Recul de l’Organisation mondiale de la santé face à la taxation des boissons sucrées

Recul de l’Organisation mondiale de la santé face à la taxation des boissons sucrées

Il est réellement navrant que dans son dernier rapport sur la prévention des maladies non transmissibles, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) revienne sur ses positions antérieures et ne recommande plus aux gouvernements d’imposer une taxe sur les boissons sucrées pour lutter contre l’épidémie d’obésité qui touche actuellement la plupart des pays du monde.  Pourtant, comme nous l’avions rapporté en 2016, l’OMS considérait à l’époque cette taxe comme un outil très intéressant pour diminuer la consommation de sucres ajoutés, un important facteur de risque de surpoids.

Qu’est qui a pu provoquer une telle volte-face ? Certainement pas des considérations scientifiques: au contraire, les études qui ont examiné jusqu’ici l’impact de cette taxe sont très encourageantes, avec des diminutions significatives de la consommation de boissons sucrées par les populations ciblées par ces mesures, par exemple au Mexique et dans les villes de Berkeley et de Philadelphie. Ces succès encouragent d’ailleurs plusieurs gouvernements à mettre en place des taxes sur les boissons sucrées, avec une trentaine de pays et de villes américainesqui ont récemment décidé d’emprunter cette voie.

Il s’agit plutôt d’une interférence politique: la Dre Sania Nishtar, coprésidente de la commission indépendante de haut niveau sur les maladies non transmissibles de l’OMS , a dit publiquement que les membres de la commission continuaient d’appuyer cette taxe, mais que cette résolution n’a pu être inscrite dans le rapport final en raison de l’opposition d’un membre qu’elle n’a pas nommé, mais qui s’est avéré être Eric Hargan, secrétaire adjoint au département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Cette opposition américaine est peu étonnante, compte tenu de l’inclination naturelle de l’administration Trump envers les intérêts des multinationales alimentaires, l’industrie des boissons gazeuses dans ce cas précis.

Il faut noter que ce n’est pas la première fois qu’une administration républicaine tente de torpiller les efforts de l’OMS pour diminuer la consommation de sucres ajoutés. En 2003, l’OMS  publiait conjointement avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) un rapport qui recommandait pour la première fois de réduire l’apport en sucres ajoutés à moins de 10 % des calories totales.   Le lobby de l’industrie du sucre a furieusement combattu cette recommandation, tentant de convaincre l’administration Bush de retirer la subvention américaine (406 millions de dollars) à l’OMS si elle n’était pas éliminée du rapport (la lettre de menace écrite par l’industrie du sucre, qui est considérée par plusieurs comme du chantage pur et simple, peut être consultée ici).

Ces épisodes nous rappellent que les élections ont des conséquences, et que ces conséquences peuvent être néfastes lorsque les élus favorisent les intérêts des multinationales de la malbouffe au détriment de la santé de la population. On ne peut qu’espérer que le mouvement qui est actuellement en train de prendre son envol à l’échelle mondiale concernant la taxation des boissons sucrées ne sera pas affecté par ce recul inapproprié de l’OMS.

Le régime méditerranéen pour prévenir le syndrome de fragilité gériatrique

Le régime méditerranéen pour prévenir le syndrome de fragilité gériatrique

La « fragilité » est une condition fréquente chez les personnes âgées, et l’on considère que le nombre de cas ira en augmentant avec le vieillissement de la population. On estime qu’entre 25 % et 50 % des personnes âgées de plus de 85 ans sont fragiles. Bien qu’il n’y ait pas de définition standardisée de la fragilité, elle est généralement définie comme un état de plus grande vulnérabilité, causé par une diminution des capacités physiologiques de réserve qui altère les mécanismes d’adaptation au stress.

Le syndrome clinique de fragilité a été caractérisé par un phénotype où au moins 3 parmi les 5 critères suivants sont rencontrés chez une personne âgée :

  • Perte de poids involontaire de 10 lb (4,5 kg) durant la dernière année.
  • Épuisement.
  • Faiblesse musculaire (telle que mesurée par la force de préhension).
  • Lenteur dans les déplacements.
  • Faible niveau d’activité physique.

Les femmes, les personnes qui ont un faible revenu et qui sont peu scolarisées, les personnes qui ont une mauvaise santé et celles qui ont d’autres maladies ou un handicap sont plus vulnérables à la fragilité. La fragilité est un facteur prédictif de nombreux effets néfastes pour la santé chez les personnes âgées, tels les chutes, fractures, problèmes de mobilité, hospitalisations, démences, mortalité prématurée, et est associée à une moins bonne qualité de vie.

La nutrition est reconnue depuis longtemps comme l’un des facteurs importants pour vieillir en santé et elle joue un rôle crucial dans le syndrome de fragilité chez les personnes âgées. Bien connu pour contribuer à une bonne santé cardiovasculaire, le régime méditerranéen pourrait aussi prévenir et traiter la fragilité chez les personnes âgées. Une méta-analyse de 4 études prospectives auprès de 5789 personnes âgées, a examiné l’association entre l’adhésion à un régime alimentaire méditerranéen et des incidents causés par la fragilité. Les participants qui adhéraient le plus au régime méditerranéen avaient un risque 56 % moins élevé de devenir fragiles, comparés à ceux dont l’adhésion à ce régime alimentaire était faible. On observe cependant que l’effet du régime alimentaire varie beaucoup d’une étude à l’autre. Par exemple, dans l’étude de Hong Kong auprès de 2724 personnes âgées, l’adhésion au régime méditerranéen ne réduisait le risque de devenir fragile que de 8 %. Il est possible que cela soit dû à l’absence d’huile d’olive dans le régime alimentaire des Hongkongais. D’autre part, une étude réalisée en Toscane dans le nord de l’Italie indique que les participants qui adhéraient davantage au régime méditerranéen avaient un risque 70 % moins élevé de devenir fragiles après 6 ans, comparé à ceux dont l’alimentation satisfaisait moins les critères du régime méditerranéen. Dans cette même étude, une adhésion au régime méditerranéen était associée à un risque réduit de 38 % d’avoir un faible niveau d’activité physique, et à un risque 52 % moins élevé de marcher lentement, mais n’a pas modifié la sensation d’épuisement et la faible force musculaire. Dans une étude espagnole (incluse dans la méta-analyse citée plus haut), les participants âgés qui adhéraient davantage à un régime alimentaire « occidentalisé » (riche en aliments à base de grains raffinés, viandes rouges et viandes transformées, produits de lait entier, mais pauvre en fruits et légumes) avaient un plus grand risque de marcher lentement et d’avoir perdu du poids, deux indicateurs de fragilité.

Dans une étude auprès de 2570 femmes âgées de 18 à 79 ans, les participantes qui consommaient davantage d’aliments du régime méditerranéen avaient une masse musculaire plus élevée et plus de puissance musculaire dans les jambes, comparées à celles qui en consommaient le moins. Ces associations étaient plus marquées pour les femmes de plus de 50 ans que pour les femmes plus jeunes, ce qui indique l’importance d’une bonne alimentation pour prévenir la sarcopénie (perte de masse musculaire) chez les personnes âgées, qui est une composante importante de la fragilité.

Il n’est pas facile d’identifier quelles sont les composantes précises du régime alimentaire qui protègent de la fragilité, mais certains chercheurs sont d’avis que c’est l’effet anti-inflammatoire du régime qui pourrait apporter un effet protecteur. Les données suggèrent qu’un ensemble de nutriments provenant d’une grande diversité d’aliments (plutôt que quelques nutriments spécifiquement) ont des rôles synergiques et interactifs dans la réduction de l’inflammation. Plusieurs études épidémiologiques suggèrent que les personnes qui ont un régime alimentaire de haute qualité ont moins d’inflammation, indépendamment des facteurs de risque cardiovasculaires classiques. Il a été démontré que certains aliments et nutriments augmentent l’inflammation. Par exemple, les acides gras trans sont associés à une augmentation des niveaux de marqueurs de l’inflammation et une augmentation du risque de développement du diabète de type 2. Par contre, la consommation d’acides gras à longue chaîne de type omega-3 (poissons gras, graines de lin) est associée à une baisse des marqueurs de l’inflammation et des niveaux de triglycérides. Plusieurs composés phytochimiques contenus dans les grains entiers et l’huile d’olive extra-vierge pourraient être en partie responsables des effets anti-inflammatoires et antioxydants de ces aliments à la base du régime méditerranéen. Les grains entiers contiennent des composés phénoliques (acide férulique, alkylrésorcinol, apigénine, lignanes) qui ont des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et anticancéreuses dans des modèles animaux. L’huile d’olive contient des molécules antioxydantes telles l’α-tocophérol et des caroténoïdes et des phytostérols et de l’oleuropéine. De plus, l’huile d’olive extra-vierge contient de l’oléocanthal, un composé phytochimique qui donne le goût poivré à cette huile et qui provoque une sensation de picotement dans la gorge. L’oléocanthal a une activité anti-inflammatoire comparable à l’ibuprofène et autres médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, par le même mécanisme d’inhibition de l’enzyme cyclooxygénase. La dose d’oléocanthal prodiguée par l’huile d’olive dans le régime méditerranéen n’est pas suffisante pour produire à elle seule un effet anti-inflammatoire puissant, mais elle pourrait être suffisante pour apporter une protection contre l’agrégation des plaquettes sanguines et la thrombose coronaire, et donc prévenir la maladie coronarienne.

Un style de vie et non pas uniquement un régime alimentaire.
Le régime méditerranéen existe dans un contexte culturel où la nourriture est une partie importante du style de vie. Dans cette culture, préparer la nourriture et la partager avec la famille et les amis est une source de plaisir et permet de socialiser et de ressentir une appartenance à sa communauté. Adopter un style de vie de type méditerranéen, ce n’est pas uniquement manger mieux, c’est aussi bouger davantage et avoir plus d’engagements dans la société, des activités qui peuvent aider grandement à réduire ou retarder la fragilité chez les personnes âgées.

Pour plus d’informations sur le régime méditerranéen et ses bienfaits, voir nos autres articles sur le sujet :

Qu’est-ce que le régime méditerranéen ?
Les bénéfices du régime méditerranéen pour la santé cardiovasculaire
Planifier un menu de type « méditerranéen »
L’huile d’olive, l’âme du régime méditerranéen
Pour prévenir les maladies cardiovasculaires, privilégiez les protéines et les gras d’origine végétale

 

 

 

 

 

Peut-on vraiment être obèse et en bonne santé ?

Peut-on vraiment être obèse et en bonne santé ?

MIs à jour le 5 juin 2018

Les personnes qui sont en surpoids, et plus particulièrement celles dont l’excès de gras est localisé au niveau abdominal, présentent fréquemment une série de dérèglements du métabolisme collectivement regroupés sous le terme de « syndrome métabolique » (voir l’encadré). Les personnes qui sont touchées par un ou deux de ces dérèglements ont deux fois plus de risque d’être affectées prématurément par une maladie cardiovasculaire, une hausse qui peut même atteindre 5 fois chez les individus qui présentent l’ensemble de ces conditions et qui en plus sont diabétiques.

Le syndrome métabolique

Le syndrome métabolique n’est pas une maladie au sens strict du terme, mais un regroupement d’un certain nombre de dérèglements du métabolisme qui, pris collectivement, augmentent de façon très importante le risque de maladies cardiovasculaires. Cliniquement, ce syndrome est défini par les anomalies suivantes :

– Tour de taille supérieur à 102 cm pour les hommes et à 88 cm pour les femmes

– Hypertriglycéridémie (> 1,7 mmol/L)

– Cholestérol-HDL bas (< 1,0 mmol/L pour les hommes et < 1,3 mmol/L pour les femmes)

– Taux de glucose à jeun élevé (> 6,1 mmol/L)

– Hypertension (>135/85 mm Hg)

Les mécanismes impliqués dans la genèse du syndrome métabolique sont d’une grande complexité, mais mentionnons seulement que c’est la résistance à l’insuline qui se développe chez les personnes en surpoids qui est la grande responsable de ces anomalies (voir notre article sur la question).

Obésité « santé » ?

Certaines études ont observé qu’une certaine proportion des personnes obèses (pouvant varier entre 6 et 40 % selon les critères utilisés pour définir ce qui est « normal ») ne présentent pas ces dérèglements du métabolisme typiques de la surcharge pondérale et peuvent en conséquence être considérées en « bonne santé métabolique » (« fat but fit », selon l’expression anglaise).  Ces personnes ont une glycémie et des taux d’insuline normaux, ne sont pas hypertendues et possèdent un profil de lipides sanguins normal. En conséquence, malgré leur obésité, il a été proposé (ici et ici, par exemple) que ces personnes ne sont pas plus à risque d’être touchées par le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires que la population de poids normal.

Plusieurs études réalisées au cours des dernières années ont cependant remis en question ce concept « d’obésité santé ».  D’une part, une méta-analyse de 8 études (plus de 60,000 patients) indique que les personnes obèses en bonne santé métabolique ont un risque accru (25 %) de mortalité totale ou liée à des événements cardiovasculaires comparativement aux personnes minces. Une autre méta-analyse combinant les données acquises sur un plus grand nombre d’études (22 études prospectives impliquant plus d’un demi-million de participants) en arrive à des conclusions similaires, c’est-à-dire que les personnes obèses étaient plus à risque d’être touchées par un événement cardiovasculaire (hausse de 60 %), et ce, même si elles étaient en bonne santé métabolique.  Ces résultats ont été confirmés par une très grande étude, réalisée auprès de 3,5 millions d’individus, et qui montre que les personnes obèses et considérées en bonne santé métabolique demeurent à plus haut risque de maladies coronariennes, d’AVC et d’insuffisance cardiaque comparativement à celles qui ne présentent pas d’anomalies métaboliques et qui sont de poids normal.

État transitoire

Une étude récemment publiée dans le journal du collège américain de cardiologie (JACC) suggère que cette hausse du risque de maladies cardiovasculaires observée chez les personnes obèses, même celles sont en bonne santé métabolique, est dû au fait que cet état est transitoire : les chercheurs ont en effet observé qu’environ la moitié des personnes obèses avaient développé un syndrome métabolique au cours des 10 années de l’étude, et que plus l’apparition de ce syndrome était précoce, plus grand était le risque de maladies cardiovasculaires. Ce concept de l’obésité santé comme un état temporaire est également suggéré par les résultats d’une étude réalisée auprès d’une cohorte de fonctionnaires britanniques (étude Whitehall II)  et qui montrait que la moitié des personnes obèses en bonne santé  métabolique étaient devenues en mauvaise santé dans les 20 années suivantes.  Même chose pour les femmes participant à la Nurses’ Health Study: sur une période de 24 ans, pas moins de 85 % des femmes en surpoids sont devenues en mauvaise santé métabolique, une transition qui s’est accompagnée d’une hausse significative du risque d’événements coronariens.  Autrement dit, le corps peut compenser à court terme les dérèglements causés par l’excès de masse adipeuse, mais cette adaptation est la plupart du temps temporaire de sorte qu’une exposition prolongée à l’obésité finit par altérer le métabolisme et favoriser le développement de maladies cardiovasculaires.

Dommages collatéraux

Il faut aussi mentionner que les effets de l’obésité ne se limitent au risque de développer une maladie coronarienne ou un AVC.  Même dans les études où les personnes obèses en bonne santé métabolique ne présentaient pas de hausse du risque d’infarctus, une importante hausse du risque d’insuffisance cardiaque (70 %) a été observée, un effet sans doute lié à l’augmentation du volume sanguin et à de la charge de travail du muscle cardiaque chez les personnes obèses.

De plus, le concept d’obésité santé peut être relatif.  Même si une personne en surpoids est en bonne santé métabolique, sans présenter de signes avant-coureurs de diabète, d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires, elle demeure néanmoins à plus haut risque de développer certaines maladies que les personnes de poids normal (ostéoarthrite, maladies pulmonaires, phlébites, infertilité, certains types de cancers, etc.).  Commne le mentionnait récemment les Drs Paul Poirier et Jean-Pierre Després dans la revue Circulation,  ce qui peut être considéré « santé » par un endocrinologue (glycémie et réponse à l’insuline normales) ne l’est pas nécessairement pour un orthopédiste qui est appelé à traiter les douleurs musculo-squelettiques d’une personne obèse.

Même s’il est encore peu connu par la population en général, le lien entre obésité et cancer est particulièrement préoccupant, car une analyse réalisée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains a montré que le surpoids augmente le risque de treize types de cancers, et que sur les quelque 630,000 cancers diagnostiqués en 2014 aux États-Unis, environ 40 % d’entre eux étaient liés à un poids excessif.   Cette hausse du risque ne semble pas épargner pas les personnes obèses en bonne santé métabolique, car ces personnes sont significativement plus à risque de développer des adénomes colorectaux, un précurseur bien caractérisé de cancer colorectal.

En somme, on doit donc considérer que dans la grande majorité des cas, l’obésité est un état pathologique incompatible avec une bonne santé, associé à une hausse importante du risque de plusieurs maladies graves, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète et plusieurs types de cancers.

Le mariage réduirait le risque de démence

Le mariage réduirait le risque de démence

La démence est devenue un enjeu de société mondial important à cause du vieillissement de la population, de l’augmentation du nombre de personnes atteintes et de l’absence de traitement efficace. Selon des estimations, il pourrait y avoir plus de trois fois plus de personnes atteintes de démence en 2050 qu’en 2010. Sachant qu’environ 60 % des cas de démence sont dus à la maladie d’Alzheimer, il pourrait y avoir 106 millions de personnes atteintes de cette maladie dans le monde en 2050, par rapport à 30 millions en 2010. Environ un tiers des cas de maladie d’Alzheimer pourraient être attribuable à des facteurs de risque modifiables. L’incidence de cette maladie pourrait être réduite en améliorant l’accès à l’éducation et en instaurant des mesures pour promouvoir la réduction des facteurs de risque vasculaires (inactivité physique, tabagisme, hypertension, obésité et diabète au mi-temps de la vie) et la dépression.

Une récente méta-analyse de 15 études auprès de 812 047 participants indique que les personnes mariées ont un risque moins élevé de développer une démence que les personnes qui ont été célibataires tout au long de leur vie et que les personnes veuves. Le risque de démence des célibataires à vie est 42 % plus élevé que celui des personnes mariées, alors que celui des personnes veuves est 20 % plus élevé. Les personnes divorcées n’ont pas plus de risque de démence que les personnes mariées, mais les auteurs notent que ce résultat peut être dû au nombre peu élevé de divorcés inclus dans les études analysées.

L’effet protecteur du mariage peut être expliqué de plus d’une façon. Premièrement, le mariage pourrait réduire l’exposition des individus aux facteurs de risque modifiables de la démence. Il y a des indications que les personnes mariées sont plus enclines à avoir un style de vie plus sain. Le risque résiduel plus élevé pour les personnes vivant seules tout au long de leur vie, après pondération pour l’âge, le genre, l’éducation et la santé physique, est probablement dû à une différence dans les interactions sociales quotidiennes. Les interactions sociales peuvent contribuer à construire une « réserve cognitive » et à réduire le risque de démence au cours de la vie. La réserve cognitive signifie qu’un individu a une plus grande capacité à surmonter des atteintes neuropathologiques en utilisant des approches cognitives compensatoires, ce qui permet au cerveau de maintenir sa capacité d’apprendre et de fonctionner dans la vie de tous les jours.

Deuxièmement, le décès d’un conjoint peut avoir un effet direct sur le risque de démence, à cause de l’effet néfaste du stress sur les neurones de l’hippocampe ou sur la cognition. Troisièmement, le développement d’une démence peut être lié à d’autres facteurs sous-jacents, tels des caractéristiques cognitives ou des traits de personnalité. Dans des sociétés où le mariage est encore la norme, les personnes qui ont moins de souplesse d’esprit et qui ont des difficultés à communiquer, et qui par conséquent développent moins de réserve cognitive au cours de leur vie sont peut-être moins enclines à se marier. Le mariage est moins commun en Occident depuis la dernière moitié du 20esiècle, et il est probable que les personnes vivant seules qui sont nées à cette époque ont moins de traits cognitifs et de personnalité inhabituels que les générations précédentes. Il semble que les célibataires d’aujourd’hui sont plus susceptibles que les personnes mariées de maintenir des liens sociaux, de donner ou recevoir de l’aide d’amis et parents.

Les facteurs de risques de démence.
Un rapport de la « Lancet Commission on Dementia Prevention, Intervention and Care » définit neuf facteurs de risque de démence potentiellement modifiables (voir tableau 1). L’éducation et la perte d’audition sont les facteurs de risque de démence les plus importants. Les facteurs de risque qui pourraient être liés aux célibataires et aux personnes veuves, tels l’isolement social (risque relatif de 1,6) et la dépression (risque relatif de 1,9), ont une fraction étiologique du risque de 2,3 % et 4,0 %, respectivement (estimation des cas de démence qui pourraient être évités si l’exposition au facteur de risque était éliminée).

Tableau 1. Facteurs de risque de démence potentiellement modifiables.
Adapté de Livingston et coll., 2017.

 Risque relatif de démencePrévalenceFraction étiologique du risque (FER) pondérée
Dans l’enfance et l’adolescence (<18 ans)
Moins d’éducation (pas du tout ou à l’école primaire seulement)1.640 %7,5 %
Âge mûr (45-65 ans)
Hypertension1.68,9 %2,0 %
Obésité1.63,4 %0,8 %
Perte d’audition1.931,7 %9,1 %
Âge avancé (>65 ans)
Tabagisme1.627,4 %5,5 %
Dépression1.913,2 %4,0 %
Inactivité physique1.417,7 %2,6 %
Isolement social1.611,0 %2,3 %
Diabète1.56,4 %1,2 %

Ne pas être marié a été associé à plusieurs comportements délétères pour la santé et à plusieurs problèmes de santé. Par exemple, une étude prospective auprès d’une cohorte de 16 311 Néerlandais indique que les personnes mariées sont plus susceptibles de pratiquer des activités positives pour la santé, comme faire de l’exercice physique ou prendre un petit-déjeuner, et sont moins enclines à entreprendre des activités néfastes pour la santé comme fumer ou boire de l’alcool en quantité excessive.

Les personnes mariées ont un risque moindre de mourir prématurément que les célibataires. Une étude a estimé que les personnes qui n’ont jamais été mariées ont un risque 2,33 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Les personnes qui ont déjà été mariées (divorcées ou séparées) ont elles un risque 1,64 fois plus élevé de mourir prématurément que les personnes mariées durant toute leur vie. Si on considère l’état matrimonial au mi-temps de la vie (40-69 ans) spécifiquement, les risques de mort prématurée sont 2,59 et 3,10 plus élevés pour les personnes qui n’ont jamais été mariées et celles qui l’ont déjà été, mais qui vivent désormais seules, respectivement. Des ajustements pour tenir compte de la personnalité (optimisme vs pessimisme) et des facteurs de risques pour la santé (tabagisme, niveaux d’exercice, consommation d’alcool, etc.) réduisent, mais n’éliminent pas l’impact du statut matrimonial.

Les femmes et la maladie coronarienne

Les femmes et la maladie coronarienne

Jusqu’à tout récemment, davantage d’attention a été portée au cancer du sein qu’aux maladies cardiaques chez les femmes ; or les risques d’être touchées par la maladie coronarienne sont plus élevés que pour le cancer du sein. En effet, le risque d’une femme de 50 ans d’être affectée par un cancer du sein au cours des dix prochaines années est de 2,4 % (le risque est de 12 % au cours de toute sa vie), alors que le risque d’être touchée par la maladie coronarienne est de 46 %.

On considère souvent, à tort, que la maladie coronarienne et les crises cardiaques touchent principalement les hommes. Il est vrai qu’avant la ménopause les femmes sont moins touchées que les hommes par la maladie coronarienne, mais le risque de développer cette maladie augmente après la ménopause et, à partir de 75 ans, les femmes et les hommes ont un risque égal d’être atteints par la maladie coronarienne.  En conséquence, les maladies cardiovasculaires représentent la deuxième cause de décès après le cancer au Canada, et ce autant pour les femmes (18,5 %) que pour les hommes (20,5 %).

 Symptômes spécifiques et diagnostic de la crise cardiaque chez les femmes
Le diagnostic d’infarctus du myocarde est souvent établi moins rapidement pour les femmes que pour les hommes. Ce retard s’explique par le fait que :

1) les femmes ont tendance à minimiser la gravité de leurs symptômes et à recourir à de l’aide médicale plus tardivement que les hommes ;

2) le diagnostic de crise cardiaque peut être plus difficile à établir chez les femmes que chez les hommes.

Cette difficulté s’explique en partie par le fait que les femmes ont davantage de symptômes atypiques de crise cardiaque que les hommes. Normalement, les symptômes classiques d’une crise cardiaque sont un inconfort au niveau de la poitrine prenant la forme d’une compression, d’un engorgement ou d’une douleur qui dure plus de quelques minutes, ou qui disparaît et revient. Par contre, certaines études montrent que plus de femmes que d’hommes ne rapportaient pas de douleur thoracique (19 % contre 13 %), et étaient plus susceptibles de présenter d’autres symptômes, les plus communs étant :

  • Douleurs au cou, à la mâchoire, aux épaules et à l’abdomen (plutôt qu’à la poitrine)
  • Essoufflement
  • Nausées ou vomissements
  • Étourdissements ou vertiges
  • Fatigue inhabituelle
  • Transpiration excessive

Ces derniers symptômes sont plus subtils que l’habituelle douleur à la poitrine souvent associée à la crise cardiaque.

Figure 1. Symptômes de la crise cardiaque (infarctus du myocarde) chez la femme et chez l’homme. Traduit et adapté de Generations Family Practice.

Ces difficultés à établir un diagnostic précis de crise cardiaque en raison de symptômes mal définis pourraient expliquer pourquoi les femmes meurent davantage d’une crise cardiaque que les hommes durant leur séjour à l’hôpital. Il faut cependant noter que d’autres études suggèrent que trop d’insistance a été mise sur les différences homme-femme en ce qui concerne les douleurs thoraciques et que la vaste majorité (92 %) des patients, autant hommes que femmes qui ont eu une crise cardiaque se sont plaints d’une douleur ou d’un inconfort à la poitrine.

Mortalité due à la maladie coronarienne
Les taux de mortalité due à la maladie coronarienne ont chuté considérablement durant les quatre dernières décennies en Occident. Par exemple, le taux de mortalité des Américains adultes a chuté de 395 à 125 décès par 100 000 pour les femmes (–68,4 %) et de 703 à 225 décès par 100 000 pour les hommes (–68,0 %) entre 1979 et 2011. Les données américaines récentes montrent que le taux de mortalité coronarienne a baissé à un rythme constant depuis une vingtaine d’années pour les femmes et les hommes âgés de 65 ans et plus (voir la figure 2 ci-dessous, voir aussi ici et ici). Cependant, depuis 1990 il y a un ralentissement important de la réduction de mortalité pour les jeunes (25 à 54 ans), tout particulièrement pour les jeunes femmes (figure 2, panneau du haut). En effet, après une diminution importante de la mortalité coronarienne des jeunes personnes entre 1979 et 1989 (–4,6 %/an pour les femmes et –5,5 %/an pour les hommes), la situation a cessé de s’améliorer notablement entre 1990 et 1999 (+0,1 %/an pour les femmes et –1,2 %/an pour les hommes) et entre 2000 et 2011 (–1,0 %/an pour les femmes et –1,8 %/an pour les hommes).

Figure 2. Tendances des taux de mortalité due à la maladie coronarienne pour les femmes et les hommes de trois groupes d’âge (25-55 ans ; 55-64 ans ; 65 ans et plus) aux États-Unis entre 1979 et 2011. D’après Wilmot et coll., 2015.

Les causes de cette amélioration médiocre du taux de mortalité coronarienne pour les jeunes femmes depuis une vingtaine d’années ne sont pas connues. Les causes, les facteurs de risque, et les conséquences de la maladie coronarienne ont surtout été étudiés auprès de populations âgées et les jeunes femmes y sont particulièrement sous-représentées. Contrairement à la perception répandue, les jeunes adultes (<50 ans) représentent jusqu’à 22 % des admissions à l’hôpital pour un syndrome coronarien aigu, et environ 25 % des patients de moins de 55 ans admis à l’hôpital pour un infarctus du myocarde aigu sont des femmes. Comparée aux hommes, les jeunes femmes ont davantage de comorbidités, font de plus longs séjours à l’hôpital et plus de femmes y décèdent. De plus, le score du risque de Framingham (estimation du risque cardiovasculaire) pour les femmes âgées de 35 à 54 ans a augmenté en moyenne de 3 % entre 1988 et 1994 et de 3,3 % entre 1995 et 2004.

 Facteurs de risque de la maladie coronarienne
Il y a tout d’abord les facteurs de risque non modifiables, c’est-à-dire ceux qui ne dépendent pas de notre volonté, qui sont responsables d’environ 15 à 20 % des décès associés aux maladies coronariennes : l’âge, le sexe et l’hérédité. Les femmes sont touchées par les maladies cardiovasculaires en moyenne dix années plus tard que les hommes, en raison de la protection offerte par les œstrogènes. Les facteurs de risque modifiables traditionnels de la maladie coronarienne sont les mêmes pour les femmes que pour les hommes : taux de cholestérol-LDL sanguin élevé, hypertension, obésité, résistance à l’insuline (hyperglycémie), syndrome métabolique. La mauvaise alimentation, le manque d’activité physique, le tabagisme et le stress excessif sont les quatre facteurs de risque primordiaux qui augmentent le risque de mortalité. Le cas échéant, votre médecin prescrira des médicaments pour réduire les facteurs de risque traditionnels (par exemple une statine pour diminuer le cholestérol-LDL ou un antihypertenseur si votre pression artérielle est élevée), mais il est très avantageux d’adopter une approche préventive en modifiant ses habitudes de vie (meilleure alimentation, faire de l’exercice, cesser de fumer), afin de diminuer les facteurs de risque et de bénéficier de l’ensemble des bienfaits des saines habitudes de vie.

Il y a des différences entre les femmes et les hommes quant à certains facteurs de risque. Les femmes diabétiques ont un risque plus élevé de maladie coronarienne que les hommes diabétiques. Le cœur des femmes est davantage affecté par le stress et la dépression que les hommes.   Le tabagisme est un facteur de risque plus important pour les femmes que les hommes. Les niveaux plus faibles d’œstrogènes après la ménopause sont un risque significatif de développer une microangiopathie. Enfin, la pression artérielle élevée ou le diabète durant la grossesse peut augmenter le risque à long terme d’hypertension et de diabète et augmenter le risque de développer une maladie cardiaque chez les mères et leurs enfants.

Les femmes de tout âge devraient prendre au sérieux les maladies cardiaques. Les femmes de moins de 65 ans, spécialement celles qui ont des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, doivent se préoccuper des facteurs de risque. Parmi les changements dans le style de vie que les femmes peuvent faire pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire les plus importants sont :

  • Cesser de fumer
  • Faire de l’exercice régulièrement (150 min/semaine, en segments de 10 min ou plus)
  • Maintenir un poids santé
  • Adopter un régime alimentaire sain, à base de céréales à grains entiers, fruits et légumes variés, légumineuses, produits laitiers à faible teneur en gras et de la viande maigre (volailles, poissons). Éviter les aliments ultra-transformés qui contiennent des gras trans et saturés, des sucres ajoutés et beaucoup de sel ainsi que les viandes rouges transformées (bacon, charcuteries). Éviter le plus possible les aliments industriels offerts par les chaînes de restauration rapide (fast-food).