L’impact des inégalités sociales sur la santé cardiovasculaire et la longévité

L’impact des inégalités sociales sur la santé cardiovasculaire et la longévité

Le statut socio-économique a des effets mesurables et importants sur la santé cardiovasculaire. De plus, les facteurs de risque biologiques, comportementaux et psychosociaux sont plus fréquents chez les personnes défavorisées, ce qui accentue le lien entre le statut socio-économique et les maladies cardiovasculaires. Dans les pays à revenu élevé, on distingue quatre indicateurs du statut socio-économique qui sont associés systématiquement aux maladies cardiovasculaires : le niveau de revenu, le niveau de scolarité, la situation d’emploi et les facteurs environnementaux.  

Niveau de revenu
Une étude à grande échelle réalisée aux États-Unis et en Finlande indique que les personnes à faible revenu sont plus à risque d’avoir un infarctus du myocarde (IM) non fatal et de mourir de mort subite, même après avoir ajusté les résultats pour le tabagisme et la consommation d’alcool. Une autre étude a estimé que, dans un même quartier, chaque 10 000 $ de revenu médian additionnel diminuait de 10 % le risque de mortalité après un IM.  

Aux Pays-Bas, les personnes à faible revenu qui ont été admises à l’hôpital pour un IM aigu ou une cardiopathie ischémique avaient des taux plus élevés de mortalité à 28 jours et à un an que les personnes mieux nanties. Les personnes à faible revenu étaient moins susceptibles d’avoir des interventions, incluant l’angioplastie coronaire primaire, après un IM aigu. Selon une étude réalisée à Saskatoon, les personnes à faible revenu ont aussi moins tendance à suivre un programme de réadaptation cardiaque, une thérapie éprouvée pour réduire la mortalité et les réadmissions à l’hôpital, après avoir été hospitalisées pour une cardiopathie ischémique, une angioplastie coronaire ou un pontage aorto-coronarien. D’autres études indiquent que les personnes à faible revenu sont proportionnellement moins nombreuses à prendre un médicament hypocholestérolémiant (statines) après avoir subi un IM. 

Niveau de scolarité
On sait depuis plusieurs dizaines d’années qu’il y a une relation inverse entre le niveau de scolarité et l’incidence des maladies cardiovasculaires dans les pays à revenu élevé, et de nouvelles études populationnelles apportent davantage d’informations sur cette association et les mécanismes sous-jacents. Par exemple, une étude réalisée en Australie et en Nouvelle-Zélande auprès de 86 835 personnes a trouvé que celles dont le niveau de scolarité ne dépassait pas l’école primaire avaient un risque accru de maladie cardiovasculaire (+23 %), de mortalité cardiovasculaire (+24 %) et de mortalité de toutes causes (+10 %) en comparaison à celles qui avaient un niveau de scolarité postsecondaire. Un niveau de scolarité plus élevé était associé à une plus grande consommation d’alcool, mais à moins de tabagisme, d’hypertension, d’hypercholestérolémie, et de diabète de type 2 qui sont des facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires.  

Le niveau de scolarité peut avoir des effets sur la santé de plusieurs façons. Les personnes qui ont un faible niveau de scolarité ont tendance à avoir plus de facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Une analyse aux Pays-Bas montre qu’une majorité (56,6 %) des risques de maladie coronarienne chez les personnes qui ont un faible niveau de scolarité étaient attribuables à des facteurs de risque comportementaux et biologiques. Parmi ces facteurs les plus importants étaient le tabagisme, l’obésité, l’inactivité physique et l’hypertension. Il y a aussi une forte corrélation entre l’éducation et la littératie en santé. Les personnes qui ont un faible niveau de scolarité sont plus susceptibles de ne pas prendre leurs médicaments correctement.

Situation d’emploi
L’emploi est un marqueur du statut socio-économique et le chômage a été associé à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire. Par exemple, une étude auprès d’une cohorte néerlandaise dont les participants n’avaient pas de maladie cardiovasculaire connue au début de l’étude indique que les chômeurs avaient un risque 20 % plus élevé de maladie coronarienne, par comparaison aux travailleurs. Une large proportion (46 %) du risque de maladie coronarienne des participants sans emploi était due à l’alimentation et au style de vie, plus particulièrement à la consommation d’alcool, au tabagisme et à l’inactivité physique.  

Aux États-Unis, le chômage a été associé à un risque accru de 35 % d’IM durant la première année, période après laquelle le risque disparaît. Le nombre cumulatif de pertes d’emplois était associé à un accroissement progressif du risque d’IM. Ces risques demeurent significativement plus élevés pour les chômeurs après avoir tenu compte des caractéristiques clinique, socio-économique et comportementale. Les mécanismes sous-jacents à ce risque accru pour les chômeurs ne sont pas bien compris.  

Une étude auprès d’une cohorte française d’âges moyens et au statut socio-économique élevé rapporte que le chômage est associé à un risque plus élevé de subir un événement cardiovasculaire et de mortalité, toutes causes confondues. Ces associations demeurent fortes après avoir ajusté les résultats pour tenir compte des caractéristiques clinique, comportementale et sociodémographique des participants. Au contraire, comparé aux travailleurs, les personnes retraitées n’avaient pas un risque cardiovasculaire ou de mort prématurée plus élevé, après ajustement pour tenir compte des facteurs confondants. Ces résultats suggèrent que c’est la perte d’emploi elle-même et non pas d’autres facteurs de risque cardiovasculaire (tabagisme, consommation d’alcool, régime alimentaire, obésité, hypertension, dyslipidémie et diabète de type 2) qui déclenche les effets nuisibles du chômage dans cette population socioéconomiquement privilégiée. Les auteurs de l’étude concluent que « Les gouvernements et les entreprises devraient, lorsqu’ils prennent des décisions économiques, tenir compte du fait que « tuer les emplois, c’est tuer les gens », au sens propre comme au figuré ». 

Facteurs environnementaux.  
Les caractéristiques socio-économiques du quartier de résidence, en plus du statut socio-économique personnel, ont été associées avec des facteurs de risque cardiovasculaire, des incidents cardiovasculaires et la mortalité. L’analyse des données de l’étude « Atherosclerosis Risk in Community Study » indique que résider dans un quartier défavorisé est associé à une plus grande incidence de maladie coronarienne, même après avoir tenu compte du revenu, du niveau de scolarité et de la situation d’emploi. 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’effet de l’environnement résidentiel sur les risques cardiovasculaires : présence de trottoirs et de parc récréatifs, accessibilité au transport, disponibilité et coût de nourritures saines, aide aux démunis, criminalité, manque de cohésion sociale. Il y a moins de supermarchés et de boutiques alimentaires, mais plus de restaurant de type « fast-food » dans les quartiers défavorisés, ce qui limite l’accès à des fruits et légumes frais. On utilise parfois l’expression « désert alimentaire » pour décrire ces quartiers où les habitants sont proportionnellement plus nombreux à souffrir de maladies chroniques et d’obésité. L’amélioration de l’offre alimentaire dans un quartier a été associée à une baisse du score calcique, un test habituellement utilisé pour dépister la maladie coronarienne. Cependant, d’autres études ont montré que les personnes ont tendance à déménager dans des quartiers du même statut socio-économique au cours de leur vie, ce qui nuit aux tentatives d’établir une relation de cause à effet entre l’environnement résidentiel et les maladies cardiovasculaires.  

Longévité

L’inégalité de la durée de la vie est la plus fondamentale de toutes les inégalités. L’espérance de vie a beaucoup augmenté dans les pays riches durant le dernier siècle, mais les personnes au statut socio-économique peu élevé n’ont pas profité autant de cette augmentation que les mieux nantis.    

Diminution de l’espérance de vie aux États-Unis
Pour une troisième année consécutive, l’espérance de vie à la naissance des Américains a diminué en 2017, une tendance qui n’avait pas été observée depuis une centaine d’années, soit depuis la Première Guerre mondiale et la pandémie de la grippe de 1918. Pourtant l’espérance de vie continue à augmenter dans plusieurs régions du monde, y compris au Canada. En 2016, l’espérance de vie à la naissance était de 78,7 années pour les Américains, 82,3 années pour les Canadiens, 80,1 années pour les pays membres de l’OCDE et 84,0 années pour les Japonais. Cette situation est principalement due à l’augmentation du nombre de suicides, de la consommation d’alcool et de surdoses de drogues mortelles aux États-Unis. Entre 2000 et 2014, le nombre de surdoses mortelles a augmenté de 137 %, une crise alimentée par l’utilisation croissante d’opioïdes. En 2017, 70 237 Américains sont morts d’une surdose de drogue, dont 47 600 à cause de drogues achetées dans la rue comme le fentanyl, l’héroïne et des médicaments sur ordonnance (oxycodone, hydrocodone, méthadone). Aux États-Unis entre 2001 et 2014, il a été estimé que la désindustrialisation et l’emprisonnement ont soustrait en moyenne 2,5 années de la durée de la vie des personnes défavorisées.  

Le nombre de suicides aux É.-U. a augmenté d’environ 1/3 entre 1999 et 2017. Dans les zones urbaines, le taux de suicide était de 11,1 par 100 000 personnes en 2017, alors qu’il est de 20 par 100 000 personnes dans la plupart des régions rurales des États-Unis. Le taux de suicide plus élevé en milieu rural pourrait être en partie attribuable au fait que 60 % des ménages possèdent des armes à feu, comparativement à moins de 50 % des ménages en milieu urbain.  

Ces « morts par désespoir » (c.-à-d. suicide, empoisonnement, maladie du foie due à l’alcoolisme) sont aussi en augmentation au Canada, mais les taux sont substantiellement plus bas qu’aux États-Unis. Comme chez nos voisins, il y a des différences socio-économiques marquées pour les « morts par désespoir » au Canada. Une étude indique qu’au Canada les risques de mortalité attribuable aux drogues ou à l’alcool sont 3,6 à 5,0 fois plus élevés pour les hommes et les femmes défavorisés que pour les mieux nantis. Par comparaison, les risques de mortalité de toutes causes sont 1,5 à 1,7 fois plus élevés pour les personnes défavorisées, ce qui indique qu’il y a une synergie entre le statut socio-économique et l’abus de substances. 

Les pauvres vivent moins longtemps que les riches 
On sait depuis longtemps que les mieux nantis vivent plus vieux que les pauvres, malheureusement ces inégalités sont en hausse dans certains pays développés. Une étude récente publiée dans The Lancet Public Health montre qu’au Royaume-Uni les inégalités d’espérance de vie ont augmenté au cours des 15 dernières années, soit de 2001 à 2016. Dans ce pays, la différence d’espérance de vie entre les moins nantis (1erdécile) et les mieux nantis (dernier décile) a augmenté de 6,1 années en 2001 à 7,9 années en 2016 pour les femmes, et de 9,0 années en 2001 à 9,7 années en 2016 pour les hommes. Les facteurs les plus importants qui ont contribué à l’augmentation des inégalités d’espérance de vie au Royaume-Uni sont la mortalité chez les enfants de moins de 5 ans (surtout des décès néonatals), les maladies respiratoires, les cardiopathies ischémiques, les cancers du système digestif et du poumon chez les personnes en âge de travailler, et les démences chez les personnes plus âgées. Contrairement aux mieux nantis, l’espérance de vie des Britanniques les plus démunis n’augmente pas (elle diminue légèrement depuis 6 ans), indiquant que les pauvres ne bénéficient pas des mesures de prévention et des soins de santé comme ils le devraient. Ces inégalités sont pourtant dues à diverses maladies qui peuvent être prévenues ou traitées. Les auteurs de l’étude britannique plaident pour un « universalisme proportionné » en prévention et en soins de santé, c.-à-d. qu’en ciblant davantage les populations pauvres qui sont touchées par les inégalités sociales, il pourrait être possible de faire en sorte que tous puissent vivre plus vieux et de réduire les inégalités d’espérance de vie.

Espérance de vie au Québec
Au Québec, l’espérance de vie à la naissance en 2017 était de 80,6 ans chez les hommes et de 84,5 ans chez les femmes. L’espérance de vie à l’âge de 65 ans en 2017 était de 19,6 ans chez les hommes et de 22,4 ans chez les femmes. Ces chiffres sont similaires à ceux de 2016, indiquant un certain plafonnement de l’augmentation de l’espérance de vie au Québec. Comme ailleurs dans le monde, les personnes aisées sont avantagées au Québec puisque plus de 6 années séparent l’espérance de vie des hommes pauvres de celle des hommes plus riches. Ces inégalités sont encore plus frappantes en fonction des territoires où résident les Québécois. Par exemple, en 2006-2008 l’espérance de vie de résidants de Hochelaga-Maisonneuve était de 74,2 ans, alors qu’elle était de 85,0 ans pour les résidents de Saint-Laurent, un écart de près de 11 ans.

Depuis le début des années 1920, nous avons gagné 30 ans d’espérance de vie à la naissance, tant chez les hommes que chez les femmes. Les principales causes de cette augmentation spectaculaire sont le déclin de la mortalité infantile, mais plus récemment elle est surtout due à la baisse de la mortalité chez les personnes âgées, particulièrement chez les femmes. Le Québec est aujourd’hui au troisième rang des 10 provinces canadiennes pour l’espérance de vie, derrière l’Ontario (2e) et la Colombie-Britannique (1re).

La variance de la durée de vie : un autre paramètre pour mesurer les inégalités. 
L’espérance de vie à la naissance est la façon la plus habituelle de mesurer la survie. Il s’agit de la durée de vie moyenne d’une population fictive qui vivrait toute son existence dans les conditions de mortalité de l’année considérée. La variance de la durée de vie est un autre paramètre qui mesure la variation de l’âge au moment de la mort. Ce paramètre est particulièrement utile pour étudier les inégalités parmi les populations. Par exemple, bien qu’en 2012-2016 l’espérance de vie des Afro-Américains était seulement 6 % moins élevée que celle des Blancs américains, la fenêtre d’âges sur laquelle ces morts sont survenues était 17 % plus large pour les Afro-Américains.  

Éviter des morts à n’importe quel âge fait augmenter l’espérance de vie, mais pour que la variation de la durée de la vie diminue en même temps que l’espérance de vie augmente il faut que davantage de morts soient évitées à un jeune âge plutôt qu’à un vieil âge. Dans le passé, le taux de mortalité a diminué plus rapidement chez les jeunes que chez les personnes plus âgées. Il y a donc eu une augmentation de l’espérance de vie et une diminution concomitante de la variance de la durée de vie ; des progrès principalement causés par une forte diminution des maladies infectieuses, de la mortalité infantile et maternelle, des blessures et plus récemment des cancers. Au contraire, la réduction des morts causées par des maladies cardiovasculaires, qui est la principale cause de l’augmentation de l’espérance de vie des dernières décennies du 20esiècle, n’a eu qu’un effet modéré sur la variance de la durée de vie. Un autre exemple de l’importance de ce paramètre : un homme américain qui prend sa retraite à l’âge de 67 ans peut espérer vivre 16,8 années, soit presque aussi longtemps qu’un homme britannique (17,0 années). Mais l’Américain fait face à plus d’incertitude puisque la variation (écart-type) associée est 13,8 % plus élevée. 

Un autre exemple intéressant provient de la Finlande, un pays qui possède de nombreuses et excellentes données sur sa population. L’espérance de vie des Finlandaises à l’âge de 30 ans a augmenté régulièrement entre 1971 et 2014, de manière à peu près parallèle selon leur niveau de scolarité, quoiqu’un peu moins pour les femmes qui ont un faible niveau de scolarité (Figure 1, panneau du haut). Si l’on considère la variance de la durée de vie (Figure 1, panneau du bas), la situation est plus inquiétante pour les Finlandaises peu scolarisées. Ces dernières meurent non seulement plus tôt en moyenne que les femmes qui ont un niveau de scolarité plus élevé, mais elles font face à une variabilité plus grande quant à l’âge de leur mort éventuelle et qui s’accentue depuis une quinzaine d’années. Les auteurs concluent que (traduction libre) « Une population en santé en est une parmi laquelle les gens vivent en moyenne longtemps, et où tous ont la possibilité de bénéficier d’une longue vie ».  


Figure 1. Espérance de vie et variance de la durée de vie des Finlandaises de 1971-1975 à 2011-2014. L’espérance de vie est l’âge moyen à la mort pour celles qui ont survécu jusqu’à au moins 30 ans, selon les taux de mortalité de l’année considérée. La variance de la durée de vie est l’écart-type de la survie après 30 ans. Adapté de van Raalte et coll.,Science, 2018.   

Une importante perte d’actif peut réduire la durée de la vie
Une importante perte d’argent ou de revenu a été associée à un taux plus élevé de mortalité de toutes causes dans une étude américaine. Parmi les 8714 adultes âgés de 51 à 61 ans qui ont été suivis pendant 20 ans, 2430 ont subi au moins une perte d’actif importante (75 % ou plus de la valeur totale de l’actif sur une période de 2 ans), 749 étaient pauvres (ils avaient un actif nul ou négatif) et 5535 personnes ont vu leurs actifs croître, sans avoir subi de perte d’argent importante. 2823 morts sont survenues durant les 80 683 années-personnes du suivi. Il y a eu 30,6 vs 64,9 morts par 1000 années-personnes pour les personnes qui ont accumulé de l’argent vs celles qui ont subi une importante perte d’actif (ratio de risque ajusté de 1,50). Il y a eu 73,4 morts par 1000 années-personnes parmi les personnes pauvres (ratio de risque ajusté de 1,67 comparé aux personnesqui ont accumulé de l’argent). Une perte financière importante est un coup dur qui peut être néfaste pour la santé mentale et, dans les pays où les soins de santé ne sont pas assurés par un régime public, cela laisse peu de ressources financières pour les dépenses liées aux soins de santé. Il n’est pas possible de conclure qu’il y a une relation causale entre la perte importante d’actif et la mort. Les caractéristiques des personnes qui ont subi une importante perte d’actif ressemblent à celles des personnes pauvres, c.-à-d. qu’ils avaient un revenu et un actif moins élevés, ils ont un moins bon état de santé général, ils ont plus tendance à fumer, à avoir des problèmes de santé mentale et à avoir une limitation d’activités dans la vie quotidienne. Ces facteurs sont connus pour augmenter le risque de mortalité prématurée.  

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Le rôle des matières grasses de l’alimentation dans le développement de l’obésité, des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2 fait l’objet d’un vigoureux débat scientifique depuis plusieurs années. Dans un article récemment publié dans le prestigieux Science, quatre experts de la recherche sur les gras et glucides alimentaires avec des perspectives très différentes sur la question  (David Ludwig, Jeff Volek, Walter Willett et Marian Neuhouser) ont identifié 5 principes de base qui font largement consensus dans la communauté scientifique et qui peuvent grandement aider les non-spécialistes à s’y retrouver dans toute cette controverse.

Cette synthèse est importante, car il faut bien admettre que le public est littéralement bombardé d’affirmations contradictoires sur les bienfaits et méfaits des graisses alimentaires. Deux grands courants, diamétralement à l’opposé l’un de l’autre, se sont dessinés au fil des dernières décennies :

  • La position classique de réduction de l’apport en gras (« low-fat »), adoptée depuis les années 1980 par la plupart des gouvernements et des organisations médicales. Cette approche est basée sur le fait  que les graisses sont deux fois plus caloriques que les glucides (et donc plus obésogènes) et que les gras saturés augmentent les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires. En conséquence, l’objectif principal d’une alimentation saine devrait être de réduire l’apport total en gras (en particulier en gras saturés) et de les remplacer par des sources de glucides (végétaux, pain, céréales, riz et pâtes).  Un argument en faveur de ce type d’alimentation est que plusieurs cultures qui se nourrissent de cette façon (les habitants de l’île d’Okinawa, par exemple) présentent des longévités exceptionnelles.
  • La position « low-carb », actuellement très à la mode sous la forme du régime cétogène, prône exactement l’inverse, c’est-à-dire une réduction de l’apport en glucides et une hausse de celui en gras. Cette approche est basée sur plusieurs observations montrant que la consommation accrue de glucides des dernières années coïncide avec une augmentation phénoménale de l’incidence de l’obésité en Amérique du Nord, ce qui suggère que ce sont les sucres et non les gras qui sont responsables du surpoids et des maladies chroniques qui en découlent (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers). Un argument en faveur de cette position est que la hausse d’insuline en réponse à la consommation de glucides peut effectivement favoriser l’accumulation de graisse et que les régimes « low-carb » sont en général plus efficaces pour favoriser la perte de poids, du moins à court terme (voir notre article sur le sujet).

Parvenir à un consensus à partir de positions aussi extrêmes n’est pas facile !  Malgré tout, lorsqu’on s’attarde aux différentes formes de glucides et de gras de notre alimentation, la réalité est beaucoup plus nuancée et il est possible de voir qu’il existe un certain nombre de points communs aux deux approches.  En analysant de façon critique les données actuellement disponibles, les auteurs sont parvenus à identifier au moins 5 grands principes qui font consensus :

1) Manger des aliments non transformés, de bonne qualité nutritionnelle, permet de demeurer en santé sans avoir à se préoccuper des quantités de gras ou de glucides consommés.   Un point commun aux  approches « low-fat » et « low-carb » est que chacune d’elle est persuadée de représenter l’alimentation optimale pour la santé. En réalité, une simple observation des traditions alimentaires à l’échelle du globe permet de constater qu’il existe plusieurs combinaisons alimentaires qui permettent de vivre longtemps et en bonne santé. Par exemple, le Japon, la France et Israël sont les pays industrialisés qui présentent les deux plus faibles taux de mortalité due aux maladies cardiovasculaires (110, 126 et 132 décès par 100000, respectivement) en dépit de différences considérables dans la proportion de glucides et de gras de leur alimentation.

C’est l’arrivée massive d’aliments industriels ultratransformés riches en gras, en sucre et en sel qui est la grande responsable de l’épidémie d’obésité qui touche actuellement la population mondiale.  Tous les pays, sans exception, qui ont délaissé leur alimentation traditionnelle basée sur la consommation d’aliments naturels au profit de ces aliments transformés ont vu l’incidence d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires touchant leur population grimper en flèche. La première étape pour combattre les maladies chroniques liées à l’alimentation n’est donc pas tellement de comptabiliser la quantité de glucides ou de gras consommés, mais bel et bien de manger de « vrais » aliments non transformés. La meilleure façon d’y arriver demeure tout simplement faire une large place aux aliments d’origine végétale comme les fruits, légumes, légumineuses et céréales à grains entiers, tout en réduisant ceux d’origine animale  et en limitant au minimum les aliments industriels transformés comme les charcuteries, les boissons sucrées et autres produits de la malbouffe.

2) Remplacer les gras saturés par les gras insaturés.

L’étude des Sept Pays a montré que l’incidence de maladies cardiovasculaires était étroitement corrélée avec l’apport en gras saturés (principalement retrouvés dans les aliments d’origine animale comme les viandes et les produits laitiers). Un très grand nombre d’études ont montré que le remplacement de ces gras saturés par des gras insaturés (les huiles végétales, par exemple) était associé à une baisse importante du risque d’événements cardiovasculaires et de la mortalité prématurée. Une réduction de l’apport en gras saturés, combiné à un apport accru en gras insaturés de qualité (en particulier monoinsaturés et polyinsaturés oméga-3) représente la combinaison de matières grasses optimales pour prévenir les maladies cardiovasculaires et diminuer le risque de mortalité prématurée.

Ces bénéfices s’expliquent par les nombreux effets négatifs d’un excès de gras saturés sur la santé.  En plus d’augmenter les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladie cardiovasculaire, un apport élevé en gras saturés provoque une hausse de la production de molécules inflammatoires, une altération de la fonction des mitochondries (les centrales énergétiques de la cellule) et une perturbation de la composition normale du microbiome intestinal. Sans compter que les propriétés organoleptiques d’une alimentation riche en gras saturés diminuent le sentiment de satiété et encouragent la surconsommation de nourriture et l’accumulation d’en excès de graisse, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers.

3) Remplacer les glucides raffinés par des glucides complexes.

La grande erreur de la « croisade anti-gras » des années 80 et 90 a été de croire que n’importe source de glucides, même les sucres présents dans les aliments industriels transformés (farines raffinées, sucres ajoutés), était préférable aux gras saturés.  Cette croyance était injustifiée, car les études réalisées par la suite ont démontré hors de tout doute que ces sucres raffinés favorisent l’athérosclérose et peuvent même tripler le risque de mortalité cardiovasculaire lorsqu’ils sont consommés en grandes quantités. Autrement dit, tout bénéfice pouvant provenir d’une réduction de l’apport en gras saturés est immédiatement contrecarré par l’effet négatif des sucres raffinés sur le système cardiovasculaire.  Par contre, lorsque les gras saturés sont remplacés par des glucides complexes (les grains entiers, par exemple), il y a réellement une diminution significative du risque d’événements cardiovasculaires.

Une autre raison d’éviter les aliments contenant des sucres raffinés ou ajoutés est qu’ils possèdent une faible nutritive et causent des variations importantes de la glycémie et de la sécrétion d’insuline. Ces perturbations du métabolisme favorisent l’excès de poids, le développement d’une résistance à l’insuline et de dyslipidémies, toutes des conditions qui haussent considérablement le risque d’événements cardiovasculaires.   À l’inverse, un apport accru en glucides complexes présents dans les céréales à grains entiers, légumineuses et autres végétaux permet de maintenir la glycémie et l’insuline à des taux stables.  De plus, les aliments d’origine végétale non raffinés représentent une source exceptionnelle de vitamines, minéraux, composés phytochimiques antioxydants essentiels au maintien de la santé.  Leur contenu élevé en fibres permet également l’établissement d’un microbiome intestinal diversifié, dont l’activité de fermentation génère des acides gras à courtes chaînes dotés de propriétés antiinflammatoires et anticancéreuses.

4) Une alimentation « low-carb » riche en gras peut être bénéfique pour les personnes qui présentent des désordres dans le métabolisme des glucides.  

La recherche des dernières années montre que les personnes qui ont un métabolisme du sucre normal peuvent tolérer une plus grande proportion de glucides, tandis que celle qui présente une intolérance au glucose ou une résistance à l’insuline peuvent avoir un avantage à adopter une alimentation « low-carb » plus riche en matières grasses.

Ceci semble particulièrement vrai pour les personnes diabétiques et prédiabétiques. Par exemple, une étude italienne réalisée auprès de personnes atteintes d’un diabète de type 2 a montré qu’une alimentation riche en gras monoinsaturés (42 % des calories totales) réduisait beaucoup plus l’accumulation de gras au niveau du foie (un important contributeur au développement du diabète de type 2) qu’une alimentation faible en gras (28 % des calories totales).

Ces bénéfices semblent encore plus prononcés pour l’alimentation cétogène, dans laquelle la consommation de glucides est réduite au minimum (< 50 g par jour) (voir notre article sur le sujet). Les études montrent que chez des personnes atteintes d’un syndrome métabolique, ce type d’alimentation permet de générer une perte de masse adipeuse (totale et abdominale) plus grande qu’une alimentation hypocalorique faible en gras, de même qu’une réduction supérieure des triglycérides sanguins et de plusieurs marqueurs de l’inflammation. Chez les personnes atteintes d’un diabète de type 2, une étude récente montre que chez la majorité des patients, l’alimentation cétogène parvient à réduire les taux d’hémoglobine glyquée (un marqueur de l’hyperglycémie chronique) à un niveau normal, et ce sans médicaments autres que la metformine. Même les personnes atteintes d’un diabète de type 1 peuvent tirer des bénéfices considérables d’une alimentation cétogène : une étude réalisée auprès de 316 enfants et adultes atteints de cette maladie montre que l’adoption d’un régime cétogène permet un contrôle exceptionnel de la glycémie et le maintien d’une excellente santé métabolique sur une période de 2 ans.

5) Une alimentation « low-carb » ou cétogène ne requiert pas un apport élevé en protéines et gras d’origine animale.

Plusieurs formes de régimes faibles en glucides ou cétogènes préconisent un apport élevé en aliments d’origine animale (beurre, viandes, charcuteries, etc.) riches en gras saturés.  Comme mentionné précédemment, ces gras saturés exercent plusieurs effets négatifs (hausse des LDL, inflammation, etc.) et on peut donc se questionner sur l’impact à long terme de ce type d’alimentation « low-carb » sur le risque de maladies cardiovasculaires.   D’ailleurs, une étude récemment publiée dans Lancet indique que les personnes qui consomment peu de glucides (<40 % des calories), mais beaucoup de gras et protéines d’origine animale, ont un risque significativement accru de mort prématurée.   Pour les personnes qui désirent adopter un régime cétogène, il est donc important de réaliser qu’il est tout à fait possible de réduire la proportion de glucides de l’alimentation en substituant les céréales et autres sources de glucides par des aliments riches en gras insaturés comme les huiles végétales, les végétaux riches en gras  (noix, graines, avocats, olives) ainsi que les poissons gras.

En somme, le débat actuel sur les mérites respectifs des alimentations « low-fat » et « low-carb » n’a pas réellement sa raison d’être : pour la grande majorité de la population, plusieurs combinaisons de gras et de glucides permettent de demeurer en bonne santé et à faible risque de maladies chroniques pourvu que ces gras et glucides proviennent d’aliments de bonne qualité nutritionnelle. C’est la surconsommation d’aliments ultratransformés, riches en gras et en sucres raffinés qui est la grande responsable de la montée vertigineuse des maladies liées à l’alimentation, en particulier l’obésité et le diabète de type 2.  Restreindre la consommation de ces aliments industriels et les remplacer par des aliments « naturels », en particulier ceux d’origine végétale, demeure la meilleure façon de réduire le risque de développer ces pathologies.

Par contre, pour les personnes en surpoids qui sont atteintes d’un syndrome métabolique ou d’un diabète de type 2,  les données scientifiques actuellement disponibles tendent à montrer qu’une réduction de l’apport en glucides par les régimes « low-carb » et cétogène pourrait être bénéfique.

 

Lien entre la consommation de viande rouge et des niveaux élevés de TMAO, un métabolite associé à des maladies cardiovasculaires

Lien entre la consommation de viande rouge et des niveaux élevés de TMAO, un métabolite associé à des maladies cardiovasculaires

Selon une nouvelle étude, la consommation de viande rouge est fortement corrélée avec les niveaux d’oxyde de triméthylamine (TMAO), un produit de la digestion des viandes rouges qui est associé à un risque accru de maladie cardiovasculaire.

Le TMAO est un métabolite produit par le microbiome intestinal à partir de carnitine et de choline, deux composés présents en grande quantité dans les viandes rouges telles les viandes de bœuf et de porc. Des concentrations élevées de TMAO peuvent promouvoir l’athérosclérose et des thromboses. (Voir cet article : « Athérosclérose : le rôle du microbiome intestinal »)

Dans cet essai randomisé et croisé, 113 hommes et femmes ont été recrutés pour examiner l’effet de la viande rouge, de la viande blanche ou de protéines végétales sur les niveaux de TMAO ainsi que son métabolisme et son excrétion. Chaque participant a été assigné au hasard à suivre un régime alimentaire spécifique durant un mois et, après une période de repos de 2 à 7 semaines durant laquelle il suivait leur régime alimentaire normal, il a ensuite suivi un régime alimentaire différent durant un autre mois. Lorsqu’ils suivaient le régime incluant de la viande rouge, les participants consommaient quotidiennement l’équivalent d’un steak de 8 onces (≈225 g) ou 2 boulettes de bœuf haché. Après un mois, les niveaux de TMAO ont triplé en moyenne lorsque les participants ont consommé de la viande rouge, comparativement à quand ils suivaient un régime incluant plutôt de la viande blanche ou des protéines végétales.

L’étude montre aussi que la consommation de viande rouge diminue la fraction d’excrétion rénale du TMAO, ce qui pourrait contribuer à la hausse du TMAO observée dans le plasma sanguin. L’utilisation de marqueurs isotopiques chez un sous-groupe de participants (N=13) a permis de déterminer que la consommation de viande rouge ou de viande blanche fait augmenter la production de TMAO à partir de carnitine, mais pas à partir de choline. La moitié des participants à l’étude ont suivi un régime faible en gras saturé et l’autre moitié un régime à haute teneur en gras saturés ; or les gras d’origine alimentaire n’ont eu aucun effet sur les niveaux de TMAO et de ses métabolites.

De nombreuses études d’observation et sur des modèles animaux ont montré qu’il y a une association entre le TMAO et le risque cardiovasculaire, et qu’il est bénéfique de réduire les niveaux de TMAO. Faire des études d’intervention à long terme chez des êtres humains pourrait cependant s’avérer être une tâche difficile et onéreuse. La bonne nouvelle que nous procure cette étude est qu’il est possible de réduire rapidement et facilement le TMAO dans notre organisme, tout simplement en cessant ou en réduisant fortement la consommation de viandes rouges. De plus en plus de gens le font, pour leur santé et celle de l’écosystème planétaire.

Cannabis vaporisé : plus puissant que le cannabis fumé pour les utilisateurs occasionnels

Cannabis vaporisé : plus puissant que le cannabis fumé pour les utilisateurs occasionnels

Comme la fumée de tabac, la fumée de cannabis contient plusieurs composés toxiques (ammoniaque, cyanure d’hydrogène, nitrosamines, composantes du goudron, etc.) qui peuvent altérer la fonction pulmonaire en cas d’exposition répétée. La vaporisation du cannabis séché ou d’extraits concentrés de la plante offre une alternative intéressante pour contourner ce problème, car la vapeur générée par le chauffage permet l’absorption des cannabinoïdes responsables des effets de la drogue (le THC, en particulier), tout en réduisant drastiquement l’exposition aux composés toxiques générés par la combustion (voir notre article sur le sujet). Bien qu’une minorité des consommateurs réguliers de cannabis consomment actuellement la drogue à l’aide de vaporisateurs, il est probable que cette proportion va augmenter au cours des prochaines années en raison du nombre croissant de dispositifs de cigarettes électroniques sur le marché, ceux-ci étant de plus en plus utilisés pour vapoter le cannabis.  De plus, l’utilisation du cannabis à des fins médicales et la légalisation du produit ont entrainé une perception de plus en plus positive du cannabis, ce qui peut également contribuer à une hausse de consommation.

Le cannabis vaporisé semble plus sécuritaire, mais procure-t-il les mêmes effets que le cannabis fumé?  Pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs américains a analysé les effets des deux modes d’administration du cannabis auprès de 17 volontaires qui n’étaient pas des consommateurs réguliers de la drogue (seulement une fois au cours de la dernière année et aucune consommation au cours du mois précédant l’étude).  L’étude des effets du cannabis chez ce type de consommateur est intéressante, car la plus grande disponibilité du cannabis pourrait « démocratiser » l’usage de cette drogue et possiblement augmenter le nombre de ces utilisateurs novices ou occasionnels.

Pour comparer les deux modes d’administration, chacun des participants a consommé le cannabis sous forme de fumée (joints) ou de vapeur, avec un intervalle d’une semaine entre les séances. Des quantités de cannabis contenant 0, 10 et 25 mg de THC ont été testées, ce qui correspond à des doses relativement faibles de la drogue (à titre de comparaison, un joint pré-roulé « standard » vendu à la SQDC contient environ 60 mg de THC).  Après l’inhalation, les chercheurs ont évalué les effets de la drogue sur les volontaires, autant du point de vue subjectif (relaxation, anxiété, malaise, appétit, somnolence, etc.) que sur certaines fonctions cognitives et psychomotrices (similaires à celles impliquées dans la conduite d’un véhicule automobile).

Les résultats obtenus peuvent surprendre : comparativement au placebo, l’inhalation du cannabis sous forme de vapeur permet une plus grande absorption de THC que sous forme de fumée (taux sanguin maximum de 14 ng/mL, comparativement à 10 ng/mL à partir de la dose 25 mg).  Cette différence semble significative, car les volontaires ont rapporté un plus grand nombre d’effets subjectifs (positifs comme négatifs) suite à l’inhalation de la vapeur comparativement à la fumée, et avaient également de moins bonnes performances aux tests cognitifs et psychomoteurs. En d’autres mots, chez cette population de consommateurs très occasionnels de la drogue, la vapeur de cannabis provoque des effets plus prononcés que la fumée, même à des doses relativement modestes de THC. Comme le souligne l’éditorial qui accompagne l’article, il est à souhaiter que les consommateurs novices ou occasionnels de cannabis soient sensibilisés à ces effets plus prononcés du cannabis vaporisé, notamment en ce qui concerne les dangers associés à la conduite automobile.

Nouvelles directives américaines sur l’activité physique

Nouvelles directives américaines sur l’activité physique

En novembre 2018, le Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié la 2édition de son guide intitulé « Physical Activity Guidelines for Americans » (voir aussi cette version condensée), afin de fournir des recommandations basées sur des données probantes pour que les enfants et les adultes puissent faire la quantité d’activité physique nécessaire pour se maintenir en bonne santé. Il y a de nouvelles directives pour les enfants de 3 à 5 ans et certaines directives ont été mises à jour pour les jeunes de 6 à 17 ans, les adultes, les adultes âgés, les femmes durant la grossesse et la période postnatale, les adultes souffrant de maladies chroniques et les adultes handicapés.

  • Les nouvelles directives pour les enfants de 3 à 5 ans indiquent que les enfants d’âge préscolaire devraient être actifs durant toute la journée pour améliorer la croissance et le développement. Les adultes qui prennent soin des enfants de cet âge devraient encourager le jeu actif (intensité légère, modérée ou vigoureuse) et viser au moins 3 heures d’activité par jour.
  • La quantité recommandée d’activité physique pour les jeunes de 6 à 17 ans est la même. Chaque jour, les jeunes de 6 à 17 ans ont besoin d’au moins 60 minutes d’activité d’intensité modérée à vigoureuse afin obtenir le plus de bienfaits possibles pour la santé. La plupart des activités peuvent être aérobies, comme la marche, la course, ou tout ce qui fait battre le cœur plus rapidement. Ils ont également besoin d’activités qui renforcissent leurs muscles et leurs os, comme l’escalade sur des équipements de terrain de jeu, jouer au basket-ball, ou la corde à danser.
  • La quantité recommandée d’activité physique pour les adultes est la même. Pour obtenir le plus de bienfaits pour la santé par l’activité physique, les adultes ont besoin d’au moins 150 à 300 minutes d’activité aérobie d’intensité modérée, comme la marche rapide ou la danse rythmée, chaque semaine. Les adultes ont également besoin d’activité de renforcement musculaire, comme soulever des poids ou faire des pompes, au moins 2 fois par semaine.
  • Nous connaissons maintenant plus de bienfaits de l’activité physique pour la santé, et comment il est possible de les obtenir plus facilement. La nouvelle édition des directives sur l’activité physique est basée sur les dernières études scientifiques qui montrent que l’activité physique a de nombreux avantages pour la santé, indépendamment des autres saines habitudes de vie, comme une bonne alimentation.
  • La première recommandation pour les adultes est de bouger davantage et d’être assis moins longtemps. Cette recommandation repose sur de nouvelles données probantes qui montrent une forte relation entre l’augmentation du comportement sédentaire et le risque accru de maladie cardiaque, d’hypertension artérielle et de mortalité, toutes causes confondues. Toute activité physique, en particulier l’activité modérée à vigoureuse, peut aider à compenser ces risques.
  • Nous savons maintenant que toute quantité d’activité physique a des bienfaits pour la santé. Les personnes peuvent bénéficier de petites quantités d’activité physique modérée à vigoureuse tout au long de la journée. Dans la première édition des directives, seuls les épisodes d’activité physique de 10 minutes et plus devaient être pris en compte pour répondre aux recommandations. La deuxième édition des directives supprime cette exigence pour encourager les personnes à se déplacer plus fréquemment tout au long de la journée.
  • De nouvelles données probantes montrent que l’activité physique procure des bienfaits immédiats pour la santé. Par exemple, l’activité physique peut réduire l’anxiété et la pression artérielle et améliorer la qualité du sommeil et la sensibilité à l’insuline.
  • Nous savons maintenant que suivre les recommandations des directives régulièrement peut mener à encore plus d’avantages à long terme pour la santé. (Les nouveaux avantages apparaissent en gras et avec un astérisque)
    • Pour les jeunes, l’activité physique peut aider à améliorer la cognition, * la santé osseuse, la forme physique, et la santé du cœur. Il peut également réduire le risque de dépression.
    • Pour les adultes, l’activité physique aide à prévenir 8 types de cancer (vessie, * sein, colon, endomètre,* œsophage,* rein,* estomac, * et poumon) ; réduit le risque de démence (y compris la maladie d’Alzheimer *), mortalité de toute cause, cardiopathie, AVC, hypertension artérielle, diabète de type 2 et dépression ; et améliore la santé osseuse, la fonction physique et la qualité de vie.
    • Pour les personnes âgées, l’activité physique réduit aussi le risque de chutes et blessures dues aux chutes.*
    • Pour les femmes enceintes, l’activité physique réduit le risque de dépression post-partum.*
    • Pour tous les groupes, l’activité physique réduit le risque de gain de poids excessif * et aide les gens à maintenir un poids santé.
  • De nouvelles études montrent que l’activité physique peut aider à gérer davantage de problèmes de santé. Par exemple, l’activité physique peut diminuer la douleur chez les personnes souffrant d’arthrose, réduire la progression de la maladie pour l’hypertension et le diabète de type 2, réduire les symptômes d’anxiété et de dépression et améliorer la cognition chez les personnes atteintes de démence, de sclérose en plaques, de TDAH, et de la maladie de Parkinson.