Contrôler l’inflammation grâce à l’alimentation

Contrôler l’inflammation grâce à l’alimentation

EN BREF

  • L’inflammation chronique participe activement à la formation et à la progression des plaques qui se forment sur la paroi des artères et qui peuvent mener à l’apparition d’accidents cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde et les AVC.
  • Deux études montrent que les personnes dont l’alimentation est anti-inflammatoire en raison d’un apport élevé en végétaux (légumes, fruits, grains entiers), en boissons riches en antioxydants (thé, café, vin rouge) ou en noix ont un risque significativement plus faible d’être touchées par une maladie cardiovasculaire.
  • Ce type d’alimentation anti-inflammatoire peut être facilement reproduit en adoptant le régime méditerranéen, riche en fruits, légumes, légumineuses, noix et grains entiers et qui a été à maintes reprises associé à une diminution du risque d’accidents cardiovasculaires.
En clinique, on estime habituellement le risque de subir un accident coronarien en se basant sur l’âge, l’historique familial, le tabagisme et la sédentarité ainsi que sur une série de mesures chiffrées comme le taux de cholestérol, la glycémie et la pression artérielle.  La combinaison de ces facteurs permet d’établir un « score » de risque de maladie cardiovasculaire, c’est-à-dire la probabilité que le patient soit touché par une maladie du cœur au cours des dix prochaines années.  Lorsque ce score est modéré (10 à 20 %) ou élevé (20% et plus), on prescrit généralement un ou plusieurs  médicaments spécifiques  en plus de préconiser des changements d’habitudes de vie afin de réduire le risque d’accident cardiovasculaire.

Ces estimations sont utiles, mais elles ne tiennent cependant pas compte d’autres facteurs connus pour jouer un rôle important dans le développement des maladies cardiovasculaires. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’inflammation chronique, un processus qui participe activement à la formation et à la progression des plaques qui se forment sur la paroi des artères et qui peuvent mener à l’apparition d’accidents cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde et les AVC.

L’importance clinique de cette inflammation chronique est bien illustrée par les études réalisées auprès de patients qui ont subi un infarctus du myocarde et qui sont traités avec une statine pour diminuer leur taux de cholestérol-LDL.  Les études montrent qu’une forte proportion (environ 40 %) de ces personnes présentent des concentrations sanguines de protéines inflammatoires trop élevées et il est probable que ce risque inflammatoire résiduel contribue au fort taux de mortalité cardiovasculaire (près de 30 %) qui touche ces patients dans les deux années suivant le début du traitement, et ce malgré une réduction importante du cholestérol-LDL.  En ce sens, il est intéressant de noter que l’anticorps canakinumab, qui neutralise une protéine inflammatoire (l’interleukine-1β), provoque une diminution légère mais significative d’accidents cardiovasculaires majeurs chez des patients coronariens.  Les statines, utilisées pour abaisser les taux de cholestérol-LDL, auraient également un effet anti-inflammatoire (réductions des taux de protéine C réactive) qui contribuerait à une diminution du risque d’accidents cardiovasculaires. Un rôle de l’inflammation est également démontré par les travaux du Dr Jean-Claude Tardif de l’ICM montrant que l’anti-inflammatoire colchicine réduit significativement le risque de récidives d’incidents cardiovasculaires.

La réduction  de l’inflammation chronique  s’avére donc une approche très prometteuse pour diminuer le risque de maladies cardiovasculaires, autant chez les personnes qui ont déjà subi un infarctus et qui sont à très haut risque de récidive que chez les personnes en santé mais à risque élevé de maladies cardiovasculaires.

Alimentation anti-inflammatoire

Deux études récemment parues dans le Journal of the American College of Cardiology suggèrent que la nature de l’alimentation peut grandement influencer le degré d’inflammation chronique et, par le fait même, le risque de maladies cardiovasculaires. Dans le premier de ces 2 articles, les chercheurs ont analysé le lien entre l’inflammation induite par l’alimentation et le risque de maladie cardiovasculaire auprès de 166 000 femmes et 44 000 hommes suivis pendant une période de 24 à 30 ans. Le potentiel inflammatoire du régime alimentaire des participants a été estimé  à l’aide d’un indice basé sur l’effet connu de divers aliments sur les taux sanguins de 3 marqueurs inflammatoires (interleukine-6, TNFα-R2, et la protéine C-reactive ou CRP).  Par exemple, la consommation de viandes rouges, charcuteries et produits industriels ultratransformés est associée à une hausse de ces marqueurs, tandis que celle de légumes, fruits, grains entiers et de breuvages riches an antioxydants (thé, café, vin rouge) est au contraire associée à une diminution de leurs taux sanguins. Les personnes qui consomment régulièrement des aliments pro-inflammatoires ont donc un indice alimentaire inflammatoire plus élevé, alors que ceux dont l’alimentation est riche en aliments anti-inflammatoires présentent un indice plus faible. En utilisant cette approche, les chercheurs ont observé qu’un indice inflammatoire alimentaire plus élevé était associé à un risque accru de maladie cardiovasculaire, avec une hausse de 40 % du risque chez les personnes présentant l’indice le plus élevé (Figure 1). Cette hausse du risque associé à l’inflammation est particulièrement prononcée pour la maladie coronarienne  (syndomes coronariens aigus dont l’infarctus du myocarde) avec un risque accru de 46 %, mais semble moins prononcée pour les accidents vasculaires cérébraux (AVC) (hausse de 28 % du risque).  L’étude montre qu’un indice d’inflammation d’origine alimentaire plus élevé était également associé à deux marqueurs de risque de maladie cardiovasculaire, soit des taux de triglycérides circulants plus élevés ainsi qu’un cholestérol-HDL plus faible. Ces résultats indiquent donc qu’il existe un lien entre le degré d’inflammation chronique généré par l’alimentation et le risque de maladies cardiovasculaires à long terme, en accord avec les données d’une méta-analyse récente de 14 études épidémiologiques qui ont exploré cette association. Figure 1.  Variation du risque de maladie cardiovasculaire en fonction du potentiel inflammatoire de l’alimentation.  Tiré de Li et coll. (2020). Les pointillés indiquent l’intervalle de confiance à 95%.

Noix anti-inflammatoires

Une  deuxième étude par un groupe de chercheurs espagnols s’est quant à elle intéressée au potentiel anti-inflammatoire des noix de Grenoble.  Plusieurs études épidémiologiques  ont rapporté que la consommation régulière de noix est associée à une diminution marquée du risque de maladie cardiovasculaire. Par exemple, une méta-analyse récente de 19 études prospectives montre que les personnes qui consomment le plus de noix (28 g par jour) ont un risque moindre de développer une maladie coronarienne (18 %) ou de décéder de ces maladies (23%). Ces réductions du risque de maladies cardiovasculaires pourraient s’expliquer en partie par les réductions des taux de cholestérol-LDL (4%) et des triglycérides (5 %) observées suite à la consommation de noix dans les études d’intervention. Par contre, ces baisses demeurent relativement modestes et ne peuvent pas expliquer à elles seules la réduction marquée du risque de maladie cardiovasculaire observée dans les études.

Les résultats de l’étude espagnole suggèrent fortement qu’une réduction de l’inflammation pourrait grandement contribuer à l’effet préventif des noix.  Dans cette étude, 708 personnes âgées de 63 à 79 ans ont été séparées en deux groupes, soit un groupe contrôle dont l’alimentation était complètement dépourvue de noix et un groupe d’intervention, dans lequel les participants consommaient environ 15 % de leurs calories quotidiennes sous forme de noix de Grenoble (30-60 g/jour).  Après une période de 2 ans, les chercheurs ont observé d’importantes variations des taux sanguins de plusieurs marqueurs inflammatoires entre les deux groupes (Figure 2), en particulier pour le GM-CSF (une cytokine qui favorise la production de cellules inflammatoires) et l’interleukine-1β (une cytokine très inflammatoire dont les taux sanguins sont corrélés avec un risque accru de mortalité lors d’un infarctus).  Cette réduction des taux de IL-1β est particulièrement intéressante, car, comme mentionné plus tôt, une étude clinique randomisée (CANTOS) a montré qu’un anticorps neutralisant cette cytokine entraine une réduction du risque d’infarctus du myocarde chez les patients coronariens. Figure 2. Réduction des taux sanguins de plusieurs marqueurs inflammatoires par une alimentation enrichie en noix.  Tire de Cofán et coll. (2020). N.B. GM-CSF: granulocyte-monocyte colony stimulating factor; hs-CRP: high-sensitivity C-reactive protein; IFN: interferon; IL: interleukin; SAA: serum amyloid A; sE-sel: soluble E-selectin; sVCAM: soluble vascular cell adhesion molecule; TNF: tumor necrosis factor.

Dans l’ensemble, ces études confirment donc qu’une alimentation anti-inflammatoire procure des bénéfices concrets en termes de prévention des maladies cardiovasculaires. Ce potentiel préventif demeure largement inexploité, car les Canadiens consomment environ la moitié de toutes leurs calories sous forme d’aliments ultratransformés pro-inflammatoires, tandis que moins du tiers de la population mange le minimum recommandé de 5 portions quotidiennes de fruits et de légumes et moins de 5 % les trois portions recommandées de grains entiers. Ce déséquilibre fait en sorte que l’alimentation de la plupart des gens est pro-inflammatoire, contribue au développement des maladies cardiovasculaires de même que celui d’autres maladies chroniques, incluant certains cancers communs comme celui du côlon, et diminue l’espérance de vie.

La façon la plus simple de rétablir cet équilibre et de diminuer l’inflammation est d’adopter une alimentation riche en végétaux, tout en diminuant l’apport en produits industriels.  Le régime méditerranéen, par exemple, est une alimentation anti-inflammatoire exemplaire en raison de son abondance en fruits, légumes, légumineuses, noix et grains entiers et son impact positif sera d’autant plus grand si la consommation régulière de ces aliments permet de réduire celle d’aliments pro-inflammatoires comme les viandes rouges, charcuteries et les produits ultratransformés.  Sans compter que  ce mode d’alimentation est également associé à un apport important en fibres, qui permettent la production d’acides gras à courtes chaînes anti-inflammatoires par le microbiote intestinal, et en composés phytochimiques comme les polyphénols qui possèdent des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires.

En résumé, ces études récentes démontrent une fois de plus l’importance du rôle de l’alimentation pour prévenir les maladies chroniques et améliorer l’espérance de vie en santé.

Les plantes d’intérieur ont-elles des effets bénéfiques sur la santé ?

Les plantes d’intérieur ont-elles des effets bénéfiques sur la santé ?

EN BREF

Avoir des plantes d’intérieur et les entretenir peut :

  • Réduire le stress psychologique et physiologique.
  • Améliorer la convalescence après une opération chirurgicale.
  • Augmenter l’attention et la concentration.
  • Augmenter la créativité et la productivité.

Dans nos sociétés modernes où tout semble aller de plus en plus vite, plusieurs ressentent les effets néfastes du stress et de l’anxiété ; or cela semble s’être accentué depuis le début de la pandémie de COVID-19. Pendant le printemps et l’été 2020, de nombreux Québécois ont profité de la belle saison pour se ressourcer dans la nature, soit en visitant un parc, en faisant du camping, de la marche en forêt ou en louant un chalet à la campagne. À l’approche de l’hiver, les contacts avec la verdure se raréfient et les voyages dans des contrées aux climats plus chauds sont risqués et fortement déconseillés par la Santé publique. À part les randonnées dans nos belles forêts de conifères, un des seuls contacts possibles avec la verdure durant ce long hiver sera nos plantes vertes dont nous prenons soin dans nos logements. Les plantes d’intérieur décorent et amènent une touche naturelle dans nos foyers, mais ont-elles des effets bénéfiques avérés sur notre santé physique et mentale ?

Réduction du stress
Une revue systématique réalisée en 2019 a répertorié quelques 50 études sur les bienfaits psychologiques des plantes d’intérieur, la plupart de ces études étant de qualité moyenne. Les effets positifs les plus notables des plantes d’intérieur sur les participants sont une augmentation des émotions positives et une diminution des émotions négatives, suivi d’une réduction de l’inconfort physique.

Dans une étude randomisée contrôlée à plan croisé auprès de jeunes adultes, les participants ont vu leur humeur s’améliorer davantage après avoir transplanté une plante d’intérieur qu’après avoir exécuté une tâche à l’ordinateur. De plus, la pression artérielle diastolique et l’activité du système nerveux sympathique (réponse physiologique au stress) des participants étaient significativement moins élevées après avoir transplanté une plante qu’après avoir exécuté une tâche à l’ordinateur. Ces résultats indiquent que l’interaction avec des plantes d’intérieur peut réduire le stress psychologique et physiologique par comparaison à un travail mental.

Les plantes au bureau
Une équipe japonaise a réalisé en 2020 une étude sur les effets des plantes en milieu de travail sur le niveau de stress psychologique et physiologique des travailleurs. Dans la première phase de l’étude (1 semaine), les travailleurs travaillaient à leur bureau en absence de plante, alors que durant la phase d’intervention (4 semaines) les participants pouvaient voir et entretenir une plante d’intérieur qu’ils ont pu choisir parmi 6 différents types (bonsaï, tillandsia, echeveria, cactus, plante à feuillage, kokedama). Les participants ont reçu l’instruction de prendre une pause de trois minutes lorsqu’ils ressentaient de la fatigue et de prendre leur pouls avant et après la pause. Durant ces pauses de 3 minutes, les travailleurs devaient regarder leur bureau (avec ou sans plante d’intérieur). Les chercheurs ont mesuré le stress psychologique avec le questionnaire sur l’anxiété chronique et réactionnelle (STAI ; State-Trait Anxiety Inventory). L’implication des participants était donc à la fois passive (regarder la plante) et active (arroser et entretenir la plante).

Le stress psychologique évalué par le STAI était significativement, quoique modérément, moins élevé durant l’intervention en présence d’une plante d’intérieur que durant la période sans plante. La fréquence cardiaque de la majorité des patients (89 %) n’était pas significativement différente avant et après l’intervention, alors qu’elle a diminué chez 4,8 % des participants et augmenté chez 6,3 % des patients. On doit conclure que l’intervention n’a pas eu d’effet sur le rythme cardiaque qui est un indicateur du stress physiologique, même si elle a réduit légèrement le stress psychologique.

Une étude réalisée auprès de 444 employés de l’Inde et des États-Unis indique que les environnements de bureau incluant des éléments naturels telles les plantes d’intérieur et l’exposition à la lumière naturelle influencent positivement la satisfaction et l’implication au travail. Ces éléments naturels semblent agir comme des « tampons » contre les effets du stress et de l’anxiété générés par le travail.

Convalescence après une opération chirurgicale
Il semble que les plantes favorisent la convalescence de patients après une opération chirurgicale selon une étude réalisée dans un hôpital en Corée. Quatre-vingts femmes en convalescence après une thyroïdectomie ont été assignées au hasard à une salle sans plantes ou à une salle avec des plantes d’intérieur (à feuillage et à fleurs). Les données recueillies pour chaque patiente incluaient la durée de l’hospitalisation, l’utilisation d’analgésiques pour contrôler la douleur, les signes vitaux, l’intensité de la douleur perçue, l’anxiété et la fatigue, l’index STAI (stress psychologique) et d’autres questionnaires. Les patientes qui ont été hospitalisées dans des chambres avec des plantes d’intérieur et des fleurs ont eu une durée d’hospitalisation plus courte, pris moins d’analgésiques, ressenti moins de douleur, d’anxiété et de fatigue, et elles ont eu davantage d’émotions positives et une plus grande satisfaction à propos de leur chambre que les patientes qui ont récupéré de leur opération dans une chambre sans plantes. Les mêmes chercheurs ont réalisé une étude similaire auprès de patients qui récupéraient après une appendicectomie. Ici encore les patients qui avaient des plantes et des fleurs dans leur chambre ont mieux récupéré de leur opération chirurgicale que ceux qui n’avaient pas de plantes dans leur chambre.

Amélioration de l’attention et de la concentration
23 élèves à l’école élémentaire (âgés de 11 à 13 ans) ont participé à une étude où ils ont été mis dans une pièce où se trouvait soit une plante artificielle, une vraie plante, une photographie d’une plante ou pas de plante du tout. Les participants portaient un appareil d’électroencéphalographie sans fil durant les 3 minutes d’exposition aux différents stimuli. Les enfants qui ont été mis en présence d’une vraie plante étaient plus attentifs, plus à même de se concentrer que ceux des autres groupes. De plus, la présence d’une vraie plante était associée à une meilleure humeur en général.

Productivité
Une étude transversale auprès de 385 travailleurs de bureau en Norvège a trouvé une association significative, quoique très modeste, entre le nombre de plantes présentes dans leur bureau et le nombre de jours de congé de maladie et la productivité. En effet, les travailleurs qui avaient davantage de plantes dans leur bureau ont pris un peu moins de journées de congé de maladie et ont été un peu plus productifs au travail. Dans une autre étude, des étudiants américains devaient accomplir des tâches à l’ordinateur, en présence ou en absence de plantes d’intérieur dans des pièces sans fenêtre. En présence de plantes, les participants ont été plus productifs (12 % plus rapide dans l’exécution des tâches) et moins stressé puisque leur pression artérielle était moins élevée qu’en absence de plantes d’intérieur.

Et la qualité de l’air ?
Les plantes purifient-elles l’air de nos logements ? C’est une question intéressante puisque nous passons beaucoup de temps dans des habitations de plus en plus étanches, et que les matériaux et notre activité (ex. : cuisine) dégagent des polluants tels les composés organiques volatils (COV), des composés oxydants (ex. : ozone) et des particules fines. Une étude de la NASA a montré que les plantes et les microorganismes associés contenus dans le sol pouvaient réduire le niveau de polluants dans une petite chambre expérimentale étanche. Ces résultats favorables obtenus en laboratoire sont-ils observables dans nos habitations, écoles et bureaux ? Certaines études (celle-ci par exemple) concluent que les plantes font diminuer les concentrations de CO2, de COV et de particules fines (PM10). Ces résultats ont cependant été remis en question par des chercheurs (voir cette étude), qui mettent en doute la méthodologie utilisée dans les études sur le sujet et qui sont d’avis que les plantes sont inefficaces pour améliorer la qualité de l’air de nos bâtiments. Selon ces chercheurs, il vaudrait mieux focaliser les efforts de la recherche sur d’autres technologies d’assainissement de l’air, ainsi que sur les effets bénéfiques des plantes sur la santé humaine.

Conclusion :
Les plantes d’intérieur peuvent procurer des bienfaits pour la santé en diminuant le stress psychologique et physiologique. Posséder et entretenir des plantes peut améliorer l’humeur et augmenter l’attention et la concentration. De nouvelles études, plus puissantes et mieux contrôlées seront nécessaires pour mieux cerner et comprendre les effets des plantes sur la santé humaine.

Un apport insuffisant en fibres alimentaires nuit au microbiote intestinal et à l’équilibre du système immunitaire

Un apport insuffisant en fibres alimentaires nuit au microbiote intestinal et à l’équilibre du système immunitaire

EN BREF

  • Le régime alimentaire typique dans les pays occidentaux ne contient pas suffisamment de fibres.
  • Cet apport insuffisant en fibres nuit aux bactéries du microbiote intestinal et par conséquent à l’immunité et à la santé de l’hôte.
  • Une consommation abondante et variée de fibres alimentaires permet de maintenir un microbiote diversifié et en santé, qui produit des métabolites qui contribuent à la physiologie et la santé humaine.

Les fibres alimentaires sont constituées de sucres complexes non digestibles par les enzymes digestives humaines, mais elles constituent une source importante d’énergie pour les bactéries intestinales qui ont la capacité de les dégrader. Ces fibres proviennent principalement des plantes, mais on en retrouve aussi dans les tissus animaux (viande, abats), les fungi (champignons, levures, moisissures) et les microorganismes d’origine alimentaire. Les principales fibres sont la cellulose, lignines, pectine, inuline, amidons et dextrines résistant aux amylases, chitines, bêta-glucanes et autres oligosaccharides. Cependant, toutes les fibres alimentaires ne peuvent être utilisées par le microbiote intestinal (la cellulose par exemple), aussi les chercheurs s’intéressent-ils plus particulièrement aux « glucides accessibles au microbiote » ou MAC (de l’anglais : microbiota-accessible carbohydrates) qui sont retrouvés dans les légumineuses, le blé et l’avoine, par exemple.

Recrudescence des allergies, maladies inflammatoires et auto-immunes
Les maladies non transmissibles, telles les allergies et les maladies inflammatoires et auto-immunes sont en hausse importante dans les pays occidentaux depuis un siècle. Même si l’on ne connaît pas toutes les causes de ces augmentations, il est fort plausible qu’elles aient une composante environnementale. La transition du régime alimentaire traditionnel au régime alimentaire occidental qui est survenu après la révolution industrielle est souvent mise en cause.   Le régime alimentaire occidental typique consiste principalement en des aliments transformés, riches en sucres et en gras, mais pauvres en minéraux, vitamines, et fibres. L’apport quotidien en fibres alimentaires recommandé est d’au moins 30 grammes (1 once), alors que les adeptes du régime alimentaire occidental n’en consomment que 15 grammes en moyenne. Par ailleurs, les personnes vivant dans des sociétés traditionnelles consomment jusqu’à 50-120 g/jour de fibres et ont un microbiote intestinal beaucoup plus diversifié que celui des Occidentaux. Un microbiote diversifié est associé à une bonne santé en général alors qu’un microbiote peu diversifié a été associé à des maladies chroniques courantes dans les pays occidentaux, telles que le diabète de type 2, l’obésité, les maladies inflammatoires de l’intestin (colite ulcéreuse, maladie de Crohn), le cancer colorectal, l’arthrite rhumatoïde et l’asthme.

Les métabolites du microbiote intestinal
Le microbiote intestinal contribue à la physiologie humaine par une production d’une multitude de métabolites. Ceux qui ont été les plus étudiés sont les acides gras à courte chaîne (AGCC), qui sont des composés organiques tels l’acétate, le propionate et le butyrate qui constituent ensemble ≥95 % des AGCC. Ces métabolites sont absorbés et se retrouvent dans la circulation sanguine via la veine porte et agissent sur le foie puis, via la circulation sanguine périphérique, sur les autres organes du corps humain. Les AGCC jouent des rôles clés dans la régulation du métabolisme humain, du système immunitaire et de la prolifération cellulaire. Les AGCC sont des métabolites produits par les microorganismes du microbiote intestinal à partir des fibres alimentaires qui sont des sucres complexes. Le microbiote produits d’autres métabolites à partir des acides aminés provenant des protéines alimentaires, incluant l’indole et ses dérivés, tryptamine, sérotonine, histamine, dopamine, p-crésol, phénylacetylglutamine, phénylacetylglycine.

Un manque de fibres alimentaires mène à la génération par le microbiote de métabolites toxiques pour l’humain
Un apport insuffisant en fibres ne mène pas seulement à une diversité réduite du microbiote et à une réduction de la quantité d’AGCC produits, mais cause aussi un changement dans le métabolisme des microorganismes vers l’utilisation de substrats moins favorables pour la santé de l’hôte. Parmi ces substrats alternatifs, les acides aminés provenant des protéines alimentaires sont fermentés par le microbiote en acides gras à chaîne ramifiée, ammoniaque, amines, composés N-nitrosés, des composés phénoliques tel le p-Crésol, sulfures et des composés indoliques. Ces métabolites sont soit cytotoxiques et/ou pro-inflammatoires et ils contribuent au développement de maladies chroniques, particulièrement le cancer colorectal.

Effets sur la production de mucus qui protège la muqueuse intestinale
Les principaux substrats utilisés par le microbiote lorsque l’apport en fibres est faible sont les mucines, des glycoprotéines contenues dans les mucus qui couvrent et protègent l’épithélium de la muqueuse intestinale. Le maintien de cette couche de mucus est très important pour prévenir les infections ; or un régime alimentaire à faible teneur en fibres altère la composition du microbiote intestinal et mène à une détérioration importante de la couche de mucus, ce qui peut augmenter la susceptibilité aux infections et à des maladies inflammatoires chroniques (voir la figure, ci-dessous). Des analyses transcriptomiques ont révélé que lorsqu’il y a un manque de fibres de type MAC, les enzymes qui dégradent le mucus sont exprimées en plus grande quantité dans les micro-organismes du microbiote. Les conséquences de la détérioration et de l’amincissement de la couche de mucus sont un dysfonctionnement de la barrière intestinale, c.-à-d. à une hausse de la perméabilité qui augmente la susceptibilité à l’infection par des bactéries pathogènes. Une alimentation riche en fibres a l’effet contraire : le microbiote est diversifié et la production abondante des métabolites AGCC stimule la production et la sécrétion de mucus par les cellules épithéliales spécialisées, dites caliciformes ou en gobelets.

Figure. Effet d’un régime alimentaire à haute teneur ou à faible teneur en fibres sur la composition et la diversité du microbiote intestinal et les répercussions sur la physiologie humaine. MAC : glucides accessibles au microbiote (microbiota-accessible carbohydrates). D’après Makki et coll., 2018.

Système immunitaire
Un microbiote intestinal en santé contribue à la maturation et au développement du système immunitaire (voir cet article de revue en français et cet article de revue en anglais). Par exemple, les acides gras à chaîne courte (AGCC) produits par le microbiote stimulent la production de lymphocytes T régulateurs. Les AGCC ont de nombreux effets sur la fonction et l’hématopoïèse des cellules dendritiques, ainsi que sur les neutrophiles qui sont les premiers leucocytes mobilisés par le système immunitaire en présence d’un agent pathogène.

Inflammation et cancer du côlon
L’incidence de maladies inflammatoires de l’intestin a augmenté considérablement en Occident depuis quelques décennies. Un régime alimentaire à faible teneur en fibres a été corrélé avec l’augmentation de l’incidence de la maladie de Crohn. Au contraire, un apport suffisant en fibres alimentaires semble protéger contre le développement de la colite ulcéreuse, un effet qui a été associé à une baisse des AGCC produits par le microbiote, le butyrate en particulier qui a des propriétés anti-inflammatoires.

Les maladies inflammatoires de l’intestin peuvent mener au développement du cancer du côlon. De plus, un apport alimentaire réduit en fibres a été associé à une incidence accrue du cancer colorectal.

Les fibres alimentaires jouent un rôle bien plus complexe qu’on le croyait il y a peu de temps, alors qu’on pensait qu’elles avaient un rôle purement mécanique dans le transit intestinal, par une augmentation du volume du bol alimentaire et par ses propriétés émollientes. Un apport alimentaire en fibres adéquat permet de maintenir un microbiote intestinal diversifié et en santé, ce qui peut prévenir le développement d’allergies, de maladies inflammatoires et auto-immunes. Le microbiote intestinal est l’objet d’intenses efforts de recherche, tel qu’en témoignent les nombreuses publications scientifiques publiées chaque mois, il n’a certainement pas livré tous ses secrets !

L’alimentation limitée dans le temps : un outil pour perdre du poids et améliorer la santé cardiométabolique

L’alimentation limitée dans le temps : un outil pour perdre du poids et améliorer la santé cardiométabolique

EN BREF

  • Les deux formes d’alimentation limitée dans le temps (jeûne intermittent) les plus populaires, sur 4 heures ou 6 heures par jour, ont été testées chez des personnes obèses.
  • Les deux régimes alimentaires ont produit la même perte de poids corporel (–3,2 %) à la fin de l’étude d’une durée de deux mois.
  • Les deux régimes alimentaires ont réduit l’apport calorique de ∼550 kcal/jour, sans que les participants aient eu à contrôler le nombre de calories consommées.
  • Des réductions similaires de la résistance à l’insuline et du stress oxydatif ont été observées pour les deux types de régimes.

Le jeûne intermittent a gagné en popularité ces dernières années, depuis que plusieurs études cliniques ont montré qu’il peut permettre de perdre du poids et de prévenir des maladies métaboliques (voir aussi notre article : « Le jeûne intermittent, une nouvelle approche pour perdre du poids ? »).

On distingue trois types différents de régimes qui font partie du jeûne intermittent :

  • Le jeûne en jour alterné (alternateday fasting) où l’on alterne entre une journée de « jeûne » où l’on ne consomme que très peu de calories (0-800 calories) suivie d’une journée où l’on mange normalement.
  • Le régime 5:2 est une version modifiée du jeûne en jour alterné qui inclut deux journées de jeûne par semaine (<600 calories), suivi de cinq jours où l’on mange normalement.
  • L’alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding) préconise de limiter la période de la journée durant laquelle la nourriture est consommée. Les deux formes de ce régime les plus populaires sont le « régime du guerrier » (warrior diet) où l’on ne mange que sur une période de 4 heures par jour et le régime « 18:6 » où l’on jeûne pendant 18 heures et où l’on mange sur une période de 6 heures.

Dans une étude randomisée contrôlée publiée récemment dans Cell Metabolism, des chercheurs en nutrition ont voulu répondre à la question suivante : l’alimentation limitée sur une période de 6 heures (régime 18:6) produit-elle les mêmes effets sur le poids corporel et les facteurs de risque métabolique qu’une alimentation limitée sur 4 heures (« régime du guerrier » ou régime 20:4) ? Les chercheurs avaient pour hypothèse qu’en comparaison avec l’alimentation limitée sur une période de 6 heures, celle limitée sur 4 heures permettrait une plus grande perte de poids, une baisse plus marquée de la tension artérielle, un meilleur contrôle de la glycémie et des effets plus marqués sur le stress oxydatif.

Les 58 participants obèses (IMC : 30-50 kg/m2) à l’étude d’une durée de 8 semaines ont été répartis en trois groupes :

  • un groupe témoin qui pouvait manger normalement et sans restriction de temps.
  • Un groupe qui devait manger entre 15 h et 19 h, soit une restriction sur une période de 4 heures.
  • Un groupe qui devait manger entre 13 h et 19 h, soit une restriction sur une période de 6 heures.

Il n’y avait aucune restriction sur la quantité ou la nature de la nourriture consommée et les participants ne devaient pas contrôler leur apport en calories. Durant la période de jeûne, les participants étaient encouragés à boire abondamment de l’eau et il était permis de consommer des boissons sans calories telles que le thé noir, café (sans sucre ni lait) ou une boisson gazeuse diète.

Après 8 semaines, les deux groupes qui ont limité leur alimentation sur des périodes de 4 heures et 6 heures avaient tous deux perdu 3,2 % ± 0,4 % de poids corporel, alors que le groupe témoin n’avait pas perdu significativement de poids (0,1 % ± 0,4 %). L’alimentation limitée sur 4 heures n’a donc pas permis de perdre davantage de poids que sur une période de 6 heures, contrairement à l’hypothèse de départ.

La glycémie à jeun n’était pas significativement différente entre les trois groupes, huit semaines après le début de l’étude. Par contre, l’insulinémie à jeun, la résistance à l’insuline et le stress oxydatif étaient réduits dans les 2 groupes d’intervention, par comparaison au groupe témoin, avec aucune différence significative entre les deux groupes d’intervention (4 heures vs 6 heures).

Plusieurs paramètres, incluant la pression artérielle, les taux de cholestérol-LDL, cholestérol-HDL et de triglycérides n’ont pas été modifiés par l’alimentation limitée dans le temps, aussi bien pour la limitation de 4 heures que celle de 6 heures. Ces derniers résultats sont en contradiction avec ceux d’études précédentes où des baisses significatives de ces paramètres avaient été observées. Les auteurs ne peuvent expliquer ces différences, mais ils suggèrent que leur étude n’avait peut-être pas suffisamment de participants pour être en mesure d’observer des effets significatifs sur ces paramètres secondaires de l’étude.

Résumé des principaux résultats des études antérieures sur le jeûne intermittent
Les effets du jeûne en jour alterné et du régime 5:2 (2 jours de jeûne et 5 jours d’alimentation normale) sur le risque de maladie métabolique ont été l’objet de plus d’une douzaine d’études chez l’humain jusqu’à ce jour. Le jeûne en jour alterné produit une perte de poids corporel de l’ordre de 5 à 7 % sur une courte période (moins de six mois). Le jeûne en jour alterné apporte aussi plusieurs bienfaits métaboliques tels qu’une réduction de la pression artérielle, du cholestérol-LDL, des triglycérides, de l’insulinémie à jeun, de la résistance à l’insuline, de l’inflammation et du stress oxydatif. Le régime 5:2 a des effets similaires au jeûne en jour alterné.

L’alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding) a été l’objet d’un moins grand nombre d’études. Il y a eu six études cliniques chez l’humain à ce jour et seulement trois de ces études ont examiné les effets de ce régime sur la perte de poids corporel. Selon ces quelques études, l’alimentation limitée dans le temps produit une perte de poids corporel de l’ordre de 2,6 % à 3,6 % et une réduction de l’apport calorique de 8 à 20 % en 12 à 16 semaines. Ce type de jeûne intermittent a des effets significatifs sur la santé métabolique : baisse marquée de la glycémie à jeun, insulinémie, résistance à l’insuline. Une baisse de pression artérielle a été observée dans plusieurs études, même en absence de perte de poids corporel. Les effets sur les niveaux des lipides dans le sang sont moins clairs. Quelques études sur l’alimentation en temps restreint rapportent une baisse des triglycérides et du cholestérol-LDL, mais la plupart des études n’ont observé aucun effet sur ces mêmes lipides.

Conclusion
Bien que la perte de poids observée dans cette nouvelle étude soit modérée, les auteurs sont d’avis que l’alimentation en temps restreint est une intervention prometteuse pour ceux qui désirent perdre du poids. La limitation de l’alimentation sur une période de 6 heures est plus facile à pratiquer que sur 4 heures puisqu’il suffit, par exemple, de ne pas prendre de petit-déjeuner et de prendre les deux repas de la journée à des heures relativement normales (13 h et 18 h 30 par exemple). Cette étude indique qu’on obtiendra autant de bienfaits pour la santé avec le régime 18:6 qu’avec le « régime du guerrier » (20:4).

Les substituts de viande à base végétale réduisent certains facteurs de risque cardiovasculaire

Les substituts de viande à base végétale réduisent certains facteurs de risque cardiovasculaire

EN BREF

  • Les participants à une étude ont été partagés en deux groupes, l’un a consommé quotidiennement durant huit semaines deux portions de substituts de viande à base végétale (produits Beyond Meat: burger, simili-bœuf, saucisses, simili-poulet), alors que l’autre groupe a consommé la même quantité de viandes (bœuf, porc, poulet).
  • Les participants qui ont consommé des substituts de viande à base végétale ont perdu un peu de poids et avaient des taux sanguins d’oxyde de triméthylamine (TMAO) et de cholestérol-LDL significativement moins élevés que ceux qui ont consommé de la viande durant la même période.
  • Les substituts de viande à base végétale semblent favorables pour la santé par rapport à la viande puisque des taux élevés de TMAO et de cholestérol-LDL sont deux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

Dans un article publié dans ces pages en 2019, nous avons discuté des mérites et des défauts des nouveaux produits alimentaires qui imitent le goût et la texture de la viande, tels les produits Beyond Meat et Impossible Burger. Ces produits sont certainement plus écologiques que la viande rouge (bœuf et porc en particulier) qui demande énormément de ressources qui taxent l’environnement mondial. D’autre part, ce sont des produits ultra-transformés qui contiennent de bonnes quantités de gras saturés et de sel.

Afin de valider si les substituts de viande à base végétale pourraient être meilleurs pour la santé que la viande, la compagnie Beyond Meat a subventionné le Dr Christopher D. Gardner un chercheur indépendant et renommé à l’école de médecine de l’université Stanford en Californie pour faire une étude randomisée contrôlée. Il faut être extrêmement prudents avec les études subventionnées par l’industrie alimentaire, puisque cette dernière a avantage à ne publier que des résultats qui appuieront la vente de leurs produits. Par contre, dans le cas de cette étude toutes les précautions semblent avoir été prises pour qu’il n’y ait pas d’influences sur les résultats : désign de l’étude (randomisée et contrôlée avec plan d’étude croisée), analyses statistiques par une tierce personne qui n’était pas impliquée dans le désign de l’étude et la récolte des données. Beyond Meat n’était pas impliquée ni dans le désign de l’étude, la réalisation de l’étude, non plus que dans l’analyse des données. De plus, le Dr Gardner a déclaré avoir déjà réalisé six études subventionnées par l’industrie alimentaire dont les résultats étaient nuls par rapport à l’hypothèse de départ.

Les 36 participants à l’étude ont été partagés au hasard en deux groupes. Durant les huit premières semaines, un groupe de participants a été assigné à manger deux portions/jour de substituts de viande à base végétale (produits Beyond Meat: burger, simili-bœuf, saucisses, simili-poulet), alors que l’autre groupe a consommé deux portions/jour de viande (bœuf, porc, poulet). Les deux groupes ont ensuite permuté de régime alimentaire pour les huit semaines suivantes (plan d’étude croisé). Les taux à jeun de lipides, de glucose, d’insuline, d’oxyde de triméthylamine (TMAO) ont été mesurés avant le début de l’étude et à chaque deux semaines durant les deux phases de l’étude.

Le principal paramètre de l’étude était le niveau sanguin de TMAO, un facteur de risque émergeant associé à l’athérosclérose et autres maladies cardiovasculaires. Le groupe qui a consommé de la viande durant les huit premières semaines avait un taux moyen de TMAO significativement plus élevé que le groupe qui a consommé des substituts de viande à base végétale (4,7 vs 2,7 µM), ainsi qu’un taux moyen de cholestérol-LDL (le « mauvais cholestérol ») plus élevé (121 vs 110 mg/dL) alors que le taux moyen de cholestérol-HDL (le « bon cholestérol ») n’était pas significativement différent.

Une surprise attendait les chercheurs : les participants qui ont d’abord consommé des produits à base de végétaux durant les huit premières semaines n’ont pas vu leur taux de TMAO augmenter lorsqu’ils ont mangé de la viande durant la seconde partie de l’étude. Les chercheurs n’ont pas été en mesure d’identifier de changements dans le microbiome (flore intestinale) qui aurait pu expliquer cette différence. Néanmoins, il semble que le fait d’avoir rendu les participants « végétariens » durant huit semaines leur a fait perdre la capacité à produire du TMAO à partir de la viande. Cet effet d’une alimentation végétarienne sur le microbiome a déjà été démontré par l’équipe du Dr Stanley L. Hazen de la Cleveland Clinic (voir aussi notre article « Athérosclérose : le rôle du microbiome intestinal »). Après quelques semaines de retour à une alimentation carnivore, le microbiome recommence à produire du TMAO à partir de la viande rouge et des œufs.

Le TMAO est un métabolite produit par le microbiome intestinal à partir de carnitine et de choline, deux composés présents en grande quantité dans les viandes rouges telles les viandes de bœuf et de porc. Des concentrations élevées de TMAO peuvent promouvoir l’athérosclérose et des thromboses. En effet, de nombreuses études d’observation et sur des modèles animaux ont montré qu’il y a une association entre le TMAO et le risque cardiovasculaire, et qu’il est bénéfique de réduire les niveaux de TMAO. Notons cependant qu’un lien de causalité entre le TMAO et les maladies cardiovasculaires n’a pas été établi et qu’il est possible qu’il soit un marqueur plutôt qu’un agent causal de ces maladies.

En plus de l’effet favorable sur le TMAO, les participants qui ont consommé des substituts de viande à base végétale ont perdu du poids (1 kg en moyenne) et avaient un taux de cholestérol-LDL significativement moins élevé que ceux qui ont mangé de la viande (110 vs 121 mg/dL). Ces différences ont été observées, peu importe l’ordre dans lequel les participants ont suivi les deux régimes alimentaires.

Beyond Meats espère probablement que ces résultats lui permettront de répondre aux critiques sur leurs produits qui sont ultra-transformés et qui contiennent beaucoup de sel et pratiquement autant de gras saturés que la viande. Plusieurs personnes souhaitent réduire leur consommation de viandes rouges, mais n’aiment pas pour autant les plats végétariens classiques. Il nous apparaît que si ces substituts de viande plaisent aux consommateurs soucieux de maintenir une bonne santé et qu’ils leur permettent de diminuer leur consommation de viande, cela leur sera bénéfique et les encouragera peut-être à cuisiner eux-mêmes des végé-burgers et autres substituts de viande à base végétale. Qui sait si ces produits ne faciliteront pas dans l’avenir des modifications significatives au régime alimentaire ? Réduire sensiblement notre consommation de viande ne pourra qu’être bénéfique pour notre santé et celle de la planète.

Les  bénéfices cardiovasculaires du soja

Les bénéfices cardiovasculaires du soja

EN BREF

  • Les Asiatiques présentent une incidence de maladies cardiovasculaires beaucoup plus faible que les Nord-Américains, une différence qui a été attribuée, au moins en partie, à leur consommation élevée de soja.
  • Cette protection est due au contenu élevé du soja en isoflavones, une classe de polyphénols qui exercent plusieurs effets positifs sur le système cardiovasculaire.
  • Une étude récente, réalisée auprès de 210 700 Américains (168 474 femmes et 42 226 hommes), vient de confirmer cette diminution du risque de maladie coronarienne associée à la consommation de soja, illustrant à quel point cette légumineuse représente une alternative intéressante à la viande comme source de protéines.

On sait depuis plusieurs années que les habitants des pays asiatiques ont une incidence de maladies cardiovasculaires beaucoup plus faible qu’en Occident. L’étude des populations migrantes a montré que cette différence n’est pas due à des facteurs génétiques : par exemple, une analyse réalisée durant les années 1970 révélait que les Japonais qui avaient émigré en Californie présentaient une incidence de maladies coronariennes deux fois plus élevée que celle de leurs compatriotes demeurés au Japon. Il faut mentionner que ces différences Asie-Amérique sont aussi observées pour plusieurs types de cancer, en particulier le cancer du sein.  Les femmes asiatiques (Chine, Japon, Corée) ont l’une des incidences de cancer du sein les plus faibles au monde, mais ce cancer peut devenir jusqu’à 4 fois plus fréquent suite à leur migration en Amérique et devient même similaire à celle des Américaines d’origine dès la troisième génération d’immigrantes. La hausse rapide de maladies cardiovasculaires ou de cancer suite à la migration en Occident suggère donc que l’abandon du mode de vie traditionnel des Asiatiques pour celui en vogue en Amérique du Nord favorise grandement le développement de ces maladies.

Une des différences entre les modes de vie asiatique et nord-américain qui intéressent depuis longtemps les chercheurs est l’énorme écart qui existe dans la consommation de soja.  Alors qu’en moyenne de 20 à 30 g de protéines de soja sont consommés quotidiennement au Japon et en Corée, cette consommation atteint à peine 1 g par jour aux États-Unis (Figure 1). Il est proposé que cette différence pourrait contribuer à la plus forte incidence de maladies cardiovasculaires en Occident pour deux principales raisons :

Figure 1.  Comparaison des quantités de soya consommées quotidiennement par les habitants de différents pays.Tiré de Pabich et Materska (2019).

  • Comme tous les membres de la famille des légumineuses (lentilles, pois, etc.), le soja est une excellente source de fibres, de vitamines, de minéraux et de gras polyinsaturés, des nutriments connus pour être bénéfiques pour la santé du cœur et des vaisseaux;
  • Le soja est une source exceptionnelle d’isoflavones, une classe de polyphénols retrouvés presque exclusivement dans cette légumineuse.Les principales isoflavones du soja sont la génistéine,  la daidzéine et la glycitéine (Figure 2), ces molécules étant présentes en quantités variables selon le degré de transformation des fèves de soja.

Figure 2. Structures moléculaires des principales isoflavones. Notez que l’équol n’est pas présent dans les produits de soja, mais est plutôt généré par le microbiome intestinal suite à leur ingestion.

Les plus fortes concentrations d’isoflavones sont retrouvées dans les fèves de départ (edamame) et les aliments dérivés de fèves fermentées (natto, tempeh, miso), tandis que les aliments provenant du pressage des fèves (tofu, lait de soja) en contiennent un peu moins (Tableau 1).  Ces aliments sont couramment consommés par les Asiatiques et leur permettent d’obtenir des apports en isoflavones variant de 8 à 50 mg par jour, selon les régions, des quantités nettement supérieures à celles des habitants d’Europe et Amérique (moins de 1 mg par jour). Il faut cependant noter que le soja devient progressivement de plus en populaire en Occident comme alternative à la viande  et que l’apport en isoflavones peut atteindre des niveaux similaires aux Asiatiques (18–21 mg/jour) chez certains groupes de personnes soucieuses de leur santé  (health conscious).

AlimentsContenu en isoflavones (mg/100 g)
Natto82,3
Tempeh
60,6
Fèves natures (edamame)49,0
Miso41,5
Tofu22,1
Lait de soja10,7
Tableau 1. Contenu en isoflavones de divers aliments. Source : United States Department of Agriculture, Nutrient Data Laboratory

L’importance d’un apport élevé en isoflavones vient des multiples propriétés biologiques de cette classe de molécules.  En plus de leurs activités antioxydante et antiinflammatoire, communes à plusieurs polyphénols, une caractéristique unique aux isoflavones est leur ressemblance structurale avec les estrogènes, les hormones sexuelles féminines, et c’est pour cette raison que ces molécules sont souvent appelées phytoestrogènes. Cette action estrogénique a été jusqu’à maintenant surtout étudiée en relation avec le développement des cancers du sein hormono-dépendants : puisque la croissance de ces cancers est stimulée par les estrogènes, la présence de phytoestrogènes crée une compétition qui atténue les effets biologiques associés à ces hormones, notamment la croissance excessive des tissus mammaires (ce mode d’action est comparable à celui du tamoxifène, un médicament prescrit depuis plusieurs années contre le cancer du sein). Il est aussi important de noter que, contrairement à une fausse croyance très répandue, la consommation de soja ne doit pas être déconseillée aux femmes qui ont survécu à un cancer du sein: bien au contraire, de nombreuses études réalisées au cours des dernières années montrent clairement que la consommation régulière de soja par ces femmes est absolument sans danger et est même associée à une diminution importante du risque de récidive et de la mortalité liée à cette maladie.   Il faut ainsi mentionner que malgré la similitude des isoflavones avec les estrogènes, les études indiquent que le soja n’interfère aucunement avec l’efficacité du tamoxifène ou de l’anastrozole, deux médicaments fréquemment utilisés pour traiter les cancers du sein hormono-dépendants.  Pour les personnes qui ont été touchées par un cancer du sein, il n’y a donc que des avantages à intégrer le soja aux habitudes alimentaires.

Plusieurs données suggèrent que l’effet positif des isoflavones sur la santé ne se limitent pas à leur action anticancéreuse, et que la combinaison des activités antioxydante, antiinflammatoire et estrogénique de ces molécules pourrait également contribuer aux bénéfices cardiovasculaires du soja (Tableau 2).

Effets cardiovasculairesMécanismes proposés
Vasodilatation des vaisseaux sanguinsLes isoflavones interagissent avec un sous-type de récepteur à estrogènes présent au niveau des artères coronaires (Erβ), menant à la production d’oxyde nitreux (NO), un gaz qui induit une vasodilation des vaisseaux sanguins.
Diminution des taux de cholestérol
Accélération de l’élimination des LDL et VLDL au niveau du foie.
Action antioxydanteLes isoflavones réduisent l’oxydation du cholestérol-LDL chez des patients diabétiques.

L’équol, un métabolite de la daidzéine formé par le microbiome intestinal, possède une forte activité antioxydante.
Actions antiinflammatoiresLes isoflavones favorisent l’établissement d’un microbiome intestinal enrichi en bactéries productrices de molécules antiinflammatoires (Bifidobacterium spp., par exemple).
Tableau 2. Principales propriétés des isoflavones  impliquées dans la réduction du risque de maladies cardiovasculaires associé à la consommation de soja.

Un effet cardioprotecteur associé à la consommation de soja est également suggéré par les résultats d’une étude épidémiologique récemment publiée dans Circulation.  En examinant les habitudes alimentaires de 210 700 Américains (168 474 femmes et 42 226 hommes), les chercheurs ont observé que les personnes qui avaient l’apport en isoflavones le plus élevé (environ 2 mg par jour en moyenne) avaient un risque de maladie coronarienne diminué de 13 % comparativement à celles dont l’apport était minime (0,15 mg par jour en moyenne).  Un effet protecteur est également observé pour le tofu, avec une diminution du risque de maladie coronarienne de 18 % pour les personnes qui en consomment 1 fois ou plus par semaine comparativement à celles qui en mangeaient très rarement (moins d’une fois par mois).  La consommation régulière de lait de soja (1 fois ou plus par semaine) est également associée à une légère diminution du risque, mais cette baisse n’est pas statistiquement significative.

Ces réductions peuvent sembler modestes, mais il faut noter que les quantités de soja consommées par les participants de cette étude sont relativement faibles, bien en deçà de ce qui est couramment mesuré au Japon.  Par exemple, dans une étude japonaise qui rapportait une diminution de 45 % du risque d’infarctus du myocarde chez les femmes qui consommaient le plus de soja, l’apport en isoflavones de ces personnes était en moyenne d’environ 40 mg/ jour, soit 20 fois plus que dans l’étude américaine (2 mg/jour).  Il est donc probable que les réductions du risque de maladie coronarienne observées aux États-Unis représente un minimum et pourraient probablement être plus importantes suite à un apport plus élevé en soja.

Un aspect intéressant de la diminution du risque de maladie coronarienne associée au tofu est qu’elle est observée autant chez les femmes plus jeunes avant la ménopause que chez les femmes ménopausées, mais seulement si celles-ci n’utilisent pas d’hormonothérapie (Figure 3).  Selon les auteurs, il est possible qu’après la ménopause, l’action estrogénique des isoflavones compense la baisse des taux d’estrogènes et permette de mimer l’effet cardioprotecteur de ces hormones. En présence d’hormones synthétiques, par contre, les isoflavones sont « masquées » par l’excès d’hormones et ne peuvent donc exercer leurs effets bénéfiques.  Pour ce qui est des femmes plus jeunes, il est probable que la plus forte expression du récepteur à estrogènes avant la ménopause favorise une plus grande interaction avec les isoflavones et permet à ces molécules d’influencer positivement la fonction des vaisseaux sanguins.

Figure 3.  Association entre le risque de maladie coronarienne et la consommation de tofu selon le statut hormonal.Tiré de Ma et coll. (2020).

Dans l’ensemble, ces observations suggèrent que les produits de soja exercent une action positive sur la santé cardiovasculaire et représentent en conséquence une excellente alternative à la viande comme source de protéines.  Une étude récente rapporte que ces bénéfices cardiovasculaires peuvent être encore plus prononcés suite à la consommation de produits de soja fermentés comme le natto, très riche en isoflavones, mais étant donné sa texture (gluante), son odeur forte (qui rappelle celle d’un fromage bien fait) et sa faible disponibilité en épicerie, cet aliment est étranger à notre culture alimentaire et a peu de chance d’être adopté par la population nord-américaine.  Le tofu est sans doute l’aliment dérivé du soja le plus accessible étant donné son goût neutre qui permet son utilisation dans une grande variété de plats, cuisinés à l’asiatique ou non.  Le lait de soja représente une alternative moins intéressante, non seulement parce que sa consommation n’est pas associée à une diminution significative du risque de maladies coronariennes, mais aussi parce que ces produits contiennent souvent des quantités importantes de sucre.