Dr Martin Juneau, M.D., FRCP

Cardiologue, directeur de l'Observatoire de la prévention de l'Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l'Université de Montréal. / Cardiologist and Director of Prevention Watch, Montreal Heart Institute. Clinical Professor, Faculty of Medicine, University of Montreal.

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Les meilleurs sports pour la longévité

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En bref

  • La pratique de tous les sports est associée à une diminution significative du risque de mortalité prématurée,
  • Certaines études suggèrent cependant que l’ampleur de ces bénéfices pourraient varier selon le type de sport pratiqué.
  • Ceci semble particulièrement vrai en ce qui concerne les sports de raquette comme le tennis où on observe une réduction plus importante du risque de mortalité totale et cardiovasculaire que celle associée à d’autres activités.

Plusieurs études épidémiologiques ont montré que les personnes sédentaires ont un risque plus élevé de décéder prématurément que les personnes physiquement actives.  Par exemple, dans une étude qui a suivi 16 000 anciens élèves de l’Université Harvard pendant une période de 20 ans, on a observé que les hommes qui étaient les plus actifs présentaient une incidence réduite de 43 % de mortalité cardiovasculaire et de 23 % de la mortalité totale par rapport aux hommes plus sédentaires. Des résultats similaires ont été obtenus par l’essai MRFIT (Multiple Risk Factor Intervention Trial), où la pratique régulière d’une activité physique était associée à une réduction de 37 % de décès par maladie cardiovasculaire et de 27 % de la mortalité totale.  Dans ces deux études, les volumes d’activités physiques réalisés par une bonne partie des participants actifs étaient de l’ordre de 7,5-22 MET-heure par semaine, ce qui correspond en gros à environ 30-60 minutes par jour, selon le type d’activité pratiqué (voir l’encadré pour le calcul du MET). C’est sur la base de ces études que tous les organismes dédiés à la prévention des maladies chroniques, qu’il s’agisse des maladies cardiovasculaires, du diabète ou du cancer, recommandent la pratique d’un minimum de 150 minutes d’activité physique par semaine pour réduire l’incidence et la mortalité associées à ces maladies.

Intensité et volume d’exercice

L’intensité d’un exercice est généralement exprimée sous forme d’équivalent métabolique  (MET), en utilisant comme référence la dépense d’énergie basale au repos.  Par exemple, marcher rapidement provoque une dépense d’énergie trois fois plus grande (3 à 4 METs) que de demeurer au repos complet (1 MET), ce qui est considéré comme une activité physique d’intensité modérée. La dépense énergétique de la course à pied ou d’une partie de tennis en simple est quant à elle 6 fois plus grande qu’au repos (6 à 8 METs), ce qui est considéré comme une activité physique vigoureuse. Le volume d’exercice réalisé par une personne peut être facilement calculé en multipliant la durée de l’exercice par son intensité.  Ainsi, 150 minutes d’activité modérée (3-4 METs) ou encore 75 minutes d’activité vigoureuse (8 METs) correspondent dans les deux cas à un volume de 600 MET-min par semaine ou 10 MET-h par semaine.   

Tous les sports sont-ils égaux ?

Si les bienfaits de l’activité physique en général sur la santé sont très bien documentés, la grande majorité des études sur ce sujet se sont surtout intéressées au volume d’activité effectué par les participants (en MET-h par semaine, par exemple), indépendamment des types de sports qui étaient pratiqués.  Pourtant, il existe des différences importantes dans les adaptations physiologiques associées à la pratique de différents sports : par exemple, si les sports d’endurance sont plus susceptibles d’améliorer la fonction cardiovasculaire et la capacité aérobie, les sports de force ont quant à eux surtout des effets sur la fonction musculaire et la santé osseuse. Chaque sport implique un ensemble unique de mouvements réalisés dans des contextes physiques, psychologiques, sociaux et environnementaux spécifiques et qui, en théorie, pourraient tous avoir des impacts différents sur la santé et la longévité. 

Comparaison de différents types d’exercice 

Certaines études suggèrent effectivement que les bénéfices de l’activité physique sur la diminution du risque de mortalité prématurée pourraient être légèrement supérieurs pour certaines activités. Un des meilleurs exemples est une étude qui s’est penchée sur la pratique de 7 sports distincts (marche, exercices aérobiques, cyclisme, golf, natation, course à pied et les sports de raquette) par des personnes âgées en moyenne de 70 ans : sans surprise, les chercheurs ont tout d’abord observé que la pratique de ces sports en général était associée à une diminution du risque de mortalité prématurée totale et de la mortalité cardiovasculaire, avec une réduction d’environ 13 % du risque chez les personnes modérément actives (7,5-15 MET-h par semaine), ce qui correspond à environ 150-300 minutes d’activité physique par semaine (Figure 1). Comme c’est le cas dans la majorité des études (voir ici, par exemple), ce niveau modéré d’activité permet d’obtenir la majeure partie des bénéfices conférés par l’exercice sur la réduction de mortalité, alors que ces réductions deviennent proportionnellement plus faibles pour des volumes plus importants d’exercice (15 MET-h par semaine et plus).

Figure 1. Association entre la pratique d’activité physique durant les loisirs et le risque de mortalité.  Les données ont été recueillies auprès de 272,550 participants (âge moyen de 70 ans) ayant pratiqué, à des quantités variables, 7 activités physiques différentes, seules ou en combinaison. L’activité la plus commune était la marche rapide (78% des participants), suivie d’exercices aérobiques (30%), du cyclisme (25%), du golf (14%), de la natation (10%), la course à pied (7 %) et les sports de raquette (4%).  Notez également que le risque de mortalité totale (bleu) et cardiovasculaire (rouge) diminue rapidement pour une dépense énergétique de 7,5 à 15 MET heures par semaine (surlignée en jaune), ce qui correspond à environ 1-2 heures d’activité selon le type de sport pratiqué (voir la légende du Tableau 1), alors que des niveaux plus élevés offrent des réductions moins significatives. Tiré de Watts et coll. (2022).
 
 

L’étude suggère également que les réductions du risque de mortalité associées à l’exercice pourraient varier significativement selon le type de sport pratiqué (Tableau 1). On observe en effet chez les adeptes de la course à pied, de la marche rapide et surtout des sports de raquette une réduction plus importante du risque de mortalité totale et cardiovasculaire que celle associée aux autres activités. Par exemple, la pratique de 1-2 heures de tennis par semaine est associée à une réduction de 27 % de la mortalité cardiovasculaire et de 16 % de la mortalité totale, des protections beaucoup plus importantes que celles observées d’ autres activités (à l’exception notable de la course à pied qui réduit de 15 % la mortalité totale).  Un plus grand volume d’exercice n’augmente pas les bénéfices conférés par l’ensemble des sports, incluant le tennis, sauf en ce qui concerne le golf, où on note une augmentation du temps alloué à cette activité double ses effets protecteurs sur la mortalité cardiovasculaire et totale.

Tableau 1. Association entre la réduction du risque de mortalité et la pratique de différents types d’activité physique.  *  Les variations de temps requises pour atteindre les niveaux de MET-h indiqués reflètent les différences des valeurs de METs pour la course (7,0), le cyclisme (7,5), la natation (8,3), l’aérobie (7,3), le golf (4,8), la marche rapide (4,3) et les sports de raquette (7,3). **Tennis, badminton, squash, racquetball. Notez que dans cette cohorte, la pratique régulière de sports de raquette, soit 1-2 heures par semaine est celle associée à la plus forte réduction du risque de mortalité totale et cardiovasculaire. Tiré de Watts et coll. (2022).
 
 

Bien qu’une supériorité aussi marquée des sports de raquette comme le tennis sur d’autres types activités ne soit pas observée dans toutes les études (voir ici et ici, par exemple), la pratique de ces sports demeure néanmoins parmi celles qui sont le plus étroitement associées à une diminution du risque de mortalité dans la plupart des études. Par exemple, des études réalisées au Danemark et au Royaume-Uni ont montré que les adeptes du tennis et du badminton avaient un risque de mortalité de toute cause inférieur d’environ 20 % à ceux qui pratiquaient d’autres sports comme la nage, le cyclisme ou encore le jogging.   Une analyse de 10 activités physiques distinctes, d’intensités allant de modérée à vigoureuse, a quant à elle révélé que la pratique du tennis, de la course à pied et de la marche rapide étaient celles associées à la plus forte réduction du risque de maladies cardiovasculaires.

Dans l’ensemble, ces observations suggèrent que les sports de raquette comme le tennis pourraient représenter une activité particulièrement bénéfique pour améliorer la santé et la longévité. Ceci est particulièrement bien mis en évidence dans l’étude danoise mentionnée plus tôt, où la réduction du risque de mortalité observée chez les joueurs de tennis se traduit par une augmentation d’environ 10 ans de leur longévité  (Figure 2).  Il est également intéressant de noter que dans les études où on compare l’espérance de vie d’athlètes de niveaux national et international de différentes disciplines sportives, les joueurs de tennis sont parmi ceux ayant une des plus fortes augmentations de la longévité comparativement à la population en général (Figure 3). 

Figure 2.  Variation de la survie selon le type de sport pratiqué. Les résultats montrent le gain potentiel d’années supplémentaires modélisé à partir des résultats obtenus chez 5674  personnes pratiquant au moins 1 de ces sports comparativement à 1042 personnes sédentaires. * Pompes, planche, fente marchée, squat, etc. Adapté de Schnohr et coll. 2018.

Figure 3.  Association entre différents sports et les variations d’espérance de vie chez les athlètes masculins. Les données proviennent de 95 210 athlètes, répartis dans 44 disciplines sportives et 183 pays, nés entre 1862 à 2002. La variation de la longévité représente la différence numérique (en années) entre l’âge d’un athlète au décès comparativement à l’âge de la population générale de même sexe et du même pays à cette période. Adapté de Altulea et coll. (2025).
 
 
 

Le tennis, un sport complet

Les bénéfices additionnels attribués au tennis dans ces différentes études sont biologiquement plausibles, dans la mesure où la pratique de ce sport améliore plusieurs aspects reconnus pour jouer un rôle important dans le maintien d’une bonne santé.  Un match de tennis typique peut durer de 30 minutes à plusieurs heures, entrecoupé de changements de direction rapides et d’efforts intenses, comme dans l’entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT). Les études montrent que cette méthode d’entraînement, où de courtes périodes d’exercice intense alternent avec des périodes de récupération à plus faible intensité, entraine des améliorations significatives de la capacité aérobie et de certains facteurs de risque cardiométaboliques et pourrait donc grandement contribuer aux bénéfices attribués au tennis, tant du point de vue physique que mental (Tableau 2).

Bénéfices potentielsDescriptionSources
Effets physiques
Hausse des capacités aérobiquesLes joueurs de tennis présentent des niveaux de forme physique plus élevés que les sujets témoins modérément actifs du même âge et du même sexe.Swank et coll. (1998)
Baisse de la fréquence cardiaque au repos et de la pression artérielleChez 25 hommes et 25 femmes (31-55 ans) dont la seule activité physique régulière était le tennis (9,7-11,1 h/semaine), la fréquence cardiaque moyenne au repos était de 54 battements/min chez les hommes et de 61 battements/min chez les femmes. La pression artérielle moyenne au repos était de 117/75 mmHg chez les hommes et de 107/68 mmHg chez les femmes.Vodak et coll. (1980)
Normalisation de la glycémieUne étude menée auprès de 12 joueurs de tennis atteints de diabète de type 2, qui ont pratiqué 90 minutes de tennis deux fois par semaine pendant six semaines, a montré une réduction de la concentration moyenne de glucose de 10,5 mmol/L au départ à 8,6 mmol/L après les 6 semaines d’entraînement, soit une réduction de près de 20 %.Kovacs et coll. (2016)
Amélioration du tonus musculaire, de la force et de la flexibilitéLes joueurs de tennis étaient plus forts et leurs muscles étaient plus résistants à la fatigue que ceux des personnes sédentaires, autant chez les jeunes (30 ans) que les plus âgés (65 ans).Swank et coll. (1998)
Hausse de la densité osseuseDe manière générale, la teneur minérale osseuse (TMO) et la densité minérale osseuse (DMO) étaient systématiquement plus élevées au niveau du bras dominant (bras de jeu) qu’au niveau du bras non dominant. De plus, la TMO et la DMO étaient plus élevées au niveau de la hanche et de la colonne lombaire chez les joueurs de tennis que chez les sujets témoins.Pluim et coll. (2007)
Diminution du gras corporelLes joueurs de tennis masculins séniors présentaient une masse grasse significativement inférieure à celle d’un groupe témoin actif du même. Les vétérans les plus jeunes (âgés de 40 à 59 ans) et les vétérans les plus âgés (plus de 60 ans) étaient en moyenne 3 % plus minces que les témoins modérément actifs ne pratiquant pas le tennis (17 à 20,5 % contre 21 à 25 %, respectivement).Vodak et coll. (1980)
Effets cognitifs
Amélioration des temps de réactionLes performances des joueurs de tennis plus âgés lors de tâches simples de choix et de temps de mouvement étaient nettement supérieures à celles des adultes sédentaires plus âgés.Spirduso et Clifford (1978)
Stress et santé psychologiqueLa pratique du tennis a eu un effet thérapeutique entraînant une diminution du stress et une amélioration de l’état général.Kovacs et coll. (2016)

Tableau 2. Exemples d’études rapportant des bénéfices associés à la pratique régulière du tennis. 

En terminant, il faut mentionner que la plupart des études qui se sont penchées sur les effets du tennis sur la santé portent sur de petits échantillons, ce qui les rendent plus susceptibles d’être affectées par différents facteurs de confusion (statut socio-économique et état général de santé des participants, par exemple).  Il devient donc difficile de déterminer avec précision l’ampleur des bénéfices qui sont spécifiquement associés aux sports de raquette.

Il n’y a cependant pas de doute que le tennis possède plusieurs caractéristiques qui rendent sa pratique régulière très intéressante. En plus de ses nombreux effets positifs sur la physiologie humaine, il s’agit d’un sport accessible à la grande majorité des gens, qui peut être pratiqué à tout âge, de l’enfance jusqu’à des âges avancés, et qui se déroule dans un environnement qui favorise les interactions sociales, essentielles à la santé psychologique  Si la pratique de tous les sports doit être fortement encouragée, la somme de l’ensemble des bénéfices physiques et mentaux attribuables à la pratique régulière du tennis en fait un choix de premier ordre pour l’amélioration de la santé et du bien-être général de la population.

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