Dr Josep Iglesies-Grau, M.D., Ph.D.
Centre de recherche et Centre ÉPIC, Institut de cardiologie de Montréal. Département de Médecine, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada, Département de Nutrition, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada
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Comme pour l’ensemble des maladies chroniques, le risque de développer le diabète de type 2 (DT2) résulte d’une interaction complexe entre la prédisposition génétique d’une personne donnée et certains facteurs liés à son mode de vie. Ces facteurs sont eux-mêmes influencés par l’environnement bâti, qui peut favoriser ou limiter l’activité physique, l’accès à une alimentation saine et l’adoption de comportements bénéfiques pour la santé. Bien que l’importance des facteurs environnementaux et comportementaux soit aujourd’hui largement reconnue, de nombreuses données démontrent également l’existence d’une susceptibilité génétique au DT2. Par exemple, le risque relatif de développer un diabète de type 2 est environ 3 fois plus élevé par rapport à la population générale lorsqu’un parent ou un frère/une sœur est atteint(e) et peut atteindre 6 fois lorsque les deux parents sont affectés par la maladie. Les études d’association pangénomiques (genome-wide association studies), où on identifie les variations génétiques présentes dans l’ensemble du génome, sont parvenues à identifier plus d’une centaine de régions de l’ADN qui sont associées à un risque accru de DT2.
Cette prédisposition génétique augmente le risque de DT2, mais elle ne signifie cependant pas que les personnes qui ont eu la malchance de naître avec ces « mauvais gènes » sont condamnées à être touchées par la maladie. Il est en effet bien établi que certains facteurs liés au mode de vie, tels que l’indice de masse corporelle (IMC), le niveau d’activité physique, la qualité de l’alimentation et le tabagisme, jouent également un rôle important dans la modulation du risque de DT2.
L’importance de cette interaction entre les gènes et le mode de vie dans la genèse du DT2 est particulièrement bien illustrée par les résultats d’une étude récente, réalisée auprès de 332,251 participants faisant partie de la cohorte de recherche britannique UK Biobank. Dans cette étude, les chercheurs ont séparé les individus de la cohorte selon leur niveau de score de risque génétique (faible, intermédiaire et élevé) et, pour chacune de ces catégories, selon la qualité de leur mode de vie (favorable, intermédiaire et défavorable), déterminée en fonction de l’IMC, du niveau d’activité physique, de l’alimentation et du tabagisme des participants. Cette approche a permis d’examiner dans quelle mesure l’adoption d’un mode de vie sain pouvait atténuer le risque associé à une prédisposition génétique élevée au diabète de type 2.
Sans surprise, les chercheurs ont observé que c’est la combinaison d’une prédisposition génétique élevée et d’un mode de vie malsain qui est associée à la plus forte hausse du risque de DT2, celle-ci augmentant de plus de 16 fois comparativement aux personnes ayant un risque génétique faible et un mode de vie sain (Figure 1). La bonne nouvelle est cependant que cette hausse de risque peut être considérablement réduite par l’adoption d’un mode de vie plus favorable, autant chez les personnes à risque génétique élevé (2,68 vs 16,33) qu’à risque intermédiaire (1,51 vs 11,98). Fait particulièrement intéressant, l’influence du mode de vie demeurait majeure même chez les personnes présentant une faible prédisposition génétique. Dans ce groupe, un mode de vie malsain était associé à une augmentation d’environ 7 fois du risque de DT2 comparativement à un mode de vie sain. Ces résultats illustrent clairement que les gènes ne sont pas une destinée. Autrement dit, ne pas fumer, manger en abondance une variété de végétaux, maintenir un poids corporel normal et faire régulièrement de l’exercice sont toutes des actions qui permettent de prévenir concrètement le DT2, quel que soit le risque génétique de base.

Ces observations rejoignent des résultats publiés antérieurement dans le domaine des maladies cardiovasculaires : par exemple, une étude a montré que le simple fait d’adhérer à un mode de vie sain permet aux personnes ayant une prédisposition génétique élevée de diminuer de moitié le risque d’accidents coronariens (Figure 2). Et l’inverse est encore ici vrai, c’est-à-dire que les personnes qui possèdent des gènes qui devraient en théorie les protéger des maladies coronariennes, mais qui vivent avec un mode de vie défavorable, voient leur risque de développer ces maladies augmenter et devenir similaire à celui des personnes à haut risque, mais qui adoptent de saines habitudes de vie.

Ces observations illustrent notre destin n’est pas complètement décidé à la naissance : même si on naît avec une prédisposition génétique au diabète ou aux maladies cardiovasculaires, ces gènes ne sont qu’un des aspects impliqués dans le développement de ces maladies. En d’autres mots, notre patrimoine génétique fixe certaines prédispositions, mais leur impact sur la santé dépend largement de leur interaction avec les habitudes de vie et les environnements dans lesquels nous vivons, travaillons et évoluons au quotidien. Ainsi, même si nous ne pouvons pas modifier les gènes dont nous héritons, il est possible d’agir sur plusieurs facteurs qui influencent leur expression et, par conséquent, de réduire significativement le risque de développer un diabète ou une maladie cardiovasculaire.