Dr Éric Thorin, Ph. D.

Professeur titulaire, Département de Chirurgie, Université de Montréal. Chercheur au centre de recherche de l'Institut de cardiologie de Montréal.

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Les bénéfices cardiovasculaires des vélos avec assistance électrique

En bref

  • Le vélo électrique sollicite un effort d’intensité modérée ;
  • Comparé aux vélos classiques, le vélo électrique entraîne une fréquence cardiaque, une consommation d’oxygène (VO₂), un niveau de MET (équivalent métabolique, voir encadré) et une dépense énergétique par minute moins élevée;
  • Dans la plupart des études, l’activation cardiométabolique induite par le vélo électrique est cependant nettement supérieure à celle de la marche ;
  • Bien que les utilisateurs de vélos électriques consacrent moins de temps à une activité physique d’intensité modérée à vigoureuse que les cyclistes conventionnels, ils accumulent une quantité importante de temps actif à ces niveaux d’intensité.
  • Le vélo électrique est donc un mode d’activité physique alternatif qui associe l’utile à l’agréable et permet de briser le cycle de la sédentarité.

Le vélo à assistance électrique suscite depuis quelques années un réel engouement, en particulier  chez les personnes plus âgées ou qui sont moins en forme. Comme son nom l’indique, ce type de bicyclette est équipée d’un moteur électrique qui augmente la force de pédalage, ce qui permet au cycliste de parcourir de plus longues distances ou encore de gravir des pentes sans nécessiter une dépense excessive d’énergie. Il s’agit donc d’une forme d’activité physique très agréable et accessible à un large éventail de personnes.  

En médecine, ce mode de transport a vite attiré l’attention, car il permet d’adapter l’intensité de l’activité physique aux capacités du patient. Par exemple, suite à un accident cardiovasculaire tel qu’un infarctus du myocarde, la réadaptation post-infarctus requiert l’adoption d’un mode de vie sain, en particulier en ce qui a trait à l’activité physique. Très vite, le vélo à assistance électrique s’est imposé comme étant une alternative très intéressante, car en permettant de régler le niveau d’assistance, de faible à élevé, il permet d’adapter l’intensité de l’effort requis pour se déplacer et donc de plus facilement contrôler la fréquence cardiaque (battements par minute) optimale pour le patient pendant son effort, tout en lui offrant un mode de déplacement agréable.

Dans les dix dernières années, des études scientifiques ont permis d’évaluer les effets de cette forme d’activité physique en apportant des données probantes. Les études résumées dans le tableau montrent que d’une manière générale, l’utilisation de vélo à assistance électrique améliore légèrement la capacité cardiopulmonaire, mais a peu d’effet sur la pression artérielle. Certaines études montrent une amélioration de la fonction élastique de l’aorte mesurée par la vitesse de l’onde de pouls, un bienfait important récemment décrit dans l’Observatoire.

ParamètresVélo classique vs vélo électriquePrincipaux résultatsSources
Condition cardiorespiratoire (VO₂peak)Améliorations similaires sur 4 semaines chez des adultes en surpoids non entraînés.VO₂peak ↑ 3,6 mL/kg/min (vélo électrique) vs 2,2 (vélo classique).

Les méta-analyses montrent des gains modérés de capacité cardiopulmonaire maximale avec le vélo électrique
Höchsmann et coll. (2017)
Bourne et coll. (2018)
Riiser et coll. (2022)
Rigidité artérielle / pression artérielleL’utilisation à court terme du vélo électrique ↓ la vitesse de l’onde de pouls centrale (VOP) ; changement mineur ou nul de la pression artérielle.1 semaine de vélo électrique ↓ la VOP carotido-fémorale d’environ 6 %.

Les essais sur 4 semaines montrent peu de changement de la PA.
Alessio et coll. (2024)
Hayward
(2023)

Bourne et coll. (2018)
Bini et coll. (2024)
Volume d’activitéLe vélo électrique est souvent utilisé plus fréquemment et sur de plus longues distances.Temps hebdomadaire de cyclisme et dépense énergétique plus élevés avec le vélo à assistance électrique vs vélo classique chez des employés.
La distance parcourue est corrélée à une ↓ de la masse corporelle et de la PA diastolique.
Stenner et coll. (2020)
Bini et coll. (2024)
Sundfør et Fyhri (2017)
Castro et coll. (2019)

Une grande étude réalisée sur 10 000 usagers de 7 grandes villes européennes montre que les utilisateurs de vélos électriques pratiquent une activité physique hebdomadaire totale similaire (4 463 MET min/semaine) à celle des cyclistes conventionnels (4 085 MET min/semaine) et nettement supérieure à celle des non-cyclistes (3 308 MET min/semaine). Les cyclistes à vélo électrique ont tendance à parcourir de plus longues distances et à se déplacer plus fréquemment, ce qui compense une intensité par minute plus faible et en fait une forme efficace d’activité physique d’intensité modérée (voir l’encadré pour la description des METs).

En sport, MET signifie « Équivalent Métabolique ». C’est une unité de mesure de l’intensité d’une activité physique qui compare la dépense énergétique d’un effort à celle du repos.

  • 1 MET = consommation d’oxygène au repos (3,5 ml O2/kg/min).
  • Intensité légère : < 3 MET (ex : marche lente).
  • Intensité modérée : 3 à 6 MET (ex : marche rapide, vélo).
  • Intensité intense : > 6 MET (ex: course à pied, soccer).

  Les MET permettent de calculer la dépense calorique (1 MET » 1 kcal/kg/heure)

Les conclusions principales de ce rapport sont les suivantes :

  • Les cyclistes à vélo électrique sont très actifs, 97 % d’entre eux respectant les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique (plus de 600 MET min/semaine), un pourcentage similaire à celui des cyclistes conventionnels (96 %).
  • Les cyclistes à vélo électrique parcourent des distances quotidiennes plus longues (environ 9,4 km) que les cyclistes conventionnels (4,8 km par trajet).
  • Si certains utilisateurs abandonnent le vélo traditionnel, beaucoup délaissent la voiture, ce qui entraîne une augmentation significative de leur activité physique quotidienne globale.
  • Bien que l’intensité des trajets en vélo électrique soit légèrement inférieure à celle du cyclisme traditionnel, ils constituent néanmoins une activité physique modérée à vigoureuse, offrant des bienfaits significatifs pour la santé.




Un autre point important est que les utilisateurs de vélos électriques participant à cette étude étaient généralement plus âgés et présentaient un indice de masse corporelle plus élevé que les cyclistes conventionnels. Les utilisateurs de vélos électriques ont déclaré avoir plus de jours d’activité par semaine (4,2 jours) que les cyclistes conventionnels (4,0 jours) et les non-cyclistes (3,2 jours). Ces résultats indiquent que le vélo électrique ne représente pas une alternative de facilité, mais bien un outil performant de transport actif, notamment pour ceux qui souhaitent abandonner les modes de transport sédentaires.

Dans une étude randomisée réalisée en Allemagne, on a demandé à 101 employés de bureau de 4 sociétés différentes d’utiliser un vélo classique puis un vélo électrique (ou l’inverse) pendant deux semaines. Le nombre de sorties à vélo était plus élevé dans le groupe vélo électrique que dans le groupe vélo (5,3 ± 4,3 contre 3,2 ± 4,0 sorties/semaine ), ce qui se traduisait par un temps de cyclisme hebdomadaire total plus important pour le groupe vélo électrique (174 ± 146 min par semaine) comparativement au groupe vélo (99 ± 109 min par semaine). La fréquence cardiaque moyenne pendant les sorties vélo électrique était inférieure à celle du groupe vélo (109 ± 14 contre 118 ± 17 bpm) et l’effort perçu était moindre dans le groupe vélo électrique (11,7 ± 1,8 contre 12,8 ± 2,1 dans le groupe vélo). Enfin, la dépense énergétique hebdomadaire était plus élevée pendant la période vélo électrique que pendant la période vélo (717 ± 652 contre 486 ± 557 MET/min/sem). Ainsi, grâce à une augmentation suffisante de la fréquence cardiaque pendant leur période d’utilisation, il semble que les vélos à assistance électrique pourraient représenter un mode de transport plus performant pour favoriser l’activité physique.

Que reste-t-il à documenter? Comme le soulignent les experts (voir iciici et ici), il n’y a pas encore d’études qui ont testé les effets à long terme (plus de 6 à 12 mois) sur les événements cardiovasculaires majeurs (accidents, mortalité). L’intensité pourrait également s’avérer insuffisante pour améliorer la condition physique de tous les utilisateurs, notamment si l’assistance est importante et les sorties courtes.

 

En conclusion, malgré l’assistance au pédalage, faire du vélo électrique est bel et bien une activité physique. Il semble cependant qu’il faille soutenir cette activité physique à un seuil compris entre 3 et 6 MET et pendant au moins 30 minutes par jour pour observer un effet tangible sur les paramètres cardiométaboliques, mais ces niveaux de dépenses énergétiques restent à confirmer. Mais le gros avantage du vélo électrique est qu’il est accessible à la très grande majorité d’entre nous et qu’il abolit deux des excuses majeures justifiant la sédentarité :

  • Le manque de temps est une excuse importante pour ne pas faire de l’exercice : le vélo à assistance électrique peut être utilisé pour nos déplacements, ce qui permet de joindre l’utile à l’agréable ;
  • Son utilisation devient un plaisir, car il permet de faire des déplacements seul ou en groupe sur des distances ou des degrés d’escarpement qui seraient inaccessibles avec un vélo standard. 

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