Interactions entre les produits naturels et les médicaments

Interactions entre les produits naturels et les médicaments

Le texte qui suit est tiré en partie de cet article en anglais :
« Common Herbal Dietary Supplement—Drug Interactions » par Asher et coll, Am. Fam. Physician, 2017.

De plus en plus de personnes prennent des suppléments de produits naturels provenant de plantes en même temps que des médicaments sous ordonnance. Il a été estimé que 40 à 60 % des Américains adultes qui sont atteints d’une maladie chronique utilisent des suppléments de produits naturels, et parmi ceux qui prennent des médicaments sous ordonnance 20 à 25 % consomment en même temps un ou plusieurs suppléments. Or l’on sait que certains suppléments, tels le millepertuis (Saint John’s wort en anglais) et l’hydraste du Canada (goldenseal en anglais) et des aliments tels le pamplemousse ont d’importantes interactions avec les médicaments, et que par conséquent la plupart des patients sous médication doivent éviter de consommer ces produits. Certains produits naturels ont des interactions avec certains médicaments spécifiques et ils sont probablement sûrs avec d’autres types de médicaments. Enfin, d’autres produits naturels ont peu d’interactions connues et peuvent être consommés sécuritairement avec des médicaments, en prenant certaines précautions et en tenant compte de l’état de santé de chacun.

Les risques d’interactions avec les médicaments surviennent lorsque les molécules contenues dans les produits naturels partagent les mêmes mécanismes pharmacocinétiques d’absorption, de distribution, de métabolisme ou d’excrétion (ADME) que les médicaments. La compétition entre les composantes des produits naturels et un médicament par un mécanisme ADME commun peut causer une baisse ou une hausse de la concentration du médicament au site d’action. D’autres interactions moins communes sont dites pharmacodynamiques parce que, dans ce cas, les composantes phytochimiques des suppléments ont une action pharmacologique directe, sans qu’il y ait modification de la concentration du médicament pris concurremment.

Connaître les détails biochimiques sous-jacents aux mécanismes ADME est très important pour identifier les interactions pharmacocinétiques potentielles entre les produits naturels et les médicaments. La plupart des mécanismes ADME impliquent quatre superfamilles de protéines : les enzymes métaboliques du cytochrome P450 (CYP) ; l’enzyme de conjugaison uridine diphosphate-glucuronyltransférase (UGT) ; les transporteurs à « ATP Binding Cassette » (ABC) de type influx ou efflux ; les transporteurs d’anions organiques (OATP). Les enzymes CYP et UGT rendent les médicaments plus hydrosolubles et par conséquent plus faciles à éliminer par l’organisme. Les transporteurs ABC (ex. : la glycoprotéine P ou P-gp, un transporteur d’efflux) et OATP sont impliqués dans le transport des médicaments et leurs métabolites à travers différents compartiments du corps humain (intestin, foie, barrière hématoencéphalique). Six enzymes CYP seulement sont responsables du métabolisme de 80 % des médicaments sous ordonnance.

Un exemple bien connu d’interaction d’un produit naturel avec des médicaments est celui du pamplemousse (jus ou fruit entier). Le pamplemousse et d’autres agrumes tels l’orange amère contiennent des furanocoumarines qui inhibent des enzymes métaboliques intestinales telles que CYP3A4 et des transporteurs intestinaux.  L’enzyme CYP3A4 est responsable du métabolisme d’environ 50 % des médicaments. L’inhibition de cette enzyme par les furanocoumarines peut avoir deux effets différents selon que le médicament est transformé en métabolite inactif ou qu’il soit plutôt transformé en un métabolite actif. Dans le premier cas, la consommation de pamplemousse va ralentir la dégradation du médicament et par conséquent faire augmenter sa concentration dans l’organisme, ce qui peut conduire à une surdose. Au contraire, si le médicament est du type « promédicament », l’inhibition de l’enzyme CYP3A4 va provoquer une diminution du médicament sous forme de métabolite actif (dose réelle réduite). Dans le cas d’autres médicaments qui pénètrent dans la circulation sanguine via certains transporteurs intestinaux spécifiques, l’inhibition du transport peut causer une diminution de la concentration du médicament et par conséquent devenir ineffective. Le pamplemousse a des interactions avec plus de 85 médicaments, et ce nombre est en augmentation chaque année. Ces médicaments sont utilisés pour traiter diverses maladies, incluant les maladies cardiovasculaires (statines, antiarythmiques, antagonistes des canaux calciques), le VIH/SIDA (inhibiteurs de la protéase VIH), les allergies (antihistaminiques), la dépression, la dysfonction érectile, le rejet après une transplantation (immunosuppresseurs).

Il y a beaucoup de suppléments provenant de plantes qui sont offerts en vente libre sur le marché. Nous nous limiterons ici aux 15 suppléments à base de plantes les plus populaires, mais d’autres suppléments dont il ne sera pas fait mention dans ce texte pourraient avoir des interactions avec les médicaments. Dans le tableau 1, on retrouve les suppléments qui ont un peu de risque d’interaction avec des médicaments et ceux qui sont à risque élevé. Un troisième groupe de suppléments contient des plantes qui sont à faible risque d’interaction avec certains médicaments, mais à risque modéré ou élevé avec d’autres médicaments.

Tableau 1. Les suppléments de produits naturels à faible risque et à risque élevé d’interaction avec des médicaments.  Adapté de Asher et coll., 2017.

Plantes médicinales sous forme de supplément  Commentaires
À faible risque d’interactionsa
Actée à grappes noires (Actaea racemosa)
Peut réduire l’efficacité des statines.
Chardon-Marie (Silybum marianum)Peut réduire les concentrations de certains
médicaments qui sont métabolisés par CYP2C9
tels la warfarine (Coumadin®), la phénytoïne
(DilantinMD) et le diazépam (Valium®)
Ginkgo (Ginkgo biloba)Peut faire augmenter le risque de saignement
en combinaison avec la warfarine (Coumadin®)
Ginseng américain (Panax quinquefolius)Interaction possible avec la warfarine (Coumadin®)
Palmier nain (Serenoa repens)
Valériane (Valeriana officinalis)
À risque élevé d’interactionsa
Hydraste du Canada (Hydrastis canadensis)Il est fortement recommandé d’éviter de
consommer ce produit en combinaison avec
la plupart des médicaments (sous ordonnance
ou non).
Millepertuis (Hypericum perforatum)
Peut diminuer l’efficacité de la cyclosporine
(Sandimmune®), tracolimus (Prograf®),
warfarine (Coumadin®), inhibiteurs de protéases
irinotécan (Camptosar®), théophylline, digoxine,
venlafaxine (Effexor®) et les contraceptifs oraux.
Éviter de consommer ce produit en combinaison
avec des médicaments (sous ordonnance ou non).
a Risques d’interactions basés sur des études chez l’homme sur les principales enzymes du cytochrome P450 (c.-à-d. CYP1A2, 2C9, 2C19, 2D6, 2E1 et 3A4), le transporteur glycoprotéine P (P-gp) et l’enzyme diphosphate-glucuronyltransférase (UGT). Chaque supplément à base de plante a été évalué pour la plupart des enzymes et transporteurs énumérés.

Actée à grappes noires
La racine de l’actée à grappes noires (Actaea racemosa) contient des glucosides qui ont des effets proches de ceux des œstrogènes. Ce supplément est utilisé pour réduire les symptômes de la ménopause et pour soulager le syndrome prémenstruel et les douleurs menstruelles. L’actée à grappes noires n’a pas d’effets importants sur plusieurs enzymes du cytochrome P450 et sur le transporteur P-gp selon plusieurs études cliniques réalisées chez l’homme. Il y a cependant un problème potentiel avec une interaction avec le transporteur OATP2B1, ce qui pourrait réduire l’efficacité de certains médicaments tels l’amiodarone (antiarythmique), la fexofénadine (antihistaminique, Allegra®), le glyburide (antidiabétique) et plusieurs statines (hypolipémiants).

Ail
L’ail (Allium sativum) a plusieurs bienfaits potentiels pour la santé, incluant un léger effet hypotenseur, la prévention de l’athérosclérose, l’amélioration la circulation périphérique et le traitement des infections respiratoires. L’ail fait diminuer la concentration circulante de médicaments qui sont transportés par la P-gp, mais n’a pas d’effets sur les enzymes CYP1A2, CYP2D6 ou CYP3A4. Il ne faut donc pas prendre de supplément d’ail avec des médicaments transportés par la P-gp, tels que la colchicine (antigoutteux, traitement de cancers et de péricardites récidivantes), digoxine (cardiotonique), doxorubicine (Adriamycine®, anticancéreux), quinidine (antiarythmique), rosuvastatine (Crestor®), tacrolimus (immunosuppresseur), vérapamil (antiarythmique).

Canneberge
La canneberge (genre Vaccinium) est riche en vitamine C et autres antioxydants, dont la proanthocyanidine. Parmi les vertus thérapeutiques alléguées (mais non prouvées) de la canneberge, il y a la prévention de l’athérosclérose, des infections urinaires et de l’estomac (H. pylori) et de l’inflammation des gencives. La canneberge n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2C9 et CYP3A4 dans les études cliniques chez l’homme. La canneberge n’interfère pas non plus avec la warfarine (Coumadin®). Il est peu probable que la canneberge ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Chardon-Marie
Le chardon-Marie (Silybum marianum) est utilisé pour combattre les troubles digestifs, les maladies du foie et de la vésicule biliaire. Le chardon-Marie n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1, CYP3A4 ou le transporteur P-gp dans les études cliniques chez l’homme. Il est possible que le chardon-Marie inhibe l’enzyme CYP2C9 et qu’il fasse diminuer par conséquent la concentration des médicaments tels la warfarine (Coumadin®), la phénytoïne (DilantinMD) et le diazépam (Valium®).

Curcumine
La curcumine est le pigment principal du curcuma (Curcuma longa), de couleur jaune éclatant, qui est utilisé comme colorant alimentaire et comme supplément. La curcumine est utilisée en supplément pour traiter les troubles digestifs, soulager les maladies inflammatoires (ex. : arthrite rhumatoïde) et il pourrait aussi prévenir des maladies cardiovasculaires et certains cancers (non prouvé). Une étude montre que la curcumine induit l’expression de l’enzyme CYP1A2, ce qui pourrait causer une diminution des niveaux de plusieurs médicaments antidépresseurs et antipsychotiques. D’autre part, quelques études cliniques chez l’homme ont montré que la curcumine n’a pas d’effet sur plusieurs enzymes métaboliques importantes, incluant CYP3A4, CYP2C9 et UGT.

Échinacée
L’échinacée (Echinacea purpurea) est utilisée pour prévenir les infections des voies respiratoires supérieures (rhume, sinusite) et des voies urinaires et pour prévenir le rhume. L’échinacée n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP2D6 et CYP2C9, non plus que le transporteur P-gp dans les études chez l’homme. Des résultats contradictoires ont cependant été publiés sur les effets de l’échinacée sur les enzymes CYP3A4 et CYP1A2. Il faut par conséquent être prudent lorsque l’on prend des médicaments qui sont métabolisés par ces deux enzymes, ce qui inclut des antidépresseurs et des antipsychotiques.

Ginkgo
Le ginkgo (Ginkgo biloba) est utilisé pour atténuer les symptômes de l’anxiété et du déclin cognitif (démences), les troubles de la vue (rétinopathie, glaucome) et le syndrome prémenstruel. Le ginkgo est un inhibiteur de l’agrégation plaquettaire et pourrait donc en théorie accroître le risque de saignements, en particulier en combinaison avec des médicaments antiplaquettaires ou anticoagulants. Cependant, plusieurs études cliniques et populationnelles n’ont pas détecté de risque accru de saignement avec des suppléments de ginkgo. Par contre, il semble que dans une seule étude, le ginkgo en combinaison avec l’anticoagulant warfarine (Coumadin®) augmentait le risque de saignements. Les personnes qui prennent des anticoagulants devraient éviter de prendre des suppléments de ginkgo. Plusieurs études cliniques ont démontré que le ginkgo n’a pas d’effets sur les principaux enzymes métaboliques du cytochrome P450.

Ginseng américain
Le ginseng américain (Panax quinquefolius) ressemble au ginseng asiatique, mais sa composition en ginsénosides, les molécules actives de cette plante, est quelque peu différente, aussi faut-il s’abstenir de faire des généralisations sur les effets de ces deux plantes. Il y a beaucoup moins d’études publiées sur le ginseng américain que sur le ginseng asiatique. Les études précliniques suggèrent que le ginseng américain n’a pas beaucoup d’interactions avec les médicaments. Des études chez l’homme n’ont pas montré d’effets du ginseng américain avec deux médicaments contre le VIH/SIDA (indinavir et zidovudine), alors qu’une autre étude a montré une interaction de cette plante avec la warfarine. Les personnes qui prennent de la warfarine devraient donc surveiller avec soin leur INR (International Normalized Ratio), une mesure de la coagulation sanguine, ou éviter de prendre des suppléments contenant du ginseng américain.

Ginseng asiatique
Le ginseng asiatique (Panax ginseng) induit l’expression de l’enzyme CYP3A4, ce qui pourrait diminuer l’efficacité de plusieurs médicaments, incluant des bloqueurs des canaux calciques, plusieurs médicaments contre le cancer et le VIH/SIDA, certains médicaments contre l’hypertension et l’hypercholestérolémie (statines) et certains antidépresseurs. Il est par conséquent suggéré d’éviter d’utiliser le ginseng asiatique, qu’il provienne de la Chine, de la Corée ou du Japon, en combinaison avec la plupart des médicaments. Cependant, plusieurs études chez l’homme ont démontré que le ginseng asiatique n’a pas d’effets sur d’autres enzymes métaboliques (CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1) ou sur le transporteur P-gp. Les médicaments métabolisés ou transportés par ces protéines pourraient donc être utilisés sans danger avec le ginseng asiatique. Les études sur les interactions avec la warfarine montrent peu ou pas d’effet.

Hydraste du Canada
L’hydraste du Canada (Hydrastis canadensis)est utilisée en médecine traditionnelle pour traiter, entre autres, les infections et inflammations gastro-intestinales et les troubles digestifs telles la gastrite et la dyspepsie. L’hydraste du Canada est un inhibiteur de deux importantes enzymes métaboliques, CYP3A4 et CYP2D6, qui métabolisent plus de la moitié des médicaments couramment utilisés. Les suppléments d’hydraste du Canada sont probablement sûrs en combinaison avec certains médicaments, mais cela n’est pas recommandé avec la plupart des médicaments.

Kava
Le Kava (Piper methysticum) est une plante apparentée au poivre, originaire du Pacifique occidental. Des infusions de kava sont utilisées pour lutter contre les symptômes du stress, de l’anxiété et de la dépression. Le kava est un hypnotique à forte dose. Le kava n’a pas d’effets sur les enzymes CYP1A2 et CYP2D6, CYP3A4 et sur le transporteur P-gp selon plusieurs les études réalisées chez l’homme. Dans une étude le kava a inhibé l’enzyme CYP2E1, une enzyme impliquée dans le métabolisme de plusieurs anesthésiques, ainsi que celui de l’acétaminophène. En outre, les résultats de deux études in vitro suggèrent une inhibition potentielle de CYP2C9 et CYP2C19, qui sont impliquées dans le métabolisme de nombreux anti-inflammatoires non stéroïdiens, bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine, Glipizide (Glucotrol), glyburide, rosiglitazone (Avandia), acide valproïque (Depakene), warfarine, inhibiteurs de la pompe à protons, phenytoïne (Dilantin), et clopidogrel (Plavix). Les patients qui prennent du kava devraient être avertis d’arrêter d’en prendre au moins cinq jours avant une intervention chirurgicale avec anesthésie générale. Les patients qui prennent des médicaments métabolisés par le CYP2C9 ou CYP2C19 doivent être surveillés de près pour d’éventuels effets cliniques indésirables et des anomalies dans les résultats de laboratoire (ex.: niveau de glucose, taux d’HbA1c, INR) ou ils ne devraient pas utiliser de suppléments contenant du kava. La prudence est de mise pour les patients qui prennent des dépresseurs du système nerveux central, tels que les benzodiazépines ou l’alcool, en raison du risque accru de somnolence et de dépression du réflexe moteur.

Millepertuis
Le millepertuis (Hypericum perforatum) est utilisé pour traiter la dépression légère et modérée, l’anxiété, les troubles psychosomatiques, l’agitation nerveuse et les troubles digestifs. Le millepertuis est un inducteur puissant de CYP3A4 et du transporteur P-gp qui réduit la concentration effective de nombreux médicaments, incluant la cyclosporine et le tacrolimus (deux immunosuppresseurs), la warfarine (anticoagulant), les inhibiteurs de protéases, l’irinotécane, la théophylline, la digoxine, la venlafaxine et des contraceptifs oraux. Il est fortement recommandé d’éviter complètement de consommer le millepertuis en même temps qu’un médicament, sous ordonnance ou non.

Palmier nain
Le palmier nain (Serenoa repens) est utilisé en médecine traditionnelle par les autochtones des Amériques pour traiter divers problèmes du système urinaire et reproducteur. Le palmier nain n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1 et CYP3A4 dans les études cliniques chez l’homme. Il est donc peu probable que le palmier nain ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Thé vert (extrait)
Le thé vert (Camellia sinensis) traditionnellement cultivé en Asie est consommé pour prévenir les maladies cardiovasculaires et certains cancers, diminuer le taux de cholestérol sanguin et réduire la tension artérielle. Les interactions potentielles du thé vert avec les médicaments ont été étudiées in vitro et chez l’homme, mais les résultats sont contradictoires. Les études in vitro indiquent que le thé vert a des interactions alors que les études cliniques chez l’homme n’ont pas trouvé d’effets sur deux des enzymes métaboliques les plus importants (CYP2D6 et CYP3A4). Les extraits de thé vert font augmenter la concentration du médicament simvastatine (Zocor), probablement à cause de l’inhibition de la P-gp. D’autre part, des études ont montré des inhibitions des transporteurs OATP1A1 et OATP1A2 qui sont impliqués dans le transport de plusieurs médicaments, tels les statines, les fluoroquinolones, certains bêtabloquants, l’imatinib (Gleevec) et des antirétroviraux. Il faut par conséquent éviter de prendre des suppléments de thé vert avec des médicaments qui sont transportés par la P-gp, OATP1A1 ou OATP1A2.

Valériane
La valériane (Valeriana officinalis) est utilisée depuis la Grèce antique pour atténuer l’anxiété et les troubles du sommeil (insomnie). La valériane n’inhibe pas et n’induit pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1 ou CYP3A4. Il est donc peu probable que la valériane ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Il est important d’informer son médecin et son pharmacien des suppléments alimentaires qu’on a l’habitude de consommer, afin qu’ils puissent juger des possibles interactions avec des médicaments sous ordonnance. Or il semble que seulement le tiers des personnes qui consomment des suppléments en informe leur médecin. Puisque la majorité des patients n’informent pas leur médecin de la prise de suppléments, la stratégie la plus importante pour identifier des interactions entre les suppléments et les médicaments consiste pour le médecin à développer une relation de confiance avec ses patients, afin d’encourager une discussion sur le sujet.

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Le rôle des matières grasses de l’alimentation dans le développement de l’obésité, des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2 fait l’objet d’un vigoureux débat scientifique depuis plusieurs années. Dans un article récemment publié dans le prestigieux Science, quatre experts de la recherche sur les gras et glucides alimentaires avec des perspectives très différentes sur la question  (David Ludwig, Jeff Volek, Walter Willett et Marian Neuhouser) ont identifié 5 principes de base qui font largement consensus dans la communauté scientifique et qui peuvent grandement aider les non-spécialistes à s’y retrouver dans toute cette controverse.

Cette synthèse est importante, car il faut bien admettre que le public est littéralement bombardé d’affirmations contradictoires sur les bienfaits et méfaits des graisses alimentaires. Deux grands courants, diamétralement à l’opposé l’un de l’autre, se sont dessinés au fil des dernières décennies :

  • La position classique de réduction de l’apport en gras (« low-fat »), adoptée depuis les années 1980 par la plupart des gouvernements et des organisations médicales. Cette approche est basée sur le fait  que les graisses sont deux fois plus caloriques que les glucides (et donc plus obésogènes) et que les gras saturés augmentent les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires. En conséquence, l’objectif principal d’une alimentation saine devrait être de réduire l’apport total en gras (en particulier en gras saturés) et de les remplacer par des sources de glucides (végétaux, pain, céréales, riz et pâtes).  Un argument en faveur de ce type d’alimentation est que plusieurs cultures qui se nourrissent de cette façon (les habitants de l’île d’Okinawa, par exemple) présentent des longévités exceptionnelles.
  • La position « low-carb », actuellement très à la mode sous la forme du régime cétogène, prône exactement l’inverse, c’est-à-dire une réduction de l’apport en glucides et une hausse de celui en gras. Cette approche est basée sur plusieurs observations montrant que la consommation accrue de glucides des dernières années coïncide avec une augmentation phénoménale de l’incidence de l’obésité en Amérique du Nord, ce qui suggère que ce sont les sucres et non les gras qui sont responsables du surpoids et des maladies chroniques qui en découlent (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers). Un argument en faveur de cette position est que la hausse d’insuline en réponse à la consommation de glucides peut effectivement favoriser l’accumulation de graisse et que les régimes « low-carb » sont en général plus efficaces pour favoriser la perte de poids, du moins à court terme (voir notre article sur le sujet).

Parvenir à un consensus à partir de positions aussi extrêmes n’est pas facile !  Malgré tout, lorsqu’on s’attarde aux différentes formes de glucides et de gras de notre alimentation, la réalité est beaucoup plus nuancée et il est possible de voir qu’il existe un certain nombre de points communs aux deux approches.  En analysant de façon critique les données actuellement disponibles, les auteurs sont parvenus à identifier au moins 5 grands principes qui font consensus :

1) Manger des aliments non transformés, de bonne qualité nutritionnelle, permet de demeurer en santé sans avoir à se préoccuper des quantités de gras ou de glucides consommés.   Un point commun aux  approches « low-fat » et « low-carb » est que chacune d’elle est persuadée de représenter l’alimentation optimale pour la santé. En réalité, une simple observation des traditions alimentaires à l’échelle du globe permet de constater qu’il existe plusieurs combinaisons alimentaires qui permettent de vivre longtemps et en bonne santé. Par exemple, le Japon, la France et Israël sont les pays industrialisés qui présentent les deux plus faibles taux de mortalité due aux maladies cardiovasculaires (110, 126 et 132 décès par 100000, respectivement) en dépit de différences considérables dans la proportion de glucides et de gras de leur alimentation.

C’est l’arrivée massive d’aliments industriels ultratransformés riches en gras, en sucre et en sel qui est la grande responsable de l’épidémie d’obésité qui touche actuellement la population mondiale.  Tous les pays, sans exception, qui ont délaissé leur alimentation traditionnelle basée sur la consommation d’aliments naturels au profit de ces aliments transformés ont vu l’incidence d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires touchant leur population grimper en flèche. La première étape pour combattre les maladies chroniques liées à l’alimentation n’est donc pas tellement de comptabiliser la quantité de glucides ou de gras consommés, mais bel et bien de manger de « vrais » aliments non transformés. La meilleure façon d’y arriver demeure tout simplement faire une large place aux aliments d’origine végétale comme les fruits, légumes, légumineuses et céréales à grains entiers, tout en réduisant ceux d’origine animale  et en limitant au minimum les aliments industriels transformés comme les charcuteries, les boissons sucrées et autres produits de la malbouffe.

2) Remplacer les gras saturés par les gras insaturés.

L’étude des Sept Pays a montré que l’incidence de maladies cardiovasculaires était étroitement corrélée avec l’apport en gras saturés (principalement retrouvés dans les aliments d’origine animale comme les viandes et les produits laitiers). Un très grand nombre d’études ont montré que le remplacement de ces gras saturés par des gras insaturés (les huiles végétales, par exemple) était associé à une baisse importante du risque d’événements cardiovasculaires et de la mortalité prématurée. Une réduction de l’apport en gras saturés, combiné à un apport accru en gras insaturés de qualité (en particulier monoinsaturés et polyinsaturés oméga-3) représente la combinaison de matières grasses optimales pour prévenir les maladies cardiovasculaires et diminuer le risque de mortalité prématurée.

Ces bénéfices s’expliquent par les nombreux effets négatifs d’un excès de gras saturés sur la santé.  En plus d’augmenter les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladie cardiovasculaire, un apport élevé en gras saturés provoque une hausse de la production de molécules inflammatoires, une altération de la fonction des mitochondries (les centrales énergétiques de la cellule) et une perturbation de la composition normale du microbiome intestinal. Sans compter que les propriétés organoleptiques d’une alimentation riche en gras saturés diminuent le sentiment de satiété et encouragent la surconsommation de nourriture et l’accumulation d’en excès de graisse, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers.

3) Remplacer les glucides raffinés par des glucides complexes.

La grande erreur de la « croisade anti-gras » des années 80 et 90 a été de croire que n’importe source de glucides, même les sucres présents dans les aliments industriels transformés (farines raffinées, sucres ajoutés), était préférable aux gras saturés.  Cette croyance était injustifiée, car les études réalisées par la suite ont démontré hors de tout doute que ces sucres raffinés favorisent l’athérosclérose et peuvent même tripler le risque de mortalité cardiovasculaire lorsqu’ils sont consommés en grandes quantités. Autrement dit, tout bénéfice pouvant provenir d’une réduction de l’apport en gras saturés est immédiatement contrecarré par l’effet négatif des sucres raffinés sur le système cardiovasculaire.  Par contre, lorsque les gras saturés sont remplacés par des glucides complexes (les grains entiers, par exemple), il y a réellement une diminution significative du risque d’événements cardiovasculaires.

Une autre raison d’éviter les aliments contenant des sucres raffinés ou ajoutés est qu’ils possèdent une faible valeur nutritive et causent des variations importantes de la glycémie et de la sécrétion d’insuline. Ces perturbations du métabolisme favorisent l’excès de poids, le développement d’une résistance à l’insuline et de dyslipidémies, toutes des conditions qui haussent considérablement le risque d’événements cardiovasculaires.   À l’inverse, un apport accru en glucides complexes présents dans les céréales à grains entiers, légumineuses et autres végétaux permet de maintenir la glycémie et l’insuline à des taux stables.  De plus, les aliments d’origine végétale non raffinés représentent une source exceptionnelle de vitamines, minéraux, composés phytochimiques antioxydants essentiels au maintien de la santé.  Leur contenu élevé en fibres permet également l’établissement d’un microbiome intestinal diversifié, dont l’activité de fermentation génère des acides gras à courtes chaînes dotés de propriétés antiinflammatoires et anticancéreuses.

4) Une alimentation « low-carb » riche en gras peut être bénéfique pour les personnes qui présentent des désordres dans le métabolisme des glucides.  

La recherche des dernières années montre que les personnes qui ont un métabolisme du sucre normal peuvent tolérer une plus grande proportion de glucides, tandis que celle qui présente une intolérance au glucose ou une résistance à l’insuline peuvent avoir un avantage à adopter une alimentation « low-carb » plus riche en matières grasses.

Ceci semble particulièrement vrai pour les personnes diabétiques et prédiabétiques. Par exemple, une étude italienne réalisée auprès de personnes atteintes d’un diabète de type 2 a montré qu’une alimentation riche en gras monoinsaturés (42 % des calories totales) réduisait beaucoup plus l’accumulation de gras au niveau du foie (un important contributeur au développement du diabète de type 2) qu’une alimentation faible en gras (28 % des calories totales).

Ces bénéfices semblent encore plus prononcés pour l’alimentation cétogène, dans laquelle la consommation de glucides est réduite au minimum (< 50 g par jour) (voir notre article sur le sujet). Les études montrent que chez des personnes atteintes d’un syndrome métabolique, ce type d’alimentation permet de générer une perte de masse adipeuse (totale et abdominale) plus grande qu’une alimentation hypocalorique faible en gras, de même qu’une réduction supérieure des triglycérides sanguins et de plusieurs marqueurs de l’inflammation. Chez les personnes atteintes d’un diabète de type 2, une étude récente montre que chez la majorité des patients, l’alimentation cétogène parvient à réduire les taux d’hémoglobine glyquée (un marqueur de l’hyperglycémie chronique) à un niveau normal, et ce sans médicaments autres que la metformine. Même les personnes atteintes d’un diabète de type 1 peuvent tirer des bénéfices considérables d’une alimentation cétogène : une étude réalisée auprès de 316 enfants et adultes atteints de cette maladie montre que l’adoption d’un régime cétogène permet un contrôle exceptionnel de la glycémie et le maintien d’une excellente santé métabolique sur une période de 2 ans.

5) Une alimentation « low-carb » ou cétogène ne requiert pas un apport élevé en protéines et gras d’origine animale.

Plusieurs formes de régimes faibles en glucides ou cétogènes préconisent un apport élevé en aliments d’origine animale (beurre, viandes, charcuteries, etc.) riches en gras saturés.  Comme mentionné précédemment, ces gras saturés exercent plusieurs effets négatifs (hausse des LDL, inflammation, etc.) et on peut donc se questionner sur l’impact à long terme de ce type d’alimentation « low-carb » sur le risque de maladies cardiovasculaires.   D’ailleurs, une étude récemment publiée dans Lancet indique que les personnes qui consomment peu de glucides (<40 % des calories), mais beaucoup de gras et protéines d’origine animale, ont un risque significativement accru de mort prématurée.   Pour les personnes qui désirent adopter un régime cétogène, il est donc important de réaliser qu’il est tout à fait possible de réduire la proportion de glucides de l’alimentation en substituant les céréales et autres sources de glucides par des aliments riches en gras insaturés comme les huiles végétales, les végétaux riches en gras  (noix, graines, avocats, olives) ainsi que les poissons gras.

En somme, le débat actuel sur les mérites respectifs des alimentations « low-fat » et « low-carb » n’a pas réellement sa raison d’être : pour la grande majorité de la population, plusieurs combinaisons de gras et de glucides permettent de demeurer en bonne santé et à faible risque de maladies chroniques pourvu que ces gras et glucides proviennent d’aliments de bonne qualité nutritionnelle. C’est la surconsommation d’aliments ultratransformés, riches en gras et en sucres raffinés qui est la grande responsable de la montée vertigineuse des maladies liées à l’alimentation, en particulier l’obésité et le diabète de type 2.  Restreindre la consommation de ces aliments industriels et les remplacer par des aliments « naturels », en particulier ceux d’origine végétale, demeure la meilleure façon de réduire le risque de développer ces pathologies.

Par contre, pour les personnes en surpoids qui sont atteintes d’un syndrome métabolique ou d’un diabète de type 2,  les données scientifiques actuellement disponibles tendent à montrer qu’une réduction de l’apport en glucides par les régimes « low-carb » et cétogène pourrait être bénéfique.

 

Le thé et la santé cardiovasculaire

Le thé et la santé cardiovasculaire

Après l’eau, le thé est la deuxième boisson la plus consommée dans le monde. Cette boisson est obtenue par infusion dans l’eau chaude des feuilles du théier (Camellia sinensis), un arbuste originaire de l’Asie du Sud-est qui est maintenant cultivée dans plus de 30 pays. En plus d’être délicieux et stimulant, le thé a des effets bénéfiques pour la santé cardiovasculaire et possiblement aussi pour la prévention d’autres maladies, incluant l’obésité, l’arthrite et le cancer.

Les feuilles du théier sont particulièrement riches en polyphénols, plus spécifiquement en catéchines qui représentent 80-90 % des flavonols totaux. Les bienfaits présumés du thé pour la santé sont attribuables principalement à la présence de ces substances polyphénoliques. Il y a 4 catéchines principales dans le thé vert (figure 1), l’EGCG est la molécule la plus active et la plus abondante (48-55 % des catéchines) dans le thé vert. Une tasse de thé vert contient entre 20 et 100 mg d’EGCG. L’absorption des catéchines est plutôt faible à cause des processus métaboliques et de conjugaisons qui ont lieu dans le petit intestin et le colon : 90 minutes après avoir bu du thé, seulement 0,2-2 % des catéchines ingérées sont retrouvées dans le sang.

Figure 1. Structures chimiques des principales catéchines du thé vert.

On distingue 3 types principaux de thés, selon le procédé de transformation des feuilles. À l’échelle mondiale, 78 % du thé produit est du thé noir, habituellement consommé en Occident, 20 % du thé vert, consommé surtout en Asie, et 2 % du thé oolong produit principalement en Chine. Pour faire du thé vert, les feuilles fraîchement récoltées sont traitées rapidement à la vapeur puis séchées, un procédé qui inactive les enzymes de type polyphénol oxydases (responsables du brunissement des pommes, laitues et champignons) et préserve les polyphénols. Pour faire du thé noir ou oolong, on laisse les feuilles s’étioler jusqu’à ce que leur taux d’humidité soit réduit à <55 % du poids original. Les feuilles sont ensuite roulées et écrasées, ce qui déclenche le processus de fermentation. Les catéchines présentent dans les feuilles de thé (et préservées dans le thé vert) sont partiellement transformées durant la fermentation (par oxydation et condensation) en des composés polymériques, les théaflavines et théarubigines (figure 2). Le thé oolong n’est que partiellement fermenté. Dans le thé noir, les théaflavines et les théarubigines représentent 10 % et 50-60 % des flavonols totaux, respectivement, et il n’y a que 20-30 % de catéchines.

Figure 2. Structures chimiques des principaux polyphénols du thé noir.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer la réduction des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire par les catéchines du thé vert (voir des articles de synthèses en anglais ici, ici et ici). Parmi ces mécanismes il y a les effets antioxydants, la protection de la fonction endothéliale, la modification du profil lipidique et les effets anti-inflammatoires et antihypertenseurs. Les propriétés antioxydantes des polyphénols du thé préviennent l’oxydation du cholestérol-LDL, une des étapes cruciales dans la progression de l’athérosclérose. L’oxydation du cholestérol-LDL favorise le recrutement de macrophages, créant des « cellules spumeuses » riches en cholestérol qui peuvent se déposer sur les parois des vaisseaux des artères et former une plaque d’athérome. De plus, le thé vert diminuerait l’absorption du cholestérol dans l’intestin par la formation de complexe catéchines-lipides, réduisant la solubilité du cholestérol dans les micelles mixte. Dans des modèles animaux, les polyphénols du thé vert et du thé noir font diminuer significativement le cholestérol-LDL et les triglycérides, et ils font augmenter le cholestérol-HDL (le « bon cholestérol »). Des essais randomisés contrôlés chez l’humain ont par ailleurs montré que la consommation de thé fait diminuer légèrement la concentration de cholestérol-LDL (voir plus loin).

L’hypertension est un autre facteur de risque majeur de maladie cardiovasculaire. Les effets à court terme de la consommation de thé sur la pression artérielle sont négligeables, malgré la présence de caféine. L’ingestion de 5 tasses ou plus de thé vert ou de thé noir ne modifie pas la pression artérielle selon trois études provenant du Japon, d’Australie et du Royaume-Uni. Une revue des essais randomisés contrôlés (ERC) sur les effets à long terme du thé noir et du thé vert en prévention primaire des maladies cardiovasculaires a été réalisée en 2014 par l’organisation collaborative Cochrane. Les auteurs ont recensé 11 ERC, avec 821 participants qui étaient en bonne santé ou à risque élevé de maladie cardiovasculaire. Les études montrent qu’après une durée de 3 à 6 mois, le thé noir ou le thé vert réduisent légèrement la pression artérielle (2,8 et 2,3 mmHg en moyenne pour les pressions diastolique et systolique, respectivement) et le cholestérol-LDL (le « mauvais cholestérol ») de 0,6 mmol/L en moyenne, mais n’ont pas d’effet sur le cholestérol-HDL.

Les effets vasoprotecteur et antihypertenseur du thé vert ont été attribués à l’activation de l’enzyme oxyde nitrique synthase endothéliale (eNOS) et par conséquent à une hausse d’oxyde nitrique (NO) qui cause une dilatation des vaisseaux et une baisse de la pression artérielle.

Accident vasculaire cérébral
Il y a eu plusieurs études prospectives sur les effets de la consommation de thé noir et de thé vert sur le risque de maladie cardiovasculaire. Ces études ont fait l’objet de plusieurs méta-analyses dont les résultats étaient parfois contradictoires. Un examen d’ensemble de 5 méta-analyses publiées entre 2001 et 2011 indique qu’il y a une association dose-effet entre la consommation de thé (noir et vert confondus) et une baisse de l’incidence d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de la mortalité causée par un AVC. Les auteurs notent que le thé vert semble réduire le risque d’AVC davantage que le thé noir, mais les comparaisons sont difficiles à faire parce que les populations et les risques de maladie cardiovasculaire diffèrent grandement selon le type de thé consommé et que peu d’études sur le thé vert ont été faites hors de l’Asie.

Thé vert
Une méta-analyse de 9 études prospectives japonaises sur la consommation de thé vert et le risque de maladies cardiovasculaires et ischémiques montre des associations favorables. En effet, comparé aux personnes qui buvaient < 1 tasse de thé/jour, celles qui n’en buvaient pas du tout avaient un risque 19 % plus élevé de maladie cardiovasculaire, 24 % plus élevé d’hémorragie intracérébrale et 15 % plus élevé d’infarctus cérébral. Les personnes qui buvaient 1 à 3 tasses de thé vert par jour avaient un risque 19 % moins élevé d’infarctus du myocarde et 36 % moins élevé d’AVC, comparé à celles qui buvaient < 1 tasse de thé/jour. Les personnes qui buvaient ≥ 4 tasses de thé vert/jour avaient un risque d’infarctus du myocarde 32 % moins élevé comparé à celles qui buvaient < 1 tasse de thé/jour, indiquant qu’il y une relation dose-effet.

Maladie coronarienne
Une méta-analyse de 13 études sur le thé noir et de 5 études sur le thé vert et le risque de maladie coronarienne a montré des associations favorables significatives pour le thé vert, mais aucune pour le thé noir. Une grande consommation de thé vert était associée à une baisse moyenne de 28 % du risque de maladie coronarienne. De plus, il y a une relation dose-effet : pour chaque tasse/jour additionnelle de thé vert consommée le risque de maladie coronarienne diminuait de 10 %.

Diabète
Développer le diabète de type 2 augmente beaucoup le risque de maladie cardiovasculaire. Certaines études épidémiologiques suggèrent que la consommation de thé est associée à une réduction du risque de diabète et à une réduction de la glycémie à jeun chez des personnes qui ne sont pas obèses. Les études d’intervention publiées à ce jour ne procurent cependant pas de données probantes pour dire que la consommation de thé est bénéfique pour la glycémie et le métabolisme de l’insuline. Les experts sont d’avis qu’il faudra faire de nouvelles études (prospectives et d’intervention) avant de pouvoir tirer des conclusions sur les effets du thé sur le contrôle de la glycémie et sur le diabète de type 2.

Obésité
L’obésité est un autre important facteur de risque de maladie cardiovasculaire. Dans des modèles animaux, la supplémentation avec les catéchines du thé ou avec une seule catéchine (EGCG) fait perdre beaucoup de poids à des rongeurs devenus obèses après avoir été alimentés avec un régime riche en gras. Chez l’humain, plusieurs études ont montré que la consommation de thé ou d’extraits de thé fait perdre du poids, fait diminuer le poids, l’indice de masse corporelle, le tour de taille et le gras sous-cutané, par comparaison avec un groupe témoin. Des études additionnelles, à plus grande échelle, sur de plus longues périodes et mieux contrôlées seront nécessaires afin de définir les doses optimales pour différentes populations et pour des personnes qui ont différents facteurs de risque métaboliques.

Conclusion
Le thé semble avoir plusieurs bienfaits pour la santé, mais malgré tous les efforts des chercheurs pour éliminer les facteurs confondants dans les études épidémiologiques, il est possible que les personnes qui consomment beaucoup de thé aient aussi un style de vie et un régime alimentaire plus sain. Toutes les études n’en sont pas arrivées à la conclusion que le thé est bénéfique pour la prévention de maladies cardiovasculaires, probablement à cause de l’hétérogénéité des populations, du style de vie, des procédés de production des thés et du contenu variable en polyphénols. Les chercheurs semblent d’accord sur la nécessité de faire de nouveaux essais randomisés contrôlés sur la prévention primaire et secondaire de maladies cardiovasculaires, en utilisant des préparations de thé ou des extraits de thé standardisés et en mesurant simultanément les concentrations plasmatiques des polyphénols. Le thé n’est certainement pas une panacée, mais boire quelques tasses de thé quotidiennement (sans lait ni sucre ajouté), en conjonction avec une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie pourrait être bénéfique pour la santé.

« Manger un peu de tout » : un concept dépassé qui peut favoriser le surpoids

« Manger un peu de tout » : un concept dépassé qui peut favoriser le surpoids

La diversité nutritionnelle, c’est-à-dire « manger un peu de tout » en langage populaire, représente un des principaux dogmes de la nutrition moderne.  Ce concept est basé sur le principe qu’aucun aliment ne contient à lui seul tous les nutriments essentiels à la santé et que ce n’est qu’en consommant une grande variété d’aliments différents (fruits, légumes, viandes, produits laitiers, etc.) qu’on peut combler adéquatement les exigences nutritionnelles de base, essentielles au maintien d’une bonne santé.

Le concept de diversité nutritionnelle a été élaboré au début du 20esiècle, une époque où les carences en nutriments essentiels étaient fréquentes. Au cours des années 20 et 30, par exemple, plusieurs personnes étaient touchées par le scorbut (carence en vitamine C), le béribéri (carence en thiamine),  le rachitisme (carence en vitamine D), la pellagre (carence en tryptophane et vitamine B3) ou encore la xérophtalmie (carence en riboflavine). Une alimentation plus diversifiée, facilitée par l’avènement du réfrigérateur et une augmentation de l’offre alimentaire par la production industrielle des aliments de base, a permis de corriger ces carences et d’éradiquer du même coup ces maladies causées par la malnutrition.

Un siècle plus tard, l’alimentation suscite toujours des inquiétudes, mais totalement à l’inverse : ce n’est plus la carence alimentaire qui pose problème, mais plutôt la surabondance et la mauvaise qualité de plusieurs aliments industriels qui nous sont offerts, en particulier les aliments hypertranformés très riches en sucres et gras ajoutés (et donc en calories).  Alors que ces produits n’existaient même pas il y a 100 ans, ils représentent aujourd’hui à eux seuls la moitié des calories consommées par la population et il n’y a pas de doute qu’ils contribuent à l’augmentation fulgurante de la proportion de personnes en surpoids qui affecte présentement la plupart des pays du globe. Dans un tel contexte, promouvoir la diversité nutritionnelle en proposant de « manger un peu de tout » revient à mettre ces aliments hypercaloriques sur un pied d’égalité avec des aliments plus sains, notamment ceux d’origine végétale, et on peut se questionner si cette approche est valable pour améliorer les habitudes alimentaires et la santé de la population.

Dans un article récemment paru dans la revue Circulation, l’American Heart Assocation prend position contre ce concept de diversité nutritionnelle et propose plutôt de miser sur la qualité des aliments consommés. Cette recommandation s’appuie sur une analyse détaillée des études réalisées jusqu’à présent sur ce sujet qui montrent que la diversité nutritionnelle est généralement associée à une alimentation de moindre qualité, caractérisée par un apport accru en aliments transformés et un apport excessif en calories. Par exemple, une étude brésilienne a montré qu’une plus grande diversité nutritionnelle, mesurée en déterminant le nombre d’items différents consommés durant une semaine, était associée à une consommation accrue d’aliments transformés comme les sucreries, les boissons gazeuses, de même que de craquelins, biscuits et gâteaux et pourrait en conséquence favoriser le surpoids.  Ceci est en accord avec une autre étude montrant qu’une plus grande diversité nutritionnelle était corrélée avec un apport plus élevé en sucreries et diverses collations et à un excès de calories.

L’apport énergétique plus élevé qui est observé chez les personnes qui mangent le plus diversifié s’explique, d’une part, par la très grande disponibilité des produits transformés riches en sucre et en gras et, d’autre part, par ce qui semble être une adaptation physiologique à la diversité alimentaire.  Chez les animaux de laboratoire, par exemple, l’accès à une variété d’aliments induit une consommation de nourriture et un gain de poids supérieurs à ce qui est observé lorsque les animaux sont exposés à un seul type d’aliment.  Des observations similaires ont été faites chez les humains, c’est-à-dire que les sujets consommaient plus de nourriture totale lorsque mis en présence d’aliments variés comparativement à un seul aliment. Étant donné qu’à l’époque moderne la diversité nutritionnelle provient essentiellement des produits industriels hypercaloriques (avec environ 15,000 nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché chaque année), cette plus grande consommation de nourriture se traduit forcément par une hausse du risque de surpoids.

En somme, l’environnement alimentaire dans lequel nous vivons a considérablement changé au cours des 50 dernières années et il est certain que ces bouleversements, en particulier l’omniprésence d’aliments hypercaloriques, contribuent à la hausse du surpoids de la population et à l’augmentation des maladies chroniques qui découlent de cet excès de graisse (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, certains cancers). La devise « manger un peu de tout », aussi utile soit-elle dans un contexte de carence alimentaire, devient inappropriée dans cet environnement de surabondance de nourriture, car elle ne tient pas compte de l’impact négatif de ces aliments industriels et, en pratique, les considèrent même comme des aliments aussi valables les autres.

Comme le souligne l’avis de l’AHA, plutôt que de promouvoir la diversité à tout prix, il est de loin préférable de privilégier la qualité des aliments consommés, c’est-à-dire choisir préférentiellement ceux qui exercent des effets positifs sur la santé.  Comme nous l’avons récemment mentionné, il existe un consensus pour dire qu’une alimentation principalement basée sur la consommation d’aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, graines et noix), combinée à un apport réduit en viandes rouges, en charcuteries et en produits contenant des sucres ajoutés et/ou des farines raffinées représente la combinaison optimale pour le maintien d’un poids corporel normal et la prévention des maladies chroniques, particulièrement les maladies cardiovasculaires.  Le régime méditerranéen ou encore son proche cousin, l’alimentation DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), sont des exemples concrets de modes d’alimentation qui mettent l’emphase sur ces aliments bénéfiques et qui permettent de profiter de l’abondance et de la diversité de fruits et légumes frais tout au long de l’année pour non seulement élargir nos horizons culinaires, mais aussi vivre longtemps en bonne santé.

 

Les petits fruits et la santé cardiovasculaire

Les petits fruits et la santé cardiovasculaire

Les petits fruits sont de plus en plus populaires dans notre régime alimentaire, sous forme de fruits frais, congelés, séchés ou en conserve et dans des produits dérivés tels les confitures, gelées, yogourts, jus et vins. Les petits fruits procurent des bénéfices considérables pour la santé à cause de leur haute teneur en composés phénoliques, antioxydants, vitamines, minéraux et fibres. La reconnaissance de ces bienfaits pour la santé a d’ailleurs mené à une augmentation de la production mondiale des petits fruits de 21 %.

On utilise parfois le terme générique de « baies » pour les désigner, mais du point de vue de la botanique si certains petits fruits sont des baies véritables (bleuet, myrtille, canneberge, groseille, airelle, fruit du sureau), d’autres sont des polydrupes (framboises, mûres), et la fraise est un « faux fruit » puisque ce sont les akènes (les petits grains sur la surface extérieure de la fraise) qui sont les fruits du fraisier. Les petits fruits sont riches en composés phénoliques tels les acides phénoliques, stilbénoïdes, flavonoïdes, lignanes et tanins (voir la classification et la structure de ces composés dans la Figure 1). Les petits fruits sont tout particulièrement riches en anthocyanidines, des pigments qui donnent leurs belles couleurs caractéristiques, rouge, bleu et pourpre à la peau et la chair de ces petits fruits (Tableau 1).

Figure 1. Classification et structure chimique des composés phénoliques contenus dans les petits fruits. Adapté de Parades-López et coll., 2010 et de Nile et Park, 2014.

Comme la plupart des flavonoïdes, les anthocyanidines se retrouvent dans la nature sous forme d’hétérosides (composés formés d’un sucre et d’une autre molécule) nommés anthocyanes. Ces anthocyanes peuvent être absorbées sous leur forme entière (liées à différents sucres) aussi bien dans l’estomac que dans l’intestin. Les anthocyanes qui se rendent jusqu’au gros intestin peuvent être métabolisées par le microbiote (la flore intestinale). La concentration maximale d’anthocyanes dans la circulation sanguine est atteinte de 30 min à 2 h après avoir mangé des petits fruits. Cependant, la concentration plasmatique maximale (1-100 nmol/L) des anthocyanes est beaucoup plus faible que celle mesurée dans les tissus de l’intestin, ce qui indique que ces composés sont métabolisés de façon extensive avant d’entrer dans la circulation systémique sous forme de métabolites. Après administration chez l’humain d’une anthocyane radio-marqué, 35 métabolites ont été identifiés, 17 dans la circulation, 31 dans l’urine et 28 dans les fèces. Ce sont donc probablement ces métabolites, plutôt que la molécule intacte, qui seraient responsables des effets favorables pour la santé qui sont associés aux anthocyanes.

Tableau 1. Contenu en composés phénoliques, flavonoïdes, et anthocyanes de différents petits fruits. Adapté de Parades-López et coll., 2010 et de Nile et Park, 2014.

Petit fruit (genre et espèces)Composés phénoliquesFlavonoïdesAnthocyanes
(mg/100 g de fruits frais)(mg/100 g de fruits frais)(mg/100 g de fruits frais)
Framboise (Rubus ideaous)121699
Mûre (Rubus fructicosus)48627682–326
Fraise (Fragaria x. ananassa)31354
Bleuet (Vaccinium corymbosum)261–5855025–495
Myrtille (Vaccinium myrtillus )52544300
Canneberge (Vaccinium macrocarpon)31515767–140
Gadelle (Ribes rubrum)1400922
Cassis (Ribes nigrum)29-604644
Baie de sureau (Sambucus nigra)1044245-791
Airelle rouge (Vitis vitis-idea)6527477

Activités biologiques des petits fruits
Des données provenant de modèles expérimentaux in vitro et animaux indiquent que les composés phénoliques des petits fruits pourraient produire leurs effets bénéfiques par leurs activités antioxydante, anti-inflammatoire, antihypertensive, et hypolipémiante, qui pourraient prévenir ou atténuer l’athérosclérose. La plus connue des activités biologiques des composés phénoliques est sans doute leur activité antioxydante, qui aide à protéger les cellules du corps contre les dommages causés par les radicaux libres et à contrer certaines maladies chroniques qui sont associées au vieillissement. Selon plusieurs études sur des modèles in vitroet animaux, les petits fruits auraient aussi des propriétés anti-cancer impliquant plusieurs mécanismes complémentaires tels l’induction d’enzymes métaboliques, la modulation de l’expression de gènes spécifiques et leurs effets sur la prolifération cellulaire, l’apoptose (mort cellulaire programmée, un processus déréglé dans les cellules cancéreuses) et les voies de signalisation à l’intérieur de la cellule.

Études populationnelles
Dans une étude prospective réalisée en Chine auprès de 512 891 participants, la consommation quotidienne de fruits (tous types de fruits) a été associée à une baisse moyenne de la pression artérielle systolique de 4,0 mmHg en moyenne, une baisse de 0,5 mmol/L de la concentration de glucose sanguin, une réduction de 34 % du risque d’accident coronarien majeur et une réduction de 40 % du risque de mortalité d’origine cardiovasculaire. Ces résultats ont été obtenus en comparant les participants qui consommaient de fruits chaque jour à ceux qui n’en consommaient pas du tout ou très rarement. Dans cette étude, il y avait une forte corrélation dose-effet entre l’incidence d’évènements cardiovasculaires ou la mortalité d’origine cardiovasculaire et la quantité de fruits consommés. Parmi les constituants des fruits, les études suggèrent que ce sont les flavonoïdes, et tout particulièrement les anthocyanes qui sont responsables de ces effets protecteurs.

Un certain nombre d’études prospectives et transversales ont examiné l’association entre la consommation d’anthocyanes et les facteurs de risque cardiovasculaires (voir cette revue). Dans quatre études sur cinq qui ont examiné les risques de maladie coronarienne ou d’infarctus du myocarde non mortel, la consommation d’anthocyanes a été associée à une réduction du risque de maladie coronarienne de 12 à 32 %. L’impact des anthocyanes sur le risque d’AVC a été étudié dans 5 études, mais aucune preuve d’un effet protecteur n’a été trouvée dans ce cas.

En ce qui concerne les facteurs de risque cardiovasculaires, les études indiquent qu’une consommation plus élevée d’anthocyanes est associée à une diminution de la rigidité des artères, de la pression artérielle, et de l’insulinémie. La baisse de pression artérielle associée à la consommation d’anthocyanes, –4 mmHg, est similaire à celle généralement observée chez une personne après avoir cessé de fumer. L’effet des anthocyanes sur la concentration d’insuline, soit une réduction moyenne de 0,7 mIU/L est similaire aux effets d’un régime faible en gras ou à une heure de marche par jour. Une baisse de l’inflammation a été associée à la consommation d’anthocyanes et de flavonols, un mécanisme qui pourrait être sous-jacent à la réduction du risque cardiovasculaire et d’autres maladies chroniques.

 Essais randomisés contrôlés
Une revue systématique et une méta-analyse de 22 essais randomisés contrôlés, représentant 1251 personnes, rapporte que la consommation de petits fruits réduit significativement plusieurs facteurs de risques cardiovasculaires, telle la concentration sanguine de cholestérol-LDL [–0,21 mmol/L en moyenne], la pression artérielle systolique [–2,72 mmHg en moyenne], la concentration de glucose à jeun [–0,10 mmol/L en moyenne], l’indice de masse corporelle [–0,36 kg/m2en moyenne], l’hémoglobine glyquée [HbA1c, –0,20 % en moyenne], et la concentration du facteur de nécrose tumoral alpha [TNF-alpha, 0,99 pg/mL en moyenne], une cytokine impliquée dans l’inflammation systémique. Par contre, aucun changement significatif n’a été observé pour les autres marqueurs de maladies cardiovasculaires qui ont été testés : cholestérol total, cholestérol-HDL, triglycérides, pression artérielle diastolique, Apo A-I, Apo B, Ox-LDL, IL-6, CRP, sICAM-1 et sICAM-2.

Une autre revue systématique publiée en 2018 a évalué les essais randomisés contrôlés [ERC] sur les effets de la consommation de baies sur la santé cardiovasculaire. Parmi les 17 ERC de grande qualité, 12 rapportent un effet bénéfique de la consommation de baies sur des marqueurs de santé cardiovasculaire et métabolique. Quatre ERC sur 11 observent une réduction de la pression artérielle systolique et/ou diastolique ; 3/7 études rapportent un effet favorable sur la fonction endothéliale ; 2/3 études rapportent une amélioration de la rigidité artérielle ; 7/17 études rapportent des effets bénéfiques pour le bilan lipidique, et 3/6 études rapportent une amélioration du profil glycémique.

Les petits fruits et le déclin cognitif
Une plus grande consommation de bleuets et de fraises a été associée à un ralentissement du déclin cognitif dans une étude prospective auprès de 16 010 participantes à la Nurses’ Health Study âgées de 70 ans ou plus. La consommation de ces petits fruits était associée à un déclin cognitif retardé d’environ 2,5 années. De plus, les infirmières qui avaient consommé davantage d’anthocyanidines et de flavonoïdes totaux ont eu un déclin cognitif plus lent que les participantes qui en consommaient peu.

Le contenu exceptionnel en composés phénoliques des baies et leurs effets positifs sur la santé nous rappellent que la qualité de l’alimentation ne se résume pas aux nutriments : protides, glucides, lipides, vitamines et minéraux ; une grande variété d’autres molécules présentes dans les végétaux sont absorbées au niveau de l’intestin et acheminées par la circulation sanguine à toutes les cellules de l’organisme. Sans être des éléments nutritifs essentiels, les composés phytochimiques tels les flavonoïdes peuvent contribuer à une meilleure santé cardiovasculaire et à vieillir en meilleure santé.

 

Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

Les suppléments de vitamines et minéraux: inefficaces pour prévenir les maladies cardiaques

La plupart des suppléments de vitamines et minéraux couramment utilisés ne préviennent pas les maladies cardiaques et ne prolongent pas la vie selon une revue systématique et des méta-analyses de 179 essais randomisés contrôlés.   L’étude publiée en 2018 dans le Journal of the American College of Cardiology a été réalisée par des groupes de chercheurs provenant de plusieurs institutions, incluant l’Université de Toronto et la Harvard School of Public Health. Les multivitamines, la vitamine C, la vitamine D, le β-carotène (provitamine A), le calcium et le sélénium n’ont pas d’effet significatif sur les accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC) et sur la mortalité, toutes causes confondues. L’exemple de la vitamine D, l’une des plus étudiées avec 43 essais randomisés contrôlés, illustre bien l’absence de bienfait ou d’effet nuisible puisqu’il y a eu 2908 décès sur 18 719 participants (15,5 %) dans le groupe qui a pris un supplément de vitamine D et 2968 décès sur 18 831 participants (15,8 %) dans le groupe témoin, durant la durée des études. Seize études sur la vitamine D rapportent un effet favorable sur la mortalité, 17 études rapportent un effet défavorable et 10 études indiquent un effet neutre. Les données sont de grande qualité et démontrent de manière convaincante un effet neutre des suppléments de vitamine D sur la mortalité, toutes causes confondues.

Des données de qualité faible à moyenne indiquent que l’acide folique (vitamine B9) réduit de 17 % le risque d’accidents cardiovasculaires et de 20 % le risque d’AVC, alors que les vitamines du complexe B réduisent le risque d’AVC seulement (–10 %). Deux études sur sept indiquent que l’acide folique réduit le risque d’AVC et les résultats de la méta-analyse des sept études sont fortement influencés par une seule étude favorable qui compte pour 92 % de l’ensemble des données. Cette étude favorable a été réalisée en Chine, dans une communauté où il n’y a pas de fortification avec l’acide folique. Depuis 1998 tous les produits céréaliers vendus au Canada (ex.: pain, pâtes alimentaires) sont fortifiés en acide folique à raison de 0,15 mg par 100 g de farine. Parmi les bonnes sources alimentaires d’acide folique, on retrouve les abats (foie), les légumes vert foncé (brocoli, épinards, choux de Bruxelles et petits pois), le maïs, les pois secs, les lentilles et les oranges.

Une augmentation du risque de mortalité (toutes causes confondues) est associée à la prise de suppléments d’antioxydants (+6 %) et de niacine (vitamine B3) pris avec une statine (+10 %). Les antioxydants n’ont pas d’effets sur les accidents cardiovasculaires, selon les méta-analyses d’essais randomisés contrôlés (données de qualité moyenne).

Une autre revue systématique et méta-analyse récente conclut que les suppléments de vitamines et minéraux ne préviennent pas les accidents cardiovasculaires ou la mort de cause cardiovasculaire. Cette méta-analyse, publiée en juillet 2018 dans un journal de l’American Heart Association, Circulation : Cardiovascular Quality and Outcomes, incluait 18 études prospectives et essais randomisés contrôlés avec au total 2 millions de participants et un suivi d’une durée moyenne de 12 ans. La méta-analyse de 18 études indique que les suppléments de multivitamines (suppléments contenant plus de 3 vitamines ou minéraux) n’ont pas d’effet sur le risque mortalité d’origine cardiovasculaire, la mortalité due à un AVC, la mortalité due à la maladie coronarienne, non plus que sur l’incidence de l’AVC. Par contre, les multivitamines sont associées à une réduction du risque d’incidence de la maladie coronarienne (-12 %), mais cette association n’est plus significative lorsque seuls les essais randomisés contrôlés (plus fiables que les études prospectives) sont pris en compte dans l’analyse.

Historiquement, les suppléments de vitamines ont sauvé des vies dans certains cas précis de carence sévère (ex. : scorbut), mais les experts ont maintenant cessé de les recommander pour la prévention de maladies chroniques. Un groupe d’experts américains, la U.S. Preventive Services Task Force(USPSTF) a examiné en 2013 l’ensemble des données disponibles sur la supplémentation en vitamines et minéraux et la prévention des maladies cardiovasculaires et le cancer, et fait des recommandations en 2014. La USPSTF conclut que les données disponibles n’indiquent pas que les suppléments de vitamines et de minéraux préviennent les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Pour les adultes en santé qui n’ont pas de besoins nutritionnels spécifiques, la USPSTF ne recommande pas les multivitamines et les suppléments individuels ou par pair pour prévenir les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Le groupe d’experts recommande de ne pas prendre de suppléments de β-carotène (vitamine A) ou de vitamine E.  Le β-carotène a été associé à un risque plus élevé de cancer du poumon chez les fumeurs et la vitamine E à un risque plus élevé de cancer de la prostate.

Aux États-Unis, on estime que plus de 50 % de la population prend un supplément quelconque. Environ 30 % des Américains prendraient des multivitamines, 19 % de la vitamine D, 14 % du calcium et 12 % de la vitamine C. C’est un très gros marché, les ventes annuelles de suppléments de vitamines, minéraux et de plantes totalisaient 21 milliards de dollars en 2015 aux États-Unis seulement.

Visites à l’urgence à cause d’effets indésirables de suppléments alimentaires.
Il a été estimé que chaque année aux États-Unis, plus de 23 000 visites aux urgences des cliniques et hôpitaux sont attribuables à des effets indésirables causés par des suppléments alimentaires. Ce sont souvent de jeunes adultes âgés de 20 à 34 ans (28 % des visites) et des enfants sans surveillance (21 % des visites) qui se présentent à l’urgence. En excluant les enfants sans surveillance, 66 % des visites pour des effets indésirables causés par un seul supplément impliquent des produits à base de plantes et autres produits naturels ; 32 % des visites impliquent la consommation de micronutriments (vitamines et minéraux). Les produits naturels pour la perte de poids et les produits énergisants sont fréquemment impliqués : ils causent 72 % des effets indésirables des suppléments tels que palpitations, douleurs thoraciques ou tachycardie. Parmi les adultes âgés de plus de 65 ans, les étouffements, la dysphagie causée par les comprimés ou un globus pharyngé (sensation de boule dans la gorge) représentent 38 % des visites reliées à des effets indésirables de suppléments et 83 % de ces visites impliquent des micronutriments.

Les résultats des méta-analyses citées plus haut, les plus complètes publiées à ce jour, viennent renforcer un large consensus qui s’est établi depuis plusieurs années. Les personnes qui ont une déficience confirmée doivent, bien entendu, prendre des suppléments selon les recommandations de leur médecin. Mais pour la prévention des maladies chroniques, les données scientifiques n’indiquent pas que les suppléments sont bénéfiques. Ces suppléments sont inutiles lorsqu’on a une saine alimentation, basée sur une vaste gamme de végétaux de qualité, riches en vitamines, minéraux, fibres, et composés phytochimiques essentiels au maintien d’une bonne santé et qui réduisent les risques de plusieurs maladies chroniques. Rappelons que pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire, en plus de manger sainement il faut arrêter de fumer, faire de l’exercice, contrôler sa pression artérielle et les niveaux de cholestérol-LDL.