Dr Martin Juneau, M.D., FRCP

Cardiologue, directeur de l'Observatoire de la prévention de l'Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l'Université de Montréal. / Cardiologist and Director of Prevention Watch, Montreal Heart Institute. Clinical Professor, Faculty of Medicine, University of Montreal.

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3 juin 2026
Mode d’emploi pour réduire l’exposition aux substances chimiques dérivées du plastique

En bref

  • Les plastiques utilisés pour la production et l’emballage des produits alimentaires relâchent des composés chimiques toxiques comme les phtalates et les bisphénols, deux classes de perturbateurs endocriniens.
  • Plusieurs de ces composés migrent dans les aliments consommés et peuvent être détectés dans l’urine de la très grande majorité de la population.
  • Une étude montre que la mise en place de mesures destinées à minimiser l’utilisation de matériaux plastiques dans la chaine alimentaire pourrait permettre de réduire substantiellement cette contamination. 

Désormais omniprésents dans nos vies quotidiennes, les plastiques ont radicalement transformé plusieurs aspects de notre société dans des domaines aussi divers que la médecine, l’aérospatiale, la construction, le sport ou encore l’emballage des aliments.  Cette dépendance au plastique a cependant un coût environnemental élevé, non seulement parce que ces polymères synthétiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles polluants (pétrole, gaz et charbon), mais aussi parce qu’ils ont l’énorme défaut d’être peu recyclés. On estime en effet qu’environ 7 milliards de tonnes de déchets plastiques se sont accumulées dans l’environnement depuis 1950 et que la fragmentation et l’érosion de ces déchets génèrent de minuscules particules appelées microplastiques (moins de 5 mm de diamètre) et nanoplastiques (moins de 1 μm de diamètre). Les études récentes suggèrent que ces particules peuvent pénétrer dans le corps humain et pourraient contribuer au développement des maladies cardiovasculaires et de démences comme la maladie d’Alzheimer.  

En plus de ces microparticules, une autre source de contamination par les plastiques provient de certaines molécules qui sont relâchées par ces polymères et peuvent migrer dans le corps humain. C’est notamment le cas des bisphénols et des phtalates,  deux classes de composés chimiques qui sont des perturbateurs endocriniens (PE), c’est-à-dire  qui ont la propriété d’interférer avec les fonctions des organes et/ou hormones impliqués dans les processus physiologiques qui dépendent des signaux hormonaux (développement corporel, métabolisme et reproduction, entre autres). 

La nourriture, une source majeure de contamination

De plus en plus d’études suggèrent qu’une partie importante de cette contamination par les dérivés du plastique provient de ce que nous mangeons quotidiennement.  Plusieurs sources peuvent contribuer à cette contamination : l’environnement (notamment les sols et l’eau), les pratiques agricoles, la transformation industrielle, les emballages et, enfin, le stockage et la préparation des aliments. Il semble que l’utilisation de matériaux en plastique dans la chaine alimentaire, et particulièrement le contact prolongé des aliments ou des breuvages avec les emballages contenant du plastique, provoque la migration de ces contaminants dans les aliments et expose les consommateurs à des quantités mesurables de ces composés chimiques (voir notre article à ce sujet). Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les aliments industriels ultratransformés qui sont en contact étroit pendant plusieurs semaines, et même parfois plusieurs années avec les composés chimiques présents dans leur emballage. Cette contamination est loin d’être mineure ou anecdotique : par exemple, les études montrent que la totalité des Canadiens âgés de 6-79 ans ont des taux détectables de phtalates dans l’urine.

Réduire l’exposition aux contaminants du plastique

Les résultats de l’étude PERTH (Plastic Exposure Reduction Transforms Health), réalisée en Australie, permettent de bien visualiser l’importance de la nature de l’alimentation dans l’exposition involontaire aux dérivés du plastique. Dans cette étude, les chercheurs ont tout d’abord observé la présence d’une panoplie de ces contaminants dans l’urine de la quasi-totalité des participants, en particulier en ce qui concerne plusieurs types de phtalates et de bisphénols (Figure 1).  Non seulement ces composés sont omniprésents, mais leurs niveaux sont dans certains cas bien au-delà des quantités permise : par exemple, les quantités mesurées de BPA excèdent près de 100 fois la limite établie par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) (0,2 ng par kg par jour). 

Figure 1. Détection de composés chimiques dérivés des plastiques dans l’urine des participants à l’étude PERTH. Adapté de Harray et coll. (2026).

L’analyse des habitudes alimentaires des volontaires a révélé que les principaux facteurs qui contribuent à la présence de ces contaminants sont les emballages plastiques, les aliments hautement transformés et les aliments en conserve. 

Ces résultats ont incité les chercheurs à évaluer si une réduction de l’exposition au plastique, en particulier au point de vue alimentaire, pouvait réduire les concentrations urinaires de ces substances chimiques. Trois approches ont été testées, seules ou en combinaison :

  • Régime alimentaire restreint en plastique.  Au cours de l’étude, les chercheurs ont fourni à un sous-groupe de participants des aliments provenant de producteurs qui minimisaient tous les points de contact avec le plastique, du site de production jusqu’au moment de la consommation. En parallèle, les participants ne devaient pas consommer d’aliments ultra-transformés, emballés avec du plastique ou en conserve.
  • Matériel de préparation des aliments dépourvu de plastique. Un autre sous-groupe a reçu comme directive de n’utiliser aucun produit contenant du plastique pour le stockage, la préparation et la manipulation des aliments (ustensiles de cuisson et contenants, par exemple). 
  • Produits de soins personnels restreints en plastique. Les chercheurs ont fourni à un sous-groupe de participants des produits d’hygiène (savon, shampoing et maquillage, par exemple) dépourvus de contaminants dérivés du plastique. 

Dans tous les cas, les participants des différents groupes d’intervention ont été suivis pendant une période de 7 jours et les niveaux de contaminants du plastique présents dans  leur urine a été comparé à ceux mesurés chez un groupe contrôle, où les participants n’avaient fait aucune modification à leurs habitudes. 

La principale conclusion de l’étude est que c’est la réduction de l’utilisation de matériaux plastiques dans la chaine de production alimentaire qui représente la meilleure approche pour réduire l’exposition de la population aux contaminants dérivés du plastique. Comme l’illustre la Figure 2, la réduction maximale de l’exposition est en majeure partie atteinte chez les personnes ayant consommé la nourriture n’ayant pas été en contact avec le plastique, alors que l’omission du plastique dans la préparation des aliments (les ustensiles de cuisson, par exemple) ou encore dans les produits d’hygiène personnelle n’améliore que très marginalement cette protection.

Figure 2. Variation du niveau d’exposition aux produits chimiques dérivés du plastique selon les sources de plastiques ciblées par l’étude PERTH. Les valeurs représentent les scores d’exposition des participants à l’étude avant et après l’intervention, telles que déterminées par les méthodes développées par les chercheurs. Notez que la réduction du plastique dans l’alimentation (symboles orange) est responsable à elle seule de la majeure partie de la diminution de l’exposition aux contaminants dérivés du plastique.Tiré de Harray et coll. (2026).

Une analyse plus poussée montre que la diminution de l’exposition aux contaminants du plastique semble essentiellement due à une réduction importante (de l’ordre de 30-50 %) des niveaux de deux types de phtalates (le MnBP et le MbzP) et des bisphénols (Figure 3). Par contre, les plastiques peuvent contenir jusqu’à 16,000 composés chimiques distincts, dont au moins 25 % sont connus pour être potentiellement nocifs, et il est donc possible, voire probable, que l’exposition à certaines de ces molécules soit également réduite par ces interventions.

Figure 3. Résumé des principaux résultats obtenus par l’étude PERTH.  Adapté de El Hayek et coll. (2026).

Vers une approche globale d’intervention

La  contamination de la chaine alimentaire par les composés dérivés du plastique est un problème généralisé, surtout dans le contexte actuel où l’utilisation de ces matériaux ne cesse d’augmenter. L’étude montre que les individus peuvent réduire leur exposition à ces contaminants en évitant certains produits alimentaires qui sont en contact étroit avec les plastiques, en particulier les aliments ultratransformés, mais ces mesures sont insuffisantes étant donné l’ampleur actuelle de la contamination. Par exemple, même en travaillant étroitement avec plus de 100 producteurs afin de minimiser l’utilisation du plastique dans les processus de production, de transformation et de distribution des aliments, les chercheurs ne sont pas parvenus à empêcher totalement l’ingestion de substances chimiques dangereuses associées au plastique.

L’exposition aux substances chimiques associées au plastique n’est donc pas seulement une question de choix individuel du consommateur, mais plutôt un problème de santé publique global qui requiert de nouvelles mesures réglementaires musclées pour endiguer cette source de contaminants nocifs pour la santé publique. En ce sens, on pourrait s’inspirer de la réglementation concernant l’utilisation du plomb dans des produits tels que la peinture et l’essence qui ont permis de réduire drastiquement les nombreux effets toxiques associée à ce métal lourd.

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