Guarana 35-350 mgSource naturelle de caféine, stimulant mineur du système nerveux central.
Taurine 25-4000 mgAcide aminé
Ginseng 25-600 mgSource naturelle de ginsénosides, stimulant mineur du système nerveux central.
Glucuronolactone600-1135 mgMolécule produite par le foie à partir du glucose. On l’ajoute aux boissons énergisantes pour ses propriétés détoxifiantes présumées.
Inositol10-150 mgMolécule organique cyclique qui joue un rôle important de messager secondaire dans les cellules.
Vitamines du complexe BSelon la vitamineVitamines hydrosolubles (B2, B3, B6, B12), notamment impliquées dans le métabolisme de l’énergie.
Sucre0-72 gNutriment fournissant 4 kilocalories par gramme.

Caféine
La caféine est un alcaloïde présent dans plusieurs plantes (dont les graines du caféier, du cacaoyer et du guarana, la noix de kola, les feuilles du théier et du yerba mate) où elle joue un rôle de pesticide naturel, la caféine entraînant la paralysie, voire la mort de certains insectes qui se nourrissent de la plante.

C’est la substance psychoactive la plus consommée dans le monde, principalement sous forme de café, thé, boissons gazeuses, boissons énergisantes et chocolat. Pour consommation humaine, la caféine est classée dans la catégorie des substances moyennement toxiques, et la Food and Drug Administration des É.-U. l’inclut dans la liste des substances généralement reconnues comme sans danger (Generally recognized as safe). La consommation régulière de café est bénéfique pour la santé puisqu’elle a été associée à un risque réduit de maladies cardiovasculaires, neurodégénératives, de certains cancers et de la mortalité en général (voir cet article de l’Observatoire sur le sujet).

En quantité modérée, la caféine ne présente aucun risque pour la plupart des personnes, mais un excès peut causer des effets néfastes tels des maux de tête, de la nervosité, de l’irritabilité et de l’insomnie. Les femmes enceintes devraient éviter de consommer des boissons énergisantes et autres boissons caféinées, à cause des risques de fausse couche et de retard de croissance fœtale qui sont liés à la caféine. Santé Canada déconseille les boissons énergisantes aux femmes enceintes ou qui allaitent, ainsi qu’aux enfants de moins de 12 ans. Santé Canada recommande de limiter l’apport quotidien maximal en caféine à 400 mg pour les adultes en bonne santé (environ 5 canettes contenant chacune 80 mg de caféine). L’apport quotidien maximal en caféine pour les femmes qui prévoient devenir enceintes, qui sont enceintes ou qui allaitent est de 300 mg. Pour les enfants, l’apport maximal est 2,5 mg/kg par jour, soit environ (selon le poids corporel) :

  • 45 mg pour les enfants de 4 à 6 ans (1/2 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 1 boisson gazeuse)
  • 62,5 mg pour les enfants de 7 à 9 ans (3/4 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 1 1/2 boisson gazeuse)
  • 85 mg pour les enfants de 10 à 12 ans (1 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 2 boissons gazeuses)
  • Enfants de 13 et plus : selon le poids corporel (max : 400 mg de caféine)

La quantité de caféine contenue dans la plupart des boissons énergisantes (Tableau 2) est proche ou dépasse les limites maximales recommandées pour les enfants de 12 ans ou moins. Pour les adolescents (13 ans et plus), la quantité de caféine contenue dans une canette de boisson énergisante de petit format est inférieure à la limite recommandée, mais avec une seule canette de grand format (444 mL et plus) on atteint ou dépasse la limite quotidienne recommandée. De plus, d’autres produits alimentaires susceptibles d’être consommés par les enfants contiennent de la caféine : café, thé, boissons gazeuses « cola », chocolat. Comme les autres boissons sucrées, les boissons énergisantes peuvent être nocives pour la santé dentaire si elles sont consommées fréquemment et elles fournissent un excès de sucres qui favorise le gain de poids. Par ailleurs, le nouveau Guide alimentaire canadien (2019) recommande de faire de l’eau notre boisson de choix et par conséquent de remplacer les boissons sucrées par de l’eau.

Tableau 2. Teneur en caféine de différentes boissons. Adapté de l’INSPQ.

BoissonsVolume (mL)Caféine (mg)
Café
Expresso allongé
Infusé (café filtre)
1 Tasse
237
237

75
135
Thé
Noir, régulier
Vert
1 tasse
237
237

43
30
Boissons gazeuses
Cola
1 canette ou 1 bouteille
355
590

36-46
60-76
Boisson contenant du cacao
Lait au chocolat
1 tasse
237

8
Boissons énergisantes concentrées
Red Bull
Rockstar energy shot
1 bouteille
60
73

80
200
Boissons énergisantes
Red Bull
Monster Java
Full Throttle, Red Bull, No Fear
Amp, Monster, Rockstar,
NOS
Monster, Rockstar
1 canette ou 1 bouteille
250
444
473
473
650
710

80
190
160–182
142-164
343
246

Les boissons énergisantes ciblent principalement les jeunes adultes âgés de 18 à 34 ans, qui en consomment 1 à 4 fois par mois aux États-Unis. Au Québec, une enquête aux niveaux secondaire et collégial indique qu’une majorité des jeunes ont déjà consommé une boisson énergisante et environ le quart en consommait souvent (12 %) ou à l’occasion (15 %) pour se stimuler ou se tenir éveillé. La moitié des étudiants américains au niveau collégial consomment des boissons énergisantes lorsqu’ils étudient ou qu’ils travaillent sur un projet important. Une revue récente sur les effets indésirables survenus après avoir consommé des boissons énergisantes montre que plus de 50 % des cas cliniques rapportés étaient liés au système cardiovasculaire, suivi par des problèmes neurologiques. De plus en plus d’éléments tendent à montrer que ces boissons ont des effets négatifs sur le système cardiovasculaire (voir plus loin), ce qui a mené à des recommandations spécifiques pour les adolescents afin prévenir les arythmies cardiaques.

Un sondage réalisé sur le web auprès d’adolescents (12-17 ans) et de jeunes adultes (18-24 ans) canadiens indique que plus de la moitié de ceux qui ont consommé des boissons énergisantes ont rapporté avoir expérimenté au moins un effet indésirable, certains étant suffisamment sérieux pour chercher de l’aide médicale. Ces effets indésirables incluaient un rythme cardiaque accéléré (24,7 %), de la difficulté à dormir (24,1 %), maux de tête (18,3 %), nausée/vomissement/diarrhée (5,1 %), douleur thoracique (3,6 %) et convulsions (0,2 %). La prévalence des effets indésirables rapportés était significativement plus grande parmi les consommateurs de boissons énergisantes (55,4 %) que parmi les consommateurs de café (36,0 %). Davantage de consommateurs de boissons énergisantes ont considéré avoir recours à de l’aide médicale que les consommateurs de café (3,1 % vs 1,4 %).

Effets cardiovasculaires
De nombreuses études sur l’impact cardiovasculaire des boissons énergisantes auprès de jeunes personnes ont montré des effets sur le cœur, en particulier sur la pression artérielle et le rythme cardiaque. Des études récentes réalisées en mesurant la variabilité de la fréquence cardiaque ont montré que l’ingestion d’une seule canette (355 mL) de boisson énergisante sucrée fait augmenter la charge de travail du cœur (augmentation de la pression artérielle, du rythme cardiaque, du débit cardiaque et le « double produit », soit la fréquence cardiaque x pression systolique, voir Figure 1).


Figure 1. Conséquences hémodynamiques de la consommation d’une boisson énergisante sucrée. Adapté de Grasser et coll., Adv. Nut., 2016.

En plus de l’augmentation de la pression artérielle systolique et de l’intervalle QT, une étude a démontré que la consommation de boissons énergisantes peut mener à des altérations de l’agrégation plaquettaire et de la fonction endothéliale.

Des chercheurs ont voulu savoir si c’est la caféine contenue dans les boissons énergisantes ou plutôt les autres composés qu’elles contiennent qui cause parfois des effets nuisibles. Dans une étude randomisée contrôlée avec permutation des groupes, les jeunes participants ont consommé soit 946 mL d’une boisson énergisante contenant de la caféine et plusieurs additifs (sucre, vitamines, taurine, ginseng, L-carnitine, glucuronolactone, inositol, extrait de guarana, maltodextrine) ou 946 mL d’une boisson contenant la même quantité de caféine, et seulement du jus de lime et de l’eau gazeuse. Des mesures de la pression artérielle et des électrocardiogrammes ont été prises avant et 1, 2, 4, 6 et 24 heures après avoir consommé ces boissons. La pression systolique était significativement plus élevée 6 heures après avoir consommé la boisson énergisante, par comparaison à la boisson contrôle caféinée. L’intervalle QTc était significativement plus élevé (≈10 millisecondes) dans le groupe qui a consommé la boisson énergisante que dans le groupe témoin (caféine) à 2 h, mais pas à 4 h, 6 h et 24 h. Il faut savoir que l’augmentation de l’intervalle QTc est un marqueur reconnu d’un risque accru d’arythmies mortelles. Les résultats de cette étude suggèrent que les ingrédients autres que la caféine qui sont présents dans les boissons énergisantes pourraient avoir des effets néfastes pour le cœur.


Figure 2. Intervalle QT normal et anormal (long) sur l’électrocardiogramme.

Une autre étude rapporte que 57 % des participants qui ont consommé 32 onces (946 mL) d’une boisson énergisante avaient par la suite un QTc >500 millisecondes, une condition connue sous le nom de « syndrome du QT long acquis ». Ce syndrome prédispose les personnes qui en sont atteintes à des arythmies ventriculaires, en particulier aux torsades de pointes, une tachycardie ventriculaire polymorphe qui peut mener à la fibrillation ventriculaire. Des nouvelles études auprès d’un plus grand nombre de participants seront nécessaires pour confirmer ou infirmer ces résultats. Par ailleurs, la Food and Drug Administration des É.-U. requiert un examen approfondi des effets sur QT/QTc pour tous les nouveaux médicaments et une prolongation de plus de 10 millisecondes déclenche un processus de vérification réglementaire. Plusieurs médicaments et produits naturels ont été retirés du marché pour cause de prolongement de l’intervalle QT/QTc (ex. : antitussifs, suppléments contenant de l’éphédra).

La plus récente étude randomisée contrôlée avec placebo et permutation des groupes confirme les effets potentiellement nuisibles des boissons énergisantes sur le cœur. Dans cette étude, les participants ont consommé 2 différentes boissons énergisantes (en vente dans le commerce) ou une boisson placebo sans caféine. Les deux boissons énergisantes contenaient des quantités similaires de caféine, taurine, glucuronolactone et de vitamines. Parmi les différences entre les 2 boissons énergisantes il y avait présence de carnitine, de guarana et de ginseng dans l’une ou l’autre des boissons seulement. Le placebo contenait de l’eau gazéifiée, du jus de lime et un arôme de cerise. Les 2 boissons énergisantes ont produit une augmentation de l’intervalle QT corrigé (QTc) de 18 à 20 ms qui a persisté jusqu’à 4 h après la consommation. Par contre, le placebo n’a provoqué qu’une légère augmentation transitoire du QTc. Bien qu’aucun participant n’ait vu son QTc augmenter >500 ms, les 2 boissons énergisantes ont provoqué une prolongation du QTc de >50 ms chez 2 participants, un écart qui est associé à un risque accru d’arythmies. Les effets des boissons énergisantes sur le rythme cardiaque et la pression artérielle étaient similaires à ceux déjà observés dans les études antérieures.

Quel est l’ingrédient des boissons énergisantes qui cause l’allongement de l’intervalle QT ? Il n’y a pas de données convaincantes pour la caféine seule, non plus que pour le ginseng. Aux concentrations retrouvées dans les boissons énergisantes, aucun des ingrédients habituels tels la taurine, le guarana, la L-carnitine, les sucres ou les vitamines B n’est connu pour causer l’allongement de l’intervalle QT.

Une revue des cas d’événements cardiovasculaires survenus après avoir consommé des boissons énergisantes a recensé 15 cas qui ont fait l’objet d’une publication avant 2014 : 5 arythmies auriculaires, 5 arythmies ventriculaires, 1 syndrome du QT long et 4 cas d’élévation du segment ST. Dans la majorité des cas, aucune anomalie cardiaque prédisposant à un événement cardiovasculaire n’a été identifiée. Parmi les 11 cas graves (c.-à-d. arrêt cardiaque, arythmie ventriculaire ou élévation du segment ST), 5 personnes ont rapporté avoir consommé de grandes quantités de boissons énergisantes en peu de temps, 4 ont rapporté avoir consommé aussi de l’alcool ou d’autres drogues et 2 se sont avérés avoir une canalopathie (dysfonctionnement des canaux ioniques membranaires). Bien qu’une relation de cause à effet ne puisse être établie, les auteurs conseillent aux médecins d’être vigilants et de demander systématiquement à leurs patients s’ils ont consommé des boissons énergisantes lorsque de pareils cas surviennent. Les consommateurs vulnérables comme les jeunes doivent être avisés qu’il faut faire preuve d’une grande prudence quand les boissons énergisantes sont consommées en excès ou avec de l’alcool ou des drogues.

 

 

 

 

 

 

 

Les effets des changements climatiques sur la santé

Les effets des changements climatiques sur la santé

 

Le 11 mai dernier, l’Observatoire de Mauna Loa à Hawaii enregistrait des niveaux de dioxyde de carbone (CO2) atteignant 415 parties par million (ppm), une concentration atmosphérique presque deux fois plus élevée que celle présente avant le début de l’ère industrielle (280 ppm). Cette concentration record, jamais atteinte au cours des trois derniers millions d’années, est une conséquence directe de la croissance continue des émissions de COprovenant de la combustion des énergies fossiles ainsi que de l’utilisation des terres (déforestation, changement d’affectation des sols). Pourtant, et en dépit des cris d’alarme lancés depuis plusieurs années par les spécialistes du climat, les émissions globales de COne cessent d’augmenter, de sorte que si la tendance actuelle se maintient, les modèles prévoient que la concentration de COatmosphérique pourrait atteindre 550 ppm en 2050 et près de 940 ppm à la fin du siècle

Le COest le principal gaz à effet de serre et la hausse de sa concentration est corrélée avec une augmentation de la température moyenne de surface de la planète. Comparativement à la période précédant le début de l’ère industrielle (donc avant la montée en flèche des émissions de COd’origine humaine), la température moyenne globale du globe a augmenté d’environ 1°C, la majorité de cette hausse (0,8°C) s’étant produite à partir des années 1970 (Figure 1). À l’heure actuelle, on estime que la température globale moyenne augmente à un rythme de 0,2 °C par décennie, conséquence de l’accumulation de COproduit par les émissions polluantes actuelles et passées (jusqu’à 20 % du COpersiste dans l’atmosphère pendant plus de 1000 ans).  Il semble donc que le réchauffement pourrait atteindre 3,2 °C en 2100, et ce même si les signataires de l’accord de Paris respectaient leurs engagements de réductions des émissions polluantes. L’objectif initial de l’accord de Paris de limiter la hausse de température du globe en deçà de 2 °C semble donc inatteignable.

Figure 1. Évolution des températures globales moyennes de surface de l’ère préindustrielle à nos jours. Les anomalies indiquées représentent les écarts de températures en °C par rapport aux normales calculées pour la période 1951-1980.

L’incapacité à atteindre cet objectif du « 2 degrés maximum » est réellement inquiétante, car cette cible représentait un compromis politique visant à limiter les dégâts causés par le changement climatique, non pas à les prévenir. Les nombreuses modélisations faites par les climatologistes montrent en effet que chaque degré supplémentaire augmente le risque, la fréquence et l’ampleur des conséquences directes du réchauffement, que ce soit en termes d’événements climatiques extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, ouragans, montée du niveau des mers) que de ses impacts directs sur la vie terrestre (extinction d’espèces, chute des rendements agricoles, hausse des maladies infectieuses, etc.).  Selon les travaux récents du Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), la limite du réchauffement devrait plutôt se situer aux environs de 1,5°C pour espérer éviter les principales conséquences des changements climatiques. Avec une hausse qui atteint déjà 1°C et possiblement 3°C d’ici la fin de ce siècle, nous sommes donc sur une trajectoire qui va bien au-delà de ce « seuil de sécurité »  et il semble inévitable que nous serons confrontés, à court et à moyen terme, aux conséquences potentiellement dangereuses du réchauffement climatique.

Impacts sur la santé

Les analyses récentes (ici et ici, par exemple) montrent clairement que les effets du changement climatique sur la santé commencent déjà à se faire sentir. La figure 2 résume les principaux dommages causés par le réchauffement : maladies, blessures et morts causées par des événements météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur, etc.), maladies respiratoires et cardiovasculaires associées à l’augmentation de la pollution atmosphérique, hausse des intoxications causées par la détérioration de la qualité de l’eau et de certaines denrées, malnutrition due à la diminution des rendements agricoles, augmentation des maladies transmissibles par des insectes et problèmes de santé mentale causés ou aggravés par des changements sociétaux dus aux variations du climat (migrations, conflits) (Figure 2).  Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé, ces phénomènes causés par les changements climatiques pourraient être responsables d’environ 250 000 morts additionnelles par année entre 2030 et 2050.

 

Figure 2. Principales conséquences des changements climatiques sur la santé.  Adapté de Haines et Ebi (2019).

Événements météorologiques extrêmes. La hausse des émissions de gaz à effet de serre ajoute de l’énergie au climat, ce qui augmente la fréquence, l’intensité et la durée d’événements extrêmes comme les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations. Selon le Centre for Research on the Epidemiology of Disasters, le nombre de désastres causés par les tempêtes et les inondations a augmenté chaque année de 7,4 % au cours des dernières décennies. En 2017, un total de 712 événements météorologiques extrêmes ont été répertoriés, générant des coûts estimés à 326 milliards de dollars US, soit près du triple des pertes enregistrées en 2016. Près de la moitié de la population du globe vit à moins de 60 km de la mer et on estime le nombre de personnes à risque d’inondation pourrait passer de 75 millions actuellement à 200 millions en 2080 si la hausse du niveau de la mer de 40 cm prévue par les modèles actuels se concrétise. Il faut toutefois noter que cette hausse pourrait être beaucoup plus importante et atteindre plusieurs mètres si la calotte glaciaire de l’Antarctique est déstabilisée et/ou que celle du Groenland disparait suite au réchauffement.

Chaleurs extrêmes. Plusieurs études ont rapporté une hausse de la mortalité associée à des épisodes de chaleurs extrêmes, les mieux documentés étant ceux qui ont touché les grandes agglomérations urbaines comme Chicago en 1995 (740 décès), Paris en 2003 (4,867 décès) et Moscou en 2010 (10,860 décès). Les villes sont particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur en raison de l’effet « îlot de chaleur » qui génère des températures de 5 à 11 °C plus élevées que les zones rurales avoisinantes.  Si la tendance actuelle se maintient, on prévoit qu’à la fin du siècle, la mortalité causée par les chaleurs extrêmes pourrait augmenter de 3 à 12 % dans le sud des États-Unis et de l’Europe et dans le Sud-est asiatique.

Comme nous l’avons mentionné dans un autre article, la chaleur extrême augmente le risque de mortalité lorsque la température excède les capacités de thermorégulation du corps humain et atteint 40 °C. Dans ces conditions, la redistribution massive du sang vers la surface du corps fait en sorte que les organes internes comme le cœur ne sont pas suffisamment irrigués (ce qu’on appelle une ischémie) et cessent de fonctionner.  Le choc thermique et l’ischémie favorisent également l’infiltration de pathogènes dans le sang et le développement d’une réponse inflammatoire systémique qui endommage les organes (sepsis) et peut également entrainer la désintégration des fibres musculaires (rhabdomyolyse), libérant la myoglobine qui est très toxique pour les reins.  Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux grandes chaleurs, avec une augmentation significative de la mortalité observée lorsque la température maximale excède de 5 degrés et plus la température normale (Figure 3). Au Centre ÉPIC de l’ICM, une équipe de recherche dirigée par le Dr Daniel Gagnon PhD étudie les répercussions de la chaleur extrême chez les gens agés et chez les patients cardiaques.

Figure 3. Hausse du risque de mortalité chez les personnes âgées de 65 ans et plus causée par les chaleurs excédant les températures normales.  Tiré de l’OMS (2014).

Détérioration de la qualité de l’air.  On estime qu’actuellement les particules fines présentes dans la pollution atmosphérique sont responsables d’environ 9 millions de décès prématurés dans le monde, un nombre auquel s’ajoute 1 million de décès causés par l’ozone de basse altitude (troposphérique).  Les poumons sont évidemment les organes les plus exposés à la pollution atmosphérique et les personnes qui vivent en zones polluées sont plus à risque de développer des maladies pulmonaires.   Ce sont cependant les maladies cardiovasculaires qui représentent la plus grande conséquence de la détérioration de la qualité de l’air, ces maladies étant à elles seules responsables d’environ 80 % de l’ensemble des décès causés par la pollution de l’air ambiant.  Les particules fines et ultrafines inhalées par les poumons atteignent la circulation sanguine où elles causent une réaction inflammatoire et un stress oxydatif qui endommagent la paroi des vaisseaux et augmentent le risque d’événements cardiovasculaires,  en particulier chez les personnes qui sont déjà à risque (maladie coronarienne existante, athérosclérose à un stade avancé).  Il va de soi qu’à défaut d’une réduction importante des émissions polluantes, ces morts prématurées vont augmenter au cours des prochaines années, d’autant plus que certaines conséquences des changements climatiques comme les feux de forêt peuvent augmenter plus de 10 fois les niveaux de pollution atmosphérique.

Impact sur l’approvisionnement en nourriture.  Les températures plus élevées, les variations des cycles de précipitations et les événements météorologiques extrêmes causés par les changements climatiques peuvent grandement affecter la production de nourriture.   Plusieurs pays sont déjà aux prises avec une baisse des rendements agricoles, en particulier en Afrique et dans le Sud-est asiatique, principalement en raison de périodes prolongées de sécheresse. La hausse des températures a également un impact sur la salubrité de la nourriture : en Europe, par exemple, des températures supérieures à la normale sont responsables d’environ 30 % des cas de salmonelloses  et l’incidence d’empoisonnements alimentaires est fortement associée à une hausse des températures dans les 2 à 5 semaines précédentes.

Il faut aussi noter que plusieurs études récentes (ici, ici et ici, par exemple) ont montré que la hausse des concentrations atmosphériques de COest associée à une diminution de la qualité nutritionnelle de certaines cultures importantes comme le riz et le blé, notamment en abaissant les niveaux de protéines, de plusieurs micronutriments (zinc et fer, notamment) ainsi que des vitamines du groupe B.  Selon une analyse récente, si la concentration atmosphérique de COdépasse comme prévu 550 ppm au cours des prochaines décennies, 175 millions de personnes pourraient présenter une déficience en zinc et 122 millions une déficience en protéines (principalement dans le sud-est asiatique, l’Afrique et le Moyen-Orient).

Hausse des maladies zoonotiques à transmission vectorielle. Selon le Intergovernmental Panel on Climate Change, l’augmentation du risque de transmission de maladies infectieuses par des vecteurs comme les moustiques et les tiques est l’une des conséquences les plus probables des changements climatiques. Le réchauffement favorise en effet l’expansion géographique de plusieurs de ces vecteurs, notamment les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, responsables de la transmission des arbovirus comme la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune et le Zika, les moustiques du genre Culex, responsables de la transmission du virus du Nil, et certaines tiques comme Ixodes scapularis,  l’espèce vectrice de la bactérie Borrelia burgdorferi responsable de la maladie de Lyme.

L’apparition de la maladie de Lyme dans le sud du Canada, incluant le sud du Québec, représente un exemple particulièrement inquiétant des conséquences du réchauffement climatique. Originaire de Nouvelle-Angleterre (la maladie a été décrite pour la première fois dans la ville de Lyme au Connecticut, d’où son nom), la tique responsable de la transmission de cette maladie a commencé à être détectée dans le Sud-est canadien au début des années 2000.  Cette expansion du territoire de la tique I. scapularis vers le nord, à un rythme d’environ 33 à 55 km par année, est fortement corrélée avec une hausse des températures qui permettent maintenant à la tique de compléter son cycle de vie.  En conséquence, l’incidence annuelle de la maladie de Lyme au Canada a grimpé en flèche au cours des dernières années, passant de 40 cas en 2004 à près de 1000 cas en 2016 (Figure 4).

Figure 4. Incidence de la maladie de Lyme au Canada entre 1994 et 2016.  Tiré de Ogden et coll. (2014) et du Gouverment du Canada.

Il est probable que les changements climatiques auront un impact similaire sur le risque d’infection par le virus du Nil et pourraient même favoriser l’émergence de maladies transmises par les vecteurs des arbovirus (Aedes aegypti et Aedes albopictus). Par exemple selon les modèles actuelsAe. albopictus sera présent dans 197 pays d’ici 2080, incluant le Canada, exposant potentiellement ces populations à des maladies infectieuses (la dengue, par exemple) qui étaient jusqu’à exclusivement présentes dans les pays plus chauds.

En somme, il est clair que si rien n’est fait, les effets négatifs des changements climatiques sur la santé humaine vont aller en s’accentuant, en particulier chez les populations qui sont vulnérables au réchauffement en raison de leur localisation géographique (inondations, sécheresse, vagues de chaleur).  Mais même lorsque les catastrophes se produisent ailleurs, elles peuvent néanmoins grandement influencer la vie d’ici, que ce soit en termes économiques (perturbations de la production de biens et de services, baisse des rendements agricoles) ou sociaux (migrations massives, conflits armés).  C’est donc toute l’humanité qui fait face à la crise du climat, et on ne peut que souhaiter que des actions concrètes soient rapidement mises en place réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

Pour demeurer mince, évitez les aliments ultratransformés

Pour demeurer mince, évitez les aliments ultratransformés

MIs à jour le 30 mai 2019

Nos habitudes alimentaires se sont considérablement modifiées au cours des dernières années.  Parfois pour le mieux, par exemple en profitant de la disponibilité de plusieurs aliments, ingrédients et épices provenant des quatre coins du globe pour diversifier notre alimentation et élargir nos horizons culinaires.  Mais aussi parfois pour le pire, notamment en raison d’une augmentation très importante de la consommation d’aliments industriels ultratransformés riches en gras, en sucre, et en sel (voir l’encadré pour la définition d’aliments ultratransformés).  La révolution engendrée par ces « nouveaux » aliments est particulièrement remarquable : alors que ces produits n’existaient même pas il y a un siècle à peine, ils représentent actuellement environ 50 % de l’ensemble des calories consommées par la population.

Malheureusement, la plupart de ces produits ultratransformés doivent être considérés comme des aliments de piètre qualité nutritionnelle. Non seulement leur contenu élevé en sucre et en gras leur confère une très forte densité énergétique qui favorise la surconsommation de calories, mais l’utilisation d’ingrédients peu coûteux pour leur fabrication fait aussi en sorte aussi qu’ils sont dépourvus de plusieurs éléments essentiels retrouvés dans les aliments non transformés (fibres, oméga-3, polyphénols, vitamines, minéraux, etc.). Pour toutes ces raisons, on recommande de limiter autant que possible la consommation de ces aliments ultratransformés et de privilégier les repas cuisinés à la maison, tel que proposé dans la dernière version du guide alimentaire canadien.

Aliments ultratransformés: la classification NOVA

Au lieu de la classification traditionnelle des aliments selon leur contenu en certains nutriments (protéines, glucides, vitamines), des chercheurs brésiliens ont proposé en 2009 une nouvelle façon de les catégoriser selon leur degré de transformation. Cette classification, appelée NOVA, comprend 4 groupes :

Groupe 1 : Aliments peu ou non transformés

Les aliments non transformés peuvent être d’origine végétale (feuilles, pousses, racines, tubercules, fruits, noix, graines) ou animale (viande, œufs, lait). Ces aliments sont périssables et doivent être consommés peu de temps après leur production. On dit de ces aliments qu’ils sont « peu transformés» lorsqu’ils sont soumis à certains traitements qui augmentent leur durée de conservation (lavage, congélation, pasteurisation, etc.) ou qui modifient leur goût (fermentation en yogourt, torréfaction du café), mais sans altérer leurs propriétés nutritionnelles.

Exemples : Fruits et légumes (frais, congelés), les céréales, champignons, les viandes et poissons, les fruits de mer, les volailles, les œufs, le lait pasteurisé, les yogourts natures, le café, le thé, les épices, les noix et graines.

Groupe 2 : Ingrédients culinaires

Ces produits sont obtenus à partir des aliments du groupe 1 par diverses transformations physiques (pressage, meulage, raffinage). Ces ingrédients ne sont pas consommés tels quels, mais plutôt utilisés en combinaison avec les aliments du groupe 1 pour cuisiner différents plats.

Exemple : huiles végétales, farines, beurre, sucre, sel, vinaigre.

Groupe 3 : Aliments transformés

Les aliments de ce groupe sont des produits fabriqués avec des aliments du groupe 1, auxquels sont ajoutées des substances du groupe 2 (sel, huile, sucre…) pour augmenter leur durée de vie, ou encore en utilisant différents procédés destinés à les rendre plus attirants et meilleurs au goût. Bien que ces produits conservent généralement les attributs et les constituants des aliments de base dont ils sont issus, leur profil nutritionnel est la plupart du temps altéré en raison de l’ajout de gras, de sucre ou de sel.

Exemple : aliments en conserve, aliments fumés, charcuteries, fromages. À noter que les boissons alcoolisées, qui sont réalisées à partir de la fermentation d’aliments du premier groupe, font aussi partie du groupe 3.

Groupe 4 : Aliments ultratransformés

Ces produits sont de pures créations industrielles fabriquées à partir de plusieurs ingrédients isolés. Certains de ces ingrédients sont du groupe 2 (sucre, huile, farine, sel), tandis que d’autres sont inconnus dans la nature et fabriqués industriellement (protéines hydrolysées, huiles hydrogénées, amidons modifiés). Les produits ultratransformés contiennent également une vaste gamme d’additifs destinés à améliorer leur apparence, goût, texture et durée de conservation (émulsifiants, stabilisants, texturants, colorants, saveurs artificielles, édulcorants). En somme, les produits ultratransformés ne sont pas des aliments au sens où on l’entend habituellement, mais plutôt une combinaison d’ingrédients, agencés de façon à donner l’illusion d’un aliment.

Exemples : Céréales du petit déjeuner, soupes et nouilles instantanées, pâtisseries, gâteaux, pains, diverses collations sucrées ou salées (croustilles, barres tendres, biscuits, craquelins, etc.), boissons gazeuses ou énergisantes, margarine, friandises, mets « prêt-à-manger » (croquettes de poulet ou poisson, pizzas et pâtes surgelées, etc.).

Aliments ultratransformés et gain de poids

Un des principaux arguments contre les aliments ultratransformés est qu’on soupçonne depuis plusieurs années que leur forte teneur en calories pourrait favoriser le développement de l’obésité.  Par exemple, tous les pays, sans exception, qui ont augmenté la proportion d’aliments industriels ultratransformés dans leur alimentation doivent composer avec une plus grande proportion d’individus obèses. Ceci est particulièrement frappant dans les pays en transition économique, où la grande disponibilité et le faible coût des aliments ultratransformés font en sorte que l’incidence de l’obésité a augmenté en flèche, et ce même chez les personnes pauvres.

Une étude tout à fait remarquable vient de confirmer ce lien étroit qui existe entre la consommation d’aliments ultratransformés et le gain de poids.  Dans cette étude clinique randomisée réalisée par l’équipe du Dr Kevin Hall (National Institute of Heath), les chercheurs ont comparé les effets d’un régime composé exclusivement d’aliments ultratransformés à celui d’un régime basé sur la consommation d’aliments peu transformés.  Ils ont recruté 20 personnes jeunes en bonne santé (mais qui présentait un léger excès de poids avec un IMC moyen de 27) et, moyennant une compensation financière de 6000$, les volontaires ont accepté d’être hébergés pendant 28 jours consécutifs dans les laboratoires du centre, sans possibilité de sortie et avec l’obligation de se nourrir exclusivement à partir des repas faits à partir d’aliments ultratransformés (groupe 1) ou peu transformés (groupe 2) préparés par l’équipe de recherche.  Dans tous les cas, les repas ont été élaborés pour être équivalents en termes de calories, de densité énergétique, de gras, de sucre et de sel, mais différaient forcément beaucoup quant aux types de sucres et de gras présents.  Par exemple, les aliments ultratransformés contenaient beaucoup plus de sucres ajoutés (54 % des sucres totaux, comparativement à 1 % pour les aliments peu transformés), de gras saturés (34 % des gras totaux, comparativement à 19 %) et quatre fois moins d’oméga-3.  Les sujets ont reçu l’instruction de manger à leur faim, sans se préoccuper des quantités ingérées.

Pendant les deux premières semaines, chacun des participants a mangé 3 repas par jour du groupe 1 (aliments ultratransformés comme des céréales, muffins, pain blanc ou yogourts aromatisés pour le petit déjeuner, sandwiches de charcuteries pour le diner et  croquettes de poulet pour le souper) ou du groupe 2 (aliments peu transformés comme des fruits et légumes frais, œufs, poisson, volaille, grains entiers, noix) (la différence entre les types de repas consommés par les participants peut être visualisée ici). Des collations étaient mises à la disposition des volontaires toute la journée (croustilles, craquelins et barres tendres pour le groupe 1 ou noix, amandes et fruits  pour le groupe 2). Pour les deux semaines suivantes, les volontaires sont passés à l’autre régime, c’est-à-dire que ceux qui avaient mangé les aliments ultratransformés étaient maintenant nourris avec les aliments peu transformés et vice versa.

Le résultat le plus spectaculaire de l’étude est que le simple fait d’être exposé aux aliments ultratransformés provoque une hausse très importante de la quantité de calories consommées tout au long de la durée de l’étude (Figure 1).  Globalement, cette hausse est d’environ 510 kcal par jour, résultat d’une augmentation de l’apport en glucides (280 kcal /jour) et en gras (230 kcal/ jour) (mais non en protéines).

Figure 1. Comparaison des apports en calories chez les personnes soumises à des régimes composés d’aliments ultratransformés ou peu transformés. Tiré de Hall et coll. (2019).

Une hausse aussi importante de l’apport calorique n’est évidemment pas sans conséquence : la pesée quotidienne des participants montre une augmentation rapide du poids corporel qui atteint 1 kg dès la fin de la première semaine de l’étude (Figure 2).  À l’inverse, les personnes qui avaient consommé le régime à base d’aliments peu transformés avaient perdu 1 kg durant la durée de l’étude, résultant en une différence nette de 2 kg avec les personnes nourries avec des aliments ultratransformés.  C’est énorme, surtout si l’on considère que ces différences peuvent être observées en deux semaines à peine.

Figure 2.  Variation du poids corporel associée à la consommation d’aliments ultratransformés ou peu transformés. Tiré de Hall et coll. (2019).

Pourquoi manger plus ?

Les aliments ultratransformés sont conçus d’abord et avant tout pour provoquer un plaisir sensoriel  (apparence, texture) et satisfaire à notre inclination naturelle pour le gras, le sucre et le sel. On aurait donc pu s’attendre à ce que la plus forte consommation de ces aliments par les participants de l’étude soit due au fait qu’ils avaient préféré manger ces repas plutôt que ceux concoctés à partir d’aliments peu transformés.  Ce n’est pourtant pas le cas, car le degré de satisfaction des participants à l’égard des deux classes d’aliments était identique, autant au point de vue de l’appétit que du plaisir associé à leur consommation.  La principale différence observée entre les deux groupes est que les personnes mangeaient presque deux fois plus rapidement lorsque leurs repas étaient composés d’aliments ultratransformés plutôt que peu transformés (50 kcal/min comparativement à 30 kcal/min).  Ceci est probablement dû au fait que les aliments ultratransformés sont généralement plus faciles à mastiquer et à avaler, ce qui permet l’ingestion d’une plus grande quantité de nourriture dans un plus court laps de temps et donc d’un excès calorique.  En ce sens, il faut noter que les chercheurs ont observé que les taux sanguins du peptide YY (une hormone qui diminue l’appétit) étaient augmentés chez les personnes qui mangeaient des aliments peu transformés, tandis que les taux de ghréline (une hormone qui stimule l’appétit) étaient diminués. Il est donc possible que la consommation d’aliments ultratransformés dérègle nos mécanismes impliqués dans la satiété, ce qui favorise une surconsommation de nourriture.

Ces observations suggèrent fortement que la consommation d’aliments ultratransformés joue un rôle prédominant dans  la hausse vertigineuse de l’incidence de personnes en surpoids à l’échelle mondiale. Il s’agit vraiment d’une avancée majeure, qui a le potentiel de révolutionner notre compréhension des mécanismes responsables de cette épidémie d’obésité.  Depuis plusieurs années, l’excès de poids est toujours considéré sous l’angle d’un apport excessif en gras ou en sucre et on ne compte plus le nombre de régimes « miracles » qui promettent des pertes de poids importantes en coupant l’un ou l’autre.  Pourtant, comme nous l’avons mentionné dans un autre article, il n’y a pas réellement de différence cliniquement significative quant à l’efficacité des régimes faibles en gras (low-fat) ou en glucides (low-carb) à induire des pertes de poids à long terme.  Au lieu de se préoccuper outre mesure des quantités de gras et/ou de sucre ingérées, l’étude du Dr Hall suggère fortement que c’est la source de ces nutriments qui représente le facteur le plus important dans le contrôle du poids corporel.  Pour demeurer mince, la clé est donc de manger le plus souvent possible des aliments peu transformés et limiter au minimum la consommation d’aliments industriels ultratransformés. D’autant plus que plusieurs études récentes ont montré que les personnes qui consomment régulièrement ce type d’aliments sont à plus haut risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité prématurée.

 

 

 

 

 

Trop travailler peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires

Trop travailler peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires

Au Canada, tout comme dans la plupart des pays industrialisés, la proportion du temps consacré au travail a considérablement diminué depuis le début du 20esiècle.  À cette époque, la plupart des personnes travaillaient aux environs de 3000 heures par année (ce qui correspond à 60-70 heures par semaine), beaucoup plus que les quelque 1800 heures effectuées en moyenne par les travailleurs d’aujourd’hui (Figure 1).  Cette diminution de la charge de travail a été particulièrement prononcée en Europe, avec une baisse de 50 % des heures travaillées entre 1870 et 2000 (et même de 60 % dans certains pays comme l’Allemagne ou la Hollande). Parmi les facteurs responsables de cette tendance, il faut mentionner l’importance des mouvements ouvriers, dont les revendications ont permis de limiter les excès et les abus qui étaient fréquents au début de la révolution industrielle (10 à 16 heures de travail par jour, 6 jours par semaine) et de réduire la semaine de travail à un maximum de 40 h.

Figure 1.  Diminution du nombre d’heures travaillées annuellement entre 1870 et 2000 au Canada (rouge) et en Europe (noir).  Adapté de Huberman et Minns (2007).

Cette diminution de la charge de travail ne touche cependant pas tous les travailleurs : dans certains pays, il existe une proportion significative de personnes qui travaillent encore énormément (plus de 50 h par semaine), une situation qui touche plus d’un travailleur sur cinq en Turquie, au Mexique, au Japon et en Corée (Figure 2).  Dans les pays occidentaux (Royaume-Uni et États-Unis) de même qu’en Australie, les longues heures au travail sont également assez fréquentes (environ 15 % des travailleurs), tandis que ce phénomène est beaucoup plus marginal au Canada ainsi que dans les pays européens.

Figure 2.  Comparaison de la proportion d’employés ayant travaillé plus de 50 h par semaine en 2016 dans différents pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Tiré de OECD.Stat.

Il faut aussi noter que depuis les années 1990, la désindustrialisation et la révolution technologique qui ont touché les pays économiquement développés ont favorisé l’émergence d’une nouvelle économie, principalement basée sur les services. Il y a plusieurs conséquences à cette transformation, l’une d’entre elles étant qu’il est devenu courant de travailler plus de 8 heures par jour pour respecter les exigences imposées par le travail.  Ce type de situation est particulièrement fréquente chez les travailleurs hautement qualifiés (high-skilled workers) (finance, santé, technologies, etc.), avec plus d’une personne sur cinq qui doit travailler en routine plus de 50 h par semaine (Figure 3).  Les travailleurs moins qualifiés qui gagnent de plus petits salaires ne sont cependant pas épargnés pour autant, puisque plusieurs d’entre eux doivent cumuler les emplois à temps partiel pour parvenir à joindre les deux bouts.  En d’autres mots, même si la majorité des gens travaillent actuellement moins qu’auparavant, il y a tout de même deux sous-populations de gros travailleurs :  les travailleurs très qualifiés, qui doivent travailler de longues heures en échange  d’un salaire élevé et/ou pour conserver leur emploi, et les travailleurs peu qualifiés à faible salaire, qui doivent travailler plus longtemps en raison de leur situation financière plus précaire.

Figure 3. Augmentation de la proportion de personnes travaillant beaucoup (50 h par semaine et plus) chez les travailleurs hautement qualifiés d’Europe de l’ouest et d’Amérique du Nord. Tiré de Burger (2015).

Effets sur la santé cardiovasculaire

Une conséquence immédiate des longues heures passées au travail est d’augmenter le niveau de stress, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires. Un des premiers indices en ce sens provient de l’étude INTERHEART, où le stress au travail était associé à un risque deux fois plus élevé de maladie coronarienne, une augmentation du même ordre que celle observée pour des agents stresseurs bien documentés comme le divorce ou la mort d’un proche.

Cet effet néfaste du surmenage sur la santé est particulièrement bien documenté au Japon.  La loyauté, le sens du devoir et du sacrifice et le respect de la hiérarchie occupent une place très importante dans la culture nippone; en conséquence, le nombre d’heures passées au travail est considéré comme une preuve de loyauté envers l’entreprise et il est donc très courant de travailler énormément (jusqu’à 60 heures et plus par semaine) pour plaire à ses supérieurs et conserver le respect de ses collègues.  Ce « dévouement » extrême à l’entreprise a particulièrement pris de l’ampleur au cours des années 1990 en raison de ce qu’on a appellé la « décennie perdue », caractérisée par une stagnation économique, une baisse des salaires et une plus grande précarité d’emploi.

On a observé au cours de cette période une augmentation importante de la mortalité causée par l’excès de travail, un phénomène connu au Japon sous le nom de karōshi (de karo« surmenage » et shi« mort »).  Dans la plupart des cas, ces mortalités prématurées sont une conséquence de l’influence néfaste des longues heures travaillées sur le système cardiovasculaire : par exemple, une analyse des causes responsables de la mortalité de 203 victimes du karōshi a révélé que 60 % d’entre elles étaient décédées d’un AVC (hémorragies méningée ou intracérébrale et infarctus cérébral), 25 % d’insuffisance cardiaque aiguë, 13 % d’un infarctus et 2 % d’une rupture de l’aorte. En plus de ces morts subites cardiaques, il faut aussi mentionner que le surmenage au travail est également une cause importante de suicide (karojisatsu), qui peuvent représenter jusqu’à 12 % des morts volontaires au Japon. Des effets similaires liés à l’excès de travail ont été observés dans d’autres pays asiatiques, notamment en Corée du Sud (gwarosa) ainsi qu’en Chine (guolaosi); dans ce dernier cas, il est devenu courant pour les entreprises chinoises d’instaurer ce qu’on appelle familièrement le « 996 », c’est-à-dire un horaire de travail de 9 h le matin à 9 h le soir, 6 jours par semaine.

Dans les pays occidentaux, une méta-analyse d’études réalisées auprès de 600,000 travailleurs vivant en Europe, en Australie et aux États-Unis a montré une forte association entre les longues heures travaillées et le risque de maladies cardiovasculaires.  Cette analyse a révélé que les personnes qui travaillent beaucoup (plus de 55 h par semaine) voient leur risque d’infarctus augmenter d’environ 13 % comparativement à celles qui travaillent 35-40 h par semaine, tandis que le risque d’AVC était quant à lui haussé de 33 %.  Ce risque accru d’AVC est déjà observé chez les personnes qui travaillent 41-48 h (10 %), augmente à 27 % chez celles qui travaillent 49-54 h, pour enfin atteindre 33 % chez les très gros travailleurs (55 h et plus).

Plusieurs facteurs psychosociaux, comportementaux et biologiques ont été proposés pour expliquer comment le stress peut contribuer à la hausse du risque d’événements cardiovasculaires observée chez les gros travailleurs (Tableau 1). Cependant,  il faut noter qu’un lien entre le travail excessif et ces différents facteurs n’a pas été observé dans toutes les études et leur contribution exacte demeure à être clairement établie.

Facteurs   Description
Comportements à risque (tabagisme, excès d’alcool)Les personnes qui travaillent plus de 50 h par semaine sont plus à risque de fumer (Artazcoz et coll. 2009) et de boire des quantités excessives d’alcool (Virtanen et coll. 2015).
Manque de sommeilTravailler plus de 55 h par semaine est associé à une hausse du risque de dormir insuffisamment (2 fois), d’éprouver de la difficulté à s’endormir (4 fois) et de fatigue au réveil (2 fois). (Virtanen et coll. 2009).
HypertensionLes personnes qui travaillent plus de 50 h par semaine ont 30 % plus de risque de présenter une pression artérielle élevée (Yang et coll. 2006).
SédentaritéLe nombre élevé d’heures passées au travail réduit la fenêtre de temps disponible pour d’autres activités, incluant l’exercice. Les études montrent que l’inactivité physique, combinée à un travail sédentaire, augmente le risque de maladies cardiovasculaires (Ekelund et coll. 2016).
Fatigue et épuisementLes jeunes hommes (< 55 ans) qui ont subi un infarctus aigu du myocarde rapportent fréquemment des épisodes de fatigue excessive et d’épuisement dans la période précédant l’accident coronarien (Sihm et coll. 1991).
Tension au travail (job strain)La tension au travail, c’est-à-dire une situation où le travailleur est confronté à des exigences élevées, mais sans les ressources adéquates pour les réaliser, est associée à une hausse de 23 % du risque de maladie coronarienne (Kivimäki et coll. 2012) et de 30 % du risque d’AVC (Huang et coll. 2015)
Fibrillation auriculaireLes personnes qui travaillent de longues heures sont plus à risque de présenter des épisodes de fibrillation auriculaire, un important facteur de risque d’AVC (Kivimäki et coll. (2017).

Tableau 1.  Principaux facteurs pouvant contribuer à la hausse du risque de maladies cardiovasculaires causée par le surmenage au travail.

L’augmentation du risque de fibrillation auriculaire par les longues heures est particulièrement intéressante, car cette arythmie cause la formation de caillots dans l’oreillette gauche qui peuvent atteindre le cerveau et obstruer l’arrivée de sang au cerveau, ce qui pourrait contribuer à la hausse du risque d’AVC observée chez les personnes qui travaillent beaucoup. Cette augmentation de l’incidence de fibrillation auriculaire est principalement observée chez les personnes qui travaillent plus de 50 h par semaine, pouvant atteindre 40 % chez celles qui font plus de 55 heures par semaine (Figure 4).   Il faut aussi noter que la surcharge de travail a été associée à d’autres désordres de la coagulation, notamment la thrombose veineuse profonde (hausse de 68 % du risque), une cause importante d’embolie pulmonaire.

Figure 4.  Effet du nombre d’heures travaillées sur le risque de fibrillation auriculaire. Tiré de Kivimäki et coll. (2017).

Tension au travail

Un autre facteur qui peut contribuer aux effets négatifs du surmenage est ce qu’on appelle la « tension au travail » (job strain), une forme particulière de stress qui a été à maintes reprises associée à des situations à risque pour la santé cardiovasculaire.  Selon le modèle élaboré par Robert Karasek (voir encadré), cette tension au travail se définit comme une situation où les exigences sont élevées et la demande psychologique forte, combinées à une insuffisance de ressources disponibles pour y faire face et une faible latitude décisionnelle. En d’autres mots, une situation où on exige du travailleur une forte productivité, mais sans lui donner les ressources adéquates ou la marge de manœuvre nécessaire. Le risque est encore aggravé si le salarié bénéficie d’un faible soutien social (de ses collègues de travail, par exemple) et/ou si la forte exigence de productivité n’est pas associée à une valorisation du travail effectué (déséquilibre efforts-récompenses). Il va de soi que travailler de longues heures dans un environnement aussi défavorable ne peut qu’avoir un impact négatif sur la santé, autant physique que mentale.

Travail tendu

Une situation de travail est toujours le résultat d’une combinaison de deux facteurs : 1) Une « demande psychologique », c’est-à-dire les exigences imposées par le travail (quantité de travail à réaliser, contraintes de temps, interruptions, demandes contradictoires, etc.); 2) Une « latitude (autonomie) décisionnelle », c’est-à-dire la possibilité de prendre des décisions et d’être créatif, par exemple en ayant la possibilité de choisir comment faire son travail, de participer aux décisions et d’utiliser ses compétences. Selon Karasek, la combinaison de la demande psychologique et de la latitude décisionnelle permet de définir 4 types de situations de travail (voir figure ci-dessous).

La combinaison à risque est celle où la demande psychologique est élevée, soit en raison de la somme de travail à réaliser ou de sa difficulté, combinée à une dévalorisation du travailleur due à sa faible participation aux processus de décision.   

En conclusion, l’excès de travail est associé à une hausse légère, mais significative du risque de maladies cardiovasculaires, en particulier les AVC. Il faut cependant noter que les études récentes suggèrent que l’effet du stress psychologique sur la santé cardiovasculaire est plus prononcé chez les personnes qui présentent déjà des anomalies cardiométaboliques.  Par exemple, il a été montré que l’association entre la tension de travail et le risque de mortalité prématurée était plus élevée chez les personnes qui ont un historique de diabète, de maladie coronarienne ou d’AVC que chez celles qui n’avaient pas été touchées par ces conditions.  Ces personnes à risque présentent généralement plusieurs anomalies métaboliques (glycémie élevée, inflammation, plaques d’athérosclérose) qui augmentent le risque d’événements cardiovasculaires suite à une exposition aux effets du stress de travail (arythmie, hypercoagulation, hypertension, etc.).  À l’inverse, les personnes qui travaillent beaucoup, mais qui font régulièrement de l’exercice et sont en bonne forme physique, ne montrent aucune hausse du risque de maladie coronarienne.  Comme pour la population en général, les gros travailleurs ont donc tout avantage à adopter un mode de vie globalement sain (poids normal, alimentation riche en végétaux, activité physique régulière) pour réduire les effets du stress sur le risque d’événements cardiovasculaires. Le travail n’a jamais tué personne…qui est en bonne santé.

 

Le transport actif, une excellente façon de concilier travail et santé

Le transport actif, une excellente façon de concilier travail et santé

Bien que l’activité physique régulière soit associée à une diminution marquée du risque de plusieurs maladies chroniques et de la mortalité prématurée, la proportion de personnes sédentaires, c’est-à-dire qui ne font pas le minimum de 150 minutes d’activité physique recommandé par semaine, ne cesse d’augmenter à l’échelle du globe.  Selon les estimations récentes, la sédentarité est directement responsable d’environ 10 % des décès prématurés à l’échelle mondiale, un impact négatif similaire à ceux du tabagisme et de l’obésité.  Plusieurs facteurs  contribuent à cette baisse du niveau d’activité physique, le plus important étant sans doute les transformations sociales majeures qui ont accompagné l’industrialisation et, plus récemment, la révolution technologique: les modes de transports motorisés permettent de franchir de grandes distances sans effort, l’informatique occupe une place centrale dans un grand nombre de professions, et l’arrivée constante de nouveaux appareils électroniques continue de réduire les dépenses énergétiques de la plupart de nos activités, autant au travail qu’à la maison.  Bien que ces progrès peuvent être généralement considérés comme positifs en termes d’amélioration de la qualité de vie, il faut cependant demeurer conscient que la diminution de l’activité physique qui en résulte peut être néfaste pour la santé.

Le Canada n’échappe pas à cette tendance, car les études qui ont mesuré le niveau d’activité physique de façon précise (à l’aide d’un accéléromètre) montrent que seulement 15% des adultes sont suffisamment actifs pour atteindre le minimum de 150 minutes d’activité physique par semaine. C’est très peu, et même si le manque de temps est la principale raison invoquée par les personnes sédentaires pour justifier leur faible participation à des activités physiques, cette excuse ne tient pas vraiment la route : 29 % des adultes canadiens passent 15 heures ou plus par semaine (plus de deux heures par jour) devant le téléviseur et 15 % sont des utilisateurs fréquents de l’ordinateur (11 heures ou plus par semaine) durant les loisirs.  Il y a donc une fenêtre de temps disponible pour diminuer la sédentarité, d’autant plus qu’il est possible d’être plus actif sans avoir à dédier spécifiquement une période de la journée à faire de l’exercice : plusieurs études montrent que le simple fait d’intégrer des activités physiques légères ou modérées dans notre routine quotidienne, que ce soit la marche, le jardinage ou encore les tâches ménagères est suffisant pour profiter des bénéfices de l’exercice sur la santé (voir notre article sur ce sujet).

Transport actif

Le temps consacré au déplacement entre le domicile et le travail représente une autre opportunité intéressante d’augmenter le niveau d’activité physique. Au Canada, l’utilisation de moyens de transport motorisés pour se rendre au travail est très répandue, avec 8 travailleurs sur 10 qui utilisent un véhicule à moteur pour ses déplacements quotidiens (75 % comme conducteurs, 5 % comme passagers) (Figure 1). À l’inverse, les modes de transports actifs comme la marche et le vélo ne sont utilisés que par seulement 8 % des travailleurs, une proportion qui est beaucoup plus faible que ce que l’on observe dans la plupart des pays européens : en Hollande, par exemple, pas moins de 50 % de l’ensemble des déplacements quotidiens sont effectués par la marche et le vélo, tandis que dans l’ensemble des pays scandinaves (Danemark, Suède, Norvège et Finlande) cette proportion est d’environ 30 %.

Figure 1.  Répartition des moyens de transport utilisés par les Canadiens pour se rendre au travail. Tiré de Statistique Canada (2013).

Cette faible utilisation des moyens de transport actif en Amérique contribue sans doute aux impacts négatifs de la sédentarité, notamment en ce qui concerne la forte proportion de personnes qui présentent un surpoids. On a estimé que chaque heure passée en voiture est associée à une hausse de 6 % du risque d’obésité, tandis que chaque kilomètre parcouru à pied est associé à une diminution de 5 % du risque de surpoids. Par exemple, une étude australienne qui a suivi 822 personnes pendant 4 ans a observé que celles qui voyageaient chaque jour en voiture avaient tendance à présenter un gain de poids supérieur (2,18 kg) à celles qui n’utilisaient pas de voiture (0,46 kg).   Ceci est en accord avec les résultats d’une étude britannique montrant que les personnes qui cessaient d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail et la remplaçaient par un moyen de transport actif ou le transport public perdaient du poids (- 0,30 kg/m2).  À l’inverse, les personnes qui cessaient d’utiliser des modes de transport actif au profit de la voiture voyaient leur indice de masse corporelle significativement augmenter (+ 0,32 kg/m2).

En plus de favoriser le maintien d’un poids santé, plusieurs études ont montré que le transport actif exerce également plusieurs effets positifs sur la santé, notamment en termes de prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2 et de la mortalité prématurée.  Un des meilleurs exemples est une grande étude réalisée auprès de 263 540 participants vivant dans 22 localités du Royaume-Uni.  En analysant les modes de transport utilisés par cette population pour se rendre au travail, les chercheurs ont observé que les personnes que les cyclistes avaient un risque de mortalité prématurée 41 % inférieur à celles qui utilisaient des transports motorisés (public ou voitures). Un effet positif a également été observé pour les marcheurs, avec une réduction de 27 % du risque d’infarctus du myocarde et de 36 % du risque de décéder d’un événement cardiovasculaire. Globalement,  une méta-analyse de 23 études prospectives qui se sont penchées sur cette question (531,333 participants au total) montre que les navetteurs qui utilisent des moyens de transport actif (vélo, marche) présentent un risque significativement plus faible de maladies cardiovasculaires (9 %), de diabète de type 2 (30 %) et de mortalité prématurée (8 %).   Comme pour toute forme d’activité physique, ces bénéfices associés au transport actif proviennent des multiples effets positifs de cette forme d’exercice sur l’ensemble des facteurs de risques cardiovasculaires, incluant l’hypertension, les dyslipidémies, le diabète et l’obésité (Tableau 1).

Facteurs de risque cardiovasculaires atténués par le transport actifRéférences
HypertensionZwald et coll. (2018)
Hayashi et coll. (1999)
Furie et Dasai (2012)
Gordon-Larsen et coll. (2009)
Berger et coll. (2017)
Laverty et coll. (2013)
Grøntved et coll. (2016)
Murtagh et coll. (2015)
Taux de cholestérol élevéZwald et coll. (2018)
Furie et Dasai (2012)
Faible taux de cholestérol-HDLZwald et coll. (2018)
Taux de triglycérides élevéGordon-Larsen et coll. (2009)
Berger et coll. (2017)
Grøntved et coll. (2016)
Diabète (incluant intolérance au glucose et résistance à l’insuline)Zwald et coll. (2018)
Hu et coll. (2003)
Furie et Dasai (2012)
Gordon-Larsen et coll. (2009)
Blond et coll. (2019)
Laverty et coll. (2013)
Grøntved et coll. (2016)
Indice de masse corporelle élevéeZwald et coll. (2018)
Furie et Dasai (2012)
Gordon-Larsen et coll. (2009)
Berger et coll. (2017)
Laverty et coll. (2013)
Flint et coll. (2014)
Grøntved et coll. (2016)
Murtagh et coll. (2015)
Luan et coll. (2019)
Tour de taille élevéFurie et Dasai (2012)
Murtagh et coll. (2015)
Tableau 1. Principaux facteurs de risque cardiovasculaires influencés par le transport actif.

Les bienfaits du vélo

Les impacts positifs du transport actif sont particulièrement frappants chez les personnes qui se déplacent à vélo, avec des réductions du risque de plusieurs maladies chroniques et de mortalité prématurée supérieures à celles des personnes qui se déplacent à pied (Figure 2).  Ces bénéfices associés à l’usage régulier du vélo sont en accord avec des études danoise et britannique indiquant que les taux de mortalité prématurée sont environ 30 % plus faibles chez les cyclistes comparativement aux non-cyclistes. Cette supériorité du vélo sur la marche est probablement due au fait que les cyclistes montraient dans ces études un niveau d’activité physique global supérieur aux marcheurs, avec 90 % des personnes se déplaçant à vélo qui atteignaient le minimum d’activité recommandé contre 54 % pour celles qui se déplacent à pied.

Figure 2. Diminution du risque de plusieurs maladies chroniques selon le mode de transport actif. Adapté de Dinu et coll. (2019).

Les études d’intervention réalisées auprès de personnes sédentaires montrent que les effets positifs du transport actif par vélo sur la santé peuvent être observés dans les six premiers mois suivant l’adoption de ce mode de transport.  Par exemple, les personnes qui font quotidiennement 20 minutes de vélo pour se rendre au travail pendant 8 semaines montrent déjà une amélioration notable de leur aptitude aérobie maximale (VO2max), un des meilleurs marqueurs d’une bonne santé (voir notre article sur ce sujet). Plus récemment, une étude britannique a montré que seulement 6 mois de vélo comme moyen de transport actif entrainaient une perte de graisse abdominale et une amélioration significative de la sensibilité à l’insuline chez un groupe de personnes sédentaires souffrant d’embonpoint ou d’obésité.  L’impact positif du transport actif est donc très rapide et ces modes de transport peuvent réellement contribuer à améliorer la santé des personnes sédentaires.

Il est aussi intéressant de noter que les bénéfices du transport actif en vélo sur la réduction de la mortalité prématurée et du diabète de type 2 sont du même ordre que ceux observés chez les personnes qui font du vélo durant leurs loisirs (Figure 3). Pour les personnes qui manquent de temps pour faire de l’exercice durant la semaine ou la fin de semaine, l’utilisation du vélo pour se rendre au travail permet donc de compenser ce manque de temps en intégrant l’activité physique à la routine quotidienne. Sans compter que certaines études suggèrent que  la bicyclette est le mode de transport qui rend le plus heureux!

Figure 3. Diminution du risque de mortalité prématurée chez les personnes qui utilisent le vélo durant leurs loisirs ou comme moyen de transport actif. Adapté de Østergaard et coll. (2018).

Transport fragmenté

La marche ou l’utilisation du vélo pour se rendre au travail ne sont évidemment pas à la portée de tous, en particulier pour les personnes qui doivent franchir des distances importantes entre le domicile et leur lieu de travail (au Canada, par exemple, plus de la moitié des travailleurs vivent à plus de 8 km de leur travail). Par contre, même sans remplacer complètement l’utilisation de véhicules motorisés, il demeure possible d’être plus actif physiquement en parcourant une portion du trajet à pied ou à vélo (en utilisant les systèmes de vélo-partage), par exemple en stationnant la voiture à une certaine distance du travail ou encore en descendant de l’autobus ou du métro quelques arrêts plus tôt.  Pour les navetteurs qui utilisent les transports motorisés, le simple fait de faire le dernier kilomètre du trajet à pied (environ 10 minutes) aller-retour équivaut à 100 minutes d’activité physique par semaine de travail, soit une bonne proportion du minimum d’exercice recommandé. Il s’agit d’un investissement de temps qui en vaut la peine : dans l’étude britannique mentionnée plus tôt, même si la protection maximale (41 %) est observée chez les navetteurs qui font la totalité de leur trajet en vélo, les personnes qui utilisaient ce moyen de transport pour seulement une partie du trajet avait tout de même un risque de mortalité prématurée réduit de 24 % comparativement à celles qui se déplaçaient exclusivement en transports motorisés.

Environnement bâti

En Amérique, l’aménagement du territoire n’est malheureusement pas très favorable au transport actif.  Dans la plupart des cas, les villes se sont développées après l’invention de l’automobile, ce qui a entraîné la construction d’infrastructures axées principalement sur l’utilisation de la voiture comme moyen de transport et favorisé par conséquent l’étalement urbain.  En Europe, les cités sont plus anciennes et ont été construites avant l’avènement des transports motorisés, laissant en place une infrastructure plus propice aux déplacements non motorisés. Par exemple, la proportion de travailleurs qui utilisent le vélo comme moyen de transport pour se rendre au travail est 10 fois plus élevée dans certaines villes européennes comme Copenhague ou Amsterdam qu’en Amérique (Figure 4).

Figure 4. Comparaison du transport actif par vélo dans diverses métropoles internationales.  Adapté de Buehler et Pucher (2012).   Il est à noter que les données pour Montréal sont de 2006, donc avant l’implantation du système de partage de vélo (Bixi).  La proportion d’utilisateurs de vélo a augmenté depuis ce temps pour atteindre 3,2 % en 2011 et Montréal se classe maintenant au  20e rang mondial des métropoles cyclables.

Pour favoriser le transport actif, il faut donc repenser ce qu’on appelle « l’environnement bâti», c’est-à-dire l’ensemble des infrastructures qui font partie de notre vie quotidienne, comme les bâtiments, les parcs, les écoles, le réseau routier, les sources de nourriture (épiceries, restaurants) ou encore les installations récréatives. Plusieurs études ont montré que les personnes qui habitent dans des villes où les distances sont réduites, les rues bien reliées entre elles, les commerces facilement accessibles et où les zones pour marcher ou faire du vélo sont bien délimitées et sécuritaires sont plus actifs physiquement et en meilleure santé cardiovasculaire. Il faut donc souhaiter que ce type d’environnement bâti devienne la norme dans un futur rapproché.