Plusieurs études ont clairement montré que la pratique régulière d’activités physiques modérées (marche, jogging, vélo)  est associée à une diminution du risque de développer au moins 35 maladies distinctes, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, au moins 13 types de cancers ainsi que le déclin des fonctions cognitives.  Non seulement les bénéfices de l’activité physique modérée sont nombreux, mais, comme nous le mentionnions récemment, ils sont même observés à des « doses » d’exercice relativement faibles : par exemple, aussi peu que 15 minutes d’activité physique modérée par jour (la marche, par exemple) sont associées à une diminution significative de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires ainsi que de la mortalité totale.

Pour les personnes au tempérament plus sportif, ces niveaux d’exercice sont cependant nettement insuffisants et plusieurs d’entre elles préfèrent s’adonner à des activités beaucoup plus exigeantes physiquement comme le marathon, le triathlon ou autres épreuves d’endurance.  Ce type d’exercice intense est de plus en plus populaire (aux États-Unis seulement, un demi-million de coureurs terminent chaque année un marathon), de sorte qu’il n’est plus rare de rencontrer des personnes qui ont fait de grandes quantités d’exercice à haute intensité pendant la majeure partie de leur vie adulte.

L’impact de ce type d’entrainement intensif sur la santé cardiovasculaire demeure mal compris.  D’un côté, certaines études ont montré que les athlètes de haut niveau, ceux ayant remporté une médaille olympique par exemple, vivent en moyenne environ 3 années plus longtemps que des personnes moins actives, ce qui suggère un impact positif de l’activité physique intense sur la fonction cardiaque. De l’autre, les maladies coronariennes représentent la principale cause de décès associés au sport chez les plus de 35 ans et des études récentes ont rapporté une accélération du processus d’athérosclérose chez les personnes qui font des quantités importantes d’exercice intense pendant des périodes prolongées.  Il est également bien documenté que les très grands athlètes tels que les marathoniens, les cyclistes et les skieurs de fond de haut niveau sont plus touchés par la fibrillation auriculaire que les non-athlètes.  Dans l’ensemble, il semble donc que l’exercice très intensif (plus d’une vingtaine d’heures par semaine pendant plusieurs années) pourrait entrainer, du moins dans certains cas, des complications cardiaques.

Deux articles récemment parus dans la revue Circulation permettent de mieux comprendre cet impact de l’exercice à haute intensité sur la santé cardiovasculaire.  Dans la première étude, une équipe de cardiologues britanniques a examiné la présence de plaques d’athérosclérose au niveau des artères coronaires de 152 athlètes mâles âgés de plus de 40 ans, sans facteurs de risque cardiovasculaire et qui s’étaient soumis pendant au moins 10 ans à un entrainement très intensif (plus de 16 km de course ou 50 km de vélo par jour, avec une participation à au moins 10 compétitions d’endurance comme les marathons, demi-marathons, etc.).  En utilisant la tomodensitométrie cardiaque (CT-scan), une technique qui permet de mesurer la quantité de calcium contenu dans les plaques d’athérosclérose, ils ont pu observer que ces athlètes avaient une plus forte prévalence de plaques au niveau des coronaires que les hommes sédentaires (44 % comparativement à 22 %).  Cependant, ces plaques étaient dans la grande majorité des cas principalement composées de calcium, ce qui les rend plus stables et donc moins susceptibles de se fissurer et de former des caillots responsables des infarctus aigus.  Il semble donc que les plaques d’athérosclérose sont effectivement plus fréquentes chez les très grands athlètes, mais la nature calcifiée de ces plaques fait en sorte que ces personnes demeurent à faible risque d’événements cardiovasculaires.

Des résultats similaires ont été obtenus lors d’une étude hollandaise réalisée auprès de 284 hommes âgés en moyenne de 55 ans.  Les chercheurs ont observé que 53 %  des athlètes qui avaient fait de grandes quantités d’exercice au cours de leur vie (>2000 MET-min par semaine) présentaient une plus grande quantité de plaques d’athérosclérose au niveau des coronaires que ceux qui étaient moins actifs (<1000 MET-min par semaine), mais que ces plaques étaient encore ici plus calcifiées et donc de nature plus bénigne.

Dans l’ensemble, ces observations suggèrent qu’environ la moitié des athlètes qui font des exercices à haute intensité pendant plusieurs années développent des plaques d’athérosclérose au niveau des artères coronaires, et ce en dépit d’une absence de facteurs de risque bien établis de maladies coronariennes (cholestérol, hypertension, tabagisme, surpoids).  Cependant, étant donné que ces plaques sont calcifiées et donc plus stables, il est probable qu’elles ne posent pas de risque majeur pour la santé, ce qui pourrait expliquer la plus longue longévité observée chez ces personnes très actives physiquement. Il faut d’ailleurs noter que les morts cardiaques subites qui surviennent au cours d’épreuves d’endurance demeurent un phénomène excessivement rare : entre janvier 2000 et mars 2010, il y a eu seulement 59 morts subites sur 10,9 millions de coureurs de marathon et demi-marathons, soit une incidence de 0,5 décès par 100 000 participants.  Faire beaucoup de sport ne semble donc pas nocif pour la santé, mais la présence de plaques d’athérosclérose chez les athlètes indique néanmoins que ces personnes ne sont pas totalement immunisées contre les événements cardiovasculaires et qu’elles ont tout avantage, comme la population en général, à adopter d’autres habitudes de vie reconnues pour diminuer le risque de maladies coronariennes, en particulier une alimentation riche en végétaux et une gestion adéquate du stress.

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