On sait depuis plusieurs années qu’il existe une prédisposition génétique aux maladies coronariennes. Par exemple, si l’un des parents d’une personne est décédé prématurément d’une crise cardiaque, le risque de cette personne d’être à son tour touchée par un événement coronarien est plus élevé que la population en général.  L’historique familial de maladies cardiovasculaires représente donc un important facteur de risque et est en conséquence l’une des premières questions qui sont posées par un cardiologue lors d’une consultation.

Les études d’association pangénomiques (genomewide association studies) ont permis de mieux comprendre ce phénomène. Ces études consistent à identifier les variations génétiques présentes dans l’ensemble du génome d’un grand nombre d’individus, et à déterminer par la suite si ces variations peuvent être corrélées avec certains traits, par exemple le développement prématuré de maladies cardiovasculaires.  Grâce à ces études, les chercheurs sont parvenus à identifier plus d’une cinquantaine de régions dans l’ADN qui sont associées à un risque accru de maladies coronariennes et qui représentent donc un marqueur de la susceptibilité génétique d’une personne à être touchée par ces maladies.

Est-ce que cela signifie que les personnes qui ont eu la malchance de naître avec ces « mauvais gènes » sont condamnées à mourir prématurément d’une maladie coronarienne ? Selon une étude remarquable récemment publiée dans le New England Journal of Medicine, la réponse est non : même si ces variations génétiques doublent le risque de maladie cardiovasculaire, l’adoption de saines habitudes de vie permet de réduire considérablement cette hausse du risque. Par exemple, ils ont observé que le simple fait d’adhérer à un mode de vie sain (ne pas fumer, faire de l’activité physique modérée et manger en abondance des fruits, légumes et grains entiers) permet aux personnes à haut risque de diminuer de moitié le risque d’événements coronariens.  Et l’inverse est aussi vrai: les personnes qui possèdent des gènes qui devraient en théorie les protéger des maladies coronariennes, mais qui adoptent un mode de vie malsain, voient leur risque de développer ces maladies augmenter de 50 %.

Ces observations illustrent à quel point la plupart des maladies qui nous touchent sont le résultat d’une interaction complexe entre nos gènes et l’environnement dans lequel nous vivons. Tout n’est pas décidé à la naissance : on peut naître avec un gène qui prédispose aux maladies cardiovasculaires, mais ces gènes ne sont qu’un des aspects impliqués dans le développement de ces maladies, une prédisposition qui est bien réelle, mais qui demeure néanmoins fortement influencée par une foule de facteurs extérieurs.

Il est donc possible de prendre sa destinée en mains, de modifier nos habitudes de vie pour neutraliser l’impact négatif de ces mauvais gènes.  Ne pas fumer, manger en abondance une variété de végétaux, maintenir un poids corporel normal et faire régulièrement de l’exercice sont toutes des actions qui permettent de prévenir concrètement les maladies coronariennes, quel que soit le risque génétique de base.

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