Dr Josep Iglesies-Grau, M.D., Ph.D.

Centre de recherche et Centre ÉPIC, Institut de cardiologie de Montréal. Département de Médecine, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada, Département de Nutrition, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada

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Rémission du prédiabète: des bénéfices cardiovasculaires à long terme 

Au Canada, on estime qu’environ 30 % des adultes présentent une dysglycémie, incluant le prédiabète et le diabète de type 2, c’est-à-dire un taux de sucre sanguin supérieur à la normale en raison du développement d’une résistance à l’insuline qui empêche les cellules du foie, des muscles et des tissus adipeux de capter efficacement le glucose en circulation. Cela représente près de 12 millions de personnes à l’échelle nationale, dont environ 1,6 million au Québec.  Bien que cette hyperglycémie chronique ne soit généralement pas associée à des symptômes visibles (la plupart des gens touchés ignorent complètement qu’ils vivent avec un prédiabète et une proportion substantielle avec un diabète de type 2), elle surtaxe la fonction du pancréas et hausse considérablement le risque de développer un diabète de type 2 et des complications dans les années qui suivent.    

L’exposition chronique à un excès de sucre dans le sang constitue effectivement une situation particulièrement dangereuse pour la santé cardiovasculaire.  L’hyperglycémie crée en effet un certain nombre de conditions qui, collectivement, augmentent de façon importante le risque d’accidents cardiovasculaires : 1) une inflammation chronique qui endommage la paroi des vaisseaux sanguins et crée des conditions propices à l’accumulation de dépôts graisseux et donc au développement de l’athérosclérose; 2) une hausse de la viscosité du sang qui impose un stress mécanique aux vaisseaux et au cœur et favorise le développement de l’hypertension; 3) une atteinte nerveuse (neuropathie) qui peut toucher les nerfs impliqués dans le contrôle du rythme cardiaque. Pour toutes ces raisons, le prédiabète est associé à une hausse du risque du risque d’événements cardiovasculaires majeurs, notamment l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral, la défaillance cardiaque et la mortalité prématurée.

Renverser l’hyperglycémie

Le prédiabète est une condition qui se développe préférentiellement chez les personnes présentant certains facteurs de risque cardiométaboliques, notamment un excès d’adiposité — en particulier au niveau abdominal — et un faible niveau d’activité physique: il est en effet bien documenté que l’accumulation de graisse, particulièrement au niveau abdominal, mène avec le temps à une résistance à l’insuline et à une hausse progressive des taux de glucose sanguin (voir notre article à ce sujet), ces effets pouvant être accentués par l’inactivité physique et la sédentarité en raison du rôle crucial de l’activité physique et de la masse musculaire sur le contrôle de la glycémie. En pratique, cette influence du mode de vie sur le développement du prédiabète signifie qu’il est possible de renverser cette condition et de normaliser la glycémie par des modifications aux habitudes de vie, en particulier en ce qui concerne l’alimentation et l’activité physique (Figure 1). Plusieurs études ont clairement montré que ces interventions sont efficaces pour freiner la progression du prédiabète en diabète de type 2 et, dans certains cas, peuvent même renverser un diabète diagnostiqué cliniquement (voir ici et ici, par exemple). Des résultats similaires ont été obtenus avec la première et deuxième cohortes de la clinique de rémission du prédiabète et du diabète du Centre ÉPIC et les études DIABEPIC-1 et DIABEPIC-2, menées aussi au Centre ÉPIC . 

Figure 1.  L’influence du mode de vie sur le développement et la rémission du prédiabète et du diabète de type 2.  La génétique, les habitudes de vie (la sédentarité, par exemple) et l’excès d’adiposité peuvent grandement influencer le risque de prédiabète et sa progression vers le diabète de type 2 (flèches rouges).  Cependant, un grand nombre d’études ont démontré que ces deux conditions sont dans plusieurs cas réversibles suite à des interventions sur les habitudes de vie (alimentation et activité physique) (flèches vertes) et mènent alors à une normalisation des taux de glucose sanguins.  Notez qu’une perte de poids minimale d’environ 5 % du poids initial semble requise pour la rémission du prédiabète, tandis que des pertes de poids plus importantes, de l’ordre de 10 à 15 %, soutenues dans le temps, sont nécessaires pour la rémission du diabète de type 2 à long terme.  

Bénéfices cardiovasculaires

Une étude récente illustre à quel point une normalisation de la glycémie chez les personnes prédiabétiques peut non seulement éloigner le risque de développer un diabète de type 2, mais aussi entraîner des répercussions positives à long terme sur la santé cardiovasculaire. Dans cette étude, les chercheurs ont suivi pendant une période d’environ 20 ans les personnes qui avaient participé à un programme de rémission du prédiabète, dont l’objectif était de réduire d’au moins 7 % le poids corporel initial et de pratiquer un minimum de 150 minutes d’exercice d’intensité modérée par semaine, conformément à la recommandation de 30 minutes d’activité physique modérée par jour, cinq fois par semaine.  Environ 12 % des participants de l’étude sont parvenus à atteindre ces objectifs après 1 an d’intervention, avec une perte de poids moyenne de 7,6 kg, soit environ 8 % du poids moyen initial (92 kg, IMC = 32) et une normalisation de la glycémie à jeun (de 5,7 à 5,2 mmol/L).  Lorsque l’incidence de défaillance cardiaque, de mortalité cardiovasculaire et d’accidents cardiovasculaires majeurs (infarctus, AVC) touchant cette population est comparée à celle des personnes qui n’avaient pas atteint les objectifs de rémission du prédiabète, on note une diminution très importante, de l’ordre de 50 %,  de l’ensemble de ces conditions dans les 20 années qui suivent la rémission (Figure 2). 

Figure 2. Effet de la rémission du prédiabète sur l’incidence d’événements cardiovasculaires dans les 20 années suivantes. Les courbes représentent les risques d’incidence du critère d’évaluation composite (décès cardiovasculaire ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque (A), de décès cardiovasculaire (B), d’ hospitalisation pour défaillance cardiaque (C) et d’accidents cardiovasculaires majeurs (infarctus du myocarde, AVC, mort subite) (D) chez les personnes en rémission (vert) ou non (bleu) d’un prédiabète.  Tiré de Arreola et coll. (2026).

Ces observations montrent donc 1) qu’il est possible de renverser le prédiabète et que 2) ceci est associé à une réduction majeure des complications cardiovasculaires qui lui sont associées par des modifications aux habitudes de vie. 

Ces résultats rappellent que le prédiabète constitue non seulement un facteur de risque, mais aussi une période clé d’intervention pour prévenir l’apparition de complications cardiométaboliques. La normalisation de la glycémie par des modifications durables des habitudes de vie — notamment une alimentation de qualité, une activité physique régulière et le maintien de la masse musculaire — peut modifier durablement la trajectoire de santé.

Au-delà de la prévention du diabète, ces habitudes de vie contribuent directement à protéger le cœur et les vaisseaux sanguins pendant des décennies. Autrement dit, chaque amélioration du mode de vie aujourd’hui peut se traduire par un risque cardiovasculaire nettement réduit demain. Dépister le prédiabète, en parler avec un professionnel de la santé et entreprendre des changements progressifs et durables constituent donc l’une des stratégies les plus puissantes dont nous disposons pour préserver la santé cardiométabolique à long terme.

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