La marche rapide associée à un ralentissement du processus de vieillissement

La marche rapide associée à un ralentissement du processus de vieillissement

EN BREF

  • Selon une étude auprès de plus de 400 000 participants, le rythme de marche est associé à la longueur des télomères, un marqueur génétique de l’âge biologique.
  • Parmi les participants, âgés de 56,5 ans en moyenne, ceux qui marchaient le plus rapidement avaient des télomères dont la longueur est équivalente à un âge biologique 16 ans plus jeune.
  • Cette association dépendait de l’intensité de la marche (la vitesse) et non pas de la quantité totale d’activité physique.

Les télomères sont des structures répétitives d’ADN qui se trouvent aux deux extrémités des chromosomes et qui assurent l’intégrité du génome durant la division cellulaire (voir aussi notre article sur le sujet). À chaque fois qu’une cellule se divise, les télomères raccourcissent, jusqu’à ce qu’ils deviennent trop courts et que la cellule ne puisse plus se diviser : elle devient sénescente et meurt éventuellement. L’accumulation de cellules sénescentes dans les organes du corps humain contribue au développement de maladies liées au vieillissement et à la fragilité. Les chercheurs considèrent la longueur des télomères comme un marqueur de « l’âge biologique », indépendamment de la date de naissance d’un individu.

Les bienfaits de la marche sur la santé physique et mentale sont bien documentés, mais des chercheurs britanniques ont voulu savoir si la marche rapide pouvait aussi être associée à un ralentissement du vieillissement biologique, tel qu’estimé par la longueur des télomères.

Dans l’étude britannique, 405 981 participants âgés en moyenne de 56,5 ans ont rapporté des informations sur la vitesse de marche, par auto-évaluation ou en portant un dispositif enregistreur de type accéléromètre. La longueur des télomères a été évaluée dans les leucocytes (globules blancs) par PCR à partir d’un échantillon de sang de chacun des participants. Les résultats montrent qu’une vitesse de marche plus rapide était associée à de plus longs télomères (âge biologique plus jeune) et cela indépendamment de la quantité totale d’activité physique. Des analyses statistiques complexes (randomisation mendélienne bidirectionnelle) suggèrent un lien causal entre la vitesse de marche et la longueur des télomères, mais non l’inverse, c.-à-d. que l’allongement des télomères n’est pas responsable d’une plus grande vitesse de marche. Un lien de causalité ne pourra être établi de façon certaine que par des études d’intervention bien contrôlées et bien menées.

Les résultats de cette étude viennent renforcer l’importance de la marche à bon pas pour le maintien d’une bonne santé. Une étude antérieure menée par les mêmes chercheurs de l’université de Leicester au Royaume-Uni indiquait qu’aussi peu que 10 minutes de marche rapide étaient associées à une plus longue espérance de vie, jusqu’à 20 ans de plus en comparant les marcheurs rapides aux marcheurs lents. La marche rapide peut être pratiquée à tout âge, à l’intérieur comme à l’extérieur, et ne requiert aucune habileté athlétique particulière ni d’équipement coûteux.

Les dispositifs portables intelligents : des outils utiles pour surveiller notre état de santé

Les dispositifs portables intelligents : des outils utiles pour surveiller notre état de santé

EN BREF

  • Les montres intelligentes et autres dispositifs portables sont munis de capteurs sophistiqués qui permettent d’enregistrer plusieurs paramètres utiles pour surveiller notre état de santé : rythme cardiaque, électrocardiogramme, quantité d’activité physique (quantité et intensité), saturation d’oxygène dans le sang, détection de chutes et d’arythmies cardiaque, etc.
  • Porter un moniteur d’activité encourage l’activité physique en général et plus particulièrement l’activité physique d’intensité moyenne à vigoureuse, selon l’ensemble des études qui ont été publiées sur le sujet.
  • Les montres « intelligentes » ne sont pas encore suffisamment sensibles et spécifiques pour une détection fiable de la fibrillation auriculaire, le type d’arythmie cardiaque le plus répandu.
  • Les dispositifs portables intelligents ne cessent d’être perfectionnés et ils sont promis à un brillant avenir. Cependant, il faudra s’assurer que ces dispositifs soient accessibles à tous et qu’ils ne nuisent pas au système de santé en générant un trop grand nombre de données biométriques et des tests cliniques inutiles.

Les dispositifs de surveillance de l’exercice, ou moniteurs d’activité physique sont utilisés depuis des décennies dans le milieu de la recherche sur l’activité physique. Les premières versions de ces dispositifs enregistraient simplement la durée et l’intensité de l’activité physique. Les versions modernes des moniteurs d’activité physique peuvent en plus donner une rétroaction directe à l’utilisateur et ont ainsi le potentiel de favoriser les changements de comportement, c’est-à-dire d’encourager l’activité physique et possiblement détecter des problèmes de santé. Des articles de revue sur les applications de ces dispositifs portables pour les soins des maladies cardiovasculaires ont été publiés (en anglais) ici et ici.

Montres intelligentes
Il y a plusieurs types de dispositifs en vente sur le marché. Les montres dites « intelligentes » (de l’anglais « smartwatch ») comme par exemple les montres Apple Watch, Fitbit, Garmin, Omron, TomTom, contiennent des capteurs qui permettent de mesurer l’activité physique (le nombre de pas, l’énergie dépensée) grâce à l’accéléromètre et au gyroscope, la distance parcourue (GPS), le rythme cardiaque, ainsi que de détecter les chutes, surveiller le sommeil, détecter des arythmies cardiaques (électrocardiogramme) et estimer la saturation en oxygène du sang et la capacité cardiorespiratoire (VO2max). Ces dispositifs sont de plus en plus populaires pour suivre notre état de santé et notre forme physique, particulièrement lors des séances d’activité physique, incluant la marche, la course, le vélo et plusieurs autres sports.

Autres dispositifs portables intelligents
Il y a aussi des dispositifs qui se portent autour du thorax (ex. : BioHarness, Polar straps), du poignet (bracelets) ou qui sont insérés dans des « patchs » que l’on fixe sur la poitrine (ex. : Zio Patch, Nuvant MCT, S-Patch cardio), des vêtements (ex. : AIO Smart Sleeve) ou des chaussures. Ces dispositifs portables intelligents mesurent pour la plupart le rythme cardiaque et enregistrent des électrocardiogrammes. Ces dispositifs sont moins populaires parce qu’ils sont plus encombrants et que leurs fonctions sont plus limitées.

Un encouragement à faire davantage d’exercice ?
Une revue systématique et une méta-analyse des études sur l’effet d’interventions basées sur les moniteurs d’activité physique ont été réalisées par des chercheurs danois en 2022. Dans un premier temps les chercheurs ont fait une revue systématique où ils ont analysé 876 articles publiés sur le sujet, dont 755 articles ont été exclus parce qu’ils ne satisfaisaient pas aux critères de qualité établis (mauvais plan d’étude, protocole, intervention, comparaison, population, etc.). Ils ont ensuite contacté les auteurs de 105 études pour obtenir les protocoles détaillés et des données pertinentes qui n’auraient pas été incluses dans leurs études. Cela illustre combien il est difficile de réaliser ce genre d’étude de synthèse et que les études publiées sont de qualité variable.

La revue systématique a retenu 121 études randomisées contrôlées auprès de 16 743 participants, où la durée moyenne des interventions était de 12 semaines. Au tout début de l’intervention, le nombre de pas fait quotidiennement était de 6994 en moyenne et l’indice de masse corporelle moyen était de 27,8 (surpoids). Les trois principaux buts de l’étude étaient d’évaluer l’impact de l’intervention (porter un moniteur) sur : 1) l’activité physique en général ; 2) l’activité physique d’intensité modérée à élevée ; 3) la sédentarité.

  • Activité physique en général. Pour cette méta-analyse, les résultats de 103 études auprès de 12 840 participants ont été inclus. Les participants qui portaient un moniteur d’activité physique ont en moyenne fait plus d’activité physique que ceux qui n’en portaient pas. L’augmentation était significative, quoique modeste : 1235 pas de plus en moyenne quotidiennement par les porteurs d’un moniteur d’activité physique.
  • Activité physique d’intensité moyenne à vigoureuse. La méta-analyse sur l’effet d’une intervention avec un moniteur sur l’activité physique d’intensité moyenne à vigoureuse, qui incluaient 63 études auprès de 8250 participants, a elle aussi montré que le port d’un moniteur d’activité physique a un impact positif sur la quantité d’activité physique d’intensité moyenne à vigoureuse, soit environ 48,5 minutes de plus par semaine.
  • Sédentarité. Les interventions avec un moniteur indiquent un léger effet favorable sur le temps sédentaire, soit une réduction de 9,9 minutes en moyenne par jour.

Les auteurs concluent que le niveau de preuve pour les effets des interventions basées sur le port de moniteurs d’activité physique est faible en ce qui concerne l’activité physique en général, modérée pour l’activité physique d’intensité modérée à élevée et pour la sédentarité. Les effets sur l’activité physique et l’activité physique d’intensité modérée à intense des interventions basées sur l’utilisation de moniteurs sont bien établis, mais pourraient être surestimés à cause de biais de publication, c.-à-d. que les chercheurs ont parfois tendance à ne publier leurs résultats que si leur étude est positive.

Détection de la fibrillation auriculaire avec une montre « intelligente »
La fibrillation auriculaire est le type d’arythmie cardiaque le plus couramment diagnostiqué et plus de 37 millions de personnes en sont atteintes dans le monde. Ce type d’arythmie cardiaque est associée à un risque accrue de maladie cardiovasculaire (5 fois plus élevé pour l’accident vasculaire cérébral) et de mortalité prématurée.

Les montres intelligentes, telle la Apple Watch par exemple, contiennent des capteurs optiques qui permettent de mesurer la fréquence cardiaque des utilisateurs en émettant une lumière verte à travers la peau du poignet. Une application de l’Apple Watch utilise des algorithmes qui permettent d’identifier des anomalies qui suggèrent la fibrillation auriculaire.

Dans une étude financée par Apple, des chercheurs ont voulu vérifier si l’Apple Watch pouvait vraiment être utile pour la détection d’épisodes de fibrillation auriculaire (FA). Durant les 8 mois de l’étude auprès de 419 297 participants, 2161 (0,52 %) d’entre eux ont reçu des notifications de pouls irrégulier. Parmi ces derniers, ceux dont les symptômes n’étaient pas urgents ont reçu par la poste un enregistreur d’électrocardiogramme (ECG) (ePatch) qu’ils ont porté durant 7 jours. Parmi les 450 participants qui ont retourné l’enregistreur ECG pour l’analyse des données, 34 % ont eu une confirmation de la présence d’épisodes de fibrillation auriculaire, alors que pour 66 % d’entre eux un diagnostic de FA n’a pu être confirmé. Les principales critiques (voir ici et ici) de cette étude sont que la détection de la FA par l’Apple Watch est peu spécifique et peu sensible ; que ce type d’utilisation pourrait faire plus de mal que de bien en créant de l’inquiétude, en favorisant un surdiagnostic et un surtraitement et causant par conséquent un gaspillage des ressources du système de santé. De plus, le coût élevé de ce type de montre intelligente fait en sorte qu’il ne pourrait être déployé à grande échelle, s’il advenait que la technologie soit améliorée un jour.

Les montres intelligentes sont continuellement améliorées, de sorte que l’écart de la performance avec les dispositifs de qualité médicale ne cesse de s’amenuiser. Les médecins devraient être ouverts à examiner les données générées par les montres intelligentes puisqu’elles pourraient donner des informations personnalisées utiles pour le traitement du patient. Cependant, il manque un cadre réglementaire pour standardiser ces données et les incorporer dans la pratique clinique régulière. Ces dispositifs ont le potentiel de générer d’énormes quantités de données biométriques qui pourraient mener à faire des tests inutiles et coûteux, ce qui aura des conséquences sur les patients et le système de santé.

Autres utilisations

Mesure de la pression artérielle
L’hypertension est une cause très répandue de plusieurs maladies cardiovasculaires et de mort prématurée. La présence de capteurs pour la pression artérielle dans les dispositifs portables grand public pourrait potentiellement améliorer la détection de l’hypertension, particulièrement l’hypertension nocturne qui est associée aux pires conséquences. Il existe des dispositifs avec brassard, mais des dispositifs sans brassard ont été récemment mis au point, permettant d’envisager leur utilisation pour la mesure de la pression artérielle ambulatoire. Les résultats de comparaisons de ces nouveaux dispositifs avec les dispositifs médicaux existants sont encourageants, mais cette nouvelle technologie est encore à ses tout débuts et devra être perfectionnée et étudiée davantage.

Autres capteurs
Il y a des capteurs biochimiques minimalement invasifs qui mesurent des molécules d’intérêts dans des fluides physiologiques. Par exemple, les moniteurs de taux de glucose en continu mesurent le glucose dans le liquide interstitiel (sous la peau et non dans le sang). Ces moniteurs ont été validés en clinique, mais il demeure difficile de les intégrer dans des dispositifs portables grand public. Des capteurs utilisant la sueur ou la salive pourraient être plus facilement intégrés dans des dispositifs portables, mais cela reste à être mis au point.

Des capteurs biomécaniques incorporés dans des vêtements ou des souliers, tels les ballistocardiogramme et séismocardiogramme ou des capteurs diélectriques ont été développés dans le but de mesurer passivement et en continu le débit cardiaque, le volume et le poids des liquides dans les poumons. Ces dispositifs pourraient être utiles pour surveiller la condition de personnes atteintes d’insuffisance cardiaque.

Les dispositifs portables intelligents ne cessent d’être perfectionnés et ils sont promis à un brillant avenir. Cependant, il faudra s’assurer que ces dispositifs soient accessibles à tous et qu’ils ne nuisent pas au système de santé en générant un trop grand nombre de données biométriques et des tests cliniques inutiles. De plus, les dispositifs portables intelligents devront être évalués et soumis à des normes strictes pour s’assurer de leur qualité et de leur efficacité. Le corps médical devra sans doute s’ouvrir davantage à l’utilisation de ces dispositifs qui permettent un suivi à distance, surtout en ces temps de pandémie de Covid-19 où l’on a observé une diminution significative des visites des patients dans le bureau de leur médecin.

Le vélo : un exercice particulièrement bénéfique pour la santé des diabétiques

Le vélo : un exercice particulièrement bénéfique pour la santé des diabétiques

EN BREF

  • L’exercice et l’activité physique apportent de nombreux bienfaits pour les personnes atteintes de diabète de type 2.
  • Parmi une grande cohorte de 110 944 personnes provenant de 10 pays européens, 7 459 personnes étaient atteintes du diabète de type 2, dont 37 % étaient des cyclistes.
  • Après un suivi de 5 ans, les chercheurs ont constaté que moins de morts prématurées et de morts causées par une maladie cardiovasculaire sont survenues proportionnellement chez les cyclistes que chez les non-cyclistes.
  • Les participants qui ont commencé à faire du vélo après le début de l’étude ont aussi vu leur risque de mortalité diminué significativement, ce qui montre qu’il n’est jamais trop tard pour se mettre au vélo et en tirer des bénéfices pour la santé.

Le diabète augmente le risque de développer une maladie cardiovasculaire et de mourir prématurément de cause cardiovasculaire et de toute cause. L’activité ou l’exercice physique pratiqués régulièrement réduit les facteurs de risque de maladie cardiovasculaire chez les diabétiques.

Bienfaits de l’exercice aérobique
Chez les diabétiques, l’entraînement aérobique (marche rapide, course, vélo, etc.) augmente la sensibilité à l’insuline, la densité mitochondriale (production d’énergie dans les cellules), la réactivité des vaisseaux sanguins, les fonctions immunitaires et pulmonaires et le débit cardiaque. De plus, l’entraînement régulier réduit le taux d’hémoglobine glyquée et de triglycérides sanguins, ainsi que la pression artérielle.

Bienfaits de l’exercice de résistance
Le diabète est un facteur de risque d’avoir un faible tonus musculaire, et il peut provoquer un déclin plus rapide de la force et de la fonction musculaire. Quelques mécanismes ont été proposés pour expliquer ce phénomène chez les diabétiques, incluant : 1) une dysfonction endothéliale secondaire aux taux de glucose élevés dans le sang qui causent une vasoconstriction des vaisseaux qui nourrissent les muscles et 2) une perturbation du métabolisme énergétique du muscle squelettique par le biais d’une dysfonction des mitochondries (éléments de la cellule qui produit son énergie).

Les bienfaits de l’entraînement en résistance (levée de poids, utilisation d’une bande de résistance, etc.) dans la population en général incluent des améliorations de la masse et de la force musculaire, de la condition physique, de la densité minérale osseuse, de la sensibilité à l’insuline, de la pression artérielle, du profil lipidique et de la santé cardiovasculaire. Pour les diabétiques (type 2), l’entraînement en résistance améliore le contrôle de la glycémie, la résistance à l’insuline, la pression artérielle, la force musculaire, la masse corporelle maigre vs masse adipeuse.

Bienfaits d’autres types d’exercice
Les personnes diabétiques sont particulièrement affectées par la perte de mobilité des articulations, une situation causée en partie par l’accumulation des produits terminaux de glycation qui survient lors du vieillissement normal, mais qui est accélérée par l’hyperglycémie. Les personnes diabétiques peuvent donc bénéficier d’exercices d’étirements qui leur permettent d’augmenter la souplesse et la mobilité de leurs articulations.

Vélo et risque de mortalité chez des diabétiques
Y a-t-il une activité physique plus bénéfique que d’autres pour améliorer la santé des diabétiques et réduire le risque de mort prématurée ? Une étude prospective auprès de 7 459 adultes diabétiques âgés de 55,9 ans en moyenne, a évalué s’il y a une association entre le temps passé à faire du vélo et la mortalité cardiovasculaire ou de toute cause. Les participants, qui étaient diabétiques depuis 7,7 années en moyenne au début de l’étude, ont répondu à des questionnaires détaillés au moment du recrutement et 5 ans après. En comparaison avec les participants qui ne faisaient pas du tout de vélo (0 minute/semaine), ceux qui en ont fait avaient un risque moins élevé de mortalité de toute cause, soit de 22 % (1 à 59 min/semaine) à 32 % (150 à 299 min/semaine). Des réductions du même ordre de grandeur (21 à 43 %) ont été observées pour la mortalité de cause cardiovasculaire. Ces diminutions du risque de mortalité étaient indépendantes des autres activités physiques rapportées par les participants et d’autres facteurs confondants (niveau de scolarité, tabagisme, adhérence au régime alimentaire méditerranéen, apport énergétique total, activité physique professionnelle).

Une autre question à laquelle les chercheurs de l’étude ont souhaité répondre est de savoir si le fait d’arrêter ou au contraire de commencer à faire du vélo durant le suivi de 5 ans a eu une conséquence sur le risque de mortalité des participants diabétiques. Les résultats indiquent que les participants qui se sont mis au vélo après le début de l’étude avaient un risque significativement moins élevé de mortalité cardiovasculaire et de toute cause, comparativement aux non-cyclistes. Les participants qui ont au contraire cessé de faire du vélo après le début de l’étude avaient un risque de mortalité prématurée similaire à celui des non-cyclistes. Il n’est donc jamais trop tard pour se mettre à la pratique du vélo et d’en tirer des bénéfices importants pour la santé, à condition que cet exercice soit pratiqué régulièrement, sans interruption.

D’autres chercheurs ont été étonnés du fait que l’association entre la pratique du vélo et la réduction du risque de mortalité soit indépendante de la pratique d’autres activités physiques. Ils font remarquer qu’il y a une relation entre la quantité d’activité physique et la réduction de la mortalité (4 % de réduction du risque par 15 minutes d’activité physique additionnelles par jour) pour les personnes en santé et les personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire selon des données probantes. Ils se demandent si un biais comparable à celui du « healthy worker effect » n’est pas en cause ici. Ce biais pourrait être causé dans ce cas-ci par le fait que les diabétiques qui font du vélo soient en meilleure santé que ceux qui n’en font pas, d’où une plus faible mortalité prématurée. Dans leur réponse à cette critique, les auteurs de l’étude disent être d’accord que les cyclistes pourraient être en meilleure santé que les non-cyclistes, mais ils disent avoir fait tout ce qu’ils pouvaient faire pour minimiser ce biais potentiel en ajustant les résultats pour tenir compte des facteurs de risques de mortalité prématurée, incluant le régime alimentaire, l’activité physique autre que le vélo, incidence d’infarctus du myocarde et de cancer, et en excluant les fumeurs, les anciens fumeurs et les personnes qui font du sport. Les auteurs concluent qu’ils sont persuadés que le vélo peut contribuer directement à diminuer la mortalité prématurée, mais que dans ce type d’étude il est toujours possible qu’il y ait des facteurs confondants connus ou inconnus.

Une étude antérieure avait déjà rapporté que le vélo avait des avantages par rapport à d’autres activités physiques. L’étude a été réalisée il y a une vingtaine d’années auprès de 30 640 participants dans la région de Copenhague au Danemark. Au cours des 14,5 années durant lesquelles il y a eu un suivi, les personnes qui se déplaçaient à vélo pour se rendre au travail avaient un risque 40 % moins élevé de mourir prématurément que les participants non cyclistes, après avoir tenu compte de possibles facteurs confondants, incluant la quantité d’activité physique durant les loisirs.

La pratique du vélo demande d’être en forme, un bon sens de l’équilibre et d’avoir les moyens financiers pour se procurer un vélo. De plus, il faut que la pratique du vélo puisse se faire dans un environnement sécuritaire, ce qui est de plus en plus possible avec l’ajout de pistes cyclables ces dernières années. Au Québec le vélo ne peut être pratiqué sécuritairement durant l’hiver, c’est-à-dire durant plus de 4 mois, mais il est heureusement possible de faire du vélo stationnaire à l’intérieur des logements ou dans les centres d’entraînement. Il y a un réel engouement pour la pratique du vélo ces dernières années, y compris le vélo à assistance électrique qui permet aux personnes plus âgées ou moins en forme de gravir les pentes sans trop d’effort. Souhaitons que cet engouement perdure afin que davantage de personnes en santé ou atteintes d’une maladie chronique puissent bénéficier des bienfaits pour la santé de cette activité physique extraordinaire.

 

 

Retour progressif à l’activité physique après avoir eu la COVID-19

Retour progressif à l’activité physique après avoir eu la COVID-19

EN BREF

  • Les personnes présentant des symptômes persistants ou qui ont eu une forme sévère de COVID-19 ou qui ont des antécédents suggérant une atteinte cardiaque doivent consulter un médecin avant de reprendre l’activité physique.
  • Les personnes qui ont eu une forme légère de COVID-19 et qui désirent recommencer à faire de l’activité physique doivent le faire très graduellement.
  • Ne reprenez l’exercice qu’après au moins sept jours sans symptômes et commencez par au moins deux semaines d’effort minimal.
  • Utilisez l’autosurveillance quotidienne pour suivre vos progrès et déterminer quand demander de l’aide médicale supplémentaire, au besoin.

Nous présentons ici un condensé des directives et conseils d’organismes de santé publique pour le retour à l’exercice après la COVID-19 (articles en anglais ici, ici, ici et ici).

Après une forme légère de COVID-19, certaines personnes ont un rétablissement prolongé, en particulier lorsqu’elles tentent de reprendre l’exercice. De plus, plusieurs personnes atteintes ont complications potentielles à long terme de la COVID-19, y compris le syndrome COVID chronique (syndrome post-COVID ou COVID long), la maladie cardiopulmonaire et les séquelles psychologiques chez certaines personnes (1, 2, 3, 4). Cet article présente une approche pragmatique pour aider les personnes à reprendre l’activité physique en toute sécurité après une infection symptomatique du SRAS-CoV-2, en se concentrant sur ceux qui ont perdu leur forme physique ou qui ont eu une période d’inactivité prolongée, mais qui n’ont pas un syndrome COVID chronique.

Les bienfaits de l’activité physique pour la santé, aussi bien pour la santé cardiovasculaire que pour la santé mentale, sont bien établis (5, 6). À l’inverse, les méfaits de l’inactivité physique en font un facteur de risque majeur de maladies non transmissibles dans le monde, tout comme le tabagisme ou l’obésité (7). Avant la pandémie de COVID-19, la majorité des Canadiens adultes (82,5 %) ne respectaient pas les directives en matière d’activité physique (au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine à raison d’au moins 10 minutes par séance) et sont sédentaires pendant la majeure partie de la journée (9,6 heures) (8). Il y a eu une nouvelle baisse de l’activité physique depuis le début de la pandémie chez les personnes souffrant de maladies chroniques comme l’obésité et l’hypertension (9), des conditions qui sont associées à des formes sévères de la COVID-19 (10). De brefs conseils peuvent aider les gens à entreprendre une activité physique, avec les effets positifs sur la santé qui en découlent, et aider ceux qui se rétablissent d’une maladie à retourner aux niveaux précédents d’activité physique ou au-delà (11). Certaines personnes peuvent ne pas savoir comment et quand reprendre une activité physique après le COVID-19, et si cela est sans danger. Certains ont peut-être essayé de revenir à leur exercice de base et ont constaté qu’ils n’étaient pas en mesure de le faire.

Il faut consulter un médecin avant de faire de l’exercice après avoir eu la COVID-19 lorsque : 

  • La maladie a nécessité un traitement à l’hôpital.
  • Une myocardite a été diagnostiquée.
  • Vous avez éprouvé des symptômes cardiaques pendant la maladie (douleurs thoraciques, palpitations, essoufflement sévère ou syncope).
  • Vous éprouvez des symptômes persistants (respiratoires, gastro-intestinaux, rhumatismaux ou autres).

Si vous n’avez eu aucune complication durant la maladie et que vous n’avez plus de symptômes depuis 7 jours, vous pouvez recommencer progressivement à faire de l’activité physique (Figure 1) :

Reprise en quatre phases (minimum de 7 jours à chaque phase) :

Phase 1 : Activité physique de très faible intensité, telle que des exercices de flexibilité et de respiration.

Phase 2 : Activité physique de faible intensité telle que la marche lente, le yoga léger, légères tâches ménagères et de jardinage, en augmentant graduellement la durée de 10-15 minutes par jour, lorsque l’exercice est bien toléré.

À ces deux niveaux, la personne devrait pouvoir tenir une conversation normale sans difficulté en faisant les exercices.

Phase 3 : Exercices aérobiques et de force d’intensité modérée, tel que la marche rapide, le jogging, la nage, le vélo, monter et descendre un escalier.   Il ne faut pas avoir l’impression que l’exercice est « dur ». Il est suggéré de faire 2 intervalles de 5 minutes d’exercice séparés par un bloc de récupération. Les personnes devraient ajouter un intervalle par jour, si l’exercice est bien toléré.

Phase 4 : Exercices aérobiques et de force d’intensité modérée avec une maîtrise de la coordination et du fonctionnement, telle que la course à pied avec des changements de direction, des pas de côté, sans toutefois que cela ressenti comme trop difficile. Deux jours d’entraînement suivis d’un jour de récupération.

Phase 5 : Retour à l’exercice régulier (pré-COVID).

 

Figure 1.  Reprise progressive de l’activité physique suggérée après la COVID-19. Adapté de Salman et coll., BMJ, 2021.

Il est proposé de consacrer un minimum de 7 jours à chaque phase pour éviter des augmentations soudaines de la charge d’entraînement. Cependant, les personnes doivent rester à la phase avec laquelle ils se sentent à l’aise aussi longtemps que nécessaire. Surveillez toute incapacité à récupérer 1 heure après l’exercice et le lendemain, un essoufflement anormal, une fréquence cardiaque anormale, une fatigue ou une léthargie excessive et des marqueurs de mauvaise santé mentale. Si cela se produit ou si vous ne progressez pas comme prévu, vous devez revenir à une phase d’activité antérieure et consulter un médecin en cas de doute. Tenir un journal de la progression de l’exercice, ainsi que de l’intensité de l’effort fourni, de tout changement d’humeur et, pour ceux qui ont l’habitude de le mesurer, de données objectives sur la condition physique telles que la fréquence cardiaque, peut être utile pour suivre les progrès.

Effets du froid sur la santé cardiovasculaire

Effets du froid sur la santé cardiovasculaire

EN BREF

  • L’exposition au froid provoque une contraction des vaisseaux sanguins, une augmentation de la pression artérielle, du rythme cardiaque et du travail du muscle cardiaque.
  • La combinaison du froid et de l’exercice augmente davantage le stress sur le système cardiovasculaire.
  • Les températures froides sont associées à une augmentation des symptômes cardiaques (angine, arythmies) et à une incidence accrue d’infarctus du myocarde et de mort subite d’origine cardiaque.
  • Les patients atteints d’une maladie coronarienne devraient limiter leur exposition au froid et s’habiller chaudement et se couvrir le visage lorsqu’ils font de l’exercice.

Le froid parfois mordant de nos hivers peut-il nuire à notre santé globale et à notre santé cardiovasculaire en particulier ? Nous avions déjà abordé un aspect de cette question concernant le risque d’infarctus causé par l’effort considérable qui est nécessaire pour pelleter la neige en hiver (voir : Tempêtes de neige et le risque d’infarctus du myocarde), et dans un résumé des résultats d’une étude suédoise sur l’association entre le froid et l’incidence de crise cardiaque. Pour une revue exhaustive de la littérature sur les effets du froid sur la santé en général, voir le rapport de synthèse récemment publié par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Dans le présent article, nous porterons notre attention sur les principaux effets du froid sur le système cardiovasculaire et plus particulièrement sur la santé des personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire.

L’exposition brève et prolongée au froid affectent toutes deux le système cardiovasculaire, et l’exercice par temps froid augmente encore davantage le stress sur le cœur et les artères. De nombreuses études épidémiologiques ont montré que les maladies et la mortalité cardiovasculaires augmentent lorsque la température ambiante est froide et durant les vagues de froid. La saison hivernale est associée à un plus grand nombre de symptômes cardiaques (angine, arythmies) et d’évènements cardiovasculaires tels la crise hypertensive, la thrombose veineuse profonde, l’embolie pulmonaire, des ruptures et dissections aortiques, l’accident vasculaire cérébral, l’hémorragie intracérébrale, l’insuffisance cardiaque, la fibrillation auriculaire, les arythmies ventriculaires, l’angine de poitrine, l’infarctus aigu du myocarde et la mort subite d’origine cardiaque.

Mortalité attribuable au froid
À l’échelle mondiale, davantage de décès attribuables à la température ont été causés par le froid (7,29 %) que par la chaleur (0,42 %). Pour le Canada, c’est 4,46 % des décès qui étaient attribuables au froid (2,54 % pour Montréal), et 0,54 % à la chaleur (0,68 % pour Montréal).

L’intuition pourrait nous porter à croire que c’est durant les épisodes de froid extrême que surviennent un plus grand nombre d’effets indésirables sur la santé, mais la réalité est toute autre. Selon une étude qui a analysé 74 225 200 décès survenus entre 1985 et 2012 dans 13 grands pays situés sur 5 continents, les températures extrêmes (froides ou chaudes) étaient responsables de seulement 0,86 % de tous les décès, alors que la majorité des décès reliés au froid sont survenus à des températures modérément froides (6,66 %).

Effets aigus du froid sur le système cardiovasculaire des personnes en santé
Pression artérielle – La baisse de la température de la peau lors de l’exposition au froid est détectée par les thermorécepteurs cutanés qui stimulent le système nerveux sympathique et provoque un réflexe de vasoconstriction (diminution du diamètre des vaisseaux sanguins). Cette vasoconstriction périphérique prévient la perte de chaleur à la surface du corps et a pour effet d’augmenter la pression artérielle systolique (5-30 mmHg) et diastolique (5-15 mmHg).

Rythme cardiaque – Il n’est pas très affecté par l’exposition du corps à l’air froid, mais il augmente rapidement lorsque par exemple on plonge la main dans de l’eau glacée (« test au froid » utilisé pour faire certains diagnostics, tel celui de la maladie de Raynaud) ou qu’on inhale de l’air très froid. L’air froid provoque généralement une légère augmentation du rythme cardiaque de l’ordre de 5 à 10 battements par minute.

Risque de rupture de plaque d’athérome ?
Des études post-mortem ont montré que la rupture des plaques d’athéromes (dépôts de lipides sur la paroi des artères) est la cause immédiate de plus de 75 % des infarctus du myocarde aigus. Le stress causé par le froid pourrait-il favoriser la rupture des plaques d’athéromes ? Dans une étude en laboratoire, des souris exposées au froid dans une chambre froide (4°C) durant 8 semaines ont vu leur taux de cholestérol-LDL sanguin et le nombre de plaques augmenter par comparaison aux souris du groupe témoin (chambre à 30°C). D’autre part, on sait que l’exposition au froid induit l’agrégation des plaquettes in vitro et qu’elle fait augmenter les facteurs de coagulation in vivo chez des patients durant les jours plus froids (<20°C) par comparaison aux jours plus chauds (>20°C). Combinés, ces effets du froid pourraient contribuer à favoriser la rupture de plaque, mais aucune étude n’a pu démontrer cela jusqu’à présent.

Risque d’arythmies cardiaques
Les arythmies sont une cause fréquente de mort subite cardiaque. Même chez des volontaires en bonne santé, le simple fait de plonger la main dans de l’eau froide en retenant la respiration peut provoquer des arythmies cardiaques (tachycardies nodales et supraventriculaires). Le froid pourrait-il favoriser la mort subite chez des personnes à risque ou atteintes d’une maladie cardiaque ? Les arythmies ne pouvant être détectées post-mortem, il est très difficile de prouver une telle hypothèse. S’il s’avérait que l’exposition à l’air froid peut favoriser les arythmies, les personnes atteintes de maladie coronarienne pourraient être vulnérables au froid puisque l’arythmie viendrait amplifier le déficit en sang oxygéné qui parvient au muscle cardiaque.

Effets du froid combiné à l’exercice
Le froid et l’exercice augmentent tous deux individuellement la demande en oxygène par le cœur, et la combinaison des deux stress a un effet additif sur cette demande (voir ces deux articles de synthèse en anglais, ici et ici). L’exercice dans le froid résulte donc en une augmentation de la pression artérielle systolique et diastolique ainsi que du « double produit » (fréquence cardiaque x pression artérielle), un marqueur du travail cardiaque.

La demande accrue en oxygène par le muscle cardiaque provoquée par le froid et l’exercice fait augmenter le débit sanguin dans les artères coronaires qui irriguent le cœur. La vitesse du flux sanguin coronarien augmente en réponse au froid et à l’exercice combinés en comparaison avec l’exercice seulement, mais cette hausse est atténuée, particulièrement chez les personnes plus âgées. Il semble donc que le froid cause un décalage relatif entre la demande en oxygène provenant du myocarde et l’alimentation en sang oxygéné durant l’exercice.

Lors d’une étude effectuée par notre équipe de recherche, nous avons exposé 24 patients coronariens souffrant d’angine stable à 6 conditions expérimentales en chambre froide à -8°C : une épreuve d’effort avec électrocardiogramme (EE) au froid sans médicament anti-angineux et une EE à +20°C. Nous avons par la suite répété ces deux EE après la prise d’un médicament (propranolol) qui ralentit la fréquence cardiaque, puis avec un autre médicament (diltiazem) qui cause une dilatation des artères coronaires. Les résultats ont démontré que chez seulement 1/3 des patients, le froid causait une ischémie légère à modérée (manque d’apport sanguin) au myocarde. Lorsque l’EE était effectuée avec la prise d’un médicament, cet effet était complètement renversé. Les deux médicaments se sont montrés également efficaces pour renverser cette ischémie. La conclusion : le froid n’a eu qu’un effet modeste chez 1/3 des patients et les médicaments anti-angineux sont aussi efficaces au froid (-8°C) qu’à +20°C.

Dans une autre étude chez le même type de patients, nous avons comparé les effets d’une EE à -20°C avec une EE à +20°C. Les résultats ont montré qu’à cette température très froide, tous les patients présentaient une angine et une ischémie plus précoce.

Hypertension
La prévalence de l’hypertension est plus élevée dans les régions froides ou durant l’hiver. Les hivers froids font augmenter la gravité de l’hypertension et font accroître le risque d’évènements cardiovasculaires tels l’infarctus du myocarde et l’AVC chez les hypertendus.

Insuffisance cardiaque
Le cœur des patients atteints d’insuffisance cardiaque n’est pas capable de pomper suffisamment de sang pour maintenir le débit sanguin nécessaire pour satisfaire les besoins du corps. Quelques études seulement ont examiné les effets du froid sur l’insuffisance cardiaque. Les patients atteints d’insuffisance cardiaque n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre lorsque la charge de travail du cœur augmente lorsqu’il fait froid ou lorsqu’ils doivent faire un effort physique soutenu. Le froid combiné à l’exercice diminue davantage les performances des insuffisants cardiaques. Par exemple, dans une étude que nous avons réalisée à l’Institut de cardiologie de Montréal, le froid a réduit de 21 % le temps d’exercice chez des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque. Dans la même étude, l’utilisation de médicaments antihypertenseurs de la classe des bêtabloquants (métoprolol ou carvedilol) a permis d’augmenter significativement le temps d’exercice et d’atténuer l’impact de l’exposition au froid sur la capacité fonctionnelle des patients. Une autre de nos études indique qu’un traitement avec un médicament antihypertenseur de la classe des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, le lisinopril, atténue aussi l’impact du froid sur la capacité à faire de l’exercice chez des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque.

Froid, exercice et maladie coronarienne
Il est plutôt improbable que le froid seul puisse causer une augmentation du travail du muscle cardiaque suffisamment importante pour provoquer un infarctus du myocarde. Le stress causé par le froid fait augmenter le travail du muscle cardiaque et par conséquent l’apport de sang au cœur chez les personnes en santé, mais chez les coronariens on observe généralement une réduction du débit sanguin dans les artères coronaires. La combinaison du froid et de l’exercice met les coronariens à risque d’ischémie cardiaque (manque d’oxygène au cœur) beaucoup plus tôt dans leur séance d’entraînement que par temps chaud ou tempéré. Pour cette raison, les personnes atteintes d’une maladie coronarienne doivent limiter l’exposition au froid et porter des vêtements qui les gardent au chaud et se couvrir le visage (perte de chaleur importante dans cette partie du corps) lorsqu’ils font de l’exercice à l’extérieur par temps froid. Par ailleurs, la tolérance à l’exercice des coronariens sera réduite par temps froid. Il est fortement recommandé aux patients coronariens de faire des exercices d’échauffement à l’intérieur avant de sortir faire de l’exercice à l’extérieur par temps froid.

Se tenir debout, c’est quand même faire un peu d’exercice !

Se tenir debout, c’est quand même faire un peu d’exercice !

EN BREF

  • La sédentarité est associée à une hausse importante du risque de maladie cardiovasculaire, de diabète de type 2, de certains types de cancer et à une hausse du risque de mourir prématurément.
  • Une étude réalisée auprès de personnes âgées (65 ans et plus) rapporte que le simple fait d’être en position debout plus d’une heure par jour, sans nécessairement faire d’exercice supplémentaire, est suffisant pour réduire significativement ce risque de mortalité prématurée.
Selon les estimations récentes de l’Organisation mondiale de la santé, la sédentarité est directement responsable d’environ 10 % des décès prématurés à l’échelle mondiale, un impact similaire à ceux du tabagisme et de l’obésité. Le Canada n’échappe pas à cette tendance, avec à peine 15 % de la population qui font le minimum recommandé de 150 minutes d’activité physique par semaine et seulement 5 % qui le font de façon régulière, c’est-à-dire en étant actives au moins 30 minutes par jour, cinq jours par semaine. Cette forte sédentarité est particulièrement prononcée chez les personnes plus âgées (60 et plus), avec à peine 10 % de ce groupe d’âge qui est suffisamment actif.  En conséquence, on estime que les personnes âgées consacrent en moyenne plus de 60 % (10 h et plus) de leur période d’éveil à des activités sédentaires, totalement dépourvues d’activité physique (Figure 1). Figure 1.  Proportion du temps d’éveil consacré à des activités sédentaires, selon le groupe d’âge. Tiré de Matthews et coll. (2008).

C’est beaucoup trop, car de nombreuses études ont clairement montré que des niveaux élevés de sédentarité sont associés à une hausse importante du risque de maladie cardiovasculaire, de diabète de type 2, certains types de cancer et à une hausse du risque de mourir prématurément. Il n’y a donc pas de doute que demeurer trop longtemps en position assise ou couchée à ne rien faire est très néfaste pour la santé et qu’il faut absolument briser cette mauvaise habitude pour améliorer la santé de la population.

Se tenir debout, c’est déjà mieux

Évidemment, la meilleure option pour contrer les effets néfastes de la sédentarité est d’être plus actif physiquement : par exemple, une étude récente rapporte qu’une trentaine de minutes d’activité d’intensité modérée à vigoureuse par jour (la marche rapide, par exemple) semble suffisante pour annuler complètement l’impact négatif de la sédentarité sur le risque de mortalité prématurée.

Une étude réalisée auprès de personnes âgées suggère que des niveaux d’activité physique beaucoup plus faibles pourraient également avoir des effets positifs sur la santé.  Dans cette étude, près de 6 000 femmes américaines, âgées de 63 à 97 ans, ont porté un accéléromètre de recherche pendant sept jours pour obtenir des mesures précises du temps passé assis, debout ou en mouvement. Pendant une période de suivi de 5 ans en moyenne, les chercheurs ont observé que le simple fait de passer plus de temps en position debout, sans faire d’autre exercice, était suffisant pour diminuer significativement le risque de mort prématurée : comparativement aux femmes les plus sédentaires (moins de ¾ h debout par jour), les participantes qui passaient le plus de temps debout avaient un risque de décès inférieur de 37% (Figure 2A). Ces effets positifs de la position debout étaient encore plus forts lorsque les participantes se tenaient debout et se déplaçaient en même temps (réduction de 50 % de la mortalité) (Figure 2B). Figure 2. Effet de la position debout (A) ou de la position debout avec mouvement (B) sur le risque mortalité prématurée. Les valeurs représentent la comparaison du taux de mortalité entre les personnes les plus sédentaires (Q1) et celles qui sont plus actives (Q4). Tiré de Jain et coll. (2020).

Ces résultats sont intéressants, car plusieurs personnes âgées développent au cours du vieillissement plusieurs maladies chroniques qui les fragilisent et les empêchent de participer à des activités physiques modérées à vigoureuses.   Selon l’étude, ces personnes peuvent néanmoins améliorer leur état de santé simplement en remplaçant le plus souvent possible la position assise par la position debout.

Le passage de la position assise à debout requiert l’activation des muscles des jambes et des abdominaux pour soulever le corps et le maintenir en équilibre. Ces efforts font immédiatement augmenter la pression sanguine, le rythme cardiaque et le tonus vasculaire et la dépense d’énergie requise améliore la fonction des vaisseaux sanguins et le métabolisme des lipides et des glucides. Même si ces adaptations physiologiques ne sont évidemment pas du même ordre que lors d’un exercice à plus forte intensité, les résultats de l’étude montrent clairement qu’elles exercent un effet positif sur la santé et qu’être debout, même en demeurant immobile, et de très loin préférable à demeurer assis ou allongé pendant de longues périodes.

En somme, ces résultats confirment que la sédentarité est un comportement anormal, complètement mésadapté à la physiologie humaine, et qu’il faut éviter autant que possible de rester assis et inactif trop longtemps, quel que soit le type d’activité réalisé. Et c’est vrai à tout âge, autant pour les jeunes que pour les moins jeunes.