Le décès récent de l’éminent chercheur américain Gerald Reaven, surnommé le « père de la résistance à l’insuline »,  est une bonne occasion de rappeler à quel point ce désordre métabolique joue un rôle de premier plan dans le développement du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires.

Qu’est-ce que la résistance à l’insuline ?

Après un repas, l’insuline est sécrétée par le pancréas pour signaler au corps qu’il faut diminuer les taux de sucre en circulation, soit en le captant dans les muscles et le tissu adipeux, soit en favorisant son entreposage dans le foie. En conditions normales, ce mécanisme est d’une grande précision et permet de maintenir le taux de sucre dans le sang à un niveau adéquat.

Chez les personnes qui sont en surpoids, et plus particulièrement celles dont l’excès de gras est localisé au niveau abdominal, il arrive fréquemment que cette action de l’insuline soit perturbée et que les organes ne réussissent plus à capter et à entreposer aussi efficacement le sucre ; on dit alors qu’elles sont « résistantes à l’insuline ».  À ses débuts, cette résistance à l’insuline passe souvent inaperçue, car le pancréas est capable de produire de plus grandes quantités de l’hormone pour compenser cette perte d’efficacité et ainsi permettre aux organes de continuer à capter et à entreposer suffisamment de sucre (voir la portion gauche de la Figure).  Cette hyperinsulinémie compensatoire permet de maintenir la glycémie à des taux à peu près normaux, mais elle provoque malheureusement plusieurs anomalies métaboliques qui peuvent favoriser le développement de certaines pathologies graves.  Par exemple, le surplus d’insuline stimule la production de triglycérides par le foie, ce qui favorise l’accumulation de gras et peut mener au développement d’une stéatose hépatique (foie gras). La hausse de sécrétion de ces gras dans la circulation sanguine provoque des dyslipidémies, caractérisées par des triglycérides élevés, une hausse des LDL de forte densité et une diminution du cholestérol HDL.  En parallèle, l’hyperinsulinémie augmente la rétention de sodium au niveau du rein, ce qui contribue à l’augmentation d’incidence de l’hypertension observée chez les personnes résistantes à l’insuline.

 

 

Tous ces facteurs (dyslipidémie, stéatose hépatique, hypertension), combinés à une hausse de l’inflammation et à une modification des propriétés des cellules endothéliales qui tapissent les vaisseaux sanguins (inflammation, propriétés procoagulantes) font en sorte que la résistance à l’insuline représente un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires.

Diabète de type 2

À plus long terme, la surproduction d’insuline peut entrainer un épuisement du pancréas qui mènera ultimement à l’arrêt de la production de l’hormine et à l’apparition d’un diabète de type 2, c’est-à-dire un état d’hyperglycémie chronique (voir la portion de droite de la figure).  Ce surplus de sucre sanguin est très nocif pour les vaisseaux sanguins et augmente considérablement le risque de maladies cardiovasculaires (infarctus et AVC) ainsi que d’atteintes aux tissus dont la fonction dépend des petits vaisseaux sanguins comme la rétine, le rein ou encore les nerfs.  La résistance à l’insuline peut être considérée comme un état prédiabétique, le signe avant-coureur d’un diabète en train de se développer de façon insidieuse.

« Le surpoids abdominal  devrait être considéré comme le premier signe clinique d’une résistance à l’insuline »

Demeurer vigilant

Un problème de la résistance à l’insuline est qu’elle est souvent difficile à diagnostiquer à un stade précoce, non seulement parce qu’elle ne provoque pas de symptômes cliniques, mais aussi parce que la glycémie est normale. Comme mentionné plus tôt, dans les premiers stades de la résistance, le pancréas compense la perte d’efficacité de l’insuline en sécrétant des plus grandes quantités de l’hormone, ce qui est suffisant pour maintenir le sucre sanguin à des taux normaux. Les patients (tout comme leurs médecins) ont alors la fausse impression qu’elles sont en parfaite santé, même si en réalité elles sont prédiabétiques et vont devenir diabétiques dans les années qui viennent si rien n’est fait. Dans l’ensemble, les études suggèrent qu’une élévation légère de l’hémoglobine glyquée (Hb1Ac 5.5 et plus), un marqueur de l’hyperglycémie chronique, pourrait représenter une meilleure approche pour dépister précocement la résistance à l’insuline que les tests qui servent à mesurer la glycémie (glucose à jeûn, tolérance au glucose).

En somme, il est important de demeurer vigilant et de réaliser que les excès de graisse, même s’ils sont en quelque sorte devenus la norme dans notre société (plus de 60 % des Canadiens présentent un excès de poids), sont loin d’être inoffensifs.  En pratique, le surpoids abdominal (tour de taille supérieur à 102 cm pour les hommes et à 88 cm pour les femmes) devrait être considéré comme le premier signe clinique d’une résistance à l’insuline et d’un risque accru de développer un diabète de type 2, avec les conséquences désastreuses pour la santé cardiovasculaire que cela implique.

Fort heureusement, la résistance à l’insuline n’est pas un phénomène irréversible: plusieurs études montrent en effet que les personnes qui présentent des désordres du métabolisme du glucose peuvent renverser la situation par de simples modifications à leur mode de vie.  Par exemple, une étude récente rapporte que l’adoption d’un régime alimentaire principalement composé d’aliments d’origine végétale faible en gras est associé à une amélioration significative de la sensibilité à l’insuline chez des personnes en surpoids. Être plus actif semble aussi bénéfique: une étude réalisée auprès de 44 828 adultes Chinois (20–80 ans) qui présentaient une glycémie à jeun supérieure à la normale a montré que les personnes qui étaient les plus physiquement actifs avaient 25 % moins de risque de développer un diabète de type 2.

 

 

 

 

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