Dr Martin Juneau, M.D., FRCP
Cardiologue, directeur de l'Observatoire de la prévention de l'Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l'Université de Montréal. / Cardiologist and Director of Prevention Watch, Montreal Heart Institute. Clinical Professor, Faculty of Medicine, University of Montreal.
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- Les maladies cardiovasculaires représentent la principale cause de mortalité chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate non métastatique.
- Une étude rapporte que les hommes dont l’apport en gras saturés était le plus élevé dans les années suivant le diagnostic d’un cancer de la prostate présentaient un risque de mortalité cardiovasculaire 42 % plus élevé que celui des hommes qui en consommaient peu.
- Comme pour la population en général, ces résultats indiquent que la substitution des sources animales de gras, en particulier de gras saturés, par des sources végétales pourrait réduire significativement la mortalité cardiovasculaire chez les patients atteints d’un cancer de la prostate.
Le cancer de la prostate est le cancer ayant la plus forte incidence chez la population mâle, avec environ 11% des hommes qui seront touchés par cette maladie au cours de leur vie. Dans la majorité des cas, par contre, ces cancers se développent lentement, sont peu agressifs et ne posent donc pas de danger immédiat pour la santé. Une stratégie de plus en plus souvent adoptée pour faire face à ces formes de cancer est ce qu’on appelle la « surveillance active », c’est-à-dire qu’au lieu de traiter immédiatement le cancer, on suit plutôt attentivement son évolution à l’aide de tests et d’examens réguliers (dosage de l’antigène prostatique (APS), examen physique) et les traitements anticancéreux sont initiés seulement lorsqu’on observe une progression de la tumeur. On évite ainsi que les hommes dont le cancer est moins dangereux subissent inutilement des traitements invasifs, dont les effets secondaires peuvent diminuer significativement leur qualité de vie.
Cette approche prudente est d’autant plus indiquée que les hommes ayant un cancer de la prostate peu agressif (stades T1 ou T2, limités à la glande prostatique) ont une probabilité de seulement 1,5 % de décéder de cette maladie 15 ans après le diagnostic, et ce, quelle que soit l’approche thérapeutique choisie (surveillance active, prostatectomie ou radiothérapie). Autrement dit, les patients ont beaucoup plus de risque de décéder d’autres causes que des conséquences du cancer de la prostate en tant que tel.
La principale cause de mortalité : les maladies cardiovasculaires
Ce sont les maladies cardiovasculaires qui représentent la principale cause de mortalité chez les patients atteints d’un cancer de la prostate peu agressif et qui sont sur surveillance active, avec un taux de mortalité 3 fois plus élevé que celui dû à la tumeur prostatique primaire. Cette prédominance des maladies cardiovasculaires est une conséquence de l’évolution très lente de ces cancers, qui fait en sorte que les hommes peuvent être exposés pendant plusieurs années à l’un ou l’autre des nombreux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, d’une façon similaire à la population en général, et donc développer des formes graves de ces maladies bien avant que le cancer de la prostate ne soit parvenu à un stade avancé. Ceci est d’autant plus vrai que le cancer de la prostate est généralement diagnostiqué dans la soixantaine, une période où l’incidence de maladies cardiovasculaires augmente en flèche et touche une proportion significative de la population.
Une question de gras
De nombreuses études populationnelles ont clairement montré que la nature des gras de l’alimentation exerce une énorme influence sur le risque de maladies cardiovasculaires. Ces études indiquent que le remplacement des graisses saturées, provenant de sources animales et des huiles tropicales, par des huiles végétales riches en graisses insaturées, réduit le taux de cholestérol lié aux lipoprotéines de basse densité (LDL-C) et est associé à une baisse de risque de coronaropathies et de mortalité prématurée.
Une étude récente suggère que le type de matières grasses consommées pourrait également influencer le risque de maladies cardiovasculaires chez les patients touchés par un cancer de la prostate non invasif. Dans cette étude, réalisée auprès d’environ 5000 hommes (âge moyen de 70 ans) diagnostiqués avec un cancer de la prostate non métastatique (stade T1), les chercheurs ont observé que les hommes dont l’apport en gras saturés était le plus élevé dans les années suivant le diagnostic (aux environs de 15 % des calories totales) présentaient un risque de mortalité cardiovasculaire 42 % plus élevé que celui des hommes qui en consommaient peu (environ 6 % des calories totales) (Tableau 1). Une hausse significative du risque de mortalité cardiovasculaire (22%) est également observée chez les plus grands consommateurs de gras d’origine animale (la principale source de gras saturés), tandis qu’on observe exactement l’inverse chez les personnes qui privilégient les sources végétales de gras, avec des réductions du risque de mortalité associées à la consommation élevée de gras végétal (10%), de gras monoinsaturés (l’huile d’olive, par exemple, 33%) et polyinsaturés (5%).
Ces données suggèrent que la substitution des sources animales de gras, en particulier de gras saturés, par des sources végétales pourrait donc réduire significativement la mortalité cardiovasculaire chez les patients atteints d’un cancer de la prostate. Selon les modèles développés par les chercheurs, le remplacement de 10% des calories totales provenant de gras de sources animales par des gras d’origine végétale diminuerait de 16% le risque de mortalité, tandis que le simple remplacement de 5% des calories provenant des gras saturés par des gras monoinsaturés diminuerait ce risque de 20 %. (Tableau 1).

Comme pour la population en général, les patients touchés par un cancer de la prostate peu agressif peuvent donc grandement améliorer leur santé cardiovasculaire et diminuer leur risque de mortalité prématurée en adoptant une alimentation pauvre en graisses saturées. Puisque la majorité des graisses saturées proviennent d’aliments d’origine animale (viande, œufs, produits laitiers), tandis que les graisses insaturées sont principalement retrouvées dans les végétaux (huiles végétales, noix, graines), une façon simple d’atteindre un bon équilibre entre l’apport en gras saturés et insaturés est donc d’augmenter l’apport alimentaire en végétaux et de diminuer en parallèle la consommation de produits d’origine animale.
Privilégier la prédominance de matières grasses végétales est d’autant plus important pour les patients atteints par un cancer de la prostate que d’autres études ont observé qu’une alimentation enrichie en gras saturés était associée à un risque deux fois plus élevé de décéder de cette maladie, tandis qu’un apport élevé en gras d’origine végétale diminuait de 33 % ce risque. Il semble que les gras saturés (mais pas les gras insaturés) induisent des modifications majeures dans le métabolisme des cellules prostatiques, qui mènent à l’activation de plusieurs gènes impliqués dans la croissance tumorale. Les patients atteints d’un cancer de la prostate qui présentaient la plus grande activation de ces gènes avaient 4 fois plus de risque de décéder de leur maladie.
En somme, réduire l’apport en gras saturés est très bénéfique pour les hommes atteints d’un cancer de la prostate, autant pour réduire le risque de mortalité cardiovasculaire que celui lié à ce cancer en tant que quel.