Les effets des boissons énergisantes sur le système cardiovasculaire

Les effets des boissons énergisantes sur le système cardiovasculaire

La popularité des boissons énergisantes a connu une croissance phénoménale à l’échelle mondiale depuis une vingtaine d’années. Ces boissons sont consommées pour diverses raisons : se tenir éveillé, obtenir un regain d’énergie, se motiver, augmenter la performance sportive ou faire la fête, dans ce dernier cas souvent en combinaison avec de l’alcool (voir la synthèse et cet article de l’Institut national de santé publique du Québec, INSPQ). Dans cet article, nous focaliserons sur les effets de ces boissons sur le système cardiovasculaire (voir aussi cette revue en anglais publiée en 2016).

Les principaux ingrédients contenus dans les boissons énergisantes sont l’eau, le sucre et la caféine synthétique ou de source naturelle (extrait de guarana). Il y a plus de 200 marques de boissons énergisantes offertes aux États-Unis seulement, mais quelques marques dominent le marché avec des produits dont le contenu en caféine et sucres est très similaire. D’autres substances naturelles sont également ajoutées (taurine, ginseng, glucuronolactone, inositol, vitamines) pour contribuer présumément à l’effet stimulant de ces boissons (Tableau 1). Il n’y a pas de contre-indications pour le glucuronolactone, l’inositol et les vitamines du complexe B.  Ces 3 substances ont peu ou pas d’effets indésirables et elles sont sans risque pour la santé aux doses contenues dans les boissons énergisantes. Le ginseng pourrait avoir des effets nuisibles pour les patients atteints d’hypertension artérielle, de problèmes cardiaques, de diabète, de schizophrénie, et d’insomnie. De plus, il a été démontré que les composants actifs du ginseng peuvent avoir des interactions avec d’autres molécules ou médicaments causant, par exemple, une augmentation des effets de la caféine, des anticoagulants et des antiplaquettaires.

Tableau 1. Principaux ingrédients contenus dans les boissons énergisantes : teneur par dose et description sommaire. Adapté de INSPQ, 2010. 

Ingrédient Teneur par doseDescription sommaire
Caféine 50-350 mgSource synthétique ou naturelle, stimulant mineur du système nerveux central.
Guarana 35-350 mgSource naturelle de caféine, stimulant mineur du système nerveux central.
Taurine 25-4000 mgAcide aminé
Ginseng 25-600 mgSource naturelle de ginsénosides, stimulant mineur du système nerveux central.
Glucuronolactone600-1135 mgMolécule produite par le foie à partir du glucose. On l’ajoute aux boissons énergisantes pour ses propriétés détoxifiantes présumées.
Inositol10-150 mgMolécule organique cyclique qui joue un rôle important de messager secondaire dans les cellules.
Vitamines du complexe BSelon la vitamineVitamines hydrosolubles (B2, B3, B6, B12), notamment impliquées dans le métabolisme de l’énergie.
Sucre0-72 gNutriment fournissant 4 kilocalories par gramme.

Caféine
La caféine est un alcaloïde présent dans plusieurs plantes (dont les graines du caféier, du cacaoyer et du guarana, la noix de kola, les feuilles du théier et du yerba mate) où elle joue un rôle de pesticide naturel, la caféine entraînant la paralysie, voire la mort de certains insectes qui se nourrissent de la plante.

C’est la substance psychoactive la plus consommée dans le monde, principalement sous forme de café, thé, boissons gazeuses, boissons énergisantes et chocolat. Pour consommation humaine, la caféine est classée dans la catégorie des substances moyennement toxiques, et la Food and Drug Administration des É.-U. l’inclut dans la liste des substances généralement reconnues comme sans danger (Generally recognized as safe). La consommation régulière de café est bénéfique pour la santé puisqu’elle a été associée à un risque réduit de maladies cardiovasculaires, neurodégénératives, de certains cancers et de la mortalité en général (voir cet article de l’Observatoire sur le sujet).

En quantité modérée, la caféine ne présente aucun risque pour la plupart des personnes, mais un excès peut causer des effets néfastes tels des maux de tête, de la nervosité, de l’irritabilité et de l’insomnie. Les femmes enceintes devraient éviter de consommer des boissons énergisantes et autres boissons caféinées, à cause des risques de fausse couche et de retard de croissance fœtale qui sont liés à la caféine. Santé Canada déconseille les boissons énergisantes aux femmes enceintes ou qui allaitent, ainsi qu’aux enfants de moins de 12 ans. Santé Canada recommande de limiter l’apport quotidien maximal en caféine à 400 mg pour les adultes en bonne santé (environ 5 canettes contenant chacune 80 mg de caféine). L’apport quotidien maximal en caféine pour les femmes qui prévoient devenir enceintes, qui sont enceintes ou qui allaitent est de 300 mg. Pour les enfants, l’apport maximal est 2,5 mg/kg par jour, soit environ (selon le poids corporel) :

  • 45 mg pour les enfants de 4 à 6 ans (1/2 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 1 boisson gazeuse)
  • 62,5 mg pour les enfants de 7 à 9 ans (3/4 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 1 1/2 boisson gazeuse)
  • 85 mg pour les enfants de 10 à 12 ans (1 canette de boisson énergisante contenant 80 mg de caféine ou 2 boissons gazeuses)
  • Enfants de 13 et plus : selon le poids corporel (max : 400 mg de caféine)

La quantité de caféine contenue dans la plupart des boissons énergisantes (Tableau 2) est proche ou dépasse les limites maximales recommandées pour les enfants de 12 ans ou moins. Pour les adolescents (13 ans et plus), la quantité de caféine contenue dans une canette de boisson énergisante de petit format est inférieure à la limite recommandée, mais avec une seule canette de grand format (444 mL et plus) on atteint ou dépasse la limite quotidienne recommandée. De plus, d’autres produits alimentaires susceptibles d’être consommés par les enfants contiennent de la caféine : café, thé, boissons gazeuses « cola », chocolat. Comme les autres boissons sucrées, les boissons énergisantes peuvent être nocives pour la santé dentaire si elles sont consommées fréquemment et elles fournissent un excès de sucres qui favorise le gain de poids. Par ailleurs, le nouveau Guide alimentaire canadien (2019) recommande de faire de l’eau notre boisson de choix et par conséquent de remplacer les boissons sucrées par de l’eau.

Tableau 2. Teneur en caféine de différentes boissons. Adapté de l’INSPQ.

BoissonsVolume (mL)Caféine (mg)
Café
Expresso allongé
Infusé (café filtre)
1 Tasse
237
237

75
135
Thé
Noir, régulier
Vert
1 tasse
237
237

43
30
Boissons gazeuses
Cola
1 canette ou 1 bouteille
355
590

36-46
60-76
Boisson contenant du cacao
Lait au chocolat
1 tasse
237

8
Boissons énergisantes concentrées
Red Bull
Rockstar energy shot
1 bouteille
60
73

80
200
Boissons énergisantes
Red Bull
Monster Java
Full Throttle, Red Bull, No Fear
Amp, Monster, Rockstar,
NOS
Monster, Rockstar
1 canette ou 1 bouteille
250
444
473
473
650
710

80
190
160–182
142-164
343
246

Les boissons énergisantes ciblent principalement les jeunes adultes âgés de 18 à 34 ans, qui en consomment 1 à 4 fois par mois aux États-Unis. Au Québec, une enquête aux niveaux secondaire et collégial indique qu’une majorité des jeunes ont déjà consommé une boisson énergisante et environ le quart en consommait souvent (12 %) ou à l’occasion (15 %) pour se stimuler ou se tenir éveillé. La moitié des étudiants américains au niveau collégial consomment des boissons énergisantes lorsqu’ils étudient ou qu’ils travaillent sur un projet important. Une revue récente sur les effets indésirables survenus après avoir consommé des boissons énergisantes montre que plus de 50 % des cas cliniques rapportés étaient liés au système cardiovasculaire, suivi par des problèmes neurologiques. De plus en plus d’éléments tendent à montrer que ces boissons ont des effets négatifs sur le système cardiovasculaire (voir plus loin), ce qui a mené à des recommandations spécifiques pour les adolescents afin prévenir les arythmies cardiaques.

Un sondage réalisé sur le web auprès d’adolescents (12-17 ans) et de jeunes adultes (18-24 ans) canadiens indique que plus de la moitié de ceux qui ont consommé des boissons énergisantes ont rapporté avoir expérimenté au moins un effet indésirable, certains étant suffisamment sérieux pour chercher de l’aide médicale. Ces effets indésirables incluaient un rythme cardiaque accéléré (24,7 %), de la difficulté à dormir (24,1 %), maux de tête (18,3 %), nausée/vomissement/diarrhée (5,1 %), douleur thoracique (3,6 %) et convulsions (0,2 %). La prévalence des effets indésirables rapportés était significativement plus grande parmi les consommateurs de boissons énergisantes (55,4 %) que parmi les consommateurs de café (36,0 %). Davantage de consommateurs de boissons énergisantes ont considéré avoir recours à de l’aide médicale que les consommateurs de café (3,1 % vs 1,4 %).

Effets cardiovasculaires
De nombreuses études sur l’impact cardiovasculaire des boissons énergisantes auprès de jeunes personnes ont montré des effets sur le cœur, en particulier sur la pression artérielle et le rythme cardiaque. Des études récentes réalisées en mesurant la variabilité de la fréquence cardiaque ont montré que l’ingestion d’une seule canette (355 mL) de boisson énergisante sucrée fait augmenter la charge de travail du cœur (augmentation de la pression artérielle, du rythme cardiaque, du débit cardiaque et le « double produit », soit la fréquence cardiaque x pression systolique, voir Figure 1).


Figure 1. Conséquences hémodynamiques de la consommation d’une boisson énergisante sucrée. Adapté de Grasser et coll., Adv. Nut., 2016.

En plus de l’augmentation de la pression artérielle systolique et de l’intervalle QT, une étude a démontré que la consommation de boissons énergisantes peut mener à des altérations de l’agrégation plaquettaire et de la fonction endothéliale.

Des chercheurs ont voulu savoir si c’est la caféine contenue dans les boissons énergisantes ou plutôt les autres composés qu’elles contiennent qui cause parfois des effets nuisibles. Dans une étude randomisée contrôlée avec permutation des groupes, les jeunes participants ont consommé soit 946 mL d’une boisson énergisante contenant de la caféine et plusieurs additifs (sucre, vitamines, taurine, ginseng, L-carnitine, glucuronolactone, inositol, extrait de guarana, maltodextrine) ou 946 mL d’une boisson contenant la même quantité de caféine, et seulement du jus de lime et de l’eau gazeuse. Des mesures de la pression artérielle et des électrocardiogrammes ont été prises avant et 1, 2, 4, 6 et 24 heures après avoir consommé ces boissons. La pression systolique était significativement plus élevée 6 heures après avoir consommé la boisson énergisante, par comparaison à la boisson contrôle caféinée. L’intervalle QTc était significativement plus élevé (≈10 millisecondes) dans le groupe qui a consommé la boisson énergisante que dans le groupe témoin (caféine) à 2 h, mais pas à 4 h, 6 h et 24 h. Il faut savoir que l’augmentation de l’intervalle QTc est un marqueur reconnu d’un risque accru d’arythmies mortelles. Les résultats de cette étude suggèrent que les ingrédients autres que la caféine qui sont présents dans les boissons énergisantes pourraient avoir des effets néfastes pour le cœur.


Figure 2. Intervalle QT normal et anormal (long) sur l’électrocardiogramme.

Une autre étude rapporte que 57 % des participants qui ont consommé 32 onces (946 mL) d’une boisson énergisante avaient par la suite un QTc >500 millisecondes, une condition connue sous le nom de « syndrome du QT long acquis ». Ce syndrome prédispose les personnes qui en sont atteintes à des arythmies ventriculaires, en particulier aux torsades de pointes, une tachycardie ventriculaire polymorphe qui peut mener à la fibrillation ventriculaire. Des nouvelles études auprès d’un plus grand nombre de participants seront nécessaires pour confirmer ou infirmer ces résultats. Par ailleurs, la Food and Drug Administration des É.-U. requiert un examen approfondi des effets sur QT/QTc pour tous les nouveaux médicaments et une prolongation de plus de 10 millisecondes déclenche un processus de vérification réglementaire. Plusieurs médicaments et produits naturels ont été retirés du marché pour cause de prolongement de l’intervalle QT/QTc (ex. : antitussifs, suppléments contenant de l’éphédra).

La plus récente étude randomisée contrôlée avec placebo et permutation des groupes confirme les effets potentiellement nuisibles des boissons énergisantes sur le cœur. Dans cette étude, les participants ont consommé 2 différentes boissons énergisantes (en vente dans le commerce) ou une boisson placebo sans caféine. Les deux boissons énergisantes contenaient des quantités similaires de caféine, taurine, glucuronolactone et de vitamines. Parmi les différences entre les 2 boissons énergisantes il y avait présence de carnitine, de guarana et de ginseng dans l’une ou l’autre des boissons seulement. Le placebo contenait de l’eau gazéifiée, du jus de lime et un arôme de cerise. Les 2 boissons énergisantes ont produit une augmentation de l’intervalle QT corrigé (QTc) de 18 à 20 ms qui a persisté jusqu’à 4 h après la consommation. Par contre, le placebo n’a provoqué qu’une légère augmentation transitoire du QTc. Bien qu’aucun participant n’ait vu son QTc augmenter >500 ms, les 2 boissons énergisantes ont provoqué une prolongation du QTc de >50 ms chez 2 participants, un écart qui est associé à un risque accru d’arythmies. Les effets des boissons énergisantes sur le rythme cardiaque et la pression artérielle étaient similaires à ceux déjà observés dans les études antérieures.

Quel est l’ingrédient des boissons énergisantes qui cause l’allongement de l’intervalle QT ? Il n’y a pas de données convaincantes pour la caféine seule, non plus que pour le ginseng. Aux concentrations retrouvées dans les boissons énergisantes, aucun des ingrédients habituels tels la taurine, le guarana, la L-carnitine, les sucres ou les vitamines B n’est connu pour causer l’allongement de l’intervalle QT.

Une revue des cas d’événements cardiovasculaires survenus après avoir consommé des boissons énergisantes a recensé 15 cas qui ont fait l’objet d’une publication avant 2014 : 5 arythmies auriculaires, 5 arythmies ventriculaires, 1 syndrome du QT long et 4 cas d’élévation du segment ST. Dans la majorité des cas, aucune anomalie cardiaque prédisposant à un événement cardiovasculaire n’a été identifiée. Parmi les 11 cas graves (c.-à-d. arrêt cardiaque, arythmie ventriculaire ou élévation du segment ST), 5 personnes ont rapporté avoir consommé de grandes quantités de boissons énergisantes en peu de temps, 4 ont rapporté avoir consommé aussi de l’alcool ou d’autres drogues et 2 se sont avérés avoir une canalopathie (dysfonctionnement des canaux ioniques membranaires). Bien qu’une relation de cause à effet ne puisse être établie, les auteurs conseillent aux médecins d’être vigilants et de demander systématiquement à leurs patients s’ils ont consommé des boissons énergisantes lorsque de pareils cas surviennent. Les consommateurs vulnérables comme les jeunes doivent être avisés qu’il faut faire preuve d’une grande prudence quand les boissons énergisantes sont consommées en excès ou avec de l’alcool ou des drogues.

 

 

 

 

 

 

 

Pour demeurer mince, évitez les aliments ultratransformés

Pour demeurer mince, évitez les aliments ultratransformés

MIs à jour le 30 mai 2019

Nos habitudes alimentaires se sont considérablement modifiées au cours des dernières années.  Parfois pour le mieux, par exemple en profitant de la disponibilité de plusieurs aliments, ingrédients et épices provenant des quatre coins du globe pour diversifier notre alimentation et élargir nos horizons culinaires.  Mais aussi parfois pour le pire, notamment en raison d’une augmentation très importante de la consommation d’aliments industriels ultratransformés riches en gras, en sucre, et en sel (voir l’encadré pour la définition d’aliments ultratransformés).  La révolution engendrée par ces « nouveaux » aliments est particulièrement remarquable : alors que ces produits n’existaient même pas il y a un siècle à peine, ils représentent actuellement environ 50 % de l’ensemble des calories consommées par la population.

Malheureusement, la plupart de ces produits ultratransformés doivent être considérés comme des aliments de piètre qualité nutritionnelle. Non seulement leur contenu élevé en sucre et en gras leur confère une très forte densité énergétique qui favorise la surconsommation de calories, mais l’utilisation d’ingrédients peu coûteux pour leur fabrication fait aussi en sorte aussi qu’ils sont dépourvus de plusieurs éléments essentiels retrouvés dans les aliments non transformés (fibres, oméga-3, polyphénols, vitamines, minéraux, etc.). Pour toutes ces raisons, on recommande de limiter autant que possible la consommation de ces aliments ultratransformés et de privilégier les repas cuisinés à la maison, tel que proposé dans la dernière version du guide alimentaire canadien.

Aliments ultratransformés: la classification NOVA

Au lieu de la classification traditionnelle des aliments selon leur contenu en certains nutriments (protéines, glucides, vitamines), des chercheurs brésiliens ont proposé en 2009 une nouvelle façon de les catégoriser selon leur degré de transformation. Cette classification, appelée NOVA, comprend 4 groupes :

Groupe 1 : Aliments peu ou non transformés

Les aliments non transformés peuvent être d’origine végétale (feuilles, pousses, racines, tubercules, fruits, noix, graines) ou animale (viande, œufs, lait). Ces aliments sont périssables et doivent être consommés peu de temps après leur production. On dit de ces aliments qu’ils sont « peu transformés» lorsqu’ils sont soumis à certains traitements qui augmentent leur durée de conservation (lavage, congélation, pasteurisation, etc.) ou qui modifient leur goût (fermentation en yogourt, torréfaction du café), mais sans altérer leurs propriétés nutritionnelles.

Exemples : Fruits et légumes (frais, congelés), les céréales, champignons, les viandes et poissons, les fruits de mer, les volailles, les œufs, le lait pasteurisé, les yogourts natures, le café, le thé, les épices, les noix et graines.

Groupe 2 : Ingrédients culinaires

Ces produits sont obtenus à partir des aliments du groupe 1 par diverses transformations physiques (pressage, meulage, raffinage). Ces ingrédients ne sont pas consommés tels quels, mais plutôt utilisés en combinaison avec les aliments du groupe 1 pour cuisiner différents plats.

Exemple : huiles végétales, farines, beurre, sucre, sel, vinaigre.

Groupe 3 : Aliments transformés

Les aliments de ce groupe sont des produits fabriqués avec des aliments du groupe 1, auxquels sont ajoutées des substances du groupe 2 (sel, huile, sucre…) pour augmenter leur durée de vie, ou encore en utilisant différents procédés destinés à les rendre plus attirants et meilleurs au goût. Bien que ces produits conservent généralement les attributs et les constituants des aliments de base dont ils sont issus, leur profil nutritionnel est la plupart du temps altéré en raison de l’ajout de gras, de sucre ou de sel.

Exemple : aliments en conserve, aliments fumés, charcuteries, fromages. À noter que les boissons alcoolisées, qui sont réalisées à partir de la fermentation d’aliments du premier groupe, font aussi partie du groupe 3.

Groupe 4 : Aliments ultratransformés

Ces produits sont de pures créations industrielles fabriquées à partir de plusieurs ingrédients isolés. Certains de ces ingrédients sont du groupe 2 (sucre, huile, farine, sel), tandis que d’autres sont inconnus dans la nature et fabriqués industriellement (protéines hydrolysées, huiles hydrogénées, amidons modifiés). Les produits ultratransformés contiennent également une vaste gamme d’additifs destinés à améliorer leur apparence, goût, texture et durée de conservation (émulsifiants, stabilisants, texturants, colorants, saveurs artificielles, édulcorants). En somme, les produits ultratransformés ne sont pas des aliments au sens où on l’entend habituellement, mais plutôt une combinaison d’ingrédients, agencés de façon à donner l’illusion d’un aliment.

Exemples : Céréales du petit déjeuner, soupes et nouilles instantanées, pâtisseries, gâteaux, pains, diverses collations sucrées ou salées (croustilles, barres tendres, biscuits, craquelins, etc.), boissons gazeuses ou énergisantes, margarine, friandises, mets « prêt-à-manger » (croquettes de poulet ou poisson, pizzas et pâtes surgelées, etc.).

Aliments ultratransformés et gain de poids

Un des principaux arguments contre les aliments ultratransformés est qu’on soupçonne depuis plusieurs années que leur forte teneur en calories pourrait favoriser le développement de l’obésité.  Par exemple, tous les pays, sans exception, qui ont augmenté la proportion d’aliments industriels ultratransformés dans leur alimentation doivent composer avec une plus grande proportion d’individus obèses. Ceci est particulièrement frappant dans les pays en transition économique, où la grande disponibilité et le faible coût des aliments ultratransformés font en sorte que l’incidence de l’obésité a augmenté en flèche, et ce même chez les personnes pauvres.

Une étude tout à fait remarquable vient de confirmer ce lien étroit qui existe entre la consommation d’aliments ultratransformés et le gain de poids.  Dans cette étude clinique randomisée réalisée par l’équipe du Dr Kevin Hall (National Institute of Heath), les chercheurs ont comparé les effets d’un régime composé exclusivement d’aliments ultratransformés à celui d’un régime basé sur la consommation d’aliments peu transformés.  Ils ont recruté 20 personnes jeunes en bonne santé (mais qui présentait un léger excès de poids avec un IMC moyen de 27) et, moyennant une compensation financière de 6000$, les volontaires ont accepté d’être hébergés pendant 28 jours consécutifs dans les laboratoires du centre, sans possibilité de sortie et avec l’obligation de se nourrir exclusivement à partir des repas faits à partir d’aliments ultratransformés (groupe 1) ou peu transformés (groupe 2) préparés par l’équipe de recherche.  Dans tous les cas, les repas ont été élaborés pour être équivalents en termes de calories, de densité énergétique, de gras, de sucre et de sel, mais différaient forcément beaucoup quant aux types de sucres et de gras présents.  Par exemple, les aliments ultratransformés contenaient beaucoup plus de sucres ajoutés (54 % des sucres totaux, comparativement à 1 % pour les aliments peu transformés), de gras saturés (34 % des gras totaux, comparativement à 19 %) et quatre fois moins d’oméga-3.  Les sujets ont reçu l’instruction de manger à leur faim, sans se préoccuper des quantités ingérées.

Pendant les deux premières semaines, chacun des participants a mangé 3 repas par jour du groupe 1 (aliments ultratransformés comme des céréales, muffins, pain blanc ou yogourts aromatisés pour le petit déjeuner, sandwiches de charcuteries pour le diner et  croquettes de poulet pour le souper) ou du groupe 2 (aliments peu transformés comme des fruits et légumes frais, œufs, poisson, volaille, grains entiers, noix) (la différence entre les types de repas consommés par les participants peut être visualisée ici). Des collations étaient mises à la disposition des volontaires toute la journée (croustilles, craquelins et barres tendres pour le groupe 1 ou noix, amandes et fruits  pour le groupe 2). Pour les deux semaines suivantes, les volontaires sont passés à l’autre régime, c’est-à-dire que ceux qui avaient mangé les aliments ultratransformés étaient maintenant nourris avec les aliments peu transformés et vice versa.

Le résultat le plus spectaculaire de l’étude est que le simple fait d’être exposé aux aliments ultratransformés provoque une hausse très importante de la quantité de calories consommées tout au long de la durée de l’étude (Figure 1).  Globalement, cette hausse est d’environ 510 kcal par jour, résultat d’une augmentation de l’apport en glucides (280 kcal /jour) et en gras (230 kcal/ jour) (mais non en protéines).

Figure 1. Comparaison des apports en calories chez les personnes soumises à des régimes composés d’aliments ultratransformés ou peu transformés. Tiré de Hall et coll. (2019).

Une hausse aussi importante de l’apport calorique n’est évidemment pas sans conséquence : la pesée quotidienne des participants montre une augmentation rapide du poids corporel qui atteint 1 kg dès la fin de la première semaine de l’étude (Figure 2).  À l’inverse, les personnes qui avaient consommé le régime à base d’aliments peu transformés avaient perdu 1 kg durant la durée de l’étude, résultant en une différence nette de 2 kg avec les personnes nourries avec des aliments ultratransformés.  C’est énorme, surtout si l’on considère que ces différences peuvent être observées en deux semaines à peine.

Figure 2.  Variation du poids corporel associée à la consommation d’aliments ultratransformés ou peu transformés. Tiré de Hall et coll. (2019).

Pourquoi manger plus ?

Les aliments ultratransformés sont conçus d’abord et avant tout pour provoquer un plaisir sensoriel  (apparence, texture) et satisfaire à notre inclination naturelle pour le gras, le sucre et le sel. On aurait donc pu s’attendre à ce que la plus forte consommation de ces aliments par les participants de l’étude soit due au fait qu’ils avaient préféré manger ces repas plutôt que ceux concoctés à partir d’aliments peu transformés.  Ce n’est pourtant pas le cas, car le degré de satisfaction des participants à l’égard des deux classes d’aliments était identique, autant au point de vue de l’appétit que du plaisir associé à leur consommation.  La principale différence observée entre les deux groupes est que les personnes mangeaient presque deux fois plus rapidement lorsque leurs repas étaient composés d’aliments ultratransformés plutôt que peu transformés (50 kcal/min comparativement à 30 kcal/min).  Ceci est probablement dû au fait que les aliments ultratransformés sont généralement plus faciles à mastiquer et à avaler, ce qui permet l’ingestion d’une plus grande quantité de nourriture dans un plus court laps de temps et donc d’un excès calorique.  En ce sens, il faut noter que les chercheurs ont observé que les taux sanguins du peptide YY (une hormone qui diminue l’appétit) étaient augmentés chez les personnes qui mangeaient des aliments peu transformés, tandis que les taux de ghréline (une hormone qui stimule l’appétit) étaient diminués. Il est donc possible que la consommation d’aliments ultratransformés dérègle nos mécanismes impliqués dans la satiété, ce qui favorise une surconsommation de nourriture.

Ces observations suggèrent fortement que la consommation d’aliments ultratransformés joue un rôle prédominant dans  la hausse vertigineuse de l’incidence de personnes en surpoids à l’échelle mondiale. Il s’agit vraiment d’une avancée majeure, qui a le potentiel de révolutionner notre compréhension des mécanismes responsables de cette épidémie d’obésité.  Depuis plusieurs années, l’excès de poids est toujours considéré sous l’angle d’un apport excessif en gras ou en sucre et on ne compte plus le nombre de régimes « miracles » qui promettent des pertes de poids importantes en coupant l’un ou l’autre.  Pourtant, comme nous l’avons mentionné dans un autre article, il n’y a pas réellement de différence cliniquement significative quant à l’efficacité des régimes faibles en gras (low-fat) ou en glucides (low-carb) à induire des pertes de poids à long terme.  Au lieu de se préoccuper outre mesure des quantités de gras et/ou de sucre ingérées, l’étude du Dr Hall suggère fortement que c’est la source de ces nutriments qui représente le facteur le plus important dans le contrôle du poids corporel.  Pour demeurer mince, la clé est donc de manger le plus souvent possible des aliments peu transformés et limiter au minimum la consommation d’aliments industriels ultratransformés. D’autant plus que plusieurs études récentes ont montré que les personnes qui consomment régulièrement ce type d’aliments sont à plus haut risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité prématurée.

 

 

 

 

 

Interactions entre les produits naturels et les médicaments

Interactions entre les produits naturels et les médicaments

Le texte qui suit est tiré en partie de cet article en anglais :
« Common Herbal Dietary Supplement—Drug Interactions » par Asher et coll, Am. Fam. Physician, 2017.

De plus en plus de personnes prennent des suppléments de produits naturels provenant de plantes en même temps que des médicaments sous ordonnance. Il a été estimé que 40 à 60 % des Américains adultes qui sont atteints d’une maladie chronique utilisent des suppléments de produits naturels, et parmi ceux qui prennent des médicaments sous ordonnance 20 à 25 % consomment en même temps un ou plusieurs suppléments. Or l’on sait que certains suppléments, tels le millepertuis (Saint John’s wort en anglais) et l’hydraste du Canada (goldenseal en anglais) et des aliments tels le pamplemousse ont d’importantes interactions avec les médicaments, et que par conséquent la plupart des patients sous médication doivent éviter de consommer ces produits. Certains produits naturels ont des interactions avec certains médicaments spécifiques et ils sont probablement sûrs avec d’autres types de médicaments. Enfin, d’autres produits naturels ont peu d’interactions connues et peuvent être consommés sécuritairement avec des médicaments, en prenant certaines précautions et en tenant compte de l’état de santé de chacun.

Les risques d’interactions avec les médicaments surviennent lorsque les molécules contenues dans les produits naturels partagent les mêmes mécanismes pharmacocinétiques d’absorption, de distribution, de métabolisme ou d’excrétion (ADME) que les médicaments. La compétition entre les composantes des produits naturels et un médicament par un mécanisme ADME commun peut causer une baisse ou une hausse de la concentration du médicament au site d’action. D’autres interactions moins communes sont dites pharmacodynamiques parce que, dans ce cas, les composantes phytochimiques des suppléments ont une action pharmacologique directe, sans qu’il y ait modification de la concentration du médicament pris concurremment.

Connaître les détails biochimiques sous-jacents aux mécanismes ADME est très important pour identifier les interactions pharmacocinétiques potentielles entre les produits naturels et les médicaments. La plupart des mécanismes ADME impliquent quatre superfamilles de protéines : les enzymes métaboliques du cytochrome P450 (CYP) ; l’enzyme de conjugaison uridine diphosphate-glucuronyltransférase (UGT) ; les transporteurs à « ATP Binding Cassette » (ABC) de type influx ou efflux ; les transporteurs d’anions organiques (OATP). Les enzymes CYP et UGT rendent les médicaments plus hydrosolubles et par conséquent plus faciles à éliminer par l’organisme. Les transporteurs ABC (ex. : la glycoprotéine P ou P-gp, un transporteur d’efflux) et OATP sont impliqués dans le transport des médicaments et leurs métabolites à travers différents compartiments du corps humain (intestin, foie, barrière hématoencéphalique). Six enzymes CYP seulement sont responsables du métabolisme de 80 % des médicaments sous ordonnance.

Un exemple bien connu d’interaction d’un produit naturel avec des médicaments est celui du pamplemousse (jus ou fruit entier). Le pamplemousse et d’autres agrumes tels l’orange amère contiennent des furanocoumarines qui inhibent des enzymes métaboliques intestinales telles que CYP3A4 et des transporteurs intestinaux.  L’enzyme CYP3A4 est responsable du métabolisme d’environ 50 % des médicaments. L’inhibition de cette enzyme par les furanocoumarines peut avoir deux effets différents selon que le médicament est transformé en métabolite inactif ou qu’il soit plutôt transformé en un métabolite actif. Dans le premier cas, la consommation de pamplemousse va ralentir la dégradation du médicament et par conséquent faire augmenter sa concentration dans l’organisme, ce qui peut conduire à une surdose. Au contraire, si le médicament est du type « promédicament », l’inhibition de l’enzyme CYP3A4 va provoquer une diminution du médicament sous forme de métabolite actif (dose réelle réduite). Dans le cas d’autres médicaments qui pénètrent dans la circulation sanguine via certains transporteurs intestinaux spécifiques, l’inhibition du transport peut causer une diminution de la concentration du médicament et par conséquent devenir ineffective. Le pamplemousse a des interactions avec plus de 85 médicaments, et ce nombre est en augmentation chaque année. Ces médicaments sont utilisés pour traiter diverses maladies, incluant les maladies cardiovasculaires (statines, antiarythmiques, antagonistes des canaux calciques), le VIH/SIDA (inhibiteurs de la protéase VIH), les allergies (antihistaminiques), la dépression, la dysfonction érectile, le rejet après une transplantation (immunosuppresseurs).

Il y a beaucoup de suppléments provenant de plantes qui sont offerts en vente libre sur le marché. Nous nous limiterons ici aux 15 suppléments à base de plantes les plus populaires, mais d’autres suppléments dont il ne sera pas fait mention dans ce texte pourraient avoir des interactions avec les médicaments. Dans le tableau 1, on retrouve les suppléments qui ont un peu de risque d’interaction avec des médicaments et ceux qui sont à risque élevé. Un troisième groupe de suppléments contient des plantes qui sont à faible risque d’interaction avec certains médicaments, mais à risque modéré ou élevé avec d’autres médicaments.

Tableau 1. Les suppléments de produits naturels à faible risque et à risque élevé d’interaction avec des médicaments.  Adapté de Asher et coll., 2017.

Plantes médicinales sous forme de supplément  Commentaires
À faible risque d’interactionsa
Actée à grappes noires (Actaea racemosa)
Peut réduire l’efficacité des statines.
Chardon-Marie (Silybum marianum)Peut réduire les concentrations de certains
médicaments qui sont métabolisés par CYP2C9
tels la warfarine (Coumadin®), la phénytoïne
(DilantinMD) et le diazépam (Valium®)
Ginkgo (Ginkgo biloba)Peut faire augmenter le risque de saignement
en combinaison avec la warfarine (Coumadin®)
Ginseng américain (Panax quinquefolius)Interaction possible avec la warfarine (Coumadin®)
Palmier nain (Serenoa repens)
Valériane (Valeriana officinalis)
À risque élevé d’interactionsa
Hydraste du Canada (Hydrastis canadensis)Il est fortement recommandé d’éviter de
consommer ce produit en combinaison avec
la plupart des médicaments (sous ordonnance
ou non).
Millepertuis (Hypericum perforatum)
Peut diminuer l’efficacité de la cyclosporine
(Sandimmune®), tracolimus (Prograf®),
warfarine (Coumadin®), inhibiteurs de protéases
irinotécan (Camptosar®), théophylline, digoxine,
venlafaxine (Effexor®) et les contraceptifs oraux.
Éviter de consommer ce produit en combinaison
avec des médicaments (sous ordonnance ou non).
a Risques d’interactions basés sur des études chez l’homme sur les principales enzymes du cytochrome P450 (c.-à-d. CYP1A2, 2C9, 2C19, 2D6, 2E1 et 3A4), le transporteur glycoprotéine P (P-gp) et l’enzyme diphosphate-glucuronyltransférase (UGT). Chaque supplément à base de plante a été évalué pour la plupart des enzymes et transporteurs énumérés.

Actée à grappes noires
La racine de l’actée à grappes noires (Actaea racemosa) contient des glucosides qui ont des effets proches de ceux des œstrogènes. Ce supplément est utilisé pour réduire les symptômes de la ménopause et pour soulager le syndrome prémenstruel et les douleurs menstruelles. L’actée à grappes noires n’a pas d’effets importants sur plusieurs enzymes du cytochrome P450 et sur le transporteur P-gp selon plusieurs études cliniques réalisées chez l’homme. Il y a cependant un problème potentiel avec une interaction avec le transporteur OATP2B1, ce qui pourrait réduire l’efficacité de certains médicaments tels l’amiodarone (antiarythmique), la fexofénadine (antihistaminique, Allegra®), le glyburide (antidiabétique) et plusieurs statines (hypolipémiants).

Ail
L’ail (Allium sativum) a plusieurs bienfaits potentiels pour la santé, incluant un léger effet hypotenseur, la prévention de l’athérosclérose, l’amélioration la circulation périphérique et le traitement des infections respiratoires. L’ail fait diminuer la concentration circulante de médicaments qui sont transportés par la P-gp, mais n’a pas d’effets sur les enzymes CYP1A2, CYP2D6 ou CYP3A4. Il ne faut donc pas prendre de supplément d’ail avec des médicaments transportés par la P-gp, tels que la colchicine (antigoutteux, traitement de cancers et de péricardites récidivantes), digoxine (cardiotonique), doxorubicine (Adriamycine®, anticancéreux), quinidine (antiarythmique), rosuvastatine (Crestor®), tacrolimus (immunosuppresseur), vérapamil (antiarythmique).

Canneberge
La canneberge (genre Vaccinium) est riche en vitamine C et autres antioxydants, dont la proanthocyanidine. Parmi les vertus thérapeutiques alléguées (mais non prouvées) de la canneberge, il y a la prévention de l’athérosclérose, des infections urinaires et de l’estomac (H. pylori) et de l’inflammation des gencives. La canneberge n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2C9 et CYP3A4 dans les études cliniques chez l’homme. La canneberge n’interfère pas non plus avec la warfarine (Coumadin®). Il est peu probable que la canneberge ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Chardon-Marie
Le chardon-Marie (Silybum marianum) est utilisé pour combattre les troubles digestifs, les maladies du foie et de la vésicule biliaire. Le chardon-Marie n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1, CYP3A4 ou le transporteur P-gp dans les études cliniques chez l’homme. Il est possible que le chardon-Marie inhibe l’enzyme CYP2C9 et qu’il fasse diminuer par conséquent la concentration des médicaments tels la warfarine (Coumadin®), la phénytoïne (DilantinMD) et le diazépam (Valium®).

Curcumine
La curcumine est le pigment principal du curcuma (Curcuma longa), de couleur jaune éclatant, qui est utilisé comme colorant alimentaire et comme supplément. La curcumine est utilisée en supplément pour traiter les troubles digestifs, soulager les maladies inflammatoires (ex. : arthrite rhumatoïde) et il pourrait aussi prévenir des maladies cardiovasculaires et certains cancers (non prouvé). Une étude montre que la curcumine induit l’expression de l’enzyme CYP1A2, ce qui pourrait causer une diminution des niveaux de plusieurs médicaments antidépresseurs et antipsychotiques. D’autre part, quelques études cliniques chez l’homme ont montré que la curcumine n’a pas d’effet sur plusieurs enzymes métaboliques importantes, incluant CYP3A4, CYP2C9 et UGT.

Échinacée
L’échinacée (Echinacea purpurea) est utilisée pour prévenir les infections des voies respiratoires supérieures (rhume, sinusite) et des voies urinaires et pour prévenir le rhume. L’échinacée n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP2D6 et CYP2C9, non plus que le transporteur P-gp dans les études chez l’homme. Des résultats contradictoires ont cependant été publiés sur les effets de l’échinacée sur les enzymes CYP3A4 et CYP1A2. Il faut par conséquent être prudent lorsque l’on prend des médicaments qui sont métabolisés par ces deux enzymes, ce qui inclut des antidépresseurs et des antipsychotiques.

Ginkgo
Le ginkgo (Ginkgo biloba) est utilisé pour atténuer les symptômes de l’anxiété et du déclin cognitif (démences), les troubles de la vue (rétinopathie, glaucome) et le syndrome prémenstruel. Le ginkgo est un inhibiteur de l’agrégation plaquettaire et pourrait donc en théorie accroître le risque de saignements, en particulier en combinaison avec des médicaments antiplaquettaires ou anticoagulants. Cependant, plusieurs études cliniques et populationnelles n’ont pas détecté de risque accru de saignement avec des suppléments de ginkgo. Par contre, il semble que dans une seule étude, le ginkgo en combinaison avec l’anticoagulant warfarine (Coumadin®) augmentait le risque de saignements. Les personnes qui prennent des anticoagulants devraient éviter de prendre des suppléments de ginkgo. Plusieurs études cliniques ont démontré que le ginkgo n’a pas d’effets sur les principaux enzymes métaboliques du cytochrome P450.

Ginseng américain
Le ginseng américain (Panax quinquefolius) ressemble au ginseng asiatique, mais sa composition en ginsénosides, les molécules actives de cette plante, est quelque peu différente, aussi faut-il s’abstenir de faire des généralisations sur les effets de ces deux plantes. Il y a beaucoup moins d’études publiées sur le ginseng américain que sur le ginseng asiatique. Les études précliniques suggèrent que le ginseng américain n’a pas beaucoup d’interactions avec les médicaments. Des études chez l’homme n’ont pas montré d’effets du ginseng américain avec deux médicaments contre le VIH/SIDA (indinavir et zidovudine), alors qu’une autre étude a montré une interaction de cette plante avec la warfarine. Les personnes qui prennent de la warfarine devraient donc surveiller avec soin leur INR (International Normalized Ratio), une mesure de la coagulation sanguine, ou éviter de prendre des suppléments contenant du ginseng américain.

Ginseng asiatique
Le ginseng asiatique (Panax ginseng) induit l’expression de l’enzyme CYP3A4, ce qui pourrait diminuer l’efficacité de plusieurs médicaments, incluant des bloqueurs des canaux calciques, plusieurs médicaments contre le cancer et le VIH/SIDA, certains médicaments contre l’hypertension et l’hypercholestérolémie (statines) et certains antidépresseurs. Il est par conséquent suggéré d’éviter d’utiliser le ginseng asiatique, qu’il provienne de la Chine, de la Corée ou du Japon, en combinaison avec la plupart des médicaments. Cependant, plusieurs études chez l’homme ont démontré que le ginseng asiatique n’a pas d’effets sur d’autres enzymes métaboliques (CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1) ou sur le transporteur P-gp. Les médicaments métabolisés ou transportés par ces protéines pourraient donc être utilisés sans danger avec le ginseng asiatique. Les études sur les interactions avec la warfarine montrent peu ou pas d’effet.

Hydraste du Canada
L’hydraste du Canada (Hydrastis canadensis)est utilisée en médecine traditionnelle pour traiter, entre autres, les infections et inflammations gastro-intestinales et les troubles digestifs telles la gastrite et la dyspepsie. L’hydraste du Canada est un inhibiteur de deux importantes enzymes métaboliques, CYP3A4 et CYP2D6, qui métabolisent plus de la moitié des médicaments couramment utilisés. Les suppléments d’hydraste du Canada sont probablement sûrs en combinaison avec certains médicaments, mais cela n’est pas recommandé avec la plupart des médicaments.

Kava
Le Kava (Piper methysticum) est une plante apparentée au poivre, originaire du Pacifique occidental. Des infusions de kava sont utilisées pour lutter contre les symptômes du stress, de l’anxiété et de la dépression. Le kava est un hypnotique à forte dose. Le kava n’a pas d’effets sur les enzymes CYP1A2 et CYP2D6, CYP3A4 et sur le transporteur P-gp selon plusieurs les études réalisées chez l’homme. Dans une étude le kava a inhibé l’enzyme CYP2E1, une enzyme impliquée dans le métabolisme de plusieurs anesthésiques, ainsi que celui de l’acétaminophène. En outre, les résultats de deux études in vitro suggèrent une inhibition potentielle de CYP2C9 et CYP2C19, qui sont impliquées dans le métabolisme de nombreux anti-inflammatoires non stéroïdiens, bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine, Glipizide (Glucotrol), glyburide, rosiglitazone (Avandia), acide valproïque (Depakene), warfarine, inhibiteurs de la pompe à protons, phenytoïne (Dilantin), et clopidogrel (Plavix). Les patients qui prennent du kava devraient être avertis d’arrêter d’en prendre au moins cinq jours avant une intervention chirurgicale avec anesthésie générale. Les patients qui prennent des médicaments métabolisés par le CYP2C9 ou CYP2C19 doivent être surveillés de près pour d’éventuels effets cliniques indésirables et des anomalies dans les résultats de laboratoire (ex.: niveau de glucose, taux d’HbA1c, INR) ou ils ne devraient pas utiliser de suppléments contenant du kava. La prudence est de mise pour les patients qui prennent des dépresseurs du système nerveux central, tels que les benzodiazépines ou l’alcool, en raison du risque accru de somnolence et de dépression du réflexe moteur.

Millepertuis
Le millepertuis (Hypericum perforatum) est utilisé pour traiter la dépression légère et modérée, l’anxiété, les troubles psychosomatiques, l’agitation nerveuse et les troubles digestifs. Le millepertuis est un inducteur puissant de CYP3A4 et du transporteur P-gp qui réduit la concentration effective de nombreux médicaments, incluant la cyclosporine et le tacrolimus (deux immunosuppresseurs), la warfarine (anticoagulant), les inhibiteurs de protéases, l’irinotécane, la théophylline, la digoxine, la venlafaxine et des contraceptifs oraux. Il est fortement recommandé d’éviter complètement de consommer le millepertuis en même temps qu’un médicament, sous ordonnance ou non.

Palmier nain
Le palmier nain (Serenoa repens) est utilisé en médecine traditionnelle par les autochtones des Amériques pour traiter divers problèmes du système urinaire et reproducteur. Le palmier nain n’induit pas et n’inhibe pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1 et CYP3A4 dans les études cliniques chez l’homme. Il est donc peu probable que le palmier nain ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Thé vert (extrait)
Le thé vert (Camellia sinensis) traditionnellement cultivé en Asie est consommé pour prévenir les maladies cardiovasculaires et certains cancers, diminuer le taux de cholestérol sanguin et réduire la tension artérielle. Les interactions potentielles du thé vert avec les médicaments ont été étudiées in vitro et chez l’homme, mais les résultats sont contradictoires. Les études in vitro indiquent que le thé vert a des interactions alors que les études cliniques chez l’homme n’ont pas trouvé d’effets sur deux des enzymes métaboliques les plus importants (CYP2D6 et CYP3A4). Les extraits de thé vert font augmenter la concentration du médicament simvastatine (Zocor), probablement à cause de l’inhibition de la P-gp. D’autre part, des études ont montré des inhibitions des transporteurs OATP1A1 et OATP1A2 qui sont impliqués dans le transport de plusieurs médicaments, tels les statines, les fluoroquinolones, certains bêtabloquants, l’imatinib (Gleevec) et des antirétroviraux. Il faut par conséquent éviter de prendre des suppléments de thé vert avec des médicaments qui sont transportés par la P-gp, OATP1A1 ou OATP1A2.

Valériane
La valériane (Valeriana officinalis) est utilisée depuis la Grèce antique pour atténuer l’anxiété et les troubles du sommeil (insomnie). La valériane n’inhibe pas et n’induit pas les enzymes CYP1A2, CYP2D6, CYP2E1 ou CYP3A4. Il est donc peu probable que la valériane ait des interactions avec des médicaments qui puissent poser problème.

Il est important d’informer son médecin et son pharmacien des suppléments alimentaires qu’on a l’habitude de consommer, afin qu’ils puissent juger des possibles interactions avec des médicaments sous ordonnance. Or il semble que seulement le tiers des personnes qui consomment des suppléments en informe leur médecin. Puisque la majorité des patients n’informent pas leur médecin de la prise de suppléments, la stratégie la plus importante pour identifier des interactions entre les suppléments et les médicaments consiste pour le médecin à développer une relation de confiance avec ses patients, afin d’encourager une discussion sur le sujet.

Une « redécouverte » intéressante : les acides aminés à chaîne latérale ramifiée et les maladies cardiométaboliques

Une « redécouverte » intéressante : les acides aminés à chaîne latérale ramifiée et les maladies cardiométaboliques

Parmi les 20 acides aminés contenus dans les protéines, neuf sont considérés comme essentiels parce qu’ils ne peuvent être synthétisés par le corps humain et doivent donc provenir de l’alimentation. Parmi les neuf acides aminés essentiels, la leucine (Leu), l’isoleucine (Ile) et la valine (Val) sont nommées « acides aminés à chaîne latérale ramifiée » (couramment désignés BCAA, de l’anglais branched-chain amino acid) pour les distinguer des autres acides aminés aliphatiques qui ont une chaîne latérale linéaire (voir les structures ci-dessous).

Les sources alimentaires les plus riches en BCAA sont la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers. Bien que présent en moindre quantité dans les végétaux, les meilleures sources végétales de BCAA sont les légumineuses (soya, lentille, pois chiche, haricot de Lima), le blé entier, le riz brun et les noix (amande, noix de cajou et du Brésil). Les BCAA ont été étudiés depuis plusieurs décennies pour leur capacité à augmenter la synthèse des protéines musculaires et la masse musculaire durant l’entraînement physique, pour des personnes qui ont un syndrome de cachexie (perte de masse corporelle causée par une maladie) et dans le vieillissement. Les mécanismes moléculaires sous-jacents à ce phénomène impliquent l’activation de la synthèse des protéines par la leucine, principalement via la protéine régulatrice mTOR (voir plus loin). Les BCAA sont proposés sur le marché comme suppléments nutritionnels, dont les ventes annuelles sont de plusieurs millions de dollars, mais leur utilité pour les personnes en bonne santé qui n’ont pas de carence en protéines a été mise en doute.

BCAA et maladies cardiométaboliques
Si les BCAA ont des effets bénéfiques dans des conditions où la balance énergétique est négative, cela n’est pas le cas lorsqu’il y a un surplus énergétique (voir cette revue en anglais). En effet, les concentrations sanguines de BCAA et des acides aminés aromatiques phénylalanine (Phe) et tyrosine (Tyr) augmentent de façon chronique chez les personnes atteintes de maladies associées à l’obésité, telles que le diabète de type 2, la résistance à l’insuline et les maladies cardiovasculaires, des maladies désignées « cardiométaboliques ». Cette observation a tout d’abord été faite il y a 50 ans, mais elle avait été rapidement éclipsée par la découverte de l’hypercholestérolémie et autres dyslipidémies. Cependant, l’avènement de la métabolomique (étude des métabolites dans un organisme ou tissu donné) a permis à des chercheurs de répliquer les mêmes résultats d’il y a 50 ans, c.-à-d. une hausse de la concentration sanguine des BCAA, Phe et Tyr accompagnée d’une baisse de la concentration de la glycine (Gly) chez des personnes obèses par rapport à des personnes minces et sensibles à l’insuline. La métabolomique a aussi permis d’identifier que chez les personnes obèses les métabolites liés aux BCAA augmentent davantage que les métabolites liés aux lipides.

L’augmentation des concentrations de BCAA, Phe et Tyr dans le sang a été associée à un risque 5 fois plus élevé de développer le diabète de type 2 dans deux cohortes distinctes. De plus, une baisse de concentrations circulantes de ces acides aminés suite à des interventions (régime DASH, soutien psychologique) visant à faire perdre du poids à des personnes obèses était fortement associée à une amélioration de la sensibilité à l’insuline. Des personnes obèses qui ont subi une opération de by-pass gastrique ont vu leur concentration circulante de BCAA, Phe et Tyr chuter spectaculairement, davantage que des personnes qui avaient perdu autant de poids suite à une intervention sur le régime alimentaire. Ce dernier résultat est intéressant puisque l’on sait que les méthodes chirurgicales améliorent davantage le contrôle de la glycémie pour les personnes obèses que les interventions axées sur le mode de vie.

Même si les cellules humaines ne peuvent synthétiser les BCAA, les bactéries intestinales en ont la capacité et la production de BCAA y est activée chez les personnes obèses par rapport aux personnes minces. Par ailleurs, la transplantation du microbiote de personnes obèses dans des souris exemptes de germes (sans aucune bactérie intestinale) cause une hausse significative des BCAA dans le sang. Des analyses auprès de 674 Suédois ont permis d’identifier 19 métabolites associés à un indice de masse corporelle (IMC) élevé, dont l’acide aminé glutamate, les BCAA et leurs métabolites. De plus, l’analyse du microbiote des participants à l’étude a permis de montrer que certaines bactéries en particulier sont associées à l’obésité ainsi qu’aux métabolites liés à l’obésité.

BCAA et maladies cardiovasculaires
Une étude prospective auprès de 27 041 femmes de la cohorte de la Women’s Health Study a montré qu’il y a une association entre les niveaux élevés de BCAA circulants et certaines maladies cardiovasculaires (MCV). Durant les 18,6 années de suivi de l’étude, 2207 événements cardiovasculaires sont survenus. Des niveaux élevés de BCAA totaux (Leu, Val et Ile) étaient associés à un risque relatif 13% plus élevé de MCV, une augmentation comparable au risque associé à des niveaux élevés de cholestérol-LDL (+12%).  Des niveaux élevés de BCAA totaux étaient également associés à des risques accrus de maladie coronarienne (+16 %), de revascularisation (+17 %) et d’AVC (+7 %).

L’association entre les niveaux de BCAA et les MCV était plus prononcée pour les femmes qui avaient développé un diabète de type 2 avant de subir un événement cardiovasculaire, en particulier pour les événements coronariens (résultats résumés dans la figure 1). L’association est statistiquement significative pour les MCV en général (P<0,05) et la revascularisation (P<0,05), mais pas pour l’infarctus du myocarde (P=0,059) et l’AVC (P=0,066).

Figure 1. Associations entre les niveaux de BCAA circulants au début de l’étude et les MCV (P=0,036), l’infarctus du myocarde (P=0,059), l’AVC (P=0,066) et la revascularisation (P=0,019), selon le diagnostic de diabète de type 2 précédant l’événement cardiovasculaire. Adapté de Tobias et coll., Circ.: Genom. Precis. Med., 2018.

Mécanismes qui mènent aux maladies cardiométaboliques
De nombreuses études sur les effets d’une supplémentation ou une restriction en BCAA dans l’alimentation ont été réalisées dans des modèles animaux de l’obésité. Une restriction des trois BCAA dans le régime alimentaire de rongeurs obèses améliore leur sensibilité à l’insuline et le contrôle de la glycémie, réduit la concentration de plusieurs métabolites dérivés des lipides dans les muscles et augmente significativement l’oxydation (dégradation) des acides gras. Inversement, nourrir des rats avec un régime riche en matières grasses auquel on a ajouté des BCAA provoque une résistance à l’insuline et l’accumulation de lipides dans les muscles, et cela malgré une réduction de la consommation alimentaire et un plus faible gain de poids, comparé à un régime riche en matières grasses seulement.

La hausse des BCAA circulants observée chez les personnes obèses est en partie causée par la réduction de leur oxydation (dégradation) dans les muscles et en partie par une réduction du transport des BCAA du sang vers le foie. La suralimentation, particulièrement lorsque le régime alimentaire est riche en fructose, cause une accumulation de lipides dans le foie (stéatose) et une augmentation des BCAA circulants (voir figure 2).

Figure 2. Les acides aminés à chaîne latérale ramifiée : biomarqueurs et agents responsables des maladies cardiométaboliques.  Le régime alimentaire, l’obésité, le microbiote intestinal et des facteurs génétiques peuvent faire augmenter la concentration des BCAA dans la circulation sanguine. Les BCAA peuvent favoriser l’accumulation de lipides dans le foie, l’hypertrophie cardiaque et l’accumulation de lipides dans les muscles contribuant à la résistance à l’insuline. Adapté de White et Newgard, Science, 2019.

Dans les cardiomyocytes, le glucose fait diminuer la dégradation des BCAA, ce qui cause une augmentation de leur concentration et peut mener à l’activation de la synthèse des protéines via l’activation persistante de la protéine régulatrice mTORC1 et à l’hypertrophie cardiaque. Dans les muscles squelettiques, un métabolite dérivé de la valine, le 3-hydroxy-isobutyrate (3-HIB), est généré, ce qui active le transport des acides gras du sang vers le muscle. La concentration circulante de 3-HIB est par ailleurs corrélée avec la glycémie chez les personnes diabétiques.

Les BCAA sont maintenant bien établis comme des biomarqueurs des maladies cardiométaboliques. De plus en plus de données probantes indiquent qu’ils jouent un rôle dans la pathogenèse de ces maladies, surtout pour ce qui concerne l’obésité. Ce domaine de recherche sera certainement à surveiller dans les années à venir puisqu’il y a là un potentiel pour des thérapies ciblées et pour la prévention de l’obésité et des maladies cardiométaboliques.

En conclusion, il faut éviter les excès de calories, tout particulièrement celles qui proviennent du fructose si l’on veut éviter de développer une maladie cardiométabolique telle que le diabète de type 2, l’obésité et les maladies cardiovasculaires, qui sont associées à des taux élevés de BCAA circulants. L’adoption d’un régime alimentaire basé principalement sur les végétaux est certainement un moyen efficace de maintenir une bonne santé cardiométabolique.

Effet anti-vieillissement d’un mode de vie sain

Effet anti-vieillissement d’un mode de vie sain

Adopter un mode vie sain, c.-à-d. bien s’alimenter, faire de l’exercice, gérer son stress et ne pas fumer ni consommer trop d’alcool, a des effets bénéfiques sur le vieillissement de nos cellules selon la littérature scientifique récente. Un des phénomènes bien documentés qui survient lors du vieillissement cellulaire est la dégradation des télomères, des structures uniques qui se trouvent aux extrémités de chacun de nos chromosomes ; or un mode de vie sain permet de ralentir ce processus.

Télomères et vieillissement

Les télomères sont des structures répétitives d’ADN, en forme « d’épingle à cheveux », qui se trouvent aux deux extrémités des chromosomes et qui assurent l’intégrité du génome durant la division cellulaire. À chaque division, les télomères raccourcissent, jusqu’à ce qu’ils deviennent trop courts pour remplir leur fonction de protection : la cellule ne peut plus se diviser et entre alors en sénescence, puis meurt. Le raccourcissement des télomères est contrecarré par l’action de la télomérase, une enzyme qui allonge les télomères lors de chaque réplication de l’ADN. Le raccourcissement des télomères dans les cellules mononucléées du sang périphérique (lymphocytes et monocytes) est associé au vieillissement et à des maladies liées au vieillissement telles que le cancer, l’AVC, la démence, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, l’ostéoporose et le diabète de type 2. La longueur des télomères des leucocytes est statistiquement, quoique faiblement associée avec la mortalité, mais elle ne peut pas prédire la survie aussi bien que d’autres variables (âge, mobilité, cognition, tabagisme, activités de la vie quotidienne).  

Activité physique

L’entraînement physique permet d’améliorer plusieurs aspects de la santé humaine, incluant la capacité à faire de l’exercice, la régulation de la pression artérielle, la sensibilité à l’insuline, le profil lipidique, la réduction du gras abdominal et de l’inflammation. Ces effets bénéfiques contribuent à l’augmentation de la fonction endothéliale, ils retardent la progression des lésions athérosclérotiques, et améliorent la collatéralisation des vaisseaux sanguins chez les personnes atteintes de diabète de type 2, de maladie coronarienne et d’insuffisance cardiaque. Les mécanismes sous-jacents sont connus en partie, mais les détails au niveau moléculaire sont moins connus et font l’objet de nombreuses recherches.  

Le processus de vieillissement cellulaire peut être ralenti par l’exercice soutenu. Une étude publiée en 2009 a montré que l’entraînement physique soutenu chez de jeunes athlètes ou des athlètes d’âge moyen était associé à une plus grande activité de la télomérase, à l’expression accrue de protéines stabilisatrices des télomères, et à des télomères plus longs, comparé à des personnes sédentaires.

Le même groupe de recherche a réalisé récemment un essai randomisé contrôlé afin de démontrer directement que l’exercice physique est la cause de l’augmentation de l’activité de la télomérase et de la longueur des télomères. Les résultats de l’étude ont été publiés en 2018 dans la revue European Heart Journal. Les chercheurs ont recruté 124 hommes et femmes d’âge moyen (≈50 ans) qui étaient en bonne santé, mais qui ne faisaient pas d’exercice physique. Durant les six mois de l’étude, les participants ont été divisés au hasard en quatre groupes : un groupe témoin et trois groupes qui ont fait différents types d’exercices 3 fois par semaine ; un groupe a fait de l’exercice d’endurance (marche/course à pied, 45 min/jour) ; un autre groupe a fait de l’exercice par intervalles de haute intensité (4 min à haute intensité/4 min de repos, répété 4 fois) ; et un autre groupe a fait des exercices de résistance (divers appareils de musculation). Des prises de sang ont été effectuées avant, durant et à la fin de l’étude, afin de mesurer la longueur des télomères et l’activité de la télomérase dans les leucocytes (globules blancs).  

À la fin de l’étude, les personnes qui ont fait de l’exercice, peu importe le type, avaient une meilleure capacité cardio-respiratoire qu’au début de l’étude. L’activité de la télomérase était 2-3 fois plus élevée dans les leucocytes des personnes qui ont fait de l’exercice d’endurance ou par intervalles, par comparaison au groupe témoin. Par contre, cet effet n’a pas été observé chez les personnes qui ont fait des exercices de résistances (musculation). De même, la longueur des télomères était plus grande chez les personnes qui ont fait de l’exercice d’endurance ou par intervalles, mais pas chez les personnes qui ont fait des exercices de résistances.  

Ces résultats suggèrent que les exercices d’endurance tels la course à pied, la marche rapide ou la natation sont plus efficaces que les exercices de résistance pour conserver des télomères plus longs et retarder le vieillissement cellulaire. Il ne faudrait cependant pas conclure que les exercices de résistance sont inutiles pour vieillir en bonne santé. Les exercices de résistance font augmenter la forme physique générale qui est un des indicateurs les plus importants de la longévité. Les chercheurs se proposent d’étudier dans l’avenir les effets de diverses combinaisons d’exercices d’endurance et de résistance sur le vieillissement cellulaire. L’auteur principal conclue que le message central de son étude est qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à faire de l’exercice et que cela aura des effets bénéfiques sur le vieillissement. 

Approche protéomique des effets de l’exercice

Des chercheurs ont étudié les effets de l’exercice d’endurance sur l’expression de 1 129 protéines dans le plasma sanguin (protéome plasmatique), classées en 10 modules ou motifs selon leur niveau d’interconnexion. L’exercice a modifié l’expression des protéines de 4 modules chez de jeunes hommes, et de 5 modules chez les hommes plus âgés. Les modules touchés par l’exercice incluaient des protéines reliées à des voies de signalisation impliquées dans la cicatrisation, la régulation de l’apoptose (mort cellulaire), du glucose, de l’insuline et la signalisation du stress cellulaire, ainsi qu’aux réponses immunitaire et inflammatoire. Qui plus est, plusieurs modules touchés par l’exercice ont pu être corrélés avec des indicateurs physiologiques et cliniques d’une vie en bonne santé, incluant la pression artérielle diastolique, la résistance à l’insuline, la capacité aérobique maximale, et la fonction endothéliale vasculaire.  

Alimentation

Selon une revue systématique des études publiées sur le sujet, 5 études indiquent que la consommation de fruits et légumes est associée à de plus longs télomères, alors que 8 autres études n’ont pas identifié d’association significative. Pour d’autres aliments que les fruits et légumes, incluant les céréales et les viandes les données ne sont pas concluantes dans leur ensemble. Certaines études indiquent cependant des associations défavorables entre certains groupes d’aliments et la longueur des télomères : céréales, viandes transformées, boissons sucrées, gras et huiles. En ce qui concerne les habitudes alimentaires, seul le régime méditerranéen a été associé à des télomères plus longs, mais pas dans toutes les études publiées à ce jour. De futures études d’observation à plus large échelle et de nouveaux essais randomisés contrôlés plus ciblés pourraient permettre de mieux identifier les éléments du régime alimentaire qui sont bénéfiques pour le maintien des télomères et ralentir le processus de vieillissement cellulaire.

Effet du stress

Plusieurs études transversales ont rapporté des associations entre la stabilité des télomères et l’exposition au stress (articles de revue ici, ici et ici).  L’association dure tout au long de la vie et elle a été observée chez des enfants dont les mères avaient subi un stress important. Il semble que même le stress prénatal subi indirectement par le fœtus est associé à des télomères plus courts après la naissance. L’exposition prolongée ou à répétition au stress est associée à un raccourcissement des télomères et au développement de maladies liées au vieillissement telles que le diabète de type 2, des maladies cardiaques, la démence et l’arthrose. Les personnes atteintes de trouble bipolaire, de schizophrénie, de dépression majeure et du syndrome de stress post-traumatique ont des télomères plus courts selon certaines études. Le stress et les maladies mentales ont donc des effets directs sur le vieillissement de nos cellules, avec des conséquences sur la santé au cours de la vie.

Mode de vie global

Pour des hommes chez qui l’on avait diagnostiqué un cancer de la prostate de grade peu élevé, l’adoption du mode vie complètement différent et sain (alimentation basée sur les végétaux et à faible teneur en gras, exercice, gestion du stress, soutien social) a été associée à une augmentation de 10 % de la longueur des télomères dans leurs lymphocytes et monocytes, 5 ans après le début de l’intervention. Les participants du groupe témoin (surveillance active seulement) ont au contraire vu la longueur moyenne de leurs télomères diminuer légèrement (–3 %). Cette étude d’intervention ne portait que sur un petit groupe de personnes (n=30), aussi des essais randomisés contrôlés à plus grande échelle seront nécessaires pour confirmer ces résultats.  

Il y a de plus en plus de données qui indiquent que l’activité physique a une influence importante sur la santé et la qualité de vie lors du vieillissement. Ainsi les personnes âgées qui font régulièrement de l’exercice sont souvent en meilleure forme, elles sont plus musclées et elles sont moins susceptibles de développer des maladies chroniques ou des incapacités physiques que les personnes âgées sédentaires. Adopter un mode de vie qui combine une saine alimentation, l’exercice physique régulier et la gestion du stress est certainement l’une des meilleures choses à faire pour éviter ou combattre les maladies liées au vieillissement.  

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Vers un consensus sur les effets des gras alimentaires sur la santé

Le rôle des matières grasses de l’alimentation dans le développement de l’obésité, des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2 fait l’objet d’un vigoureux débat scientifique depuis plusieurs années. Dans un article récemment publié dans le prestigieux Science, quatre experts de la recherche sur les gras et glucides alimentaires avec des perspectives très différentes sur la question  (David Ludwig, Jeff Volek, Walter Willett et Marian Neuhouser) ont identifié 5 principes de base qui font largement consensus dans la communauté scientifique et qui peuvent grandement aider les non-spécialistes à s’y retrouver dans toute cette controverse.

Cette synthèse est importante, car il faut bien admettre que le public est littéralement bombardé d’affirmations contradictoires sur les bienfaits et méfaits des graisses alimentaires. Deux grands courants, diamétralement à l’opposé l’un de l’autre, se sont dessinés au fil des dernières décennies :

  • La position classique de réduction de l’apport en gras (« low-fat »), adoptée depuis les années 1980 par la plupart des gouvernements et des organisations médicales. Cette approche est basée sur le fait  que les graisses sont deux fois plus caloriques que les glucides (et donc plus obésogènes) et que les gras saturés augmentent les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires. En conséquence, l’objectif principal d’une alimentation saine devrait être de réduire l’apport total en gras (en particulier en gras saturés) et de les remplacer par des sources de glucides (végétaux, pain, céréales, riz et pâtes).  Un argument en faveur de ce type d’alimentation est que plusieurs cultures qui se nourrissent de cette façon (les habitants de l’île d’Okinawa, par exemple) présentent des longévités exceptionnelles.
  • La position « low-carb », actuellement très à la mode sous la forme du régime cétogène, prône exactement l’inverse, c’est-à-dire une réduction de l’apport en glucides et une hausse de celui en gras. Cette approche est basée sur plusieurs observations montrant que la consommation accrue de glucides des dernières années coïncide avec une augmentation phénoménale de l’incidence de l’obésité en Amérique du Nord, ce qui suggère que ce sont les sucres et non les gras qui sont responsables du surpoids et des maladies chroniques qui en découlent (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers). Un argument en faveur de cette position est que la hausse d’insuline en réponse à la consommation de glucides peut effectivement favoriser l’accumulation de graisse et que les régimes « low-carb » sont en général plus efficaces pour favoriser la perte de poids, du moins à court terme (voir notre article sur le sujet).

Parvenir à un consensus à partir de positions aussi extrêmes n’est pas facile !  Malgré tout, lorsqu’on s’attarde aux différentes formes de glucides et de gras de notre alimentation, la réalité est beaucoup plus nuancée et il est possible de voir qu’il existe un certain nombre de points communs aux deux approches.  En analysant de façon critique les données actuellement disponibles, les auteurs sont parvenus à identifier au moins 5 grands principes qui font consensus :

1) Manger des aliments non transformés, de bonne qualité nutritionnelle, permet de demeurer en santé sans avoir à se préoccuper des quantités de gras ou de glucides consommés.   Un point commun aux  approches « low-fat » et « low-carb » est que chacune d’elle est persuadée de représenter l’alimentation optimale pour la santé. En réalité, une simple observation des traditions alimentaires à l’échelle du globe permet de constater qu’il existe plusieurs combinaisons alimentaires qui permettent de vivre longtemps et en bonne santé. Par exemple, le Japon, la France et Israël sont les pays industrialisés qui présentent les deux plus faibles taux de mortalité due aux maladies cardiovasculaires (110, 126 et 132 décès par 100000, respectivement) en dépit de différences considérables dans la proportion de glucides et de gras de leur alimentation.

C’est l’arrivée massive d’aliments industriels ultratransformés riches en gras, en sucre et en sel qui est la grande responsable de l’épidémie d’obésité qui touche actuellement la population mondiale.  Tous les pays, sans exception, qui ont délaissé leur alimentation traditionnelle basée sur la consommation d’aliments naturels au profit de ces aliments transformés ont vu l’incidence d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires touchant leur population grimper en flèche. La première étape pour combattre les maladies chroniques liées à l’alimentation n’est donc pas tellement de comptabiliser la quantité de glucides ou de gras consommés, mais bel et bien de manger de « vrais » aliments non transformés. La meilleure façon d’y arriver demeure tout simplement faire une large place aux aliments d’origine végétale comme les fruits, légumes, légumineuses et céréales à grains entiers, tout en réduisant ceux d’origine animale  et en limitant au minimum les aliments industriels transformés comme les charcuteries, les boissons sucrées et autres produits de la malbouffe.

2) Remplacer les gras saturés par les gras insaturés.

L’étude des Sept Pays a montré que l’incidence de maladies cardiovasculaires était étroitement corrélée avec l’apport en gras saturés (principalement retrouvés dans les aliments d’origine animale comme les viandes et les produits laitiers). Un très grand nombre d’études ont montré que le remplacement de ces gras saturés par des gras insaturés (les huiles végétales, par exemple) était associé à une baisse importante du risque d’événements cardiovasculaires et de la mortalité prématurée. Une réduction de l’apport en gras saturés, combiné à un apport accru en gras insaturés de qualité (en particulier monoinsaturés et polyinsaturés oméga-3) représente la combinaison de matières grasses optimales pour prévenir les maladies cardiovasculaires et diminuer le risque de mortalité prématurée.

Ces bénéfices s’expliquent par les nombreux effets négatifs d’un excès de gras saturés sur la santé.  En plus d’augmenter les taux de cholestérol-LDL, un important facteur de risque de maladie cardiovasculaire, un apport élevé en gras saturés provoque une hausse de la production de molécules inflammatoires, une altération de la fonction des mitochondries (les centrales énergétiques de la cellule) et une perturbation de la composition normale du microbiome intestinal. Sans compter que les propriétés organoleptiques d’une alimentation riche en gras saturés diminuent le sentiment de satiété et encouragent la surconsommation de nourriture et l’accumulation d’en excès de graisse, un important facteur de risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers.

3) Remplacer les glucides raffinés par des glucides complexes.

La grande erreur de la « croisade anti-gras » des années 80 et 90 a été de croire que n’importe source de glucides, même les sucres présents dans les aliments industriels transformés (farines raffinées, sucres ajoutés), était préférable aux gras saturés.  Cette croyance était injustifiée, car les études réalisées par la suite ont démontré hors de tout doute que ces sucres raffinés favorisent l’athérosclérose et peuvent même tripler le risque de mortalité cardiovasculaire lorsqu’ils sont consommés en grandes quantités. Autrement dit, tout bénéfice pouvant provenir d’une réduction de l’apport en gras saturés est immédiatement contrecarré par l’effet négatif des sucres raffinés sur le système cardiovasculaire.  Par contre, lorsque les gras saturés sont remplacés par des glucides complexes (les grains entiers, par exemple), il y a réellement une diminution significative du risque d’événements cardiovasculaires.

Une autre raison d’éviter les aliments contenant des sucres raffinés ou ajoutés est qu’ils possèdent une faible valeur nutritive et causent des variations importantes de la glycémie et de la sécrétion d’insuline. Ces perturbations du métabolisme favorisent l’excès de poids, le développement d’une résistance à l’insuline et de dyslipidémies, toutes des conditions qui haussent considérablement le risque d’événements cardiovasculaires.   À l’inverse, un apport accru en glucides complexes présents dans les céréales à grains entiers, légumineuses et autres végétaux permet de maintenir la glycémie et l’insuline à des taux stables.  De plus, les aliments d’origine végétale non raffinés représentent une source exceptionnelle de vitamines, minéraux, composés phytochimiques antioxydants essentiels au maintien de la santé.  Leur contenu élevé en fibres permet également l’établissement d’un microbiome intestinal diversifié, dont l’activité de fermentation génère des acides gras à courtes chaînes dotés de propriétés antiinflammatoires et anticancéreuses.

4) Une alimentation « low-carb » riche en gras peut être bénéfique pour les personnes qui présentent des désordres dans le métabolisme des glucides.  

La recherche des dernières années montre que les personnes qui ont un métabolisme du sucre normal peuvent tolérer une plus grande proportion de glucides, tandis que celle qui présente une intolérance au glucose ou une résistance à l’insuline peuvent avoir un avantage à adopter une alimentation « low-carb » plus riche en matières grasses.

Ceci semble particulièrement vrai pour les personnes diabétiques et prédiabétiques. Par exemple, une étude italienne réalisée auprès de personnes atteintes d’un diabète de type 2 a montré qu’une alimentation riche en gras monoinsaturés (42 % des calories totales) réduisait beaucoup plus l’accumulation de gras au niveau du foie (un important contributeur au développement du diabète de type 2) qu’une alimentation faible en gras (28 % des calories totales).

Ces bénéfices semblent encore plus prononcés pour l’alimentation cétogène, dans laquelle la consommation de glucides est réduite au minimum (< 50 g par jour) (voir notre article sur le sujet). Les études montrent que chez des personnes atteintes d’un syndrome métabolique, ce type d’alimentation permet de générer une perte de masse adipeuse (totale et abdominale) plus grande qu’une alimentation hypocalorique faible en gras, de même qu’une réduction supérieure des triglycérides sanguins et de plusieurs marqueurs de l’inflammation. Chez les personnes atteintes d’un diabète de type 2, une étude récente montre que chez la majorité des patients, l’alimentation cétogène parvient à réduire les taux d’hémoglobine glyquée (un marqueur de l’hyperglycémie chronique) à un niveau normal, et ce sans médicaments autres que la metformine. Même les personnes atteintes d’un diabète de type 1 peuvent tirer des bénéfices considérables d’une alimentation cétogène : une étude réalisée auprès de 316 enfants et adultes atteints de cette maladie montre que l’adoption d’un régime cétogène permet un contrôle exceptionnel de la glycémie et le maintien d’une excellente santé métabolique sur une période de 2 ans.

5) Une alimentation « low-carb » ou cétogène ne requiert pas un apport élevé en protéines et gras d’origine animale.

Plusieurs formes de régimes faibles en glucides ou cétogènes préconisent un apport élevé en aliments d’origine animale (beurre, viandes, charcuteries, etc.) riches en gras saturés.  Comme mentionné précédemment, ces gras saturés exercent plusieurs effets négatifs (hausse des LDL, inflammation, etc.) et on peut donc se questionner sur l’impact à long terme de ce type d’alimentation « low-carb » sur le risque de maladies cardiovasculaires.   D’ailleurs, une étude récemment publiée dans Lancet indique que les personnes qui consomment peu de glucides (<40 % des calories), mais beaucoup de gras et protéines d’origine animale, ont un risque significativement accru de mort prématurée.   Pour les personnes qui désirent adopter un régime cétogène, il est donc important de réaliser qu’il est tout à fait possible de réduire la proportion de glucides de l’alimentation en substituant les céréales et autres sources de glucides par des aliments riches en gras insaturés comme les huiles végétales, les végétaux riches en gras  (noix, graines, avocats, olives) ainsi que les poissons gras.

En somme, le débat actuel sur les mérites respectifs des alimentations « low-fat » et « low-carb » n’a pas réellement sa raison d’être : pour la grande majorité de la population, plusieurs combinaisons de gras et de glucides permettent de demeurer en bonne santé et à faible risque de maladies chroniques pourvu que ces gras et glucides proviennent d’aliments de bonne qualité nutritionnelle. C’est la surconsommation d’aliments ultratransformés, riches en gras et en sucres raffinés qui est la grande responsable de la montée vertigineuse des maladies liées à l’alimentation, en particulier l’obésité et le diabète de type 2.  Restreindre la consommation de ces aliments industriels et les remplacer par des aliments « naturels », en particulier ceux d’origine végétale, demeure la meilleure façon de réduire le risque de développer ces pathologies.

Par contre, pour les personnes en surpoids qui sont atteintes d’un syndrome métabolique ou d’un diabète de type 2,  les données scientifiques actuellement disponibles tendent à montrer qu’une réduction de l’apport en glucides par les régimes « low-carb » et cétogène pourrait être bénéfique.