La sédentarité et les risques pour la santé

La sédentarité et les risques pour la santé

L’inactivité physique et la mauvaise alimentation sont devenues des enjeux de santé publique majeurs puisque, combinées, ces deux mauvaises habitudes de vie sont la deuxième cause réelle de mortalité après le tabagisme aux États-Unis. L’inactivité physique est aussi associée à un risque accru de développer ou d’aggraver des maladies chroniques telles que l’insuffisance cardiaque, les maladies cardiovasculaires, l’accident vasculaire cérébral, le diabète de type 2, l’hypertension, certains cancers et l’ostéoporose. Au Canada, 76 % des hommes adultes et 79 % des femmes adultes ne font pas le minimum d’activité physique recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé, soit 150 minutes/semaine, et les adultes canadiens passent en moyenne 9 heures et 48 minutes de leur période d’éveil à faire des activités sédentaires. Les travaux de recherche récents sur l’activité physique suggèrent qu’il n’est plus suffisant de suivre les recommandations minimales des organismes de santé publique pour réduire au minimum le risque de maladie cardiovasculaire. L’inactivité physique et le comportement sédentaire ont chacun des effets sur la santé qui leur sont propres et qui doivent être abordés séparément si l’on veut mieux comprendre leurs mécanismes distincts.

Selon une revue systématique et une méta-analyse portant sur 16 études prospectives et 2 études transversales auprès de 794 577 participants, les personnes très sédentaires avaient un risque 112 % plus élevé de souffrir du diabète que les personnes peu sédentaires, un risque 147 % plus élevé d’événement cardiovasculaire, un risque 90 % plus élevé de mortalité due à une maladie cardiovasculaire et un risque 49 % plus élevé de mortalité, toutes causes confondues. Une autre étude sur les comportements sédentaires (conduite automobile et regarder la télévision) a été réalisée aux États-Unis de 1989 à 2003 auprès de 7744 hommes âgés de 20 à 89 ans et qui n’avaient aucun antécédent de maladie cardiovasculaire. Les participants qui ont déclaré conduire leur voiture plus de 10 h/semaine, ou s’adonner aux deux comportements sédentaires (conduire et regarder la télévision) plus de 23 h/semaine, avaient un risque 82 % et 64 % plus élevé de mourir d’une maladie cardiovasculaire que ceux qui ont déclaré conduire moins de 4 h/semaine ou conduire et regarder la télévision moins 11 h/semaine, respectivement. Les participants qui étaient physiquement actifs (au travail et dans les loisirs), mais qui avaient autrement un comportement sédentaire, était moins à risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire que ceux qui étaient à la fois sédentaires et inactifs physiquement. De plus, avoir une tension artérielle normale, un poids normal et être plus âgé étaient associés à un risque moindre de mortalité due à une maladie cardiovasculaire.

« L’activité physique » a été définie comme n’importe quel mouvement corporel produit par les muscles squelettiques qui requièrent une dépense d’énergie et « l’exercice » comme une sous-catégorie de l’activité physique. L’exercice implique un comportement structuré et répété dans le but de maintenir ou d’améliorer la forme physique. Une méthode qui permet d’estimer plus précisément l’intensité d’une activité physique consiste à appliquer la méthode de l’équivalent métabolique (Metabolic Equivalent of Task, MET). Une unité de MET correspond à l’énergie dépensée au repos. L’activité physique peut donc être considérée de faible intensité (<3 METs), d’intensité moyenne (3-6 METs) et de forte intensité (>6 METs). Définir ce qu’est un « comportement sédentaire » ou « l’inactivité physique » est plus difficile et tous ne s’entendent pas sur leurs définitions. La mesure objective de l’activité physique, en utilisant un moniteur d’activité physique de type accéléromètre par exemple, permet de mieux évaluer les comportements sédentaires qu’avec les données obtenues par questionnaires. L’accélérométrie permet aux chercheurs d’enregistrer quotidiennement le temps que les participants consacrent à des activités de tous les niveaux d’intensité : sédentaire, léger, modéré et intense. Pour illustrer l’utilité de cette technique, Pate et al. présentent les cas de deux personnes qui ont des profils d’activité très différents. Le sujet A pourrait être considéré comme une personne sédentaire dans plusieurs études puisqu’il ne pratique pas d’activité physique modérée ou intense pendant au moins 30 minutes par jour. Cependant, si l’analyse des données d’accélérométrie montre que cette personne était sédentaire pendant 25 % de la journée, elle menait des activités de faible intensité pendant environ 75 % de cette journée. Le sujet B pourrait être considéré comme une personne active dans la plupart des études, car il fait durant la journée une activité physique d’intensité moyenne à intense durant 1 heure. Les données de l’accéléromètre montrent toutefois que le sujet B passe la majeure partie de la journée (70 %) dans la sédentarité (assis sur une chaise par exemple) ou qu’il se livre à des activités physiques de faible intensité (23 %). Au total le sujet A, considéré « inactif » selon des critères classiques, a dépensé plus d’énergie (26,3 MET) que le sujet B considéré « actif » (23,6 MET).

Une étude sur les comportements sédentaires des Américains âgés de 45 ans et plus a montré qu’une large proportion du temps d’occupation sédentaire total est cumulée sur de longues périodes ininterrompues. Les participants à cette étude passaient en moyenne plus de 11 heures de leur journée dans la sédentarité et tout près de la moitié de ce temps sédentaire était cumulé sur des périodes de 30 minutes ou plus. Les périodes de sédentarité de plus de 20, 30, 60 et 90 minutes représentaient 60 %, 48 %, 26 % et 14 % du temps total de sédentarité, respectivement. Plusieurs facteurs incluant l’âge avancé, le sexe masculin, l’obésité, la saison hivernale et de faibles niveaux d’exercice physique étaient associés à des comportements sédentaires prolongés. Des études menées en laboratoire ont montré que de longues périodes de sédentarité ininterrompues ont des effets cardiométaboliques, suggérant que ce n’est pas seulement le temps total de sédentarité qui est important pour le risque de maladie cardiovasculaire, mais aussi de quelle manière ce temps est cumulé. Les données d’une étude épidémiologique semblent confirmer cette hypothèse puisque les adultes dont la sédentarité s’étendait sur de longues périodes ininterrompues avaient un profil cardiométabolique moins favorable (tour de taille plus grand, taux de HDL-choléstérol moins élevé et autres marqueurs) comparé à celui des personnes qui interrompent leurs périodes de sédentarité, indépendamment de la durée totale de sédentarité. Une étude récente réalisée auprès de 7985 personnes âgées de 45 ans ou plus indique que le risque de mortalité augmente non seulement avec le nombre d’heures de sédentarité, mais aussi avec la durée de chacune des périodes de sédentarité ininterrompues. Les personnes à la fois très sédentaires (≥12,5 h par jour) et durant de longues périodes ininterrompues (≥ 10 min/période) avaient le risque de mortalité le plus élevé.

Passer de longues périodes de temps en position assise est très répandu dans nos sociétés modernes et cela ne pourra qu’augmenter avec les innovations technologiques et sociales à venir. En plus de promouvoir la pratique d’exercices physiques réguliers, les organismes de santé publique devront probablement aussi inclure dans leurs directives la diminution du temps sédentaire et souligner l’importance de prendre des pauses « actives ». Il est important de noter que faire des pauses ne veut pas dire nécessairement faire de l’exercice, mais peut consister par exemple à marcher pendant une minute, aller boire un verre d’eau ou faire une petite tâche ménagère pour ceux qui travaillent à la maison. Ce n’est pas plus difficile que cela !

Verdir nos cités : le témoignage d’un cardiologue

Verdir nos cités : le témoignage d’un cardiologue

Le cardiologue que je suis est très heureux d’aller à la rencontre des urbanistes. Au CHUM et à l’université de Montréal, nous recevons une multitude d’étudiants de l’étranger et à la question : « Qu’est-ce qui est le plus beau à Montréal? »; la réponse est à la quasi-unanimité : « vos parcs ».  Hommage donc à Frederick Law Olmsted qui a conçu l’aménagement du mont Royal, lui qui avait déjà Central Park à son actif. Hommage au frère Marie-Victorin qui a fondé le Jardin botanique. Hommage à tous ceux qui ont protégé le Parc Nature de la Visitation et bien d’autres sites naturels urbains.

La démonstration des vertus de l’arbre sur le plan environnemental et sanitaire urbain n’est plus à faire. Outre l’incontestable effet esthétique et d’harmonie, le cardiologue y voit une mesure immédiate de santé publique. Le verdissement planifié en profitant judicieusement des avantages terrains crée un milieu propice et sain. Montréal est-il si vert? Pas sûr. Si non, pourquoi augmenter le vert dans tout projet urbanistique?

Parce que le vert, c’est une réponse aux changements climatiques.

Mike Carney l’a dit à la Lloyds: les Katrina, Fort-McMurray se multiplient et les primes d’assurance explosent même dans des secteurs d’ordinaire calmes, ébranlant les fondements de l’économie. La reforestation urbaine et rurale est l’une des mesures prescrites par l’OMS, l’ONU et le Lancet Commission comme capteur de carbone et atténuation des extrêmes de température d’où un besoin moindre en énergie.

Parce que le vert, c’est de la santé et de l’équité sociale

Toutes les études épidémiologiques le confirment : le vert améliore tous les paramètres de santé, allant des aspects sociétaux (moins de criminalité, plus de convivialité) et psychologiques (relaxation, humeur, concentration, activité cérébrale) jusqu’aux conditions pulmonaires et cardiovasculaires. Les résultats de deux études en particulier sont spectaculaires. Dans un article du journal The Lancet publié en 2008, deux scientifiques écossais, R. Mitchell et F. Popham, démontraient que pour 40 millions de Britanniques suivis sur 5 ans, vivre en milieu vert fait baisser de moitié la différence de mortalité cardiovasculaire observée entre pauvres et riches vivant en milieu urbain minéralisé. Et la mortalité globale est plus basse de 6 % en milieu vert, toutes classes confondues. On attribue cette différence entre autres à la grande faculté qu’ont les arbres de dépolluer et filtrer l’air, ce que confirme par une étude menée à l’échelle des États-Unis par David J Nowak, démontrant que les arbres extirpent annuellement 17 millions de tonnes de smog de l’air que respirent nos voisins. Cette réduction active de la pollution prévient des soins de santé qui auraient couté 6,8 milliards de dollars US.

Parce que le vert, c’est de l’argent

En 2014, les Services économiques de la Toronto Dominion se sont penchés sur la valeur de la forêt urbaine de quatre grandes villes canadiennes en termes de bienfaits et de services – régulation des eaux, purification de l’air, économie d’énergie, séquestration du carbone – et les conclusions sont surprenantes. Le taux de canopée (surface d’arbres mesurée par satellite) est de 27% à Toronto, de 41% à Halifax, de 44% à Vancouver alors que Montréal est bonne dernière à 20 %. Selon cette étude, les valeurs estimées de ces forêts urbaines totalisent respectivement 7 milliards pour Toronto, 11,5 milliards pour Halifax, 35 milliards pour Vancouver et 4,5 milliards pour Montréal. Chaque dollar investi en foresterie urbaine rapporte des services écologiques et de santé se situant entre 2 et 12 dollars selon la ville.

Le verdissement est l’un des quatre vecteurs majeurs d’une cité cardio-protectrice. Outre la génétique et les habitudes de vie, l’environnement appert être un facteur de risque majeur de maladie cardiovasculaire. Les facteurs de risque cardiaques environnementaux sont (1) le taux d’industrialisation alimentaire, (2) le taux de polluants aériens, (3) le taux de minéralisation, qui est l’inverse du taux de verdissement, et (4) un milieu facilitant ou non l’activité tant de déplacement que de loisirs.

 

Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

Les Blue Zones : des régions où l’on vit mieux et plus longtemps

L’espérance de vie à la naissance au Canada en 2015 était de 84,1 ans pour les femmes et 80,2 ans pour les hommes. Elle est en hausse constante depuis un demi-siècle : en 1960 l’espérance de vie était de 74,1 ans pour les femmes et 71,1 pour les hommes. C’est cependant loin de la longévité exceptionnelle observée dans des zones précises de notre planète où l’on retrouve une grande proportion de centenaires. Ces régions, nommées « Blue Zones », ont été identifiées par deux démographes, Gianni Pes et Michel Poulain et le journaliste Dan Buettner, auteur de l’article The secrets of Long Life paru dans le magazine National Geographic et du livre The Blue Zones.

Les 5 Blue Zones identifiées dans le monde.

Sardaigne, Italie
En étudiant la longévité des habitants de la Sardaigne, une île italienne de la mer Méditerranée située au sud de la Corse, les démographes Pes et Poulain et leurs collaborateurs ont localisé des zones où vivent davantage de centenaires. Ces longevity hot spots ou Blue Zones (les chercheurs utilisaient initialement un marqueur bleu pour délimiter ces zones sur une carte) se trouvent dans une région montagneuse de l’île, la Barbagia, qui était encore difficile d’accès il y a de cela quelques décennies à peine. Une telle situation géographique décourage l’immigration et favorise la consanguinité, diminuant la diversité du patrimoine génétique. Dans la zone où l’on retrouve une longévité exceptionnelle, au sud-est de la province de Nuoro, 91 personnes sont devenues centenaires parmi les 18 000 personnes qui sont nées dans la région entre 1880 et 1900. Dans un village en particulier, Seulo, 20 centenaires ont été recensés entre 1996 et 2016. En comparaison, selon Statistiques Canada, il y avait 17,4 centenaires pour 100 000 habitants au Canada en 2011.

L’analyse de gènes impliqués dans l’inflammation, le cancer et les maladies cardiaques n’a pas révélé de différence significative qui pourrait être liée à la longévité exceptionnelle des Sardes. Les chercheurs suspectent donc que les caractéristiques environnementales, le style de vie et la nourriture sont beaucoup plus importants que des prédispositions génétiques pour vivre longtemps et en santé. Plusieurs de ces centenaires sardes sont des bergers ou des fermiers qui ont fait beaucoup d’activité physique au grand air tout au long de leur vie. L’alimentation sarde, qui fait partie du régime méditerranéen, pourrait jouer un rôle important dans la longévité des habitants de cette Blue Zone. En effet, le régime alimentaire sarde consiste en des légumes cultivés à la maison (surtout des fèves, tomates, aubergines), du pain de grains entiers, du fromage pecorino fait de lait entier de brebis nourries à l’herbe, du vin rouge local particulièrement riche en polyphénols. Le régime traditionnel sarde n’incluait de la viande qu’une fois par semaine tout au plus. Lorsque le journaliste Dan Buettner a demandé à quelques-uns de ces centenaires quelle était la raison de leur longévité exceptionnelle, plusieurs ont mentionné l’importance de la famille et des liens sociaux ; en Sardaigne les vieillards vivent avec la famille et non pas dans des maisons de retraite.

Okinawa, Japon
C’est au Japon qu’on retrouve l’une des plus grandes concentrations de centenaires dans le monde, plus de 34,7 pour 100 000 habitants en 2010. Les habitants des îles de l’archipel Okinawa au sud-ouest du Japon ont une espérance de vie particulièrement élevée et l’on a recensé dans cette préfecture 66,7 centenaires par 100 000 habitants. Les femmes vivant à Okinawa ont 3 fois plus de chance de vivre jusqu’à 100 ans que les Nord-américaines. Le régime alimentaire d’Okinawa est basé sur les végétaux, beaucoup de légumes à feuilles vertes, patates douces, poissons et fruits de mer. La majorité des centenaires d’Okinawa ont maintenu un jardin potager au cours de leur vie, une activité physique modérée qui permet de rester en forme et de réduire le stress. Les habitants d’Okinawa pratiquent traditionnellement l’autorestriction alimentaire en suivant l’enseignement d’inspiration confucéenne « hara hachi bu » qui préconise de manger de façon à être rassasié à 80 % à la fin d’un repas. Les personnes âgées à Okinawa sont très actives et maintiennent de forts liens familiaux et sociaux, par exemple lors de réunions régulières appelées « moai ». Il est très important pour eux de donner un sens à leur vie, d’avoir un « ikigai » c’est-à-dire d’avoir une raison de se lever chaque matin.

Nicoya, Costa Rica
L’espérance de vie est relativement élevée au Costa Rica (82,1 pour les femmes et 77,4 pour les hommes), mais elle l’est tout particulièrement dans une région de la péninsule de Nicoya où les hommes âgés de 60 ans ont 7 fois plus de chances de devenir centenaires que les autres Costariciens. Comme la Sardaigne, Nicoya est une région qui a été relativement isolée pendant des centaines d’années. Le taux de mortalité due au cancer y est 23 % moins élevé que dans le reste du pays et les habitants de Nicoya ont un régime alimentaire basé sur les plantes (courges, haricots noirs, tortillas de maïs, beaucoup de fruits locaux), mais qui comprend aussi des œufs et de la viande (poulet et porc). Les centenaires de Nicoya sont très actifs physiquement, ils ont de forts liens familiaux, une forte foi religieuse et ils aiment travailler. Ils sont peu stressés et sont généralement très positifs et heureux.

Loma Linda, États-Unis
La seule Blue Zone identifiée en Amérique du Nord est située à Loma Linda, une ville de la Californie du Sud située à 100 km à l’est de Los Angeles où il y a une communauté de 9000 membres de l’Église adventiste du septième jour. En Californie, un homme adventiste âgé de 30 ans vivra en moyenne 7,3 années de plus qu’un Californien de race blanche du même âge. Une femme adventiste âgée de 30 ans vivra en moyenne 4,4 ans de plus qu’une Californienne du même âge. Sachant qu’environ les deux tiers des Américains meurent des suites d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer, il n’est pas surprenant que les adventistes vivent plus longtemps puisque leur mode de vie fait en sorte qu’ils sont moins à risque de développer ces maladies. Environ la moitié des adventistes sont végétariens ou mangent rarement de la viande et les adventistes non végétariens sont deux fois plus à risque de développer une maladie cardiovasculaire. La majorité des adventistes sont non-fumeurs et ne boivent pas d’alcool. Ils ont par conséquent une incidence de cancer du poumon moins élevée que les Américains en général. Les adventistes sont actifs physiquement et ont un esprit communautaire très développé, car ils sont très croyants et leur église incite ses membres à s’entraider.

Icarie, Grèce
L’Icarie est une île grecque de la mer Égée orientale où un habitant sur trois atteindra l’âge de 90 ans. L’incidence de cancer, de maladie cardiovasculaire, du diabète et de démence y est significativement moins élevée. Comme en Sardaigne, Okinawa et autres Blue Zones, les Icariens maintiennent un jardin potager à la maison et mènent une vie peu stressante. Le régime alimentaire des Icariens, de type méditerranéen, est composé de légumes (pommes de terre, pois, lentilles, légumes à feuilles vertes), de fruits, d’huile d’olive, de poissons, de lait de chèvre, de produits laitiers et d’un peu de viande. Les Icariens mangent peu de sucre et ils boivent quotidiennement du café, du vin rouge et des tisanes à base de romarin, de sauge, d’origan et d’artémise. Les Icariens qui observent le calendrier de l’Église orthodoxe grecque doivent se soumettre régulièrement à un jeûne ; or la restriction calorique est reconnue pour ralentir le processus de vieillissement chez les mammifères.

Les habitants des « Blue Zones », Okinawa, Sardaigne, Nicoya, Icarie et Loma Linda, partagent des caractéristiques dans leur style de vie qui contribuent à leur longévité. Dan Buettner dans son livre The Blue Zones dresse une liste de 9 caractéristiques communes :

– Activité physique modérée et régulière, tout au long de la vie.
– Restriction calorique.
– Semi-végétarisme, la nourriture provenant en grande partie de plantes.
– Consommation modérée d’alcool (vin rouge en particulier)
– Donner un sens à sa vie.
– Réduire le stress.
– Engagement dans la spiritualité ou la religion.
– La famille est au centre de la vie.
– Engagement social, intégration dans la communauté.

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Cardiologie environnementale: du tuteur coronarien au tuteur d’arbres.

Pourquoi le cardiologue d’intervention s’intéresse-t-il à la cardiologie environnementale?

En raison d’un stupéfiant tableau de l’OMS : les hommes russes et ukrainiens (25-64 ans) ont un taux de mortalité cardiovasculaire 11 fois plus élevé (1100 % !!) que les Suisses et les Espagnols. Monstrueuse différence que les facteurs de risque classiques n’expliquent pas à eux seuls. J’ai pris acte de cette statistique lors de la rédaction d’un livre de vulgarisation pour les Éditions du CHU Ste-Justine, « Prévenir l’infarctus ». Pour documenter ce livre, j’ai consulté des centaines de documents que normalement un cardiologue d’intervention ne lit pas, dont les rapports de l’OMS, de l’ONU, de l’UNESCO, du CDC, du NIH, de l’EPA, du GIEC.

Bref, intrigué par ce tableau de l’OMS, je suis sorti de ma zone de confort en posant la simple question « Quelle est la part de l’environnement dans les maladies cardiovasculaires? ». De là sont apparus « Planète Cœur » en 2011, puis « Planet Heart » chez Greystone Books en 2014.

Les facteurs de risque individuels de la maladie sont bien identifiés : hérédité, tabac, diabète, hypercholestérolémie, hypertension, obésité, sédentarité. Dans notre école traditionnelle de médecine, on a bien caractérisé les facteurs héréditaires et individuels mais ce n’est que récemment que l’on s’est intéressé aux facteurs environnementaux.

En prenant du recul, on réalise que la maladie cardiovasculaire était beaucoup moins fréquente dans l’ère préindustrielle. De fait, de 1900 à 1950, le nombre d’infarctus a quadruplé aux USA, motivant l’étude Framingham. Les humains vivant hors du monde industriel en sont aussi beaucoup moins affligés. Dans le temps et l’espace, chaque révolution industrielle a vu déferler une vague de mortalité cardiovasculaire. Principaux responsables environnementaux: nano-agresseurs aériens (polluants), nano-agresseurs alimentaires (additifs industriels), minéralisation urbaine.

Il a fallu attendre mars 2014 pour que l’OMS révèle que 7 millions de décès sont imputables à la pollution de l’air, un décès sur huit mondialement. On pense évidemment aux pays émergents comme principales victimes. Toutefois il faut rappeler qu’au Canada (2008), David Boyd d’UBC estimait à 20,000 le nombre de décès excédentaires et à 9,1 milliards les frais de santé imputables à l’environnement.

Les mécanismes par lesquels les polluants atmosphériques entrainent infarctus, AVC et morts subites sont aujourd’hui bien documentés sur le plan épidémiologique et physiologique. Résumons-les en stress oxydatif et inflammation systémique. Heureusement, les progrès sont significatifs: les taux de polluants des centres-villes canadiens des années 50-60 donnent froid dans le dos au vu des connaissances récentes.

Une victoire récente et historique: en 2014, Montréal et Toronto voient un été sans smog pour la première fois depuis que l’on fait des relevés. L’Université de Toronto a estimé qu’avec cette amélioration de la qualité de l’air il y a eu baisse des mortalités excédentaires dues à la pollution (1300 contre 1700 en 2004) et baisse des hospitalisations (3,550 contre 6,000). Les experts l’attribuent principalement à la fermeture des usines au charbon et au programme « Drive Clean » ontarien.

Il y a eu une victoire semblable dans les années 80. Avec l’éradication règlementée du plomb dans l’essence, les niveaux de plomb ambiant ont tellement baissé que le Réseau de surveillance de la qualité de l’air (RSQA) de Montréal ne le mesure plus. On se rappelle de la crise initiale pour faire ce changement massif.  Aujourd’hui, tous s’en félicitent. Hormis le classique saturnisme et la démence, le plomb cause de l’hypertension et des infarctus.

Mais il reste encore beaucoup à faire : seulement une journée sur trois est considérée comme « bonne » (indice de la qualité de l’air <25) au centre-ville de Montréal. Une étude récente faite à Boston par l’Université Harvard démontre que lorsque l’air passe de « bon » à « passable » (IQA 25-50), il y a hausse de 35-50% d’AVC.

Le Chicago Medicine d’octobre 2014 souligne cette estimé de l’Environment Protection Agency (EPA): chaque dollar investi pour se conformer au « Clean Air Act » entraine une réduction de $25 en frais de santé.

Avec les nano-agresseurs aériens émis par les combustibles fossiles, des nano-agresseurs alimentaires sont apparus dans notre quotidien: les additifs alimentaires industriels. Parmi une kyrielle de nouvelles molécules, trois en particulier entrainent leur lot de complications : excès de sel omniprésent, gras trans et sucres industriels ajoutés, en particulier le sirop fructose-glucose. La dissémination massive de ces molécules entraine hypertension, dyslipidémie, syndrome métabolique, obésité et à terme infarctus et AVC. La pollution atmosphérique aggrave ces agressions.

Plusieurs avis et mots d’ordre sont donnés par les associations, souvent en vain par manque de juridiction efficace. Et en raison des 30,000 messages publicitaires de malbouffe que l’enfant reçoit avant l’âge adulte sans parler des distributrices de sodas dans les écoles et leur proximité des « fast-foods ».

La conjonction de la pollution et de la nourriture industrielle s’additionne et entraine dans nos artères la tempête vasculaire parfaite, élégamment démontré dans les laboratoires du respecté Dr Valentin Fuster du Mount-Sinaï de New York. Ses doctorants ont démontré que des souris exposés simultanément à de la nourriture grasse (type fast-food) et de la pollution développent des plaques massives d’athérosclérose dans leurs aortes. Pollution et nourriture industrielle se potentialisent.

Par ailleurs, le milieu urbain s’étend, se minéralise et de nouvelles contraintes apparaissent : ilots de chaleur urbain, pics de smogs, absence de couvert végétal qui tempère et filtre l’air, problèmes de ruissèlement et de drainage.

2003, coup de semonce climatique en Europe : 70,000 décès excédentaires lors de la canicule d’août, dont 20,000 en France surtout dans les milieux urbains minéralisés. À Paris, les morgues ne suffisent pas, on entasse les cadavres dans les frigos à viande. Situation irréelle dans ce pays considéré par l’OMS comme ayant le meilleur système de santé. Sur un évènement climatique, l’espérance de vie recule en France pour la première fois depuis la 2ème guerre mondiale. Le concept d’ilot de chaleur urbain gagne en force.

Nouveau regard sur la déforestation, nous réalisons que nous avons coupé la moitié des forêts de la Terre. Nous réalisons aussi l’importance des arbres dans nos milieux urbains, dans tous les aspects de notre vie : beauté et harmonie, bien-être psychique et physique, tempérance de climat, diminution des frais d’énergie des bâtiments, purification de l’air, extraction et métabolisme des molécules polluantes.

Des centaines d’études témoignent des effets positifs des arbres dans notre milieu, la plus spectaculaire étant celle des Écossais Mitchell et Popham (Lancet 2008) qui ont voulu mesurer l’impact du niveau socioéconomique et d’un milieu vert sur la santé. Sur les 40 millions de sujets britanniques de l’étude, toute classe confondue, on observe 6% moins de mortalité cardiovasculaire en milieu vert en seulement 5 ans de suivi. Mais surtout, on observe en milieu vert une diminution de moitié de la différence de mortalité cardiaque liée au niveau socioéconomique. Trois mécanismes : moins de pollution en milieu vert, filtration et épuration de l’air par les arbres, action positive bénéfique des protéines arboricoles sur notre organisme.

Les économistes réalisent maintenant l’ampleur économique du capital vert urbain. La banque Toronto Dominion évalue à 4,5 milliards de dollars la valeur de la canopée de Montréal, en raison de tous les services fournis par cette biodiversité. Au Canada, chaque dollar dépensé pour le maintien de la forêt urbaine entraine un bénéfice de $1,88 à $12,70 selon la ville.

Mode solution. Les hôpitaux d’abord.

Si une cité éradique les nano-agresseurs aériens et alimentaires et promeut un milieu vert et actif, cette cité peut s’attendre à une baisse de 25 à 75 % de morbidité cardiovasculaire.

Lors du premier sommet Climat-Santé de l’OMS en août 2014, plusieurs pays et organismes ont signé une entente de reforestation et s’engagent à planter 100 millions d’arbres. Partout, l’application des différents « Clean Air Acts » entraîne une baisse de mortalité cardiovasculaire. L’argumentaire de la santé rejoint celle des changements climatiques : moins de combustibles fossiles, plus d’arbres. Montréal s’engage à augmenter la canopée de 20 à 25%. Révolution? Toronto est à 27%, Halifax est à 40%, et le grand Vancouver à 42%.

Les centres de santé sont des acteurs importants de nos milieux, non seulement pour les soins que l’on y donne, mais aussi comme exemple de bons citoyens corporatifs. De plus en plus, on se préoccupe de l’empreinte environnementale des bâtiments et on les jauge avec les critères BOMA et LEAD. L’hôpital vert émerge. La santé environnementale rejoint les objectifs des experts du climat. Dans le mandat global du gouvernement du Québec, on note la préoccupation que tous les ministères et organismes (MO) incluent dans leur développement une stratégie pour abaisser les émissions de GES, de polluants et optent sur des solutions vertes à tous égards. Les 3R (réduction, réemploi, recyclage) se diffusent dans le système de santé, conscient que les hôpitaux émettent à eux seuls 2% des GES du pays.

Les modèles urbains se multiplient: l’ÉcoCampus Hubert Reeves du Technoparc Montréal de Ville-St-Laurent; la Cité-de-la-santé avec ses sources géothermiques et son reverdissement (sans parler de l’élimination des frites du menu); la bibliothèque du Boisé de Ville St-Laurent, non seulement un chef d’oeuvre architectural certifié LEED, mais une intégration harmonieuse à un boisé et à la trame urbaine. Les exemples se multiplient en progression avec les nouvelles façons de concevoir l’humain dans la ville.

Les institutions de santé commencent à s’inclure dans cette démarche d’hygiène environnementale. La Journée de l’arbre de la santé (23 septembre 2015) s’étend maintenant de Sherbrooke à Val d’Or en passant par Trois-Rivières et Lanaudière. Cette journée est une occasion pour souligner les liens entre environnement et santé, de diffuser des connaissances récentes en santé environnementale et de souligner les bons coups de nos institutions.

À Montréal, cette journée s’inscrit dans la démarche du Mouvement Ceinture verte et de l’Alliance Forêt urbaine de Montréal qui vise l’augmentation de la canopée de Montréal surtout en milieu défavorisé et industriel.

J’ai le privilège d’être représentant de la santé au comité-aviseur du Ministre de l’environnement du Québec dans la lutte aux changements climatiques (PACC 2015-2020). Dans ce comité très représentatif des différents acteurs concernés, il y a beaucoup d’efforts faits pour atteindre les objectifs de réduction des GES en plus de mobiliser toutes les ressources vers ce que l’on peut appeler des cité cardio-protectrices. Un tel comité est au moins symbole d’espoir mais nous souhaitons qu’il soit aussi catalyseur de bienfaits concrets.

En dépit des soubresauts politico-administratifs temporels, les administrateurs hospitaliers et les médecins doivent intégrer ces  nouvelles connaissances à leurs décisions pour joindre les efforts des gouvernements et entreprises. Chacun de nos gestes individuels renforce les comportements collectifs. Penser globalement, agir localement.

Donc le 27 septembre 2017, soyez tous bienvenus à la Journée de l’arbre de la santé! Pour plus d’informations, visitez le site de Médecins francophones du Canada 

François Reeves MD FRCPC
Cardiologue d’intervention, CHUM et Cité-de-la-santé de Laval
Professeur agrégé de médecine avec affiliation à l’École de santé publique,
Université de Montréal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étude PURE sur l’alimentation et la santé:  des résultats surprenants, mais des conclusions prématurées.

Étude PURE sur l’alimentation et la santé:  des résultats surprenants, mais des conclusions prématurées.

Les résultats de l’étude PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology) présentés au dernier congrès de l’European Society of Cardiology ont fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. Cette grande étude d’observation avait comme objectif d’examiner l’impact des habitudes alimentaires sur la santé des habitants de 18 pays ayant un statut socioéconomique faible (Bangladesh, Inde, Pakistan, Zimbabwe), moyen (Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Iran, Malaysie, Palestine, Pologne, Afrique du Sud, Turquie) ou élevé (Canada, Suède, Émirats arabes unis). Environ 135,000 personnes ont rempli un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires au début de l’étude et leur état de santé a été suivi pendant une période de 7 ans.

Les résultats obtenus font l’objet de trois articles publiés simultanément dans le journal britannique Lancet.  Le premier porte sur la relation existant entre la consommation de fruits, légumes et légumineuses et l’incidence de maladies (cardiovasculaires ou autres) et la mortalité, le deuxième porte sur l’influence des différents macronutriments (glucides, lipides, protéines) sur ces mêmes paramètres, tandis que le troisième présente les variations des taux de lipides sanguins et de la tension artérielle en fonction de l’apport en macronutriments.

Deux principaux résultats ont retenu l’attention :

  • la consommation de fruits, légumes et légumineuses est associée à une meilleure santé et une réduction de la mortalité, mais cet effet protecteur est maximal à 3 portions par jour, ce qui suggère que, contrairement aux recommandations actuelles, manger plus de végétaux n’apporte pas de bénéfices concrets pour la santé.
  • La consommation élevée de glucides (plus de 60 % des calories) est associée à un risque accru de mortalité, tandis qu’un apport plus élevé en gras (incluant en gras saturés) diminue le risque de mortalité.

Selon les auteurs de l’étude, ces observations suggèrent que les glucides sont plus néfastes pour la santé que les gras et qu’on devrait revoir les recommandations nutritionnelles actuelles, notamment en ce qui  concerne la réduction de l’apport en gras saturés.

Ces conclusions sont prématurées pour plusieurs raisons, la première étant que les études d’observation de ce type servent généralement à générer des hypothèses qui seront par la suite testées à l’aide d’études d’intervention, par exemple des essais randomisés.

Les études d’observation sont également très sensibles à l’influence de plusieurs facteurs de confusion (facteurs confondants) qui peuvent perturber le lien entre une exposition donnée (l’alimentation, par exemple) et l’effet mesuré (une maladie, mortalité).  Selon plusieurs experts, l’étude PURE semble vulnérable à certains de ces facteurs, en particulier la situation socio-économique des participants à l’étude.  Par exemple, une personne qui mange 70 % de ces calories sous forme de glucides (le riz par exemple) est forcément une personne mal nourrie, qui présente plusieurs carences alimentaires qui la rendent plus susceptible d’être touchée par différentes maladies et de décéder prématurément.

Pour un tour d’horizon des principales critiques de l’étude PURE, on peut consulter le texte du Dr David Katz de l’Université Yale, la réaction d’experts en nutrition, différents billets par le Dr Joel Kahn, NutritionWonk, Nutrevolve ainsi que certains commentaires publiés sur Twitter.  Ces commentaires très pertinents  soulignent à quel point il serait prématuré de modifier les recommandations actuelles sur la base d’une seule étude d’observation.

 

Espaces verts et la santé

Espaces verts et la santé

L’urbanisation est en hausse constante sur notre planète : plus de la moitié (54 %) de la population mondiale vivait dans les zones urbaines en 2014 et il est projeté que cette proportion atteindra 66 % en 2050. L’Amérique du Nord est la région la plus urbanisée avec 82 % de la population vivant dans des zones urbaines, mais c’est l’Asie et l’Afrique, où la majorité de la population vit dans des zones rurales, qui devraient connaître une croissance considérable dans l’avenir. L’urbanisation cause plusieurs problèmes, dont la pollution, les accidents, les îlots de chaleur et le changement climatique, qui ont un impact négatif sur la santé des habitants des villes. La planification et la gestion des zones urbaines, de plus en plus denses, sont devenues des enjeux majeurs de ce siècle, et la présence de la végétation dans nos environnements urbains ne devra pas être négligée.

Un environnement verdoyant peut favoriser l’activité physique, diminuer le stress, l’isolement social, le bruit, l’exposition à la pollution atmosphérique, lesquels peuvent augmenter le risque de maladie cardiovasculaire (articles de synthèse ici, ici et ici). L’exercice apporte de nombreux bénéfices bien établis pour la santé et réduit le risque de maladie cardiovasculaire, diabète, ostéoporose, dépression et cancer colorectal. L’exercice favorise aussi une bonne santé mentale et le bien-être général.

Plusieurs études ont évalué les effets de la végétation présente dans les quartiers résidentiels sur la santé et la longévité des résidants. Ces études épidémiologiques utilisent un indice de végétation, établi à partir d’images satellites, qui mesure la lumière réfléchie à la surface de la Terre durant l’activité photosynthétique et qui permet d’estimer la densité de végétation. Par exemple, les enfants qui vivent dans des endroits où il y a davantage de végétation souffrent moins d’asthme et ont une pression artérielle plus basse, en comparaison avec ceux qui vivent dans des voisinages moins verts. Une étude réalisée sur la population entière de l’Angleterre indique qu’un environnement plus verdoyant diminue les inégalités en matière de santé qui sont associées aux différences de revenus. Les auteurs estiment que l’exposition à une grande quantité de verdure a sauvé 1328 vies par année en Angleterre parmi les personnes à faibles revenus. Une étude auprès de 108 630 participantes de la Nurses’ Health Study a montré que les femmes qui vivaient dans les secteurs qui avaient le plus de végétation avaient un taux de mortalité, toutes causes confondues, 12 % plus bas que celles qui vivaient dans des régions moins verdoyantes. L’analyse a montré que la baisse de mortalité était fortement associée au degré de végétation dans les cas de morts causées par le cancer, les maladies respiratoires ou rénales. Une étude australienne a montré que les chances d’être hospitalisé pour une maladie coronarienne ou un AVC étaient 37 % moins élevées pour des adultes qui résidaient dans des voisinages où il y avait une grande variabilité de couvert végétal, comparé à ceux qui vivaient dans un environnement « vert », mais où il avait peu de variabilité. Cet effet était indépendant du niveau absolu de verdure dans le voisinage des participants. Les auteurs suggèrent que des quartiers avec une plus grande variété de couverts végétaux pourraient favoriser l’exercice physique (marche, jogging), par exemple à cause de la présence de parcs bien desservis par des rues, des sentiers pédestres et des pistes cyclables. Résider à proximité d’un espace vert est associé à un taux de survie plus élevé après avoir subi un AVC, cela même en corrigeant l’analyse pour tenir compte de la proximité d’une autoroute (pollution de l’air) et de différents facteurs socio-économiques, selon une étude réalisée aux États-Unis.

Une étude prospective de type longitudinale d’une durée de 22 ans, auprès de 575 000 adultes qui habitaient dans l’une de 10 régions urbaines en Ontario, a montré qu’un environnement plus verdoyant était associé à un taux de mortalité moins élevé. Cette réduction a été observée pour toutes les causes de mortalité, y compris l’AVC, les cardiopathies ischémiques et tout particulièrement les maladies respiratoires. L’estimation des risques demeure essentiellement inchangée après correction pour tenir compte de la pollution de l’air ambiant. Bien que ces données suggèrent qu’un degré plus élevé de verdure dans les environnements urbains réduise la mortalité, les auteurs indiquent qu’il faut être prudent dans l’interprétation de ces données puisque cette association pourrait avoir été influencée par des facteurs confondants sociodémographiques ou liés au style de vie. Dans l’ensemble, ces études suggèrent que l’exposition à la végétation diminue le risque de développer d’une maladie cardiovasculaire ou d’en mourir. Mais la plupart de ces études étant « transversales », il n’est pas possible d’établir une relation de cause à effet. L’occasion d’obtenir des données prospectives s’est présentée à des chercheurs américains qui ont étudié les effets de la perte de plus 100 millions d’arbres, causée par l’infestation par l’agrile du frêne, sur la santé humaine dans le nord-est des États-Unis. Les résultats suggèrent que la perte des arbres a fait augmenter la mortalité associée à la maladie cardiovasculaire et des voies respiratoires inférieures. La perte progressive de la canopée a été associée à 16,7 décès de plus par année par 100 000 habitants, ce qui correspond à 15 080 morts additionnelles de 2002 à 2007.

On ne comprend pas encore par quel mécanisme un environnement plus « vert » diminue l’incidence de maladies cardiovasculaires, mais les chercheurs soupçonnent que cela pourrait être lié à la proximité d’espaces qui favorisent l’exercice, à une meilleure qualité de l’air et à la réduction du stress psychologique. Une meilleure connaissance des mécanismes impliqués pourrait permettre d’améliorer nos environnements urbains et par conséquent la santé de ses habitants.

 

 

L’impact dévastateur de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire

L’impact dévastateur de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air ambiant est responsable chaque année de 4,7 millions de décès chez des personnes âgées de 60 ans ou moins. L’Inde et la Chine sont les plus durement touchées par cette pollution en raison de l’industrialisation rapide de leurs économies au cours des dernières décennies, mais le Canada n’est pas épargné pour autant, avec plus de 21,000 morts prématurées chaque année, soit 9 fois plus que tous les accidents automobiles.

Figure 1. Répartition des décès causés par la pollution atmosphérique. Adapté de l’OMS.

Bien que l’exposition à la pollution de l’air est reconnue comme un facteur de risque de mortalité liée aux maladies respiratoires et au cancer, ce sont les maladies cardiovasculaires qui représentent la principale conséquence de cette pollution, étant à elles seules responsables d’environ 80 % de l’ensemble des décès causés par la pollution de l’air ambiant (voir la figure ci-contre).  Les études montrent en effet qu’une exposition à l’air pollué, même relativement brève, est associée à une hausse de l’incidence de l’infarctus du myocarde, des accidents vasculaires cérébraux, d’arythmies comme la fibrillation auriculaire ainsi qu’à une aggravation de l’insuffisance cardiaque. Il est également bien documenté que l’exposition chronique à la pollution de l’air accélère le développement de l’athérosclérose, augmente la pression artérielle et favorise la formation de caillots sanguins, trois importants facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Globalement, on estime que les effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire sont du même ordre que ceux causés par l’hypertension, la sédentarité et le tabagisme.  Le  docteur François Reeves, cardiologue du CHUM à Montréal, a écrit un excellent livre sur ce sujet en 2010 : « Planète Cœur. Santé cardiaque et environnement » que j’invite le lecteur à consulter.

Gaz et particules

Cette augmentation du risque de maladies cardiovasculaires est une conséquence de la très grande sensibilité du cœur et des vaisseaux sanguins aux différents gaz (ozone, dioxyde d’azote, dioxyde de soufre et monoxyde de carbone) et particules présents dans l’air pollué (voir Tableau). Ces polluants proviennent principalement des émissions liées au transport comme les véhicules automobiles, les camions et les avions et peuvent atteindre des concentrations très élevées dans les zones à fortes densités de circulation et sujettes à la congestion routière.

PolluantsEffets cardiovasculaires
Particules fines et ultrafinesMaladies coronariennes
AVC
Insuffisance cardiaque
Hypertension
Thrombose
Arythmies
OzoneHypertension
AVC
Arrêt cardiaque extrahospitalier
Monoxyde de carboneInsuffisance cardiaque
Arrêt cardiaque extrahospitalier
Infarctus du myocarde
Oxydes d'azoteInsuffisance cardiaque
AVC
Infarctus du myocarde
Dioxyde de soufreInsuffisance cardiaque
Infarctus du myocarde

Tableau 1. Effets cardiovasculaires des principales composantes de la pollution atmosphérique.  Adapté de Chin (2015).

Les particules de l’air (en anglais PM pour Particulate Matter) sont particulièrement problématiques. Ces particules, qui sont en quelque sorte des poussières en suspension dans l’atmosphère, sont définies par leur taille : les particules « grossières » (coarse) dont le diamètre est égal ou inférieur à 10 microns (PM10), les particules fines dont le diamètre est égal ou inférieur à 2.5 microns (PM2.5) et les particules ultra-fines dont le diamètre est égal ou inférieur à 0.1 micron (PM0.1). La composition de ces particules varie, mais en général on y retrouve un amalgame de sulfates, nitrates, ammoniaque, dérivés du chlore, des métaux, du carbone, des cristaux, du pollen et différents composés organiques. Elles sont mélangées aux différents gaz et le tout forme un ensemble d’aérosols toxiques pour la santé.

Pour les maladies cardiovasculaires, les données scientifiques montrent que ce sont surtout les particules fines et ultra-fines, principalement produites par la combustion des moteurs à essence et diesel, qui sont les plus nocives. En raison de leur petite taille, ces particules pénètrent facilement les poumons jusqu’aux alvéoles pulmonaires où elles passent directement aux vaisseaux sanguins pulmonaires puis à toutes les artères du corps dont les  artères coronaires, carotides etc . Elles y produisent alors une réaction inflammatoire et un stress oxydatif qui endommagent l’endothélium vasculaire, cette fine couche de cellules qui recouvre la paroi interne des artères et qui assure leur bon fonctionnement. Les artères se dilatent donc moins facilement et ont donc plus tendance à se contracter, ce qui nuit à la circulation normale du sang. Combiné à une augmentation de la coagulation sanguine (effet pro-thrombotique), on a toutes les conditions pour déclencher des accidents cardiaques et vasculaires cérébraux et pour exacerber une maladie coronarienne préexistante. Selon les estimations de l’OMS, environ 3,15 millions de morts prématurées sont chaque année directement attribuables aux PM2.5 , la majorité de ces décès étant liés aux maladies cardiovasculaires, et ce nombre pourrait même doubler d’ici 2050.

En plus de ces effets directs sur le coeur et les vaisseaux, plusieurs études ont également montré que les particules fines activent le système nerveux sympathique, ce qui augmente la pression artérielle, modifie la variabilité normale de la fréquence cardiaque et cause des changements dans la structure du cœur qui peuvent mener à des arythmies et à une hausse du risque d’AVC et d’insuffisance cardiaque. En ce sens, une étude clinique randomisée a récemment montré que l’exposition aux PM2.5  est associée à une hausse significative des taux de plusieurs hormones de stress (cortisol, cortisone, adrénaline et noradrénaline) et il est probable que cette réponse contribue aux effets néfastes de la pollution sur la santé cardiovasculaire.

Effets aigus de la pollution atmosphérique

L’impact néfaste de la pollution atmosphérique sur la santé est particulièrement bien illustré par plusieurs événements tragiques qui sont survenus suite à détérioration majeure de la qualité de l’air qui a accompagné la révolution industrielle. Un des cas les plus célèbres est le grand smog de Londres de 1952 (voir encadré) qui a causé pas moins 12,000 décès en seulement une semaine et qui a encore aujourd’hui des effets tangibles chez les personnes qui ont été exposées à cette pollution pendant leur enfance.

Le smog

Le terme « smog », mot-valise formé à partir de smoke (fumée) et fog (brouillard), a été introduit en 1905 pour désigner la brume qui enveloppait périodiquement les grandes villes européennes, notamment Londres. Ce type de smog, surtout observé en hiver, est le résultat de la condensation de l’humidité sur des particules fines provenant des combustibles fossiles (centrales de charbon, gaz d’échappement, etc.) qui va ensuite se mélanger à l’ozone de basse altitude (troposphérique) et différents gaz nitreux et sulfureux pour former une brume jaunâtre toxique. En décembre 1952 à Londres, des conditions météorologiques particulières (anticyclone, absence de vent pendant plusieurs jours) combinées à une forte combustion de charbon en raison du temps très froid ont causé ce que les Londoniens ont surnommé pea soup, c’est-à-dire un smog très dense, contenant une concentration d’agents polluants sans précédent. Dans sa version plus « moderne », le smog est principalement causé par les émissions de particules et de gaz provenant des véhicules de transport (essence, diesel). Ce type de pollution, appelé smog photochimique, se forme lorsque ces polluants interagissent avec les rayons ultra-violets pour former de l’ozone et plusieurs autres composés oxydants. Même s’il est souvent moins visible que le smog causé par la combustion du charbon, ce smog photochimique n’en demeure pas moins dangereux en raison de la présence de forte concentration d’ozone et de particules fines et ultrafines.

Des incidents de ce type ont déclenché les premières initiatives gouvernementales pour règlementer la pollution atmosphérique dans les pays industrialisés (le « Clean Air Act » de 1963, par exemple), mais l’augmentation constante des émissions liées au transport fait en sorte que les alertes au smog continuent d’augmenter, autant en fréquence qu’en intensité.  Par exemple, les habitants de Beijing ont été exposés au cours des dernières années à des épisodes répétés de pollution extrême, avec des concentrations de PM2.5 pouvant excéder 700 μg/m3, une quantité plusieurs fois supérieure au maximum recommandé par l’OMS  (< 10 μg/m3). Il s’agit d’un grave problème, car toutes les études expérimentales démontrent que plus les concentrations de ces particules sont élevées dans l’air ambiant, plus on enregistre des augmentations d’admissions dans les hôpitaux pour des problèmes cardiovasculaires et pulmonaires. Par exemple, une étude effectuée à Boston a démontré qu’une élévation subite du taux de PM2.5 (20 μg/m3 ) était associée à une hausse de 69 % du risque relatif d’infarctus dans les premières 24 heures suivant le pic de pollution.

Effets chroniques de la pollution atmosphérique

Il est maintenant bien documenté qu’une exposition sur une longue période à la pollution de l’air est nocive pour la santé.   Une des premières démonstrations en ce sens provient de la Harvard Six Cities Study qui rapportait en 1993 que le taux de mortalité dans les villes les plus polluées est environ 25 % plus élevé que celui des villes où la pollution était la plus faible. Plus récemment, une grande étude réalisée auprès de 60 millions d’Américains âgées de 65 ans et plus a révélé que l’exposition prolongée aux PM2.5  et à l’ozone était associé à une hausse du risque de mortalité prématurée, et ce même si les taux de polluants étaient inférieurs aux valeurs recommandées par les agences gouvernementales américaines (PM2.5  < 12 μg/m3 et ozone < 50 parties par milliards).

Comme mentionné auparavant, une forte proportion de cette mortalité prématurée peut être attribuée à la grande sensibilité du système cardiovasculaire aux différentes composantes de l’air pollué, sensibilité qui se manifeste entre autres par une accélération du processus d’athérosclérose.  Ceci est bien illustré par une étude réalisée auprès de 6795 personnes âgées de 45 à 84 ans qui vivaient dans 6 régions urbaines des États-Unis (Baltimore, Chicago, Los Angeles, New York, St Paul et Winston-Salem). En examinant  le degré d’athérosclérose des artères coronaires à l’aide de CT scans sur une période de 10 ans (2000-2010), les chercheurs ont pu démontrer que la formation de plaques avait progressé de façon proportionnelle à la quantité de particules fines (PM2.5) dans l’air, haussant du même coup le risque d’événements cardiovasculaires.

Une autre illustration du lien étroit entre l’exposition chronique à la pollution atmosphérique et les maladies cardiovasculaires provient d’études réalisées auprès de personnes qui vivent à proximité des voies de transport automobile.  Ces personnes sont à plus haut risque d’infarctus aigu, de mort cardiaque subite et de mourir des suites d’AVC ou suite à une hospitalisation pour insuffisance cardiaque.  On pense que les particules ultrafines et les composés organiques volatils (acroléine, benzène, butadiène) sont en plus grande quantité lorsqu’ils sont fraichement émis par les véhicules circulant à proximité du domicile de ces personnes, ce qui expliquerait, au moins en partie,  le risque accru de maladies cardiovasculaires observé chez cette population. Même s’il n’y a malheureusement pas de solution immédiate à ce problème, il est intéressant de noter que plusieurs études suggèrent que la végétation, les arbres en particulier, peut absorber certains polluants atmosphériques et améliorer significativement la qualité de l’air.  Recréer des espaces verts en milieux urbains pourrait donc permettre de réduire les impacts néfastes de la pollution, sans compter que ces espaces verts ont un effet positif bien documenté sur la santé en général

Exercice et pollution

Il existe plusieurs sites internet où l’on peut vérifier tous les jours la qualité de l’air de toutes les régions et il est fortement conseillé de consulter ces sites d’information avant d’entreprendre une activité physique à l’extérieur. Un avis de l’American Heart Association publié en 2010 suggère d’éviter les exercices intenses comme le jogging et autres activités physiques vigoureuses lorsque l’indice de qualité de l’air est mauvais. Ces recommandations sont basées sur des études montrant que lors d’une exposition à de fortes quantités de particules fines, l’inhalation de ces particules est 4.5 fois plus importante lors d’un effort physique qu’au repos. Une autre étude a montré que dans un trafic intense, l’exposition de cyclistes aux polluants atmosphériques était 4.3 fois plus élevée que celle des passagers des automobiles circulant aux mêmes endroits. Les personnes qui souffrent déjà d’une maladie cardiovasculaire, les diabétiques et les personnes âgées sont particulièrement à risque, mais les auteurs de cet avis recommandent à toutes les personnes de réduire l’intensité des activités physiques et de favoriser l’entrainement à l’intérieur, même si l’air des édifices peut être également affecté selon la présence ou non d’un système de filtration efficace. Les auteurs suggèrent fortement d’éviter les activités physiques importantes au moment des heures de pointe de la circulation et près des endroits où la circulation est très dense.

Bien que le degré de pollution de l’air soit largement hors de notre contrôle, il est important de noter que l’impact de cette pollution est particulièrement prononcé chez les personnes qui sont déjà à risque de maladies cardiovasculaires. À court terme, la meilleure façon de faire face aux effets de la pollution atmosphérique demeure donc d’adopter des habitudes de vie reconnues pour améliorer la santé cardiovasculaire, en particulier une alimentation riche en végétaux, une activité physique régulière, le maintien d’un poids corporel santé, la gestion adéquate du stress et l’absence de tabagisme.  À plus long terme, cependant, on ne peut que souhaiter que les gouvernements soient beaucoup plus agressifs dans leurs approches pour contrer ce fléau et mettent en place des mesures destinées à réduire drastiquement les émissions liées aux transports. L’annonce récente de la fin de la vente de voitures à essence ou au diesel dès 2040 par la France et le Royaume-Uni est en ce sens un pas dans la bonne direction.

Le stress et ses effets sur le cœur

Le stress et ses effets sur le cœur

Chez les animaux, la détection d’un danger (odeur de fumée, vue d’un prédateur, bruit de coup de feu) par les organes sensoriels (nez, œil, oreille) déclenche une alerte maximale du cerveau qui va amorcer une série de processus extrêmement complexes appelés « réaction de combat-fuite ». En activant les glandes surrénales, le cerveau commande la libération dans le sang d’hormones d’action comme l’adrénaline de façon à augmenter le rythme respiratoire, les pulsations cardiaques, l’apport d’oxygène aux tissus, ainsi que le niveau d’éveil et d’attention cérébrale, tous ces changements permettant de combattre ou de fuir rapidement le danger. C’est le stress biologique, essentiel à la survie de l’individu et, à travers lui, à celle de son espèce. Selon la durée des réactions métaboliques on distingue trois catégories d’effets : 1) les effets immédiats provoqués par la génération d’adrénaline et de noradrénaline par le système nerveux sympathique (durée de quelques secondes) ; 2) les effets intermédiaires provenant de la sécrétion d’adrénaline et de noradrénaline par la médulla des glandes surrénales (durée : quelques minutes) ; 3) les effets prolongés provoqués par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (ou axe corticotrope), la vasopressine et la thyroxine (durée : quelques heures, jusqu’à des semaines).

Axe corticotrope
Lorsqu’une situation génératrice de stress survient, des signaux neuronaux sont produits dans le cerveau par le système limbique (amygdale, hippocampe) et transmis à l’hypothalamus (voir figure 1).

Figure 1. Axe corticotrope. Adapté de Managing Stress, 2015.

En réponse à ce signal, l’hypothalamus sécrète l’hormone corticolibérine (CRH) qui active l’hypophyse, une glande endocrine qui sécrète plusieurs hormones dont l’adrénocorticotropine (ACTH). Cette hormone est rapidement reconnue par des récepteurs spécifiques présents dans les glandes surrénales, ce qui déclenche la sécrétion de corticostéroïdes (cortisol, aldostérone) et de l’adrénaline. La réponse au stress est relayée par ces messagers qui ont pour effets d’augmenter le métabolisme (plus de sources d’énergie) et la pression artérielle. Le cortisol augmente la pression artérielle, le taux de sucre sanguin et inhibe le système immunitaire. Les catécholamines (adrénaline et noradrénaline) facilitent une utilisation rapide et en puissance des muscles. L’adrénaline se lie aux récepteurs des cellules du foie et stimule la production de glucose. Le cortisol induit aussi la transformation des acides gras en sucres et la gluconéogenèse (production de glucose à partir de glycogène), ce qui permet un apport d’énergie important aux muscles afin de fuir ou combattre la situation génératrice du stress.

Le stress intense et ses effets sur le cœur
Le stress intense a un effet très important sur le système nerveux autonome sympathique qui provoque une grande stimulation du cœur directement, de même que par l’intermédiaire d’hormones comme l’adrénaline. Ces changements accélèrent le rythme cardiaque, provoquent des arythmies cardiaques sévères ou encore peuvent provoquer une contraction des artères coronaires. Un bon exemple de l’impact négatif du stress est la hausse considérable de mortalité subite qui survient à la suite d’un événement tragique : dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre survenu au large de Sendai et le puissant tsunami qui a dévasté cette région du nord-est du Japon en 2011, le nombre de personnes décédées subitement a doublé comparativement aux années précédentes, une tendance qui s’est maintenue dans les trois semaines suivant le choc initial (figure 2). Une hausse de mortalité subite a aussi été observée à la suite d’autres tremblements de terre majeurs (voir ici et ici), ce qui illustre à quel point la réponse physiologique à un stress aigu peut entraîner des répercussions négatives sur le cœur.

Figure 2. Augmentation du nombre d’arrêts cardiaques durant le grand tremblement de terre du Japon oriental en 2011, dans les trois préfectures les plus touchées (Iwate, Miyagi, Fukushima). Source : Kitamura et coll. (2013).

 

Syndrome des cœurs brisés ou syndrome du tako-tsubo
Des personnes qui n’ont pas de maladie coronarienne, mais qui sont soumis à un stress émotionnel intense peuvent souffrir de syndromes connus sous différentes appellations : « syndrome du cœur brisé », syndrome de tako-tsubo, syndrome de ballonisation apicale transitoire du ventricule gauche, sidération myocardique et « neurogenic stress cardiomyopathy ». Ces syndromes, qui ont des caractéristiques pathophysiologiques communes sont regroupés sous le terme de « cardiomyopathies induites par le stress ». Les cardiomyopathies induites par le stress sans atteinte neurologique touchent majoritairement les femmes (80-90 % des patients), tout particulièrement les femmes ménopausées. Dans la majorité des cas, un stress émotionnel ou physique est survenu avant l’apparition des symptômes. Initialement décrit en 1990 par des cardiologues japonais, le syndrome de tako-tsubo survient lorsqu’une personne est exposée à un stress important ou encore à une très mauvaise nouvelle et développe subitement une douleur thoracique de grande intensité, secondaire à un infarctus du myocarde. Si la personne survit (ce qui est généralement le cas), on note à son arrivée à l’hôpital un infarctus aigu du myocarde, mais sans aucune lésion artérielle, c’est-à-dire sans aucun blocage des coronaires. Le nom « tako-tsubo » vient de la forme du ventricule gauche lors de l’examen par angiographie (figure 3) qui a la forme d’un vase (壺, tsubo) qui ressemble à un piège que les pécheurs japonais utilisent pour attraper les pieuvres (蛸, tako). Ce phénomène est causé par une atteinte sévère du ventricule gauche qui est la région du muscle cardiaque qui pompe le sang artériel vers le corps. Plusieurs facteurs déclencheurs ont été identifiés au fil des années, la plupart d’entre eux étant associés à des émotions fortes négatives comme le deuil, la colère ou la peur. Des résultats récents indiquent toutefois que des émotions positives fortes (mariage, victoire d’une équipe sportive) peuvent également provoquer l’apparition de ce syndrome.

Figure 3. Illustration à gauche : Imagerie par angiographie d’un cœur d’une personne souffrant d’un tako-tsubo. Photo à droite : Le piège à pieuvres (tako-tsubo) utilisé par des pécheurs au Japon.

 

Stress chronique
Mis à part ces exemples assez extraordinaires qui démontrent les effets dramatiques que peuvent avoir le cerveau et nos émotions sur le cœur, des milliers d’études ont été publiées sur l’effet du stress chronique, des émotions négatives, de l’anxiété, de la dépression, de la colère et de l’hostilité, sur l’incidence de maladies coronariennes à long terme. Dans les années 1940 et 1950, les premiers psychosomaticiens, c’est-à-dire des psychiatres (en général, des psychanalystes), se sont intéressés aux caractéristiques psychologiques qui semblaient associées aux patients qui souffrent d’une maladie coronarienne. Par la suite, dans les années 1960, deux cardiologues, R. H. Rosenman et Meyer Friedman, ont décrit la personnalité de type A, c’est-à-dire des personnes pressées, impatientes et ayant de la difficulté à gérer leur agressivité. Posséder ce type de personnalité semblait lié à l’apparition d’une maladie coronarienne, mais ce lien est encore assez controversé de nos jours. La recherche sur le sujet suggère que ce sont plutôt deux composantes présentes chez les personnalités de type A, soit la colère et l’hostilité, qui constituent des facteurs de risque importants. En effet, une méta-analyse de 25 études a démontré que ces deux émotions sont associées à un risque plus élevé de subir un infarctus du myocarde. Elles sont aussi liées à un plus grand risque de récidives selon 19 études auprès de patients ayant déjà subi un accident cardiaque.

Malgré les nombreuses observations prouvant l’existence d’un lien étroit entre le cerveau et les maladies cardiovasculaires, cette question est passée relativement sous le radar des cardiologues jusqu’à la publication de l’étude INTERHEART du cardiologue canadien Salim Yusuf. Réalisée auprès de plus de 24 000 personnes vivant dans 52 pays différents, cette grande étude visait à déterminer les principaux facteurs de risque d’infarctus du myocarde. À l’origine, le Dr Yusuf voulait surtout étudier les principaux facteurs de risque classiques, soit le cholestérol, l’hypertension, l’obésité abdominale et le tabac, mais il avait décidé, même s’il y croyait peu, d’observer également les mesures de stress perçu ou objectivé des patients. Un ajout pertinent, car l’étude a permis de démontrer que les stress « psychosociaux » sont effectivement associés à un risque accru d’infarctus du myocarde et que cet effet, bien que moins important que le tabagisme, est comparable à l’effet de l’hypertension et de l’obésité abdominale. Le Dr Yusuf a conclu son article en soulignant que les facteurs psychosociaux sont beaucoup plus importants qu’on l’avait reconnu jusqu’alors et qu’ils peuvent contribuer à une proportion « substantielle » des infarctus du myocarde dans toutes les sociétés. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’effet du stress sur le système cardiovasculaire et, notamment, les artères coronaires : une inflammation, une augmentation de la coagulabilité du sang, une diminution de la fibrinolyse (capacité du sang à dissoudre les caillots) ainsi qu’une augmentation des catécholamines circulantes (hormones adrénaline et noradrénaline) qui, entre autres, accélèrent le cœur et augmentent sa force de contraction.

Dépression et maladies cardiovasculaires
Pour ce qui est de la dépression, plusieurs études affirment qu’un état dépressif après un infarctus du myocarde augmente le risque de mortalité au cours des mois suivant le congé de l’hôpital. Une étude effectuée à l’Institut de Cardiologie de Montréal par le Dr François Lespérance et ses collaborateurs a démontré que la présence de dépression chez des patients hospitalisés après un épisode d’angine instable multiplie par 6 les risques de récidive fatale ou d’infarctus dans l’année qui suit le congé de l’hôpital.

Bien que le stress et de la dépression soient maintenant reconnus comme des facteurs de risque importants de maladies cardiovasculaires, les études portant sur les traitements de ces conditions à l’aide de médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques n’ont pas donné de résultats probants. Il s’agit d’un problème considérable puisque jusqu’à 30 à 40 % des patients présentent des symptômes dépressifs après un infarctus du myocarde, qui peuvent grandement augmenter le risque de récidive et de mort prématurée, s’ils ne sont pas traités adéquatement. On constate également un taux élevé de dépression après une chirurgie cardiaque. Au Centre ÉPIC de l’ICM, nous observons depuis une trentaine d’années qu’un programme de réadaptation cardiaque comprenant un entraînement à l’effort pratiqué deux à trois fois par semaine sur place, au Centre, en compagnie d’un groupe de patients présentant des conditions semblables, favorise considérablement l’amélioration des sentiments dépressifs et la diminution du stress après un accident cardiaque ou une intervention chirurgicale. Lorsqu’on demande aux patients ce qui est le plus important pour eux après un infarctus du myocarde, plusieurs d’entre eux répondent qu’ils voudraient avant tout « diminuer leur stress ». Les patients ont également souvent la conviction que le stress qu’ils vivent est la première cause de leur condition cardiaque.

Pour arriver à prévenir efficacement les récidives, tout doit donc commencer par le cerveau, parce qu’une fois que le stress et les états dépressifs sont bien « gérés » et que les priorités sont redéfinies, les patients sont prêts à modifier leurs habitudes de vie de façon importante. Malheureusement, les patients qui proviennent de milieux socio-économiques défavorisés ont des difficultés sur lesquelles la médecine seule a peu d’emprise ; ce sont ces patients-là qui profitent le moins des programmes de prévention pour de multiples raisons économiques et sociales. Ce phénomène est bien documenté dans tous les pays occidentaux. La pauvreté reste le plus grand facteur de risque de mortalité prématurée.

Gestion de stress
Comment peut-on modifier nos habitudes de vie lorsque notre condition psychologique est instable ? Selon mon expérience, les patients qui évoluent le mieux sont ceux qui ont réussi à faire ces changements de façon assez radicale, soit par eux-mêmes, parce qu’un infarctus du myocarde ou une chirurgie cardiaque a été le déclencheur d’une remise en question, soit grâce à l’aide d’une équipe multidisciplinaire et d’un programme de gestion du stress. Depuis une dizaine d’années, nous utilisons l’approche mise au point par Jon Kabat-Zinn, du Center for Mindfulness de l’École de médecine de l’Université du Massachusetts, à Boston, qui utilise ce qu’on appelle le « mindfulness-based stress reduction » ou « gestion du stress par la pleine conscience ». Il s’agit d’une approche assez intensive qui se présente sous forme d’ateliers hebdomadaires de deux heures et demie pendant 8 semaines. Au centre ÉPIC de l’ICM, ces ateliers sont animés par le Dr Robert Béliveau et d’autres professionnels expérimentés dans cette approche. Cette méthode a fait ses preuves depuis plus de 25 ans et de nombreux articles scientifiques ont démontré son efficacité, non seulement pour réduire le stress et améliorer la qualité de vie en général, mais aussi pour prévenir les récidives après un accident cardiaque. Par exemple, une étude affirme que la pratique de la méditation pendant 20 minutes, deux fois par jour, diminue de moitié les rechutes après un accident cardiaque au cours des cinq années suivantes. En gérant beaucoup mieux leur stress, les patients adoptent plus facilement tous les changements nécessaires pour éviter les récidives.

Est-ce qu’on devrait aussi utiliser cette approche en prévention primaire, c’est-à-dire avant de tomber malade ? La réponse est oui, absolument. Les personnes qui présentent de nombreux facteurs de risque ou qui ont une qualité de vie médiocre à cause d’un stress chronique peuvent bénéficier grandement de cette approche basée sur la pleine conscience. J’encourage le lecteur à se documenter sur ce sujet : il existe de nombreux ouvrages très accessibles (Christophe André : Méditer jour après jour, Matthieu Ricard : L’art de la méditation, Jon Kabat-Zinn : Au cœur de la tourmente, la pleine conscience) et Rick Hanson : Hardwiring Happiness).

Ce que les neurosciences nous ont appris, et que Rick Hanson décrit très bien dans son livre Hardwiring Happiness (2013), c’est que le cerveau humain est d’abord passé par un stade « reptilien » au cours de l’évolution, c’est-à-dire qu’il a à la base renforcé nos réactions face au danger pour favoriser notre survie. Évidemment, le cerveau a évolué et est devenu beaucoup plus complexe à la suite du développement du cortex cérébral, mais les vestiges de notre cerveau reptilien demeurent présents. Nous avons donc une propension à donner de 3 à 5 fois plus d’importance aux événements négatifs qu’aux événements positifs (voir ici et ici). Par exemple, Daniel Kahneman, qui a reçu le prix Nobel d’économie en 2002 pour ses études à ce sujet, a observé que, pour un montant d’argent égal, une perte financière est perçue beaucoup plus fortement qu’un gain. Autrement dit, si vous perdez 1000 $ à la Bourse, l’impact psychologique sera aussi fort que si vous gagnez 5000 $. Il en est de même dans nos relations interpersonnelles : une remarque ou un comportement négatif à notre endroit a de 3 à 5 fois plus d’impact que son équivalent positif. Cette tendance à survaloriser le côté négatif a permis à l’humain de survivre et d’évoluer. Par exemple, s’inquiéter puis s’assurer qu’il n’y a pas de serpent caché dans un buisson est une situation où la vigilance permet d’éviter une morsure, tandis que l’insouciance face au danger peut causer la mort. Ainsi, notre cerveau est programmé pour s’inquiéter. Pour bien gérer notre stress et améliorer notre qualité de vie, il faut donc travailler activement à le « reprogrammer » pour qu’il accorde plus d’importance aux effets des expériences positives qu’à ceux des expériences négatives.

L’approche suggérée par Jon Kabat-Zinn, Christophe André ou Matthieu Ricard permet de prendre un temps d’arrêt, de bien observer nos réactions physiques et psychologiques, et de modifier nos perceptions et nos comportements. Contrairement à ce que plusieurs personnes pensent, la méditation n’est pas une technique de relaxation ni une façon de masquer nos problèmes. C’est tout le contraire ; le but est de s’arrêter un instant, de se concentrer sur le moment présent et d’observer ses pensées pour arriver à transformer sa façon de réfléchir. Plutôt qu’un moyen de relaxation, il s’agit en fait d’un moyen de transformation.

Végétariens en santé

Végétariens en santé

Un nombre croissant de personnes choisissent de diminuer drastiquement leur consommation de viande, par exemple en adoptant le régime méditerranéen, ou encore de l’éliminer complètement de leur alimentation, comme dans le végétarisme et le végétalisme. Pour certains, l’abandon de la viande se fait principalement pour des raisons éthiques (bien-être des animaux, impact de l’élevage intensif sur l’environnement et les changements climatiques), tandis que pour d’autres, ce sont surtout les questions de santé qui prédominent et la réduction de l’apport en viande est considérée comme une façon plus saine de s’alimenter. Ce qui est effectivement le cas : par exemple, plusieurs études ont  en effet démontré que les personnes qui consomment peu ou pas de viande sont moins à risque d’être touchées par des événements cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde ou les AVC.

Mais est-ce que le simple fait de réduire ou d’éliminer la viande est suffisant pour profiter de ces bénéfices sur la santé ? Un article récemment paru dans le Journal of the American College of Cardiology fait le point sur cette question et apporte des informations importantes pour optimiser la santé cardiovasculaire des personnes végétariennes. Dans cette étude réalisée auprès de 200,000 professionnels de la santé, le groupe du Dr Frank Hu de l’Université Harvard a identifié deux grands modes d’alimentation végétarienne : un mode qu’ils ont qualifié de « bon pour la santé » (healthy), caractérisé entre autres par la consommation régulière de fruits, légumes, légumineuses, noix et grains entiers, et un mode « mauvais pour la santé » (unhealthy), principalement basé sur un apport en produits contenant beaucoup de sucre (jus, boissons gazeuses, desserts), en pommes de terre (frites, croustilles) et en produits fabriqués à l’aide de farines raffinées (pain blanc, craquelins, etc.) (voir le tableau pour la différence entre les deux modes d’alimentation).

Ils ont observé que les personnes qui adhéraient le plus fortement au mode d’alimentation végétarienne « bon pour la santé » voyaient leur risque d’être touchées par une maladie coronarienne diminué de 25 % comparativement à celles qui mangeaient de la viande et autres aliments d’origine animale (produits laitiers, œufs), confirmant les bienfaits d’une alimentation végétarienne sur la santé cardiovasculaire.  La situation est par contre très différente pour les personnes qui adhéraient au régime végétarien « mauvais pour la santé » : au lieu de diminuer le risque de maladies cardiovasculaires, ces personnes ont au contraire vu ce risque augmenter de 30 % comparativement aux mangeurs de viande !

Il ne s’agit donc pas de simplement éliminer la viande de son alimentation : pour être en bonne santé, les végétariens ou végétaliens doivent absolument remplacer les aliments d’origine animale par une vaste gamme de végétaux de qualité (qu’ils soient « bios » ou issus de l’agriculture conventionnelle), contenant une panoplie de vitamines, minéraux, fibres et composé phytochimiques comme les polyphénols qui exercent plusieurs effets bénéfiques sur l’organisme.  Même s’ils ne contiennent pas de viande et de produits animaux, les produits transformés végétariens ou végétaliens sont largement dépourvus de ces nutriments essentiels et n’apportent en conséquence rien de valable pour la santé et peuvent même, au contraire, accélérer le développement des maladies cardiovasculaires.   La décision de devenir végétarien ou végétalien doit donc être prise très au sérieux et les personnes qui désirent adopter ces habitudes alimentaires devraient prendre le temps de s’informer adéquatement sur les meilleures façons d’intégrer une foule d’aliments d’origine végétale à leur alimentation, par exemple en consultant une nutritionniste.

 

Type de régimes végétariensExemples d'aliments d'origine végétale consommés
Régime "bon pour la santé"
Grains entiersCéréales entières, pain complet, riz brun, son et germe de blé
FruitsRaisins, prunes, bananes, pommes, bleuets, fraises, oranges, etc.
LégumesTomates, crucifères (brocoli. chou-fleur, choux), aubergine, laitue, épinards, etc.
NoixDiverses noix, beurre d'arachide
LégumineusesHaricots, lentilles, pois, tofu
Huiles végétalesHuiles végétales de cuisson, vinaigrette
Thé et café
Régime "mauvais pour la santé"
Jus de fruitsJus d'orange, de pamplemousse, de pomme etc.
Farines raffinéesPain blanc, muffins, bagels, riz blanc, craquelins, pâtes alimentaires
Pommes de terreFrites, croustilles, patates en purée
Boissons sucréesBoissons gazeuses, jus de fruits avec sucres ajoutés
Sucreries et dessertsBonbons, biscuits, beignes, gâteaux, etc.
Des athlètes au « cœur de pierre »

Des athlètes au « cœur de pierre »

Plusieurs études ont clairement montré que la pratique régulière d’activités physiques modérées (marche, jogging, vélo)  est associée à une diminution du risque de développer au moins 35 maladies distinctes, incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, au moins 13 types de cancers ainsi que le déclin des fonctions cognitives.  Non seulement les bénéfices de l’activité physique modérée sont nombreux, mais, comme nous le mentionnions récemment, ils sont même observés à des « doses » d’exercice relativement faibles : par exemple, aussi peu que 15 minutes d’activité physique modérée par jour (la marche, par exemple) sont associées à une diminution significative de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires ainsi que de la mortalité totale.

Pour les personnes au tempérament plus sportif, ces niveaux d’exercice sont cependant nettement insuffisants et plusieurs d’entre elles préfèrent s’adonner à des activités beaucoup plus exigeantes physiquement comme le marathon, le triathlon ou autres épreuves d’endurance.  Ce type d’exercice intense est de plus en plus populaire (aux États-Unis seulement, un demi-million de coureurs terminent chaque année un marathon), de sorte qu’il n’est plus rare de rencontrer des personnes qui ont fait de grandes quantités d’exercice à haute intensité pendant la majeure partie de leur vie adulte.

L’impact de ce type d’entrainement intensif sur la santé cardiovasculaire demeure mal compris.  D’un côté, certaines études ont montré que les athlètes de haut niveau, ceux ayant remporté une médaille olympique par exemple, vivent en moyenne environ 3 années plus longtemps que des personnes moins actives, ce qui suggère un impact positif de l’activité physique intense sur la fonction cardiaque. De l’autre, les maladies coronariennes représentent la principale cause de décès associés au sport chez les plus de 35 ans et des études récentes ont rapporté une accélération du processus d’athérosclérose chez les personnes qui font des quantités importantes d’exercice intense pendant des périodes prolongées.  Il est également bien documenté que les très grands athlètes tels que les marathoniens, les cyclistes et les skieurs de fond de haut niveau sont plus touchés par la fibrillation auriculaire que les non-athlètes.  Dans l’ensemble, il semble donc que l’exercice très intensif (plus d’une vingtaine d’heures par semaine pendant plusieurs années) pourrait entrainer, du moins dans certains cas, des complications cardiaques.

Deux articles récemment parus dans la revue Circulation permettent de mieux comprendre cet impact de l’exercice à haute intensité sur la santé cardiovasculaire.  Dans la première étude, une équipe de cardiologues britanniques a examiné la présence de plaques d’athérosclérose au niveau des artères coronaires de 152 athlètes mâles âgés de plus de 40 ans, sans facteurs de risque cardiovasculaire et qui s’étaient soumis pendant au moins 10 ans à un entrainement très intensif (plus de 16 km de course ou 50 km de vélo par jour, avec une participation à au moins 10 compétitions d’endurance comme les marathons, demi-marathons, etc.).  En utilisant la tomodensitométrie cardiaque (CT-scan), une technique qui permet de mesurer la quantité de calcium contenu dans les plaques d’athérosclérose, ils ont pu observer que ces athlètes avaient une plus forte prévalence de plaques au niveau des coronaires que les hommes sédentaires (44 % comparativement à 22 %).  Cependant, ces plaques étaient dans la grande majorité des cas principalement composées de calcium, ce qui les rend plus stables et donc moins susceptibles de se fissurer et de former des caillots responsables des infarctus aigus.  Il semble donc que les plaques d’athérosclérose sont effectivement plus fréquentes chez les très grands athlètes, mais la nature calcifiée de ces plaques fait en sorte que ces personnes demeurent à faible risque d’événements cardiovasculaires.

Des résultats similaires ont été obtenus lors d’une étude hollandaise réalisée auprès de 284 hommes âgés en moyenne de 55 ans.  Les chercheurs ont observé que 53 %  des athlètes qui avaient fait de grandes quantités d’exercice au cours de leur vie (>2000 MET-min par semaine) présentaient une plus grande quantité de plaques d’athérosclérose au niveau des coronaires que ceux qui étaient moins actifs (<1000 MET-min par semaine), mais que ces plaques étaient encore ici plus calcifiées et donc de nature plus bénigne.

Dans l’ensemble, ces observations suggèrent qu’environ la moitié des athlètes qui font des exercices à haute intensité pendant plusieurs années développent des plaques d’athérosclérose au niveau des artères coronaires, et ce en dépit d’une absence de facteurs de risque bien établis de maladies coronariennes (cholestérol, hypertension, tabagisme, surpoids).  Cependant, étant donné que ces plaques sont calcifiées et donc plus stables, il est probable qu’elles ne posent pas de risque majeur pour la santé, ce qui pourrait expliquer la plus longue longévité observée chez ces personnes très actives physiquement. Il faut d’ailleurs noter que les morts cardiaques subites qui surviennent au cours d’épreuves d’endurance demeurent un phénomène excessivement rare : entre janvier 2000 et mars 2010, il y a eu seulement 59 morts subites sur 10,9 millions de coureurs de marathon et demi-marathons, soit une incidence de 0,5 décès par 100 000 participants.  Faire beaucoup de sport ne semble donc pas nocif pour la santé, mais la présence de plaques d’athérosclérose chez les athlètes indique néanmoins que ces personnes ne sont pas totalement immunisées contre les événements cardiovasculaires et qu’elles ont tout avantage, comme la population en général, à adopter d’autres habitudes de vie reconnues pour diminuer le risque de maladies coronariennes, en particulier une alimentation riche en végétaux et une gestion adéquate du stress.