L’importance de bien contrôler sa pression artérielle

L’importance de bien contrôler sa pression artérielle

EN BREF

 

  • L’hypertension représente le principal facteur de risque de maladie cardiovasculaire et est responsable de 20 % des décès à l’échelle mondiale.
  • Une hypertension précoce, avant l’âge de 45 ans, est associée à un risque accru de maladie cardiovasculaire, de déclin cognitif et de mortalité prématurée.
  • L ’adoption d’un mode de vie globalement sain (poids normal, pas de tabagisme, activité physique régulière, consommation modérée d’alcool et bonne alimentation (incluant une réduction du sodium) demeure la meilleure façon de maintenir une pression artérielle adéquate.

Selon les dernières données du Global Burden of Disease Study 2019, une pression artérielle trop élevée a été responsable de 10,8 millions de décès dans le monde en 2019, soit 19,2 % de l’ensemble des décès répertoriés.  Cet impact dévastateur est une conséquence directe des énormes dommages causés par l’hypertension sur le système cardiovasculaire : un très grand nombre d’études ont en effet clairement montré qu’une pression artérielle excessive, au-delà de 130/80 mm Hg (voir l’encadré pour mieux comprendre les valeurs de la pression artérielle) est étroitement liée à une hausse significative du risque de maladies coronariennes et d’AVC.

Systolique et diastolique

Il est bon de rappeler que la pression artérielle est toujours exprimée sous forme de deux valeurs, soit la pression systolique et la pression diastolique. La pression systolique est la pression du sang éjecté par le ventricule gauche lors de la contraction du coeur (systole), tandis que la pression diastolique est celle mesurée entre deux battements, lors du remplissage du coeur (diastole). Pour mesurer les deux pressions, on bloque complètement la circulation artérielle dans le bras à l’aide d’un brassard gonflable, puis on laisse la pression du brassard diminuer progressivement jusqu’à ce que le sang commence à circuler à nouveau dans l’artère. C’est la pression systolique. En continuant à diminuer le gonflement du brassard, on arrive ensuite à une pression à partir de laquelle il n’y a plus d’obstacle au passage du sang dans l’artère, même lorsque le coeur est en remplissage. C’est la pression diastolique. Une valeur de pression artérielle de 120 / 80 mm Hg, par exemple, représente donc le rapport des pressions systolique (120 mm Hg) /diastolique (80 mm Hg).

Comme le montre la Figure 1, ce risque de mourir prématurément d’une maladie coronarienne est modéré jusqu’à une pression systolique de 130 mm Hg ou une pression diastolique de 90 mm Hg,  mais augmente rapidement par la suite pour atteindre près de 4 fois pour des pressions égales ou supérieures à 150/ 98 mm Hg.  Cet impact de l’hypertension est encore plus prononcé pour les AVC, avec un risque de mortalité 8 fois plus élevé pour les personnes ayant une pression systolique au-delà de 150 mm Hg  et de 4 fois pour une pression diastolique supérieure à 98 mm Hg (Figure 1, graphique du bas). L’hypertension est donc de très loin le principal facteur de risque d’AVC, étant responsable à elle seule d’environ la moitié de la mortalité liée à cette maladie.

Figure 1.  Association entre les niveaux de pression artérielle et le risque de mortalité liée aux maladies coronariennes ou aux AVC. Tiré de Stamler et coll. (1993).

Hypertension précoce

La pression artérielle a tendance à augmenter avec le vieillissement, car les vaisseaux sanguins deviennent plus épais et moins élastiques avec le temps (le sang circule alors moins facilement et crée une plus forte tension mécanique sur la paroi des vaisseaux). Par contre, l’âge n’est pas le seul facteur de risque de pression artérielle trop élevée : la sédentarité, une mauvaise alimentation (un apport trop élevé en sodium, notamment) et un excès de poids corporel sont tous des facteurs du mode de vie qui favorisent aussi le développement de l’hypertension, incluant chez des personnes plus jeunes.

Dans les pays industrialisés, ces mauvaises habitudes de vie sont très répandues et contribuent à une prévalence assez élevée de personnes hypertendues, même chez les jeunes adultes.  Au Canada, par exemple, pas moins de 15 % des adultes de 20 à 39 ans et 39 % de ceux de 40-59 ans présentent une pression artérielle supérieure à 130/80 mm Hg (Figure 2).

Figure 2. Prévalence de l’hypertension dans la population canadienne. L’hypertension est définie comme une pression systolique ≥ 130 mm Hg ou une pression diastolique ≥ 80 mm Hg, selon les critères de l’American College of Cardiologyet de l’American Heart Association de 2017. Les données proviennent de Statistique Canada.

Cette proportion de jeunes adultes hypertendus est moindre que celle observée chez les personnes plus âgées (trois personnes de 70 ans et plus sur quatre sont hypertendues), mais elle peut néanmoins avoir des répercussions majeures sur la santé de ces personnes à plus long terme. Plusieurs études récentes indiquent en effet que ce n’est pas seulement l’hypertension en tant que telle qui représente un facteur de risque de maladies cardiovasculaires, mais aussi la durée de l’exposition d’une personne à ces pressions artérielles élevées. Par exemple, une étude a récemment rapporté qu’un début d’hypertension avant l’âge de 45 ans double le risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité prématurée, alors que l’apparition d’une hypertension plus tard dans la vie (55 ans et plus) a un impact beaucoup moins prononcé (Figure 3). Ces observations sont en accord avec des études montrant qu’une hypertension précoce est associée à un risque accru de mortalité cardiovasculaire et de dommages aux organes cibles (coeur, rein, cerveau). Dans le cas du cerveau, il a été rapporté qu’une pression artérielle élevée chez les jeunes adultes était associée à une hausse du risque de déclin cognitif à des âges plus avancés. À l’inverse, une méta-analyse récente suggère qu’une réduction de la pression artérielle à l’aide de médicaments antihypertenseurs est associée à une baisse du risque de démence ou de diminution des fonctions cognitives.

Figure 3. Variation du risque de maladie cardiovasculaire (rouge) ou de mortalité toute cause (bleu) selon l’âge où débute l’hypertension.  Adapté de Wang et coll. (2020).

 

Une hypertension précoce doit donc être considérée comme un important facteur de risque et les jeunes adultes ont tout avantage à prendre en charge de leur pression artérielle le plus tôt possible, avant que cette pression artérielle trop élevée ne cause des dommages irréparables.

L’étude des “barbershops”

Dans la culture afro-américaine, les salons de barbier (barbershops) sont des lieux de rassemblement qui jouent des rôles très importants dans la cohésion de la communauté. Pour les professionnels de la santé, la fréquentation assidue de ces salons représente également une opportunité en or de rencontrer régulièrement les hommes de race noire pour les sensibiliser à certains problèmes de santé qui les touchent de façon disproportionnée. Ce qui est notamment le cas de l’hypertension : les hommes noirs américains de 20 ans et plus présentent une des plus fortes prévalences de pression artérielle élevée au monde, avec pas moins de 59 % d’entre eux qui sont hypertendus. De plus, comparativement aux blancs, les hommes noirs développent une hypertension plus tôt au cours de leur vie et cette pression est en moyenne beaucoup plus élevée.

Une étude récente indique que les salons de barbier pourraient sensibiliser les Afro-Américains à l’importance de contrôler leur pression artérielle et favoriser le traitement de l’hypertension.  Dans cette étude, les chercheurs ont recruté 319 Afro-Américains âgés de 35 à 79 qui étaient hypertendus (pression artérielle moyenne d’environ 153 mm Hg) et qui étaient des clients réguliers de salons de barbier. Les participants ont été assignés au hasard à deux groupes : 1) un groupe d’intervention, dans lequel les clients étaient encouragés à consulter des pharmaciens présents dans les salons et spécialement formés pour diagnostiquer et traiter l’hypertension et 2) un groupe contrôle, dans lequel les barbiers suggéraient aux clients de modifier leur mode de vie et de consulter un médecin.  Dans le groupe d’intervention, les pharmaciens rencontraient régulièrement les clients lors de leurs visites au salon, leur prescrivaient des médicaments antihypertenseurs et faisaient le suivi de l’évolution de leur pression artérielle.

Après seulement 6 mois, les résultats obtenus ont été tout simplement spectaculaires: la pression artérielle du groupe d’intervention a chuté de 27 mm Hg (pour atteindre 125,8 mm Hg en moyenne), comparativement à seulement 9,3 mm Hg (pour atteindre 145 mm Hg en moyenne) pour le groupe contrôle.  Une pression artérielle normale (inférieure à 130/80 mm Hg) a été atteinte chez 64 % des participants du groupe d’intervention, alors que seulement 12 % de ceux du groupe contrôle y sont parvenus.  Une mise à jour récente de l’étude a montré que les effets bénéfiques de l’intervention étaient durables, avec un maintien des réductions de pression encore observé 1 an après le début de l’étude.

Ces réductions de pression artérielle obtenues dans le groupe d’intervention sont d’une grande importance, car plusieurs études ont clairement montré que le traitement pharmacologique de l’hypertension cause une réduction importante du risque de maladies cardiovasculaires, incluant les maladies coronariennes et AVC, de même que d’insuffisance rénale.  Cette étude montre donc à quel point il est important de connaître sa pression artérielle et, lorsqu’elle s’avère supérieure à la normale, de la normaliser à l’aide de la médication ou par des modifications au mode de vie.

L’importance des habitudes de vie

Ce dernier point est particulièrement important pour les nombreuses personnes qui présentent une pression artérielle légèrement au-dessus des normales, mais sans toutefois atteindre des valeurs aussi élevées que celles des participants de l’étude mentionnée plus tôt (150/90 mm Hg et plus).  Chez ces personnes, une hausse du niveau d’activité physique, une réduction de l’apport en sodium et une perte de poids corporel peut diminuer suffisamment la pression artérielle pour lui permettre d’atteindre des niveaux normaux.  Par exemple, l’obésité représente un facteur de risque majeur d’hypertension et une perte de poids de 10 kg est associée à une réduction de la pression systolique de 5 à 10 mm Hg.  Cette influence positive du mode de vie est observée même chez les personnes qui possèdent certaines variantes génétiques qui les prédisposent à l’hypertension. Par exemple, il a été montré que l’adoption d’un mode de vie globalement sain (poids normal, pas de tabagisme, activité physique régulière, consommation modérée d’alcool et bonne alimentation(incluant une réduction du sodium) était associée à une pression artérielle environ 3 mm Hg plus faible et à une réduction de 30 % du risque de maladies cardiovasculaires, et ce, quelque soit le risque génétique. À l’inverse, un mode de vie malsain augmente la pression artérielle et le risque de maladies cardiovasculaires, même chez ceux qui sont génétiquement moins à risque d’hypertension.

En somme, prendre régulièrement sa pression artérielle, même en bas âge, peut littéralement sauver votre vie.  La façon la plus simple de vérifier régulièrement sa pression est de se procurer un ou l’autre des nombreux modèles de tensiomètres disponibles en pharmacie ou dans les boutiques spécialisées. Faites la mesure en position assise, jambes décroisées et avec le bras appuyé sur une table de façon à ce que le milieu du bras soit à la hauteur du coeur.  Deux mesures le matin avant de déjeuner et de boire du café et deux autres mesures le soir avant le coucher (attendre au moins 2 heures après la fin du repas) donnent généralement un portrait fidèle de la pression artérielle, qui devrait être inférieure à 135/85  mm Hg en moyenne selon Hypertension Canada.

 

 

 

 

Un apport insuffisant en fibres alimentaires nuit au microbiote intestinal et à l’équilibre du système immunitaire

Un apport insuffisant en fibres alimentaires nuit au microbiote intestinal et à l’équilibre du système immunitaire

EN BREF

  • Le régime alimentaire typique dans les pays occidentaux ne contient pas suffisamment de fibres.
  • Cet apport insuffisant en fibres nuit aux bactéries du microbiote intestinal et par conséquent à l’immunité et à la santé de l’hôte.
  • Une consommation abondante et variée de fibres alimentaires permet de maintenir un microbiote diversifié et en santé, qui produit des métabolites qui contribuent à la physiologie et la santé humaine.

Les fibres alimentaires sont constituées de sucres complexes non digestibles par les enzymes digestives humaines, mais elles constituent une source importante d’énergie pour les bactéries intestinales qui ont la capacité de les dégrader. Ces fibres proviennent principalement des plantes, mais on en retrouve aussi dans les tissus animaux (viande, abats), les fungi (champignons, levures, moisissures) et les microorganismes d’origine alimentaire. Les principales fibres sont la cellulose, lignines, pectine, inuline, amidons et dextrines résistant aux amylases, chitines, bêta-glucanes et autres oligosaccharides. Cependant, toutes les fibres alimentaires ne peuvent être utilisées par le microbiote intestinal (la cellulose par exemple), aussi les chercheurs s’intéressent-ils plus particulièrement aux « glucides accessibles au microbiote » ou MAC (de l’anglais : microbiota-accessible carbohydrates) qui sont retrouvés dans les légumineuses, le blé et l’avoine, par exemple.

Recrudescence des allergies, maladies inflammatoires et auto-immunes
Les maladies non transmissibles, telles les allergies et les maladies inflammatoires et auto-immunes sont en hausse importante dans les pays occidentaux depuis un siècle. Même si l’on ne connaît pas toutes les causes de ces augmentations, il est fort plausible qu’elles aient une composante environnementale. La transition du régime alimentaire traditionnel au régime alimentaire occidental qui est survenu après la révolution industrielle est souvent mise en cause.   Le régime alimentaire occidental typique consiste principalement en des aliments transformés, riches en sucres et en gras, mais pauvres en minéraux, vitamines, et fibres. L’apport quotidien en fibres alimentaires recommandé est d’au moins 30 grammes (1 once), alors que les adeptes du régime alimentaire occidental n’en consomment que 15 grammes en moyenne. Par ailleurs, les personnes vivant dans des sociétés traditionnelles consomment jusqu’à 50-120 g/jour de fibres et ont un microbiote intestinal beaucoup plus diversifié que celui des Occidentaux. Un microbiote diversifié est associé à une bonne santé en général alors qu’un microbiote peu diversifié a été associé à des maladies chroniques courantes dans les pays occidentaux, telles que le diabète de type 2, l’obésité, les maladies inflammatoires de l’intestin (colite ulcéreuse, maladie de Crohn), le cancer colorectal, l’arthrite rhumatoïde et l’asthme.

Les métabolites du microbiote intestinal
Le microbiote intestinal contribue à la physiologie humaine par une production d’une multitude de métabolites. Ceux qui ont été les plus étudiés sont les acides gras à courte chaîne (AGCC), qui sont des composés organiques tels l’acétate, le propionate et le butyrate qui constituent ensemble ≥95 % des AGCC. Ces métabolites sont absorbés et se retrouvent dans la circulation sanguine via la veine porte et agissent sur le foie puis, via la circulation sanguine périphérique, sur les autres organes du corps humain. Les AGCC jouent des rôles clés dans la régulation du métabolisme humain, du système immunitaire et de la prolifération cellulaire. Les AGCC sont des métabolites produits par les microorganismes du microbiote intestinal à partir des fibres alimentaires qui sont des sucres complexes. Le microbiote produits d’autres métabolites à partir des acides aminés provenant des protéines alimentaires, incluant l’indole et ses dérivés, tryptamine, sérotonine, histamine, dopamine, p-crésol, phénylacetylglutamine, phénylacetylglycine.

Un manque de fibres alimentaires mène à la génération par le microbiote de métabolites toxiques pour l’humain
Un apport insuffisant en fibres ne mène pas seulement à une diversité réduite du microbiote et à une réduction de la quantité d’AGCC produits, mais cause aussi un changement dans le métabolisme des microorganismes vers l’utilisation de substrats moins favorables pour la santé de l’hôte. Parmi ces substrats alternatifs, les acides aminés provenant des protéines alimentaires sont fermentés par le microbiote en acides gras à chaîne ramifiée, ammoniaque, amines, composés N-nitrosés, des composés phénoliques tel le p-Crésol, sulfures et des composés indoliques. Ces métabolites sont soit cytotoxiques et/ou pro-inflammatoires et ils contribuent au développement de maladies chroniques, particulièrement le cancer colorectal.

Effets sur la production de mucus qui protège la muqueuse intestinale
Les principaux substrats utilisés par le microbiote lorsque l’apport en fibres est faible sont les mucines, des glycoprotéines contenues dans les mucus qui couvrent et protègent l’épithélium de la muqueuse intestinale. Le maintien de cette couche de mucus est très important pour prévenir les infections ; or un régime alimentaire à faible teneur en fibres altère la composition du microbiote intestinal et mène à une détérioration importante de la couche de mucus, ce qui peut augmenter la susceptibilité aux infections et à des maladies inflammatoires chroniques (voir la figure, ci-dessous). Des analyses transcriptomiques ont révélé que lorsqu’il y a un manque de fibres de type MAC, les enzymes qui dégradent le mucus sont exprimées en plus grande quantité dans les micro-organismes du microbiote. Les conséquences de la détérioration et de l’amincissement de la couche de mucus sont un dysfonctionnement de la barrière intestinale, c.-à-d. à une hausse de la perméabilité qui augmente la susceptibilité à l’infection par des bactéries pathogènes. Une alimentation riche en fibres a l’effet contraire : le microbiote est diversifié et la production abondante des métabolites AGCC stimule la production et la sécrétion de mucus par les cellules épithéliales spécialisées, dites caliciformes ou en gobelets.

Figure. Effet d’un régime alimentaire à haute teneur ou à faible teneur en fibres sur la composition et la diversité du microbiote intestinal et les répercussions sur la physiologie humaine. MAC : glucides accessibles au microbiote (microbiota-accessible carbohydrates). D’après Makki et coll., 2018.

Système immunitaire
Un microbiote intestinal en santé contribue à la maturation et au développement du système immunitaire (voir cet article de revue en français et cet article de revue en anglais). Par exemple, les acides gras à chaîne courte (AGCC) produits par le microbiote stimulent la production de lymphocytes T régulateurs. Les AGCC ont de nombreux effets sur la fonction et l’hématopoïèse des cellules dendritiques, ainsi que sur les neutrophiles qui sont les premiers leucocytes mobilisés par le système immunitaire en présence d’un agent pathogène.

Inflammation et cancer du côlon
L’incidence de maladies inflammatoires de l’intestin a augmenté considérablement en Occident depuis quelques décennies. Un régime alimentaire à faible teneur en fibres a été corrélé avec l’augmentation de l’incidence de la maladie de Crohn. Au contraire, un apport suffisant en fibres alimentaires semble protéger contre le développement de la colite ulcéreuse, un effet qui a été associé à une baisse des AGCC produits par le microbiote, le butyrate en particulier qui a des propriétés anti-inflammatoires.

Les maladies inflammatoires de l’intestin peuvent mener au développement du cancer du côlon. De plus, un apport alimentaire réduit en fibres a été associé à une incidence accrue du cancer colorectal.

Les fibres alimentaires jouent un rôle bien plus complexe qu’on le croyait il y a peu de temps, alors qu’on pensait qu’elles avaient un rôle purement mécanique dans le transit intestinal, par une augmentation du volume du bol alimentaire et par ses propriétés émollientes. Un apport alimentaire en fibres adéquat permet de maintenir un microbiote intestinal diversifié et en santé, ce qui peut prévenir le développement d’allergies, de maladies inflammatoires et auto-immunes. Le microbiote intestinal est l’objet d’intenses efforts de recherche, tel qu’en témoignent les nombreuses publications scientifiques publiées chaque mois, il n’a certainement pas livré tous ses secrets !

La cigarette électronique réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac

La cigarette électronique réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac

EN BREF

  • La fumée de cigarette contient plus de 7000 composés chimiques, dont au moins 250 sont des toxiques bien caractérisés et 70 qui sont des cancérigènes établis.
  • En permettant l’absorption de nicotine sans combustion du tabac, la cigarette électronique représente donc une alternative pour réduire l’exposition à ces composés toxiques.
  • Selon une analyse de l’Institut Pasteur, cette réduction est très importante, les aérosols générés par les cigarettes électroniques contenant moins de 1 % des toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette.
Il n’y a rien de pire que la cigarette pour la santé du coeur et des vaisseaux (et la santé en général) et cesser de fumer est de très loin la meilleure décision qu’une personne peut prendre pour diminuer son risque de développer une maladie cardiovasculaire. Le sevrage du tabac est cependant très difficile pour de nombreux fumeurs et, depuis plusieurs années, je recommande à mes patients qui sont incapables de cesser de fumer par les moyens conventionnels (timbres, gomme, etc.) d’utiliser la cigarette électronique.

Dans une cigarette électronique, une solution de nicotine est chauffée à environ 80oC à l’aide d’un atomiseur, ce qui génère un aérosol qui permet au vapoteur d’inhaler une petite quantité de nicotine (comme un fumeur) pour assouvir sa dépendance, mais qui ne contient pas les multiples molécules toxiques qui sont générées lors de la combustion du tabac (à environ 900 °C).  Ce dernier point est le plus important : contrairement à ce que plusieurs pensent (incluant la majorité des médecins), ce sont les produits de combustion de la cigarette de tabac qui causent les problèmes de santé, et non la nicotine. Cette dernière est une drogue qui crée la dépendance au tabac et qui incite les personnes à fumer, mais elle n’a pas d’effets majeurs sur la santé et n’est surtout pas responsable des maladies cardiovasculaires ni du cancer du poumon qui découlent du tabagisme. L’intérêt de la cigarette électronique est donc qu’elle permet aux fumeurs très dépendants de la nicotine de réduire considérablement leur exposition aux nombreuses substances toxiques de la fumée de cigarette. Il s’agit d’un exemple classique de ce qu’on appelle la réduction des méfaits (harm reduction).

De plus, non seulement la cigarette électronique est moins toxique que le tabac, mais une étude clinique randomisée publiée récemment dans le prestigieux New England Journal of Medicine montre qu’elle peut être très utile pour le sevrage tabagique, avec une efficacité deux fois plus grande que les approches traditionnelles à base de substituts nicotiniques. Ces dispositifs représentent donc une innovation technologique très intéressante qui ajoute une nouvelle dimension à la lutte au tabac.

Désinformation à grande échelle

Cela étant dit, un des aspects les plus déconcertants de la couverture médiatique qui entoure tout ce qui touche la cigarette électronique est le ton négatif, souvent même alarmiste, qui est employé pour rapporter les derniers développements de la recherche sur ces dispositifs.  N’importe quelle étude qui prétend montrer un impact négatif de la cigarette électronique sur la santé fait les manchettes, même celles qui sont de qualité médiocre et publiées dans des journaux de second ordre, tandis que les études qui rapportent plutôt un effet positif sont tout simplement ignorées, même lorsqu’elles sont très solides scientifiquement et publiées dans des journaux médicaux prestigieux. Ce déséquilibre fait en sorte que la population est informée seulement des risques potentiels associés à la cigarette électronique, sans savoir qu’il existe en parallèle toute une littérature qui montre que ces dispositifs ont des effets positifs sur la santé des fumeurs.

Un des meilleurs exemples de ce biais médiatique est sans doute la couverture d’une étude prétendant montrer une hausse du risque de crise cardiaque chez les vapoteurs, étude qui a été largement diffusée dans l’ensemble des médias de la planète lors de sa publication.  Pourtant, un examen critique des résultats a révélé que la majorité des 38 patients de l’étude avaient subi un infarctus en moyenne 10 ans AVANT de commencer à vapoter et donc que ces infarctus ne pouvaient pas être dus à la cigarette électronique.  Puisque les vapoteurs sont presque toujours des ex-fumeurs, la hausse d’infarctus observée chez les vapoteurs est simplement due au fait que ces personnes ont abandonné le tabac après avoir été malades et utilisent maintenant la cigarette électronique pour éviter une récidive.   Il s’agit d’un cas flagrant de faute scientifique qui a entrainé une rétraction de l’article, sauf que le retrait de cette étude frauduleuse n’a pas été rapporté par la plupart les médias. Il faut souligner que l’auteur principal de cet article rétracté, Stanton Glantz, est l’un des chercheurs les plus engagés contre l’usage de la cigarette électronique .

C’est d’autant plus dommage qu’une étude clinique randomisée, très bien faite celle-là, a montré que c’est exactement le phénomène contraire qui se produit, c’est-à-dire que la transition des fumeurs vers la cigarette électronique est positive, car elle s’accompagne d’une amélioration rapide (en 1 mois seulement) de la santé des vaisseaux sanguins.  Cette étude importante n’a cependant pas été rapportée par les médias et la population ne sait donc pas que, loin d’être nocive pour le coeur, la cigarette électronique est au contraire associée à des bénéfices concrets pour la santé des fumeurs.

La conséquence immédiate de cette  désinformation est de faire en sorte que de moins en moins de personnes considèrent la cigarette électronique comme une alternative moins nocive au tabac, incluant les fumeurs, et qu’il y a un risque de voir diminuer le nombre de fumeurs qui font le saut vers la cigarette électronique.  Je le vois déjà dans ma pratique : des patients qui s’étaient sevrés du tabac grâce au vapotage ont recommencé à fumer, alors que d’autres sont réticents à essayer la cigarette électronique pour cesser de fumer.  Dans les deux cas, la raison invoquée est la même : si vapoter est aussi mauvais que fumer, pourquoi faire la transition ?  On peut donc voir que les campagnes de désinformation peuvent avoir des conséquences réelles pour la vie des gens et même faire littéralement la différence entre la vie et la mort chez certains d’entre eux.

Réduction des toxiques

Pourtant, personne ne peut sérieusement soutenir que la cigarette électronique est aussi néfaste pour la santé que la cigarette.  La fumée de cigarette contient plus de 7000 composés chimiques, dont au moins 250 sont des toxiques bien caractérisés et 70 qui sont des cancérigènes établis.  L’exposition répétée à ces émissions toxiques est directement responsable de 8 millions de morts chaque année dans le monde, ce qui fait du tabagisme la principale cause de décès évitables, en particulier ceux causés par le cancer (30 % de tous les cancers sont dus au tabac) et les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Les analyses réalisées par Public Health England, la National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine américaine et le Committee on Toxicity of Chemicals in Food, Consumer Products, and the Environment britannique montrent toutes que les aérosols provenant des cigarettes électroniques contiennent un nombre et une quantité bien moindre de substances toxiques que la fumée de cigarette et sont donc moins nocives pour la santé que le tabac fumé. C’est pour cette raison que des organismes comme Public Health England ou encore en France l’Académie nationale de médecine recommande fortement aux fumeurs de ne pas hésiter et de faire la transition vers le vapotage.

Cela ne veut pas dire que la cigarette électronique est absolument sans danger, mais il est indéniable qu’elle est beaucoup moins dommageable que le produit qu’elle remplace (ce qui est le principe de base de la réduction des méfaits).  À force de s’intéresser seulement à identifier une éventuelle nocivité du vapotage, on en vient à oublier que le principe de base du vapotage est de réduire les méfaits du tabagisme chez les fumeurs qui sont exposés à répétition aux toxiques du tabac.

Une étude récente de l’Institut Pasteur permet de bien visualiser ce potentiel de réduction des méfaits. Dans cette étude, les scientifiques ont comparé la présence de deux grandes classes de toxiques (composés carbonylés et hydrocarbures aromatiques) dans les aérosols provenant de cigarettes fumées, de tabac chauffé (IQOS, voir notre article à ce sujet) et les cigarettes électroniques. Les résultats sont vraiment impressionnants : pour les 19 carbonylés et 23 hydrocarbures aromatiques testés, la cigarette électronique choisie pour l’étude (dispositif avec réservoir à grande capacité, utilisé à puissance maximale) permet une réduction de 99,8 et 98,9 % de ces toxiques comparativement à la cigarette de tabac (Figure 1).  L’IQOS (tabac chauffé) est elle aussi moins toxique que la cigarette, avec des réductions de 85 % et de 96 % de la concentration de ces toxiques, mais ces diminutions demeurent néanmoins inférieures à celles observées avec la cigarette électronique, en accord avec des études précédentes.

Figure 1. Contenu des composés carbonylés (A) et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) (B) dans les aérosols produits par la cigarette, le tabac chauffé et la cigarette électronique. Notez la réduction drastique de ces deux classes de toxiques dans la vapeur de cigarette électronique comparativement à la fumée de tabac. Tiré de Dusautoir et coll. (2020).

Les chercheurs ont par la suite comparé la toxicité des différentes formes de cigarettes en mesurant la viabilité de cellules épithéliales bronchiques suite à une exposition répétée à des bouffées d’aérosols générés par la cigarette, le tabac chauffé et la cigarette électronique. Comme le montre la Figure 2, l’exposition des cellules à seulement 2 bouffées provenant d’une cigarette est suffisante pour tuer la moitié des cellules et aucune cellule résiduelle n’est détectable après avoir été en contact avec 10 bouffées de fumée. Le tabac chauffé permet de réduire significativement cette toxicité (40 bouffées sont nécessaires pour tuer la moitié des cellules et une centaine pour les éliminer complètement), mais c’est encore ici la cigarette électronique qui est de très loin la moins toxique, avec la totalité des cellules qui demeurent vivantes, même après une exposition à 120 bouffées de l’aérosol.

Figure 2. Viabilité des cellules épithéliales bronchiques après une exposition répétée aux aérosols provenant d’une cigarette régulière, de tabac chauffé ou d’une cigarette électronique. Notez la grande toxicité de la cigarette, qui provoque 50 % de mortalité après l’exposition des cellules à seulement 2 bouffées de fumée, tandis que les cellules demeurent viables même après avoir été en contact à 120 bouffées d’aérosol provenant de la cigarette électronique.  Tiré de Dusautoir et coll. (2020).

Une autre étude montre que cette diminution très importante de toxicité est également observée pour la Juul,  la cigarette électronique qui a récemment accaparé la majorité du marché des cigarettes électroniques (voir notre article à ce sujet).   Comparativement à la cigarette traditionnelle, la vapeur générée par la Juul contient près de 100 % moins de monoxyde de carbone et de composés carbonylés comme l’acétaldéhyde, le formaldéhyde et l’acroléine (un irritant majeur de la fumée de cigarette) (Tableau 1). Des résultats similaires ont également été rapportés dans une autre étude. Ces données sont importantes, car la Juul est particulièrement populaire auprès des jeunes vapoteurs : contrairement à ce qu’on entend souvent, la très grande majorité des jeunes (>99 %) qui vapotent régulièrement sont des fumeurs occasionnels ou réguliers et ces personnes peuvent donc réduire substantiellement leur exposition aux toxiques du tabac en vapotant. De plus, des données récentes indiquent que la nicotine absorbée par l’entremise de cigarettes électroniques est moins addictive que lorsqu’elle provient de la combustion du tabac, ce qui diminue le risque de développer une dépendance à plus long terme.

Tableau 1. Concentration de certains composés toxiques présents dans la fumée de cigarette ou dans la vapeur générée par la cigarette électronique Juul.   Tiré de Son et coll. (2020).

Il est bon de rappeler que l’objectif ultime de la lutte au tabac est de réduire l’incidence des maladies liées au tabagisme, en particulier les maladies cardiovasculaires et le cancer du poumon. Pour y arriver, l’abstinence totale est souhaitable, mais il faut tenir compte du grand nombre de personnes qui sont incapables d’arrêter de fumer par elles-mêmes ou en utilisant les outils de sevrage actuels et demeurent par conséquent à risque de mourir prématurément.  Selon mon expérience clinique des dix dernières années, la cigarette électronique est le substitut nicotinique le plus apprécié par les fumeurs et représente pour plusieurs d’entre eux la seule approche qui leur permet de réussir à quitter définitivement le tabac.  Au lieu de chercher constamment à discréditer ces dispositifs, comme c’est le cas actuellement, on devrait plutôt les voir comme une innovation technologique qui peut grandement contribuer à la lutte aux maladies causées par le tabagisme et informer clairement les fumeurs des bénéfices qui sont associés à la transition vers le vapotage.

 

L’alimentation limitée dans le temps : un outil pour perdre du poids et améliorer la santé cardiométabolique

L’alimentation limitée dans le temps : un outil pour perdre du poids et améliorer la santé cardiométabolique

EN BREF

  • Les deux formes d’alimentation limitée dans le temps (jeûne intermittent) les plus populaires, sur 4 heures ou 6 heures par jour, ont été testées chez des personnes obèses.
  • Les deux régimes alimentaires ont produit la même perte de poids corporel (–3,2 %) à la fin de l’étude d’une durée de deux mois.
  • Les deux régimes alimentaires ont réduit l’apport calorique de ∼550 kcal/jour, sans que les participants aient eu à contrôler le nombre de calories consommées.
  • Des réductions similaires de la résistance à l’insuline et du stress oxydatif ont été observées pour les deux types de régimes.

Le jeûne intermittent a gagné en popularité ces dernières années, depuis que plusieurs études cliniques ont montré qu’il peut permettre de perdre du poids et de prévenir des maladies métaboliques (voir aussi notre article : « Le jeûne intermittent, une nouvelle approche pour perdre du poids ? »).

On distingue trois types différents de régimes qui font partie du jeûne intermittent :

  • Le jeûne en jour alterné (alternateday fasting) où l’on alterne entre une journée de « jeûne » où l’on ne consomme que très peu de calories (0-800 calories) suivie d’une journée où l’on mange normalement.
  • Le régime 5:2 est une version modifiée du jeûne en jour alterné qui inclut deux journées de jeûne par semaine (<600 calories), suivi de cinq jours où l’on mange normalement.
  • L’alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding) préconise de limiter la période de la journée durant laquelle la nourriture est consommée. Les deux formes de ce régime les plus populaires sont le « régime du guerrier » (warrior diet) où l’on ne mange que sur une période de 4 heures par jour et le régime « 18:6 » où l’on jeûne pendant 18 heures et où l’on mange sur une période de 6 heures.

Dans une étude randomisée contrôlée publiée récemment dans Cell Metabolism, des chercheurs en nutrition ont voulu répondre à la question suivante : l’alimentation limitée sur une période de 6 heures (régime 18:6) produit-elle les mêmes effets sur le poids corporel et les facteurs de risque métabolique qu’une alimentation limitée sur 4 heures (« régime du guerrier » ou régime 20:4) ? Les chercheurs avaient pour hypothèse qu’en comparaison avec l’alimentation limitée sur une période de 6 heures, celle limitée sur 4 heures permettrait une plus grande perte de poids, une baisse plus marquée de la tension artérielle, un meilleur contrôle de la glycémie et des effets plus marqués sur le stress oxydatif.

Les 58 participants obèses (IMC : 30-50 kg/m2) à l’étude d’une durée de 8 semaines ont été répartis en trois groupes :

  • un groupe témoin qui pouvait manger normalement et sans restriction de temps.
  • Un groupe qui devait manger entre 15 h et 19 h, soit une restriction sur une période de 4 heures.
  • Un groupe qui devait manger entre 13 h et 19 h, soit une restriction sur une période de 6 heures.

Il n’y avait aucune restriction sur la quantité ou la nature de la nourriture consommée et les participants ne devaient pas contrôler leur apport en calories. Durant la période de jeûne, les participants étaient encouragés à boire abondamment de l’eau et il était permis de consommer des boissons sans calories telles que le thé noir, café (sans sucre ni lait) ou une boisson gazeuse diète.

Après 8 semaines, les deux groupes qui ont limité leur alimentation sur des périodes de 4 heures et 6 heures avaient tous deux perdu 3,2 % ± 0,4 % de poids corporel, alors que le groupe témoin n’avait pas perdu significativement de poids (0,1 % ± 0,4 %). L’alimentation limitée sur 4 heures n’a donc pas permis de perdre davantage de poids que sur une période de 6 heures, contrairement à l’hypothèse de départ.

La glycémie à jeun n’était pas significativement différente entre les trois groupes, huit semaines après le début de l’étude. Par contre, l’insulinémie à jeun, la résistance à l’insuline et le stress oxydatif étaient réduits dans les 2 groupes d’intervention, par comparaison au groupe témoin, avec aucune différence significative entre les deux groupes d’intervention (4 heures vs 6 heures).

Plusieurs paramètres, incluant la pression artérielle, les taux de cholestérol-LDL, cholestérol-HDL et de triglycérides n’ont pas été modifiés par l’alimentation limitée dans le temps, aussi bien pour la limitation de 4 heures que celle de 6 heures. Ces derniers résultats sont en contradiction avec ceux d’études précédentes où des baisses significatives de ces paramètres avaient été observées. Les auteurs ne peuvent expliquer ces différences, mais ils suggèrent que leur étude n’avait peut-être pas suffisamment de participants pour être en mesure d’observer des effets significatifs sur ces paramètres secondaires de l’étude.

Résumé des principaux résultats des études antérieures sur le jeûne intermittent
Les effets du jeûne en jour alterné et du régime 5:2 (2 jours de jeûne et 5 jours d’alimentation normale) sur le risque de maladie métabolique ont été l’objet de plus d’une douzaine d’études chez l’humain jusqu’à ce jour. Le jeûne en jour alterné produit une perte de poids corporel de l’ordre de 5 à 7 % sur une courte période (moins de six mois). Le jeûne en jour alterné apporte aussi plusieurs bienfaits métaboliques tels qu’une réduction de la pression artérielle, du cholestérol-LDL, des triglycérides, de l’insulinémie à jeun, de la résistance à l’insuline, de l’inflammation et du stress oxydatif. Le régime 5:2 a des effets similaires au jeûne en jour alterné.

L’alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding) a été l’objet d’un moins grand nombre d’études. Il y a eu six études cliniques chez l’humain à ce jour et seulement trois de ces études ont examiné les effets de ce régime sur la perte de poids corporel. Selon ces quelques études, l’alimentation limitée dans le temps produit une perte de poids corporel de l’ordre de 2,6 % à 3,6 % et une réduction de l’apport calorique de 8 à 20 % en 12 à 16 semaines. Ce type de jeûne intermittent a des effets significatifs sur la santé métabolique : baisse marquée de la glycémie à jeun, insulinémie, résistance à l’insuline. Une baisse de pression artérielle a été observée dans plusieurs études, même en absence de perte de poids corporel. Les effets sur les niveaux des lipides dans le sang sont moins clairs. Quelques études sur l’alimentation en temps restreint rapportent une baisse des triglycérides et du cholestérol-LDL, mais la plupart des études n’ont observé aucun effet sur ces mêmes lipides.

Conclusion
Bien que la perte de poids observée dans cette nouvelle étude soit modérée, les auteurs sont d’avis que l’alimentation en temps restreint est une intervention prometteuse pour ceux qui désirent perdre du poids. La limitation de l’alimentation sur une période de 6 heures est plus facile à pratiquer que sur 4 heures puisqu’il suffit, par exemple, de ne pas prendre de petit-déjeuner et de prendre les deux repas de la journée à des heures relativement normales (13 h et 18 h 30 par exemple). Cette étude indique qu’on obtiendra autant de bienfaits pour la santé avec le régime 18:6 qu’avec le « régime du guerrier » (20:4).

Le Chili, un exemple d’intervention agressive de l’État pour combattre l’épidémie d’obésité

Le Chili, un exemple d’intervention agressive de l’État pour combattre l’épidémie d’obésité

EN BREF

  • Le Chili, comme la plupart des pays d’Amérique latine, a vu l’incidence d’obésité dans sa population grimper en flèche au cours des 20 dernières années.
  • Cette montée du surpoids est directement corrélée avec une surconsommation d’aliments industriels ultratransformés, notamment les boissons sucrées.
  • Pour renverser cette situation, une loi encadrant très sévèrement la promotion, la vente et l’étiquetage de ces produits a été instaurée en 2016 et cette approche musclée semble commencer à porter fruit.

Du point de vue médical, un des plus grands bouleversements à s’être produit au cours du XXe siècle est certainement la hausse vertigineuse du poids corporel de la population mondiale. À l’échelle de la planète, les estimations récentes  indiquent qu’environ 2 milliards d’adultes sont en surpoids (IMC entre 25-30), incluant 650 millions qui sont obèses (IMC>30), soit environ trois fois plus qu’en 1975.  Cette augmentation très rapide de la proportion de personnes en surpoids a plusieurs conséquences sur la santé de la population, car l’embonpoint et l’obésité sont associés à des hausses importantes de l’incidence de plusieurs maladies chroniques qui diminuent l’espérance de vie en bonne santé, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et plusieurs types de cancers. En plus de ces maladies chroniques, la pandémie de Covid-19 a aussi mis en évidence que l’obésité est associée à une hausse du risque de développer des complications graves de la maladie et d’en décéder.  L’augmentation du nombre de personnes en surpoids représente donc un des principaux problèmes de santé publique de notre époque et est en train, à elle seule, d’effacer les gains obtenus suite à la diminution marquée du tabagisme au cours des dernières années.

De la sous-nutrition à la surnutrition

Cette augmentation rapide de l’incidence d’obésité est observée à l’échelle mondiale, mais a été particulièrement remarquable dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires (low- and middle-income countries). Jusque vers la fin des années 1970, le principal problème nutritionnel auquel devaient faire face ces pays était la grande insécurité alimentaire de leur population et l’importante proportion d’enfants souffrant de malnutrition. Avec la globalisation des échanges commerciaux qui a débuté dans les années 1980, le niveau de vie de ces populations a commencé à ressembler de plus en plus à celui des pays plus riches, autant pour certains de ses bons côtés (eau potable, hygiène, diminution des maladies infectieuses et de la mortalité infantile, éducation) que pour ses mauvais (sédentarité, alimentation basée sur les aliments ultratransformés et le fast-food).

Le résultat est que tous les pays, sans exception, qui ont adopté ces nouvelles habitudes alimentaires et le mode de vie occidental doivent maintenant composer avec une plus grande proportion d’individus obèses. Dans les pays plus pauvres, cette « transition nutritionnelle » a été si rapide que l’augmentation du poids corporel de la population peut aussi coexister avec la malnutrition : en effet, pour les personnes pauvres, la grande disponibilité et le faible coût des aliments ultratransformés permettent de subvenir à leurs besoins en énergie, mais la carence en éléments nutritifs de ces aliments fait en sorte que l’excès de calories ingérées s’accompagne paradoxalement d’une carence nutritionnelle.  Même si cela peut paraitre surprenant à première vue,  la surnutrition et la sous-nutrition peuvent donc se produire simultanément dans une population, parfois au sein d’une même famille.

L’Amérique latine durement touchée

L’Amérique latine représente possiblement un des meilleurs exemples de l’impact de ces transformations alimentaires sur l’incidence d’obésité et des maladies associées au surpoids. Le Mexique, par exemple, est le pays qui a subi la plus forte augmentation d’obésité à l’échelle mondiale entre 1990 et 2010, et en 2014, plus de 300 millions d’adultes vivant en Amérique latine étaient en surpoids, incluant 100 millions qui étaient obèses.  La situation risque même d’empirer au cours des prochaines années en raison de la forte incidence d’obésité infantile dans cette raison, qui atteint par exemple 12 % au Chili et 11 % au Mexique (un pourcentage similaire à celui des enfants canadiens, parmi les plus élevés au monde).

La croissance économique des années 1990 a entrainé une ruée vers les produits typiquement nord-américains comme le fast-food, les téléviseurs et les voitures, provoquant une hausse de l’apport calorique et une diminution parallèle du niveau d’activité physique. La très forte consommation d’aliments ultratransformés, en particulier les boissons sucrées est certainement une des nouvelles habitudes alimentaires qui contribue à la hausse de surpoids des habitants de ces régions : à  l’échelle mondiale, trois des quatre pays consommant le plus grand nombre de calories sous forme de boissons sucrées sont en Amérique latine, avec le Chili et le Mexique aux premier et deuxième rangs, suivis de l’Argentine en quatrième position tout juste derrière les États-Unis (Figure 1).  Figure 1. Comparaison du nombre de calories provenant de boissons sucrées vendues dans différents pays du monde en 2014. Notez la très forte consommation de ces boissons au Chili (astéristique rouge), plus de deux fois plus élevée qu’au Canada (astérisque noir). Tiré de Popkin (2016).

Plusieurs études indiquent que cette surconsommation de sucres ajoutés est généralement associée à une alimentation de mauvaise qualité (pauvre en nutriments) et contribue fortement au développement de l’obésité, du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires. Ceci est particulièrement vrai en Amérique latine, car certaines études indiquent qu’en présence d’un apport élevé en sucre, certaines personnes d’origine hispanique sont génétiquement prédisposées à développer une stéatose hépatique non alcoolique, une accumulation anormale de gras au niveau du foie qui est étroitement liée au développement du diabète de type 2 et du syndrome métabolique.

Riposte gouvernementale

Le lien étroit qui existe entre la consommation d’aliments industriels ultratransformés et le risque accru d’obésité illustre le gouffre qui sépare, d’un côté, les intérêts financiers des multinationales alimentaires qui fabriquent ces produits, et de l’autre, la santé de la population. L’objectif de ces compagnies n’est évidemment pas de rendre les gens malades, mais il est indéniable que leur but primordial demeure de générer des profits, sans trop se préoccuper de savoir si la consommation de leurs produits peut mener au développement d’un grand nombre de maladies chroniques.

Les gouvernements n’ont cependant pas ce luxe, eux qui doivent directement composer avec les énormes pressions qu’exercent les maladies associées au surpoids sur les systèmes de santé. Une approche simple et directe qui a été adoptée par plusieurs pays est d’introduire une taxe sur ces produits alimentaires industriels, en particulier les boissons gazeuses (voir notre article sur le sujet). Le principe est le même que pour toutes les taxes touchant d’autres produits nocifs pour la santé comme l’alcool et le tabac, c’est-à-dire qu’une hausse des prix est généralement associée à une diminution de la consommation.   Les études qui ont examiné l’impact de cette approche pour les boissons gazeuses indiquent que c’est effectivement le cas, avec des baisses de la consommation observée (entre autres) au Mexique, à Berkeley (Californie) ou encore aux Barbades. Malgré la réticence légendaire des politiciens à imposer de nouvelles taxes, il n’y a pas de doute que cette approche représente un outil prometteur, surtout si les montants récoltés sont réinvestis de façon à améliorer l’alimentation de la population (subventions pour l’achat de fruits et légumes, par exemple).

Une autre approche, encore plus prometteuse, est d’aider le consommateur à faire un choix éclairé en l’informant du contenu des produits en sucre, gras, sel et calories. Ces informations existent présentement, mais sous la forme d’étiquettes nutritionnelles assez difficiles à interpréter : la quantité de sucre, de gras saturés, de sodium et de calories est bel et bien indiquée sur ces étiquettes, mais fait référence à des pourcentages de l’apport quotidien recommandé. Pour la plupart des gens, voir que le contenu en sucre de tel aliment représente par exemple «  15 % de l’apport recommandé » est un concept plutôt abstrait qui ne permet pas de savoir si cette quantité est faible, adéquate ou trop élevée. Une façon plus simple et directe est d’indiquer clairement sur le devant du produit si celui-ci est riche en sucre, en gras ou en sel, comme c’est le cas au Chili. En réponse à la hausse galopante de l’obésité dans sa population, le ministère de la Santé du pays a en effet introduit un système d’étiquetage, présent sur le devant de l’emballage, qui permet au consommateur de voir immédiatement si un produit renferme des quantités élevées de sucre, de gras saturés, de sodium ou encore de calories (Figure 2).

Figure 2. Vignettes élaborées par le ministère de la santé chilien (Ministerio de Salud) et apposées sur l’emballage des produits vendus dans le commerce. Les vignettes signalent un contenu riche (alto) en sucre (azúcares), en gras saturés (grasas saturadas), en sel (sodio) ou en calories (calorías). Tiré de Kanter et coll. (2019).

Ces vignettes aident le consommateur à faire de meilleurs choix et peut inciter l’industrie à reformuler son produit pour échapper à cet étiquetage et devenir plus attrayant. Notons que Santé Canada a également élaboré un projet d’étiquetage du même type, mais l’adoption de cette pratique se fait toujours attendre, plus de deux ans après la fin des consultations publiques. Le Mexique, quant à lui, est récemment allé de l’avant avec un système similaire à celui du Chili, tout comme le Pérou, l’Uruguay et Israël.

L’approche chilienne s’inscrit dans un plan global de lutte à l’obésité, basé en majeure partie sur la modification d’une culture alimentaire beaucoup trop axée sur les produits ultratransformés.  En plus du nouveau système d’étiquetage, la Chile’s Law of Food Labeling and Advertising implantée en 2016 interdit la vente de produits caloriques (crème glacée, boissons gazeuses, croustilles, etc.) dans les écoles, impose de sévères restrictions sur le marketing des produits industriels (élimination de personnages aimés des enfants sur les boîtes de céréales, interdiction de ventes de friandises contenant des jouets (Kindle)), interdit les publicités de ces produits dans les émissions ou les sites web destinés aux jeunes et impose une taxe de 18 % sur les boissons sucrées, l’une des plus élevées au monde.  Cette intervention gouvernementale musclée semble porter fruit : une étude récente montre que la consommation de boissons sucrées a chuté de 25 % dans les 18 mois après l’implantation de la loi, tandis que celle d’eau embouteillée à augmenté de 5 %.  Les autorités envisagent maintenant d’élargir la portée de la loi en introduisant une taxe supplémentaire sur l’ensemble des produits de la malbouffe.

En Amérique du Nord, nous restons extrêmement passifs face à la hausse vertigineuse du nombre de personnes en surpoids dans notre société. Pourtant, le fardeau des maladies liées au surpoids pèse ici aussi très lourd sur notre système de santé et, comme mentionné auparavant, l’avenir s’annonce sombre étant donné que nous sommes désormais parmi les leaders mondiaux en ce qui concerne l’obésité infantile. L’exemple du Chili montre que les gouvernements disposent de moyens législatifs concrets qui peuvent être utilisés pour tenter de renverser cette tendance. Face à une industrie qui refuse de s’autodiscipliner, les autorités doivent adopter une approche beaucoup plus agressive pour protéger la population des problèmes de santé associés à la surconsommation d’aliments ultratransformés, surtout auprès des jeunes : le risque d’obésité s’établit très tôt dans la vie, puisque la moitié des enfants et adolescents qui deviennent obèses présentent déjà un excès de poids à leur entrée en maternelle.