Les complications cardiovasculaires du diabète

Les complications cardiovasculaires du diabète

Une des transformations les plus remarquables à avoir touché la société au cours des 50 dernières années est sans doute la forte augmentation du poids corporel de la population. Selon les statistiques des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, le poids moyen d’un américain est passé de 166 livres à 196 livres (75 à 89 kg) au cours de cette période, tandis que celui des femmes a augmenté de 140 livres à 166 livres (63 à 75 kg).  Autrement dit, en moyenne, les femmes pèsent maintenant le même poids que les hommes qui vivaient durant les années 60 !

Cette augmentation du nombre de personnes en surpoids a de graves conséquences, entre autres parce que l’excès de graisse hausse considérablement le risque de diabète de type 2.  Peu de gens le savent, mais le surpoids est un important facteur de risque de diabète, avec plus de 90 % des diabétiques de type 2 qui souffrent d’embonpoint ou d’obésité.  L’International Diabetes Foundation estime qu’à l’échelle mondiale 415 millions d’adultes sont actuellement atteints de diabète, tandis que 318 millions d’adultes sont « prédiabétiques », c’est-à-dire présentent une intolérance chronique au glucose qui les expose à un risque élevé de développer éventuellement la maladie. Le diabète est la cinquième cause de mortalité prématurée dans le monde, étant à lui seul responsable de 7 % des décès prématurés, une proportion qui pourrait même atteindre 12 % aux États-Unis. Avec la progression constante de l’obésité à l’échelle mondiale, la hausse parallèle des cas de  diabète de type 2 fait en sorte que cette maladie pourrait devenir une des plus grandes crises de santé publique du XXIe siècle et imposer un très lourd fardeau financier, autant pour les individus atteints que pour les systèmes de santé.

Le diabète de type 2 se caractérise par une hyperglycémie chronique causée par un phénomène complexe appelé  « résistance à l’insuline ». Contrairement au diabète de type I, le pancréas est encore capable de produire de l’insuline, mais les organes du corps (foie, muscles, tissus adipeux) deviennent moins sensibles à cette hormone et perdent progressivement la capacité de capter efficacement le sucre, ce qui entraine du même coup une hausse de la glycémie.   À court terme, l’organisme cherche à compenser cette résistance en produisant un excès d’insuline pour tenter de faire entrer à tout prix le sucre dans les cellules, et il est donc courant d’observer simultanément des taux élevés de glucose et d’insuline dans le sang des personnes prédiabétiques. À plus long terme, par contre,  cette résistance à l’insuline provoque un épuisement du pancréas et l’arrêt complet de la production de cette hormone.

Du point de vue de la santé du cœur et des vaisseaux, le développement d’un diabète est une véritable catastrophe en raison des multiples effets délétères de l’hyperglycémie sur plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires :

  • Athérosclérose: l’excès de sucre et d’insuline favorise la formation de plaques sur la paroi des vaisseaux et cette athérosclérose est plus généralisée, plus grave et se développe plus rapidement que chez les non-diabétiques.
  • Hypertension artérielle : l’hypertension est deux fois plus fréquente chez les personnes atteintes de diabète.
  • Dyslipidémie : une forte proportion de diabétiques présentent un profil lipidique associé à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires (taux élevés de cholestérol-LDL et de triglycérides, faibles taux de cholestérol-HDL).

Tous ces facteurs, combinés à une atteinte des petits vaisseaux sanguins (microangiopathie) par l’hyperglycémie,  font en sorte que le diabète de type 2 est associé à une :

  • Augmentation de 2 à 4 fois de l’incidence de maladies coronariennes
  • Augmentation de 10 fois de l’incidence de maladies vasculaires périphériques et de 15 à 40 fois du risque d’amputation
  • Augmentation de 3 à 4 fois du risque de mortalité prématurée.

Le diabète reste encore aujourd’hui une condition qui est extrêmement difficile à traiter efficacement.  Les médicaments développés jusqu’à présent pour traiter le diabète de type 2 ne réduisent pas (ou sinon très peu) le risque de maladies cardiovasculaires et certains d’entre eux peuvent même entrainer d’importants effets secondaires.  Cela ne signifie cependant pas qu’on ne peut rien faire pour combattre cette maladie : puisque le diabète de type 2 est essentiellement une conséquence de mauvaises habitudes de vie, le surpoids notamment, il est possible de prévenir son développement ou d’atténuer ses impacts négatifs simplement en modifiant ces habitudes.

Les résultats d’une étude réalisée auprès de personnes à haut risque de diabète (obèses et glycémie à jeun élevée) en sont un bon exemple.  Les chercheurs ont montré qu’une intervention basée sur des modifications au mode de vie qui permettent de réduire le poids corporel de seulement 7 % (diminution de l’apport calorique combinée à un minimum de 150 minutes d’exercice modéré par semaine) entrainait une diminution de 60 % de l’incidence de diabète de type 2, soit deux fois plus que celle obtenue à l’aide d’un médicament couramment utilisé pour traiter cette maladie (metformine). Le mode de vie est donc supérieur à la médication pour traiter le diabète, sans compter qu’il est dépourvu des effets secondaires fréquemment associés à la médication (troubles gastrointestinaux dans le cas de la metformine).

Et plus ces changements au mode de vie sont importants, meilleure est la réduction du risque.  Une étude très importante a montré qu’une réduction du poids corporel de seulement 5 %, combinée à une alimentation riche en végétaux comme les fruits, légumes et grains entiers et à 30 minutes d’exercice par jour, éliminait complètement le développement du diabète, un objectif impossible à atteindre avec les médicaments actuels.

Le diabète représente donc un des meilleurs exemples du vieil adage qui dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Une alimentation principalement basée sur la consommation de végétaux, combinée à une activité régulière et au maintien d’un poids corporel normal peut enrayer le développement du diabète de type 2 et demeure la meilleure arme mise à notre disposition pour prévenir les nombreuses complications qui découlent de cette maladie, en particulier au niveau cardiovasculaire.

 

 

Le programme Ornish : aux grands maux, les grands remèdes

Le programme Ornish : aux grands maux, les grands remèdes

On me demande souvent s’il faut absolument adopter une alimentation strictement végétarienne pour diminuer significativement le risque d’être touché par une maladie cardiovasculaire.  Pour la majorité des gens, la réponse est non : le régime méditerranéen, par exemple, inclut un certain nombre d’aliments de source animale (produits laitiers, œufs, poissons et même des viandes rouges à l’occasion) et plusieurs études ont clairement montré qu’il pouvait réduire significativement le risque d’événements cardiovasculaires, autant en prévention primaire (étude PREDIMED) que secondaire (étude de Lyon).  Il est aussi intéressant de noter que le végétarisme strict est très rare au Japon, mais que les Japonais, grands consommateurs de poissons, présentent encore aujourd’hui la plus faible incidence de maladies du cœur au monde.

La situation est cependant différente pour les personnes qui souffrent d’une maladie coronarienne grave et qui sont par conséquent à très haut risque de mourir prématurément. Chez ces patients, les études indiquent plutôt que l’adoption d’une alimentation végétarienne stricte permet d’enrayer la progression de l’athérosclérose et peut même, dans plusieurs cas, faire régresser une maladie coronarienne existante.

Le programme de réadaptation cardiaque élaboré par le médecin californien Dean Ornish est possiblement le meilleur exemple de l’impact positif de cette approche. Ce programme est basé sur une alimentation végétarienne stricte, riche en glucides complexes et pauvre en gras, jumelée à un programme d’exercice modéré régulier et à l’application de techniques de gestion du stress (la méditation, par exemple). L’équipe du Dr Ornish a étudié l’impact de ce programme chez des patients porteurs d’une maladie coronarienne bien documentée, c’est-à-dire qui avaient des obstructions importantes des artères coronaires et qui présentaient de l’angine, des résultats anormaux aux épreuves d’effort sur tapis roulant ainsi que des images de scintigraphie myocardiques (PET-scan) montrant un manque de sang au myocarde (ischémie).

Ils ont séparé ces patients de façon aléatoire en deux groupes distincts, un groupe étant soumis à son programme intensif tandis que l’autre était soumis aux traitements appliqués de façon standard en cardiologie. Les résultats obtenus après un an et 5 ans de traitement sont tout à fait spectaculaires: les patients soumis au programme Ornish ont vu leurs symptômes s’améliorer très rapidement (2 à 3 semaines) et, après quelques années, une diminution significative des lésions a pu être notée.  À l’inverse, les patients du groupe témoin, qui suivaient les traitements habituels, sans modifications majeures à leur mode de vie, ont vu leurs lésions coronariennes progresser. Par exemple, la sévérité des blocages des vaisseaux des patients du groupe témoin a augmenté de 11 % dans les cinq années qui suivaient le début de l’étude, tandis que chez ceux qui avaient adhéré au programme Ornish, la sévérité de ces sténoses avait à l’inverse diminué de 3 % en moyenne, une baisse qui pouvait même atteindre  7 % chez les personnes qui adhéraient le plus fortement aux directives du programme. Ces réductions des blocages se sont traduites par une amélioration marquée de la perfusion du myocarde et à la quasi-disparition des symptômes d’angine chez ces patients. En d’autres mots, la progression de la maladie coronarienne a été non seulement stoppée par la mise en application du programme, mais a même été renversée dans plusieurs cas.

Il ne s’agit pas de cas isolés, car j’ai moi-même suivi plusieurs patients avec une maladie coronarienne documentée qui étaient motivés à suivre ce type de programme assez strict et j’ai pu constater que ces patients évoluent de façon remarquable. Leurs symptômes s’atténuent rapidement en quelques semaines, à tel point qu’on peut réduire la médication de façon graduelle. Dans la grande majorité des cas, je n’ai jamais eu à faire opérer ou dilater les coronaires des patients qui suivent le programme Ornish, même ceux chez qui les lésions étaient multiples et sévères.

La plupart de mes collègues hésitent pourtant à recommander ce type de programme intensif à leurs patients, puisqu’il est très exigeant et qu’il n’est pas, selon eux, réaliste de leur demander de devenir des végétariens stricts, de faire de l’exercice sans faute de trois à quatre fois par semaine et de suivre un programme de gestion du stress. Pour ma part, je crois qu’il faut informer le patient de l’efficacité de ces programme et lui laisser le choix. Plus les patients seront bien informés de toutes les possibilités de traitement, mieux ils seront armés pour discuter de façon précise avec leur médecin des options qui se présentent à eux pour leur traitement et mieux ils seront disposés à suivre le plan de traitement.

Si vous souffrez déjà d’une maladie coronarienne documentée, par exemple si vous avez déjà subi des pontages aorto-coronariens, une angioplastie coronarienne, un infarctus du myocarde ou encore que vous souffrez d’angine chronique et que vous êtes intéressés par cette approche du Dr Ornish, vous pouvez en discuter avec votre médecin. Au préalable, je vous conseille de consulter le site web du Dr Ornish ou de visionner ses conférences sur YouTube.

Si vous n’avez jamais eu de problèmes coronariens, je crois que l’alimentation méditerranéenne demeure un choix logique pour la plupart des gens. Par contre, si vous cumulez plusieurs facteurs de risque de maladie coronarienne ou si plusieurs de vos parents proches ont été touchés par un accident coronarien à un âge relativement jeune (moins de 65 ans), je crois que vous devriez sérieusement considérer l’alimentation végétarienne. Je la conseille d’ailleurs souvent à des personnes dans la trentaine et la quarantaine qui me consultent pour une évaluation préventive et qui ont de très lourds antécédents cardiovasculaires dans leur famille.

Il est grand temps de jeter les gras trans à la poubelle !

Il est grand temps de jeter les gras trans à la poubelle !

Après plusieurs années de tergiversations, Santé Canada propose enfin d’interdire l’utilisation des huiles partiellement hydrogénées (gras trans artificiels) dans les aliments vendus au Canada.  La dernière consultation publique sur ce projet étant maintenant terminée, il est à souhaiter que le gouvernement aille de l’avant et bannisse définitivement ces gras trans de notre alimentation, car on ne compte plus le nombre d’études qui ont clairement démontré leur impact négatif sur la santé.

Les gras trans sont des matières grasses synthétiques, produites à l’aide d’un procédé industriel (hydrogénation) qui modifie la structure des huiles végétales liquides et les transforme à un état solide ou semi-solide.  Ces graisses synthétiques sont devenues au fil des années des piliers de l’industrie alimentaire, car elles sont très stables, ne rancissent pas et permettent d’augmenter la durée de conservation des aliments tout en leur donnant un goût et une texture agréable.

Malheureusement, ce qui est bon pour l’industrie ne l’est pas nécessairement pour la santé des consommateurs et il est rapidement apparu que la consommation d’aliments contenant ces gras trans était associée à une hausse importante du risque de plusieurs maladies, en particulier les maladies cardiovasculaires.  Par exemple, l’inclusion de seulement 2 à 7 g de gras trans à l’alimentation (soit à peine 1-3 % des calories totales) est associée à une hausse de 25 % du risque de maladies coronariennes !  Cette toxicité est une conséquence de nombreux effets négatifs des gras trans sur plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, en particulier :

  • le profil de lipides sanguins : hausse des triglycérides et du cholestérol-LDL, baisse du cholestérol-HDL ;
  • une hausse de l’inflammation systémique, un important facteur de risque de rupture des plaques d’athérosclérose;
  • une altération de la fonction endothéliale, c’est-à-dire le fonctionnement des cellules qui tapissent les vaisseaux sanguins.

En plus des maladies coronariennes, une hausse du risque de diabète de type 2 et de certains cancers (sein) a aussi été observée chez les personnes qui consomment le plus de gras trans, sans compter que des études suggèrent que ces gras pourraient aussi diminuer certaines fonctions cognitives de base.  En somme, il n’y a aucune ambiguïté: les gras trans sont de véritables poisons alimentaires, même à faibles doses, et il ne faut pas simplement réduire leur consommation, mais bien les éliminer complètement de l’alimentation.

En attendant une loi en ce sens, chacun d’entre nous peut limiter au minimum l’apport en gras trans en diminuant la consommation de produits industriels transformés ainsi qu’en portant une attention particulière aux étiquettes nutritionnelles et aux listes d’ingrédients.  Plusieurs manufacturiers ont déjà volontairement éliminé les gras trans de leurs produits, mais il faut demeurer vigilant : tout aliment qui contient « huile végétale hydrogénée ou partiellement hydrogénée » ou encore « shortening » contient des gras trans, et plus cet ingrédient est au début de la liste, plus son contenu en gras trans est élevé.

Il faut aussi être conscient que même si l’élimination des gras trans de notre environnement alimentaire est une très bonne chose, cela ne réglera pas par magie les problèmes de santé associés à une mauvaise alimentation.  Même dépourvus de gras trans, un très grand nombre d’aliments transformés présentent un contenu élevé en gras et en sucres libres, et leur surconsommation  mène  à un excès de calories qui hausse le risque d’embonpoint et d’obésité. L’explosion phénoménale de l’obésité au cours des dernières années est d’ailleurs en voie de contrecarrer la baisse de mortalité due aux maladies cardiovasculaires qui était observée depuis les années 1970, et on commence déjà à percevoir les premiers signes d’une augmentation de l’incidence des maladies cardiovasculaires. En effet, des données récentes montrent que l’incidence de l’infarctus du myocarde n’a pas diminué au cours des dix dernières chez les hommes jeunes (30-54 ans) et a même augmenté chez les femmes de ce groupe d’âge. Selon les dernières données des Centers of Disease Control américains, cette hausse de maladies cardiovasculaires contribuerait à la diminution de l’espérance de vie récemment observée aux États-Unis, une première depuis plusieurs décennies.  Plus que simplement éliminer les gras trans de l’alimentation, il faut donc modifier les habitudes alimentaires dans leur ensemble, notamment en diminuant la consommation de produits transformés au profit d’aliments plus sains comme les végétaux.

 

 

 

 

 

 

La fibrillation auriculaire chez les athlètes

La fibrillation auriculaire chez les athlètes

La fibrillation auriculaire (FA) est une arythmie qui se caractérise par des battements du coeur très irréguliers, conséquence d’un dérèglement de l’activité électrique de l’oreillette gauche (les ventricules se contractent normalement, heureusement). En pratique, la transmission du signal électrique est tellement anarchique qu’il n’y a pas contraction de l’oreillette à proprement parler, ce qui cause une stagnation du sang à ce niveau et un risque élevé de formation d’un caillot (thrombus). Ce caillot peut à tout moment traverser la valve mitrale pour se rendre au ventricule gauche et ensuite être éjecté dans la circulation via l’aorte pour atteindre le cerveau et provoquer une embolie cérébrale aux conséquences dévastatrices. D’ailleurs, la fibrillation auriculaire non traitée par des anticoagulants représente l’une des premières causes d’accidents vasculaires cérébraux.

Plusieurs études ont démontré que les très grands athlètes, tels que les marathoniens, les cyclistes et les skieurs de fond professionnels ou de haut niveau sont plus touchés par la FA que la population en général. Par exemple, une étude a révélé que les champions de ski de fond scandinaves qui avaient complété le plus de courses et avec les meilleurs chronos, avaient de 4 à 5 fois plus de risque d’être touchés par des épisodes de fibrillation auriculaire. Cette hausse du risque ne semble pas restreinte aux athlètes d’élite et toucherait également les hommes âgés de moins de 50 ans et les joggers qui s’entraînent de façon extrêmement intensive plus de 5 jours par semaine. Les mécanismes de ce phénomène ont fait l’objet de nombreuses études, la plus connue étant celle de l’équipe du Dr Stanley Nattel de l’Institut de Cardiologie de Montréal qui a soumis des rats à un entraînement intensif sur un tapis roulant une heure par jour pendant 16 semaines d’affilée, ce qui représente l’équivalent de dix ans d’entraînement chez l’humain. Les résultats ont montré que cette fibrillation serait liée à une dilatation des oreillettes causée par l’augmentation du débit cardiaque ainsi qu’à une hyperactivité du nerf vague qui rend l’oreillette plus susceptible de se contracter de façon désordonnée.

Les personnes très sportives qui s’entrainent à très haute intensité depuis plusieurs années doivent donc demeurer attentives à tout signe inhabituel qui peut suggérer la présence d’une FA (palpitations, inconfort au niveau de la poitrine, essoufflement, étourdissements, fatigue). Comme le souligne une étude récente, ces anomalies peuvent souvent être traitées avec succès simplement en diminuant le niveau d’intensité de l’exercice ou, pour les cas plus graves, à l’aide de médicaments anti-arhymiques ou de procédures chirurgicales (ablation des cellules défectueuses de l’oreillette).

Il faut retenir que l’exercice est indispensable à la prévention des maladies cardiovasculaires et au maintien d’une bonne santé en général, mais qu’il est généralement préférable de s’en tenir à une quantité modérée pour éviter les complications associées à des périodes prolongées d’entraînement très intensif, en particulier la FA.  D’ailleurs, les études montrent que la pratique régulière d’activités physiques modérées contribue à diminuer le risque de FA,  ce qui montre à quel point tout est fonction de la « dose » d’exercice réalisée.

Je dis toujours à mes patients qui désirent s’entraîner pour des épreuves extrêmes qu’ils doivent le faire seulement si c’est une passion pour eux, et non dans l’espoir qu’ils seront en meilleure santé. Les études montrent clairement qu’il n’est absolument pas nécessaire de faire autant d’activité physique pour prévenir les maladies cardiovasculaires et vivre plus longtemps, car l’effet protecteur maximal est atteint à des niveaux d’activité physique bien inférieurs à ces extrêmes.

L’entrainement avec sprints supra-maximaux ou « sprint-interval training » : la nouvelle panacée en entrainement ?  

L’entrainement avec sprints supra-maximaux ou « sprint-interval training » : la nouvelle panacée en entrainement ?  

Plusieurs études indiquent que l’entrainement par intervalles à haute intensité (« high-intensity interval training » en anglais) procure de nombreux bénéfices, autant chez les personnes sans maladies cardiaques (sédentaires et athlètes), les patients avec facteurs de risque cardiovasculaires (obèses, hypertendus, syndrome métabolique) que les patients cardiaques (coronariens et insuffisants cardiaques). Au Centre ÉPIC, nous utilisons depuis 2009 cette méthode pour l’entrainement de nos membres ; par exemple, un protocole couramment utilisé consiste à pédaler 15 sec sur un vélo stationnaire au maximum de la capacité, suivi d’une période de récupération de même durée, soit de façon passive (repos complet) ou active (exercice de faible intensité), et ce pendant 8 minutes.  Après une courte pause, on recommence le tout pour un autre bloc de 8 minutes.  Au total, la personne fait donc 16 minutes d’activité physique, mais seulement 8 minutes d’activité réelle puisqu’elle est en arrêt la moitié du temps. Lorsqu’on mesure la capacité aérobique après ce type d’entraînement, on observe que ces 8 minutes d’activité physique intense, mais fractionnée, sont plus efficaces que 30 minutes d’activité modérée continue.

Depuis peu, une autre forme d’entrainement encore plus court et plus intense à fait son apparition, tout d’abord en recherche, puis dans le domaine du conditionnement physique. Ce type d’entrainement est appelé en anglais « sprint interval training », ce que nous traduirons par entrainement avec sprints supra-maximaux. Il consiste à répéter de 4 à 8 sprints de 10 à 30 sec à des puissances très importantes (>170% de la puissance maximale aérobie (PMA)), entrecoupés par des périodes de repos variant de 10 sec à 5 min (voir l’encadré pour mieux comprendre à qui correspond la PMA).

En 1996, le chercheur japonais Izumi Tabata a été un des premiers à expérimenter ce type d’entrainement en utilisant 7 à 8 sprints de 20 sec à 170% de la PMA avec récupération passive de 10 sec, ce qui correspond à 4 min au total pour la séance.  Lorsque réalisé pendant 4 semaines comparativement à un entrainement  modéré continu de 1 heure (à 70% de la PMA), ce type d’entrainement au sprint améliorait la capacité anaérobie (ce qui semble logique) mais aussi la VO2max de façon équivalente à l’entrainement modéré continu (plus surprenant) chez des sujets jeunes en bonne santé. D’autres chercheurs, comme l’Australien Nigel Stepto, ont montré qu’un entrainement de 3 semaines à l’aide de sprints de 30 sec à 175 % de la PMA (12 sprints) avait des effets similaires sur la performance qu’un entrainement de même durée utilisant 8 intervalles de 4 min à 85% de la PMA chez de jeunes cyclistes entrainés. Plus récemment, l’équipe du Dr Martin Gibala a montré qu’un entrainement de 12 semaines, utilisant 3 sprints de 20 sec (250% de la PMA) 3 fois par semaine avait des effets équivalents sur la VO2max, la fonction mitochondriale musculaire ou la sensibilité à l’insuline qu’un entrainement modéré continu (45 min à 70% PMA) chez de jeunes sujets sédentaires. Il a même été démontré qu’un programme de sprints de 2 semaines utilisant 4 à 6 sprints maximaux de 10 sec (>200% de la PMA) avec 2 ou 4 min de repos était tout aussi efficace que des sprints de 30 sec. On sait maintenant que les mécanismes d’adaptations de l’entrainement aux sprints supra-maximaux passent par notamment par des améliorations des enzymes oxydatives musculaires comme la citrate syntase.

Il semble donc qu’un entrainement à très haute intensité puisse procurer des bénéfices cardiovasculaires importants, et ce de façon beaucoup plus rapide que l’entrainement modéré. Cependant, bien que comprimer le temps consacré à l’exercice et avoir des séances très courtes (<10 min) soit séduisant, on remarque que ce type d’entrainement peut être très exigeant et n’a été étudié que chez les sujets sains jeunes (<40 ans) en santé et sur de courtes périodes de temps (2 à 12 semaines). Son application à des populations plus âgées en bonne santé ou encore qui présentent des facteurs de risques ou des maladies cardiaques stables reste à être déterminée, autant en terme d’efficacité que de sécurité (blessures).

 

Puissance, temps d’effort et sources d’énergie

La puissance aérobie maximale (PMA) est la puissance produite à VO2max, c’est-à-dire lorsque le corps atteint sa capacité maximale à consommer de l’oxygène lors d’un effort progressif maximal d’une durée de 8-12 minutes. Le métabolisme aérobie est la principale source d’énergie après quelques minutes (voir figure de droite).  Chez une personne peu entrainée, cela correspond à une puissance qui peut être maintenue environ 3 à 5 minutes (voir figure de gauche).  On peut facilement reconnaître l’atteinte de la PMA par les sensations ressenties lors de l’effort, soit l’apparition d’une douleur musculaire, une augmentation de la ventilation, une incapacité de parler durant l’exercice et, évidemment, l’épuisement. Comme son nom l’indique, un sprint supra-maximal correspond à un effort qui dépasse la puissance aérobie maximale d’une personne (ex : 135 et 200% PMA – voir figure de gauche). Ces dépassements sont rendus possibles par la capacité du corps de se tourner vers d’autres sources d’énergie sans oxygène (phosphocréatine/glycolyse anaérobie : voir figure de droite) qui donne beaucoup d’énergie sur un temps très court, mais s’épuisent vite. L’utilisation de ces réserves énergétiques permet donc de soutenir un effort très intense pendant une courte période de temps, par exemple lors d’un sprint réalisé à bout de souffle.

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Planifier un menu de type « méditerranéen »

Planifier un menu de type « méditerranéen »

De nombreuses études ont démontré les effets protecteurs pour la santé de l’alimentation traditionnelle des populations méditerranéennes.  Composée principalement d’aliments d’origine végétale et d’ingrédients peu transformés, cette alimentation offre un apport important de fibres, d’antioxydants et de bons gras insaturés. À l’inverse, elle contient peu de sucre ajouté, de gras saturés, de gras trans et de sodium.

Voici quelques conseils pour intégrer les principes méditerranéens dans votre alimentation quotidienne :

Déjeuner

  • Choisissez un produit céréalier à grains entiers, comme du gruau, du son d’avoine, du pain de farine entière ou des céréales de grains entiers.
  • Ajoutez une bonne source de matières grasses sous forme de beurre d’arachide ou d’amande 100% naturel, de noix, de graine de lin ou de chia.
  • Combinez avec un produit laitier faible en gras comme du lait, du yogourt nature aromatisé avec un peu de sirop d’érable ou encore une boisson végétale enrichie.
  • Complétez avec un fruit frais ou surgelé de couleur vive!

Dîner et souper

  • Remplissez la moitié de votre assiette de légumes colorés. Ils peuvent être crus ou cuits, en soupe, en salade, en crudités, grillés, rôtis ou sautés!
  • Intégrez une part de produits céréaliers à grains entiers (riz brun, quinoa, orge, pâtes de blé entier, pomme de terre avec la pelure, pain ou craquelins de farine entière).
  • Intégrez une autre part d’aliment riche en protéines. Le plus souvent possible, utilisez les légumineuses ou les produits du soya (tofu, tempeh). Trois fois par semaine, choisissez le poisson, idéalement gras. Variez avec le poulet, les œufs et occasionnellement, la viande rouge. Ajoutez des noix et graines en complément ou en collation.
  • Utilisez l’huile d’olive ou l’huile de canola pour la cuisson, les vinaigrettes et l’assaisonnement.
  • Complétez le repas avec un produit laitier maigre ou un substitut de lait et un fruit.
  • Assaisonnez avec des fines herbes et épices. Limitez le sel.
  • Buvez de l’eau. En absence de contre-indication, il est possible, mais non obligatoire, d’ajouter un verre de vin rouge.
  • Conservez les sucreries et aliments peu nutritifs pour les occasions spéciales.
  • Prenez le temps de savourer le repas!

 

Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Végétarisme et maladies cardiovasculaires

Le végétarisme peut être défini comme un mode d’alimentation qui exclut les aliments d’origine animale. Il existe un large éventail de pratiques végétariennes, selon la nature et le degré d’exclusion de ces produits animaux (Tableau 1). Par exemple, les semi-végétariens (flexitariens) sont principalement végétariens, mais peuvent manger occasionnellement de la viande selon les circonstances (fêtes, restaurant, etc.), tandis que d’autres végétariens ne consomment pas de viandes rouges, mais mangent régulièrement certains produits animaux comme les poissons et fruits de mer (pesco-végétarisme) ou encore les œufs et les produits laitiers (ovo-lacto-végétarisme).  Les végétaliens, par contre, ne consomment quant à eux aucun produit d’origine animale et se nourrissent donc uniquement à partir d’aliments cultivés (légumes, fruits, oléagineux, légumineuses, graines). Ce mode d’alimentation peut également être associé au mouvement du végétalisme intégral (véganisme) lorsqu’il fait partie d’un mode de vie global qui exclut toute utilisation de produits animaux dans la vie quotidienne (cosmétiques, port de vêtements ou de chaussures issus de matériaux animaux).

Mode d'alimentationViande rougePoisson/VolailleOeufs/Produits laitiers
Non-végétarienOuiOuiOui
Semi-végétarienOui, mais peuOui, mais peuOui
Végétarien
Pesco-végétarienNonOuiOui
Ovo-lacto-végétarienNonNonOui
VégétalienNonNonNon

Tableau 1.  Les différents formes de végétarisme. Adapté de Le et Sabaté (2014).

Au cours des dernières années, le végétarisme au sens large est devenu de plus en plus populaire dans les pays occidentaux ; au Canada, par exemple, on estime qu’en 2007 environ 4 % de la population adhérait à l’une ou l’autre de ces pratiques végétariennes, ce qui représente près d’un million de personnes, et les sondages récents indiquent que cette tendance est à la hausse, en particulier chez les jeunes. Parmi les motivations invoquées pour justifier l’adhésion au végétarisme, les plus fréquentes sont les aspects éthiques liés à l’élevage et à l’abattage des animaux, les enjeux environnementaux (pollution associée à la production de produits animaux), ainsi que les bienfaits de mieux en mieux documentés d’une alimentation basée sur les végétaux sur la santé humaine en général.

Les études réalisées jusqu’à maintenant suggèrent que le principal impact positif d’une alimentation végétarienne est sur la santé cardiovasculaire. Plusieurs études d’observation ont en effet montré que le végétarisme est associé à une diminution de plusieurs facteurs de risque de ces maladies, notamment l’hypertension, le cholestérol total et le cholestérol-LDL, les taux de triglycérides, la glycémie à jeun ainsi que le risque de diabète.  Une alimentation végétarienne est également associée à un indice de masse corporelle (IMC) plus faible et un risque réduit de syndrome métabolique, deux autres importants facteurs de risque.

Il n’est donc pas étonnant que ces effets se traduisent par une diminution du risque d’événements cardiovasculaires.  Par exemple, une méta-analyse récente montre que le risque d’être touché ou de décéder de maladies coronariennes est d’environ 25 % plus faible chez les végétariens que chez les non-végétariens. Il est cependant intéressant de noter que cet effet protecteur est beaucoup plus prononcé dans les études réalisées auprès des membres des communautés religieuses adventistes du Septième Jour. Cette religion place beaucoup d’importance sur la mise en application au quotidien de saines habitudes de vie, non seulement du point de vue alimentaire, mais aussi en prônant l’exercice physique régulier et l’abstinence de l’alcool et du tabac.   Une analyse des études réalisées auprès de ces personnes a montré que le végétarisme est associé à une réduction de 40 % du risque de maladie coronarienne, de 30 % du risque d’AVC et de 32 % de la mortalité prématurée, tandis que seule la baisse d’événements coronariens (16 %) est observée dans les  études portant sur des végétariens non-adventistes. Il n’y a donc aucun doute que le végétarisme est positif pour la santé cardiovasculaire, mais il est probable que ces habitudes alimentaires doivent faire partie d’un mode de vie globalement sain pour véritablement maximiser leurs bénéfices.

La forte proportion des Adventistes qui adhèrent à l’une ou l’autre forme de végétarisme a également permis de comparer l’impact de ces différents régimes sur la santé.  Comme le montre le Tableau 2, les données acquises jusqu’à présent suggèrent qu’il pourrait y avoir des avantages à adopter une alimentation totalement dépourvue de produits animaux (végétalisme) : comparativement aux végétariens qui ne mangent pas de viande, mais qui consomment des œufs et des produits laitiers, les végétaliens ont un risque encore plus faible de développer certains facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension, diabète) et sont moins à risque de mourir prématurément de maladies coronariennes ou de maladies cardiovasculaires en général.  Bien que cet impact positif du végétalisme sur la diminution de la mortalité  prématurée n’a été jusqu’à présent observé que chez les hommes, ces résultats suggèrent néanmoins que l’exclusion totale des produits animaux de l’alimentation est associée à des bénéfices considérables en terme de prévention des maladies cardiovasculaires.

Impact mesuréRéduction du risque comparativement aux omnivores (%)
Ovo-lacto-végétariensVégétaliens
Hypertension55 %75 %
Diabète38 %62 %
Mortalité coronarienne
(Hommes)
24 %55 %
Mortalité cardiovasculaire
(Hommes)
23 %42 %

Tableau 2.  Comparaison des réductions du risque de maladies cardiovasculaires obtenues par les régimes ovo-lacto-végétarien et végétalien. Adapté de Le et Sabaté (2014).

La décision d’adopter une alimentation végétarienne ou végétalienne doit être prise avec sérieux : ce n’est pas parce qu’on élimine la viande qu’on mange nécessairement bien. Un végétalien qui se nourrit principalement de féculents (frites, pâtes alimentaires, pâtisseries) ou de produits industriels qui imitent les produits à base de viande (saucisses au tofu, etc.) n’aura évidemment pas une alimentation optimale. Le végétarisme ne doit pas être perçu seulement comme un régime « d’exclusion » des produits animaux, mais aussi, et peut-être surtout, comme un régime « d’inclusion » de produits végétaux.  C’est le contenu exceptionnel des végétaux en fibres, minéraux, polyphénols  et autres composés phytochimiques qui est le grand responsable des effets positifs du végétarisme sur la santé cardiovasculaire et il est en conséquence indispensable d’adopter une alimentation riche en fruits, légumes, grains entiers, légumineuses et noix pour profiter de ces bienfaits.

Les bénéfices du régime méditerranéen pour la santé cardiovasculaire

Les bénéfices du régime méditerranéen pour la santé cardiovasculaire

Le terme “régime méditerranéen” fait référence aux habitudes alimentaires des habitants des régions oléicoles du bassin méditerranéen qui prévalaient jusque vers la fin des années 60.   Ce mode d’alimentation se caractérise par une consommation élevée de produits végétaux (légumes, fruits, noix, légumineuses et produits céréaliers à base de grains entiers), une faible consommation de viande et de produits laitiers (à l’exception de yogourt et de fromage) et une consommation modérée de poisson. L’apport total en gras peut être assez élevé (jusqu’à environ 40% des calories), mais se fait principalement sous forme de gras monoinsaturés en raison de l’utilisation abondante d’huile d’olive.  La consommation d’alcool est courante, mais reste très modérée et est en règle générale sous forme de vin pendant les repas.

Le premier indice de l’impact positif du régime méditerranéen sur la prévention des maladies cardiovasculaires provient d’études réalisées au cours des années 50 et 60 montrant que les habitants de cette région (sud de l’Italie, îles grecques de Crête et de Corfou) étaient à cette époque très peu touchés par l’angine, l’infarctus du myocarde et les maladies coronariennes en général. Depuis, un très grand nombre d’études épidémiologiques réalisées dans plusieurs régions du monde ont confirmé ces observations en montrant que le régime méditerranéen traditionnel est associé à une baisse marquée du risque de maladies cardiovasculaires, incluant l’infactus du myocarde et les AVC.

L’étude de Lyon (Lyon Heart Study) est sans doute l’un des meilleurs exemples de l’impact positif du régime méditerranéen sur la santé cardiovasculaire. Réalisée dans les années 1990 par le cardiologue français Michel de Lorgeril, cette étude visait à vérifier l’efficacité de ce type d’alimentation pour prévenir les récidives chez les personnes ayant subi un infarctus du myocarde. Les patients coronariens ont donc été séparés au hasard en deux groupes : un groupe soumis à une alimentation limitée en matières grasses, recommandée traditionnellement pour les patients cardiaques, et un groupe soumis à une alimentation méditerranéenne. Les résultats obtenus ont été tout à fait spectaculaires  : après quatre ans, chez les patients ayant adopté le régime méditerranéen, l’incidence d’infarctus non mortels avait été réduite de 70 % et celle de la mortalité due à une maladie cardiovasculaire avait diminué de 71 %, des taux deux fois plus élevés que ceux obtenus avec les médicaments anticholestérol. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les taux de cholestérol-LDL étaient similaires dans les deux groupes, ce qui suggère que les bénéfices de ce type d’alimentation vont bien au-delà de la simple réduction du cholestérol.  Cette étude a complètement révolutionné l’approche nutritionnelle en cardiologie et l’alimentation méditerranéenne est maintenant recommandée par tous les experts en prévention cardiovasculaire, autant en Amérique du Nord qu’en Europe.

L’étude « PREDIMED » (PREvención con DIeta MEDiterránea) a permis de démontrer que  l’alimentation méditerranéenne est non seulement bénéfique pour les patients affectés par une maladie coronarienne, mais qu’elle est aussi efficace en prévention primaire, c’est-à-dire chez les personnes qui ne souffrent d’aucune maladie cardiovasculaire. Cette étude, réalisée en Espagne, portait sur 7447 personnes âgées en moyenne de 67 ans et en bonne santé, mais qui présentaient néanmoins certains facteurs de risque bien documentés de maladies cardiovasculaires (diabète, hypertension, surpoids, tabagisme ou cholestérol-LDL élevé). Au début de l’étude, ces personnes ont été réparties au hasard dans trois groupes, chacun d’entre eux recevant des instructions particulières pour guider leurs choix alimentaires: on a suggéré au premier groupe une alimentation faible en gras (diète contrôle), tandis que les participants des deux autres groupes étaient quant à eux incités à adopter une alimentation méditerranéenne. Deux types de régime méditerranéen ont été testés, soit un enrichi en huile d’olive extravierge (1 L d’huile fourni par les investigateurs chaque semaine) et un autre enrichi en noix (30 g de noix mélangées par jour, également fourni par les investigateurs). Les participants ont été par la suite suivis en moyenne 5 ans et la fréquence d’événements cardiovasculaires qui se sont produits durant cette période dans chaque groupe a été comparée. Comme l’illustre la figure 1, l’adoption des deux types de régimes méditerranéens est associée à des bénéfices substantiels en terme de prévention des maladies cardiovasculaires, l’incidence événements cardiovasculaires (infarctus, AVC, mortalité) étant diminuée d’environ 30 % chez les personnes soumises à un régime méditerranéen riche en huile d’olive extravierge ou en noix comparativement au groupe contrôle, dont l’alimentation était faible en gras. Une analyse subséquente a montré que cette réduction pouvait même atteindre 53 % chez les personnes qui adhéraient le plus fortement aux principaux critères du régime méditerranéen.

Figure 1.  Réduction de l’incidence d’événements cardiovasculaires majeurs (infarctus, AVC et mortalité cardiovasculaire) par le régime méditerranéen enrichi en huile d’olive extra vierge ou en noix, tel qu’observée lors de l’étude PREDIMED (Source).

L’adoption d’un régime méditerranéen enrichi d’huile d’olive extra vierge est également associée à une réduction du risque de diabète de type 2, d’artérite oblitérante des membres inférieurs ainsi que de fibrillation auriculaire (Tableau 1).  Ces réductions sont également observées pour le régime méditerranéen enrichi en noix, mais les protections offertes semblent plus faibles que pour celui enrichi en huile d’olive. Il est donc possible que ces deux régimes exercent des effets bénéfiques distincts sur la santé cardiovasculaire.  En ce sens, il est intéressant de noter que la consommation de noix (mais non d’huile d’olive extra-vierge) est associée à une régression des plaques d’athérosclérose, ce qui pourrait contribuer aux réductions d’événements cardiovasculaires observées chez les personnes qui consommaient régulièrement des noix.

Événements cliniquesRégime méditerranéen enrichi
en huile d'olive extravierge
Régime méditerranéen enrichi
en noix
Réduction du risque (%)Réduction du risque (%)
Événements cardiovasculaires (infarctus, AVC, mortalité cardiovasculaire )30 28
Diabète de type 24018
Artérite des membres inférieurs
6446
Fibrillation auriculaire3810
Tableau 1. Réductions du risque de divers événements cliniques, telles qu'observées lors de l'étude PREDIMED

 

Il n’y a donc aucun doute qu’une alimentation de type méditerranéen, dans laquelle la consommation de viande est très modérée (environ un repas par semaine), entraîne des effets extrêmement positifs sur la santé cardiovasculaire, autant dans la population en général que chez les personnes qui ont déjà subi un accident cardiaque.

Cigarette électronique : solution ou nouveau problème ?

Cigarette électronique : solution ou nouveau problème ?

Pour la santé cardiovasculaire (et la santé en général), aucune intervention médicale ou chirurgicale n’est aussi efficace que l’arrêt du tabagisme. En plus, c’est la moins coûteuse ! Malheureusement, il est très difficile de cesser de fumer sans aide, avec à peine 5 % des gens qui parviennent à demeurer non-fumeurs un an après l’arrêt du tabac. On peut facilement augmenter ce taux de succès à 20 ou 25 % grâce à un programme de soutien psychologique combiné à l’utilisation de traitements pharmacologiques, mais les approches actuelles ont clairement leurs limites, car trop de fumeurs demeurent « accros » au tabac en dépit du prix exorbitant des cigarettes, de l’interdiction de fumer dans l’ensemble des lieux publics et dans plusieurs domiciles, ainsi que des effets catastrophiques bien documentés du tabac sur la santé.

L’arrivée sur le marché de la cigarette électronique (e-cigarette) pourrait apporter une nouvelle dimension à la lutte au tabac. Dans ce dispositif, une solution de nicotine est chauffée à environ 80oC à l’aide d’un atomiseur, ce qui génère un aérosol qui prend la forme d’une «vapeur» blanche d’apparence similaire à la fumée de cigarette.  Le « vapoteur » inhale donc une petite quantité de nicotine, comme un fumeur, mais la vapeur ne contient pas les multiples molécules cancérigènes et les particules fines qui sont générées lors de la combustion du tabac (à environ 900 °C). Ce dernier point est le plus important : ce sont les centaines de produits de combustion de la cigarette de tabac qui causent les problèmes de santé, et non la nicotine. Cette dernière est une drogue qui crée la dépendance au tabac et qui pousse les personnes à fumer, mais elle n’est pas responsable des maladies cardiovasculaires ni du cancer du poumon. La dépendance à la nicotine, sans les dommages liés à la combustion du tabac, est assez bénigne : plusieurs ex-fumeurs consomment des gommes de nicotine pendant des années, sans noter aucune conséquence négative sur leur santé.

En conséquence, bien que la e-cigarette ne soit pas idéale, ni sans aucun risque, la plupart des experts s’entendent pour dire qu’elle est beaucoup moins nocive que le tabac. Par exemple, dans son dernier rapport, le Royal College of Physicians d’Angleterre affirme  que « bien qu’il ne soit pas possible de quantifier de manière précise les risques à long terme associés aux cigarettes électroniques, les données disponibles suggèrent que ces risques n’excéderaient très probablement pas le vingtième (5 %) des risques associés aux produits de tabac à fumer, et pourraient bien être considérablement moindres. »

Malgré tout, plusieurs organismes officiels au Canada et aux États-Unis sont encore farouchement opposés à la cigarette électronique et refusent de croire qu’elle peut avoir des bienfaits.  Ils craignent par-dessus tout qu’elle « renormalise » le fait de fumer et, surtout, qu’elle y incite les adolescents. Je comprends très bien ces inquiétudes, car lorsqu’on a farouchement lutté pendant 50 ans contre la cigarette de tabac, il est difficile d’accepter quoi que ce soit qui semble s’en rapprocher. Je ne les partage pas, par contre, parce que ce n’est pas du tout ce que démontrent les données britanniques et françaises, où la e-cigarette est utilisée depuis plusieurs années. Dans ces deux pays, l’usage de la cigarette de tabac n’a pas cessé de diminuer chez les jeunes depuis l’arrivée de la cigarette électronique. Pour les adolescents français, la cigarette de tabac est devenue « démodée ». Peu à peu, les spécialistes britanniques et français ont compris qu’il s’agissait d’une innovation technologique qui avait le potentiel de réduire le tabagisme chez les jeunes plutôt que le contraire.

À la clinique de traitement du tabagisme du Centre ÉPIC de l’ICM, nous suggérons la cigarette électronique aux fumeurs qui n’ont connu que des échecs en utilisant les méthodes pharmacologiques reconnues. Notre expérience avec ce dispositif est très positive, car le taux de succès est d’environ 70 % et, depuis 2013, je suggère de façon routinière la cigarette électronique à mes patients cardiaques fumeurs pour les aider à cesser de fumer. Le Dr Gaston Ostiguy, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et pionnier de la lutte contre le tabagisme au Québec, rapporte quant à lui un taux de succès de 50 % chez ses patients, ce qui est remarquable étant donné que la plupart d’entre eux ont déjà « tout essayé » pour cesser de fumer, mais sans succès.

Mes patients qui ont cessé de fumer grâce à la cigarette électronique l’ont généralement abandonnée après un an sans retourner au tabac. Souvent, ceux qui aiment le « geste » de fumer conservent la cigarette électronique, mais sans nicotine. De plus, la nicotine sans le tabac semble causer moins de dépendance, puisque la plupart des utilisateurs réduisent leur concentration de nicotine avec le temps plutôt que de l’augmenter.

Chaque année 6 millions de personnes meurent de maladies causées par l’usage du tabac et si on évite d’être trop dogmatiques, tout en encadrant étroitement la vente de ces produits, la substitution des cigarettes actuelles par leur version électronique pourrait représenter un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité en prévenant des millions de morts au XX1e siècle.

 

 

L’aptitude aérobie maximale : un des meilleurs marqueurs d’une bonne santé 

L’aptitude aérobie maximale : un des meilleurs marqueurs d’une bonne santé 

Il est maintenant clairement démontré que l’aptitude aérobie maximale (VO2max/pic) représente un des meilleurs marqueurs du risque de maladies chroniques et de mortalité prématurée. En mesurant la quantité maximale d’oxygène qu’une personne peut consommer lors d’un effort intense et prolongé, l’aptitude aérobie maximale reflète en effet la performance des fonctions physiologiques intégrées du corps humain, comprenant le transport de l’oxygène par les systèmes pulmonaire (respiration), cardiaque (cœur), vasculaire (sang/vaisseaux) jusqu’aux muscles pour utilisation de l’oxygène lors d’un effort.  Ainsi, ce marqueur représente l’état de santé physiologique fonctionnel global du système cardio-pulmonaire et plusieurs études ont montré qu’une faible aptitude aérobie est associée à un risque plus élevé de maladies cardiaques, de mortalité due aux cancers et de mortalité totale.

Dans un article qui vient d’être publié dans la revue Circulation, l’American Heart Association prend position pour une mesure de l’aptitude aérobie maximale comme un signe vital en pratique clinique courante, au même titre que d’autres signes vitaux plus courants comme la pression artérielle, les lipides sanguins ou encore la composition corporelle (pourcentage de gras, de muscle et d’os). Selon les auteurs, ce marqueur serait même supérieur aux facteurs de risque traditionnels tels le tabagisme, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’obésité ou les dyslipidémies. Cette recommandation est importante, car en dépit de sa forte association avec le risque de mort prématurée, ce marqueur important n’est toujours pas évalué de façon routinière en clinique.

La méthode de référence la plus précise pour mesurer l’aptitude aérobie maximale est l’analyse des échanges cardiopulmonaires pendant en effort maximal sur tapis ou vélo. Cependant, cette procédure requiert une certaine expertise et des équipements qui ne sont pas disponibles partout en milieu médical, sans compter qu’elle est aussi associée à des coûts plus élevés. Comme le soulignent les auteurs, il existe toutefois plusieurs alternatives pour évaluer ou estimer  cette aptitude aérobie maximale, et ces tests peuvent facilement être adaptés en fonction de l’état de santé du patient (sujet avec ou sans maladie) et de la fréquence des évaluations.

La seule façon d’améliorer l’aptitude aérobie maximale est par l’entrainement et/ou l’activité physique régulière, ce qui implique une remise en question des interventions cliniques actuelles, principalement basées sur la médication.  La mesure routinière de l’aptitude aérobie maximale pourrait donc permettre aux médecins de  « prescrire » de l’exercice à leurs patients et de suivre de façon précise l’évolution de leurs profils cardiovasculaire et clinique.  Ceci est d’autant plus important que des gains de forme physique, même modestes,  peuvent se traduire par des bénéfices cliniques importants, particulièrement dans les populations les plus à risque, c’est-à-dire celles qui sont le moins en forme.