Dr Martin Juneau, M.D., FRCP
Cardiologue, directeur de l'Observatoire de la prévention de l'Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l'Université de Montréal. / Cardiologist and Director of Prevention Watch, Montreal Heart Institute. Clinical Professor, Faculty of Medicine, University of Montreal.
Voir tous les articlesLe vaccin recombinant contre le zona (Shingrix) est d’une très grande efficacité, avec une protection supérieure à 97 % chez les personnes de 60 ans et plus. Ce vaccin neutralise le virus varicelle-zona (herpèsvirus humain type 3), responsable de la varicelle. Bien que cette maladie courante de l’enfance est généralement bénigne et guérit d’elle-même en quelques semaines, le virus parvient néanmoins à se maintenir à l’intérieur du corps en insérant son ADN dans les cellules nerveuses des ganglions sensitifs, où il demeure dans cet état latent et inactif pendant plusieurs années (et même à vie).
Lorsque le virus se réactive plus tard en raison d’un affaiblissement du système immunitaire (vieillissement, stress, fatigue intense ou maladie), il remonte par les nerfs jusqu’à la peau pour provoquer une éruption qui s’accompagne de douleurs intenses (brûlements, élancements, sensations de « chocs électriques ») qui peuvent perdurer longtemps, parfois plus de six mois, après la disparition de la dermatose. Étant donné la forte proportion de la population qui sera touchée par le zona en vieillissant (une personne sur trois), on recommande donc fortement aux personnes âgées de 50 ans et plus de recevoir le vaccin de façon à diminuer drastiquement le risque de ces névralgies incapacitantes.
Protections supplémentaires
Des études récentes suggèrent que l’action du vaccin contre le zona ne se limiterait pas à cette maladie infectieuse, mais aurait également des effets protecteurs inattendus contre d’autres maladies. Par exemple, une étude récente d’envergure, réalisée auprès de 70 000 personnes, a révélé que l’incidence de maladies cardiovasculaires, en particulier celle des maladies ischémiques (comme l’infarctus), était significativement réduite chez les personnes qui avaient été vaccinées avec le vaccin recombinant Shingrix, disponible depuis 2018, comparativement à celles qui avaient été vaccinées l’année précédente avec l’ancien vaccin (Zostavax) (Figure 1). Puisqu’il est bien connu que les personnes qui choisissent de se faire vacciner sont en général plus soucieuses de leur santé et adoptent souvent de meilleures habitudes de vie, cette comparaison de deux populations ayant reçu deux vaccins différents permet d’éliminer ce biais et confirme que la diminution d’incidence de maladies cardiovasculaires est réellement due au vaccin recombinant.

Même si la réduction d’incidence observée chez les personnes vaccinées (environ 1 %) peut sembler à première vue modeste, elle demeure très significative étant donné la forte incidence de maladies cardiovasculaires dans la population. Au Canada, environ 8 % des adultes vivent avec une maladie coronarienne, ce qui représente environ 2,7 millions de personnes. Une diminution de 1 % représente donc une réduction d’environ 30 000 cas annuellement, ce qui est loin d’être négligeable.
Un adjuvant antiinflammatoire
Les mécanismes responsables de ces effets protecteurs demeurent à être mieux compris, mais pourraient être, au moins en partie, liés à la nature de l’adjuvant du vaccin, c’est-à-dire les substances ajoutées pour stimuler et prolonger la réaction du système immunitaire. Cet adjuvant (appelé AS01) est connu pour activer fortement le système immunitaire inné, de première ligne, et de provoquer par la suite une forte stimulation de l’immunité humorale (anticorps) et cellulaire (lymphocytes T). Cet adjuvant possède également la capacité de reprogrammer certaines cellules inflammatoires (les monocytes) et de réduire leur production d’interleukine-6 (IL-6), une cytokine inflammatoire étroitement associée au risque de maladies cardiovasculaires. En diminuant l’inflammation au niveau des artères coronaires, l’adjuvant du vaccin recombinant pourrait donc réduire le risque d’érosion et/ou de rupture des plaques d’athérosclérose et ainsi le risque d’accidents cardiovasculaires. Ces effets antiinflammatoires pourraient cependant être limités dans le temps, car l’étude montre que la réduction de l’incidence de maladies cardiovasculaires chez les personnes vaccinées est moins prononcée durant la seconde moitié du suivi (Figure 1). Néanmoins, puisque la grande majorité des personnes choisissent d’être vaccinées contre le zona après 60 ans, une période où l’incidence de maladies cardiovasculaires est élevée, la protection cardiovasculaire offerte pendant les premières années suivant l’immunisation peut avoir des répercussions concrètes sur l’incidence de ces maladies.
Effets hétérologues
Il est intéressant de noter que les maladies cardiovasculaires ne seraient pas les seules à être influencées positivement par le vaccin contre le zona. Une étude du même groupe a en effet observé que le risque de démence était réduit significativement chez les personnes qui avaient reçu le vaccin. Encore ici, cette protection impliquerait l’adjuvant présent dans la formulation de ce vaccin, car un autre vaccin dirigé contre un virus totalement distinct (le virus syncytial), mais qui contient le même adjuvant, est lui aussi associé à une diminution importante du risque de démence.
Ces effets hétérologues, c’est-à-dire qui touchent des maladies autres que celles originellement ciblées par les vaccins, ont été observés à plusieurs reprises. L’exemple le mieux documenté est celui du vaccin BCG (Bacille de Calmette-Guérin) contre la tuberculose qui provoque une réduction de la mortalité qui dépasse grandement celle attendue par l’élimination du pathogène responsable de cette maladie. La forme inactivée du bacille est également fréquemment utilisée comme immunothérapie pour traiter ou prévenir la récidive d’un cancer de la vessie non invasif. De nombreuses études observationnelles ont également montré que les enfants vaccinés contre la rougeole présentent un taux de mortalité inférieur à celui attendu par la seule prévention des décès liés à la rougeole. Récemment, on a montré que les personnes traitées pour certains cancers mortels ont survécu plus longtemps si elles avaient reçu un vaccin à ARNm contre la COVID-19 que si elles ne l’avaient pas reçu, possiblement en raison d’une stimulation de l’immunité anticancéreuse par le vaccin.
En somme, il n’y a que des avantages à se faire vacciner contre le zona, autant pour les effets directs du vaccin sur l’élimination du risque de développer cette maladie, que pour ses effets indirects sur la réduction du risque de maladies cardiovasculaires et de démences.