MIs à jour le 5 juin 2018

Les personnes qui sont en surpoids, et plus particulièrement celles dont l’excès de gras est localisé au niveau abdominal, présentent fréquemment une série de dérèglements du métabolisme collectivement regroupés sous le terme de « syndrome métabolique » (voir l’encadré). Les personnes qui sont touchées par un ou deux de ces dérèglements ont deux fois plus de risque d’être affectées prématurément par une maladie cardiovasculaire, une hausse qui peut même atteindre 5 fois chez les individus qui présentent l’ensemble de ces conditions et qui en plus sont diabétiques.

Le syndrome métabolique

Le syndrome métabolique n’est pas une maladie au sens strict du terme, mais un regroupement d’un certain nombre de dérèglements du métabolisme qui, pris collectivement, augmentent de façon très importante le risque de maladies cardiovasculaires. Cliniquement, ce syndrome est défini par les anomalies suivantes :

– Tour de taille supérieur à 102 cm pour les hommes et à 88 cm pour les femmes

– Hypertriglycéridémie (> 1,7 mmol/L)

– Cholestérol-HDL bas (< 1,0 mmol/L pour les hommes et < 1,3 mmol/L pour les femmes)

– Taux de glucose à jeun élevé (> 6,1 mmol/L)

– Hypertension (>135/85 mm Hg)

Les mécanismes impliqués dans la genèse du syndrome métabolique sont d’une grande complexité, mais mentionnons seulement que c’est la résistance à l’insuline qui se développe chez les personnes en surpoids qui est la grande responsable de ces anomalies (voir notre article sur la question).

Obésité « santé » ?

Certaines études ont observé qu’une certaine proportion des personnes obèses (pouvant varier entre 6 et 40 % selon les critères utilisés pour définir ce qui est « normal ») ne présentent pas ces dérèglements du métabolisme typiques de la surcharge pondérale et peuvent en conséquence être considérées en « bonne santé métabolique » (« fat but fit », selon l’expression anglaise).  Ces personnes ont une glycémie et des taux d’insuline normaux, ne sont pas hypertendues et possèdent un profil de lipides sanguins normal. En conséquence, malgré leur obésité, il a été proposé (ici et ici, par exemple) que ces personnes ne sont pas plus à risque d’être touchées par le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires que la population de poids normal.

Plusieurs études réalisées au cours des dernières années ont cependant remis en question ce concept « d’obésité santé ».  D’une part, une méta-analyse de 8 études (plus de 60,000 patients) indique que les personnes obèses en bonne santé métabolique ont un risque accru (25 %) de mortalité totale ou liée à des événements cardiovasculaires comparativement aux personnes minces. Une autre méta-analyse combinant les données acquises sur un plus grand nombre d’études (22 études prospectives impliquant plus d’un demi-million de participants) en arrive à des conclusions similaires, c’est-à-dire que les personnes obèses étaient plus à risque d’être touchées par un événement cardiovasculaire (hausse de 60 %), et ce, même si elles étaient en bonne santé métabolique.  Ces résultats ont été confirmés par une très grande étude, réalisée auprès de 3,5 millions d’individus, et qui montre que les personnes obèses et considérées en bonne santé métabolique demeurent à plus haut risque de maladies coronariennes, d’AVC et d’insuffisance cardiaque comparativement à celles qui ne présentent pas d’anomalies métaboliques et qui sont de poids normal.

État transitoire

Une étude récemment publiée dans le journal du collège américain de cardiologie (JACC) suggère que cette hausse du risque de maladies cardiovasculaires observée chez les personnes obèses, même celles sont en bonne santé métabolique, est dû au fait que cet état est transitoire : les chercheurs ont en effet observé qu’environ la moitié des personnes obèses avaient développé un syndrome métabolique au cours des 10 années de l’étude, et que plus l’apparition de ce syndrome était précoce, plus grand était le risque de maladies cardiovasculaires. Ce concept de l’obésité santé comme un état temporaire est également suggéré par les résultats d’une étude réalisée auprès d’une cohorte de fonctionnaires britanniques (étude Whitehall II)  et qui montrait que la moitié des personnes obèses en bonne santé  métabolique étaient devenues en mauvaise santé dans les 20 années suivantes.  Même chose pour les femmes participant à la Nurses’ Health Study: sur une période de 24 ans, pas moins de 85 % des femmes en surpoids sont devenues en mauvaise santé métabolique, une transition qui s’est accompagnée d’une hausse significative du risque d’événements coronariens.  Autrement dit, le corps peut compenser à court terme les dérèglements causés par l’excès de masse adipeuse, mais cette adaptation est la plupart du temps temporaire de sorte qu’une exposition prolongée à l’obésité finit par altérer le métabolisme et favoriser le développement de maladies cardiovasculaires.

Dommages collatéraux

Il faut aussi mentionner que les effets de l’obésité ne se limitent au risque de développer une maladie coronarienne ou un AVC.  Même dans les études où les personnes obèses en bonne santé métabolique ne présentaient pas de hausse du risque d’infarctus, une importante hausse du risque d’insuffisance cardiaque (70 %) a été observée, un effet sans doute lié à l’augmentation du volume sanguin et à de la charge de travail du muscle cardiaque chez les personnes obèses.

De plus, le concept d’obésité santé peut être relatif.  Même si une personne en surpoids est en bonne santé métabolique, sans présenter de signes avant-coureurs de diabète, d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires, elle demeure néanmoins à plus haut risque de développer certaines maladies que les personnes de poids normal (ostéoarthrite, maladies pulmonaires, phlébites, infertilité, certains types de cancers, etc.).  Commne le mentionnait récemment les Drs Paul Poirier et Jean-Pierre Després dans la revue Circulation,  ce qui peut être considéré « santé » par un endocrinologue (glycémie et réponse à l’insuline normales) ne l’est pas nécessairement pour un orthopédiste qui est appelé à traiter les douleurs musculo-squelettiques d’une personne obèse.

Même s’il est encore peu connu par la population en général, le lien entre obésité et cancer est particulièrement préoccupant, car une analyse réalisée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains a montré que le surpoids augmente le risque de treize types de cancers, et que sur les quelque 630,000 cancers diagnostiqués en 2014 aux États-Unis, environ 40 % d’entre eux étaient liés à un poids excessif.   Cette hausse du risque ne semble pas épargner pas les personnes obèses en bonne santé métabolique, car ces personnes sont significativement plus à risque de développer des adénomes colorectaux, un précurseur bien caractérisé de cancer colorectal.

En somme, on doit donc considérer que dans la grande majorité des cas, l’obésité est un état pathologique incompatible avec une bonne santé, associé à une hausse importante du risque de plusieurs maladies graves, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète et plusieurs types de cancers.

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